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ImageQuelques techniques pour lire un  texte biblique

Cheminer avec un texte biblique c’est passer par trois étapes : (1) la projection, (2) l’analyse, (3) l’appropriation. Voici quelques jalons de ce parcours. Article de Claude Demissy.

1. La projection

A la première lecture je reçois le texte avec toute ma subjectivité, je projette sur lui une part de mon histoire personnelle. Il s’agit de lire le texte, noter les questions, les remarques, ne pas essayer d’y répondre tout de suite, y revenir à la fin de l’étude.

Lorsque la préparation se fait en groupe, chacun inscrit ses idées sur un tableau. Lors de cette phase il n’y a ni « remarques justes » ni « idées fausses ». Le respect des mots de l’autre est une condition pour la réussite de cette étape. Lorsqu’il s’agit d’un texte connu, comme celui des mages (Matthieu 2.1 à 12), chacun commence par reconstituer l’histoire de mémoire. Comparer les idées reçues avec le texte réel peut révéler ce qu’il dit vraiment.

2. L’analyse

(a) L’analyse débute par quelques constatations immédiates : différences entre notre imaginaire et le texte réel, comparaison des différentes traductions, aperçu sur ce qui précède et suit. Un coup d’oeil sur les éventuels textes parallèles peut être éclairant. (b) Elle se poursuit par une plongée culturelle dans l’univers de la Bible : monde de l’auteur,  histoire, sens des mots à l’époque de la rédaction : c’est l’analyse historique. (c) L’analyse littéraire offre une toute autre perspective : elle repére la structure du texte, compare avec d’autres du même genre dans la Bible ou la littérature ancienne.

a. Premières constatations
Les constatations immédiates se font de préférence en groupe et sans qu’il y ait besoin d’un apport d’érudition. Jeter un coup d’œil sur les différentes traductions permet de repérer certaines particularités. Parcourir les passages précédents et suivants donne une première idée des intentions de l’auteur. Par exemple le texte de la visite des mages (Matthieu 2.1 à 12) fait partie d’un ensemble de sept passages (Matthieu 1 et 2) s’appuyant tous sur le premier testament. Le deuxième récit de naissance de Jésus (Luc 1 et 2) possède une toute autre structure et ne parle pas des mages. Autre exemple, dans les évangiles de Matthieu, Marc et Jean, deux faits merveilleux se déroulent à la suite l’un de l’autre : la multiplication des pains et la marche de Jésus sur l’eau (Marc 6.30 à 52) . Cette succession a un sens.
b. Analyse historique
La plongée dans l’univers de la Bible, nécessite un équipement adéquat. Tout texte de la Bible a été écrit à une époque donnée, par un ou plusieurs rédacteurs, dans un contexte précis pour soutenir la foi d’un peuple ou d’une Eglise. Les introductions et notes des principales éditions de la Bible donnent l’essentiel des renseignements nécessaires pour ce travail. On pourra consulter éventuellement un dictionnaire simple, comme celui de Bernard Gilliéron . Il s’agit d’abord de connaître l’auteur, sa situation, celle des destinataires. Puis viennent deux autres points : les informations historiques du texte et le sens des mots, expressions et réalités qui n’appartiennent pas à notre langage d’aujourd’hui. Voir par exemple l’étude de Matthieu 2.1 à 12 (la visite des mages).

c. Analyse littéraire
Alors que l’analyse historique se demande qui a rédigé l’histoire, l’analyse littéraire cherche à comprendre comment le récit touche le lecteur. L’histoire détermine l’origine du récit et la littérature son impact. Ici, nul besoin de documents plus ou moins érudits, chacun peut s’y mettre avec une grille de travail.

Se munir de crayons de couleurs et souligner :
–    les lieux
–    les personnages
–    les mouvements
–    les paroles directes

Les lieux permettent de découper le récit en différentes étapes. L’entrée et la sortie des personnages donnent les indications nécessaires pour déterminer les différentes scènes. Se demander ensuite qui sont les personnages : quels sont les alliés, les opposés, qui réussit les actions entreprises ? Dans le cours du récit les personnages se déplacent, les temps des verbes varient, les époques changent. Regarder qui va vers qui, d’où à où donne également de précieuses indications. Les paroles directes des personnages revêtent très souvent dans la Bible une importance essentielle. Le texte est un tout, trouver les changements de situations entre le début et la fin (lorsqu’il y en a) conclue l’analyse littéraire.
 Pour les discours, repérer les arguments, localiser les répétitions (en général elles ont une grande importance, voir par exemple La double fin de la saga de Joseph (Genèse 50. 15 à 21) , utiliser les pronoms personnels et les conjonctions de coordinations pour le découpage. La Bible utilise souvent ces deux structures :

– idée a, reprise de l’idée a ; idée b, reprise de l’idée b ; idée c, reprise de l’idée c ; etc.
– idée a, idée b, idée c, etc.; reprise de l’idée c, reprise de l’idée b, reprise de l’idée a.

La Bible mélange souvent prose et poésie. Lorsqu’un passage poétique est inséré dans un texte en prose c’est parcequ’il est important. Il s’agit souvent de la pointe du texte.

Analyse littéraire (suite)

Si le texte biblique appartient à un genre littéraire spécifique, ses particularités par rapport aux standards du genre donnent souvent de précieuses indications. Liste des genres littéraires :

lettres, prières, poèmes, discours, chants, rêves, lois, proverbes, généalogies, récits. Les nombreux récits vont du roman de fiction à la chronique historique. La frontière entre le romanesque, issu de l’imagination d’un auteur inspiré et le récit proche d’évènements réels, reste souvent délicate à déterminer. La distinction entre récit symbolique, récit romanesque, et récit historique s’avère parfois difficile à opérer mais peut donner des indications précieuses sur le message essentiel. La vérité d’une idée ne dépend cependant pas de son enracinement historique. Une fiction habile présente souvent une vérité avec davantage de finesse qu’un long discours.

La Bible contient également des scènes types : l’annonciation (voir  « Le genre littéraire Annonciations« , Luc 1.8 à 38 ), la rencontre près d’un puits, l’épiphanie dans un champ, l’épreuve initiatique, l’expérience d’un danger dans le désert et sa résolution (mane…), le testament du héros avant sa mort, le récit de guérison, la traversée du désert, le passage au travers de l’eau, la guerrre sainte. Etudier un passage d’un genre littéraire type, c’est d’abord voir le sens général de chaque canevas rédactionnel, puis distinguer les singularités du texte.

 Enfin une comparaison avec la façon dont l’évènement est présenté ailleurs permet parfois de découvrir les intentions d’un auteur
– parallèles explicites dans la Bible (les trois premiers évangiles, les récits historiques), voir Jésus prie à Géthsémané (Marc 14. 32 à 41) ,
– mêmes événements présentés dans deux genres  littéraires différents (récit et psaume)
– parallèles avec des récits non bibliques (évangiles bibliques et évangiles apocryphes)

3. L’appropriation

Il s’agit de recevoir le texte comme Parole de Dieu. La Bible permet de savoir à qui l’on a affaire quand il est question de Dieu. Le croyant dépasse la simple étude intellectuelle de la Bible. Il recherche et contemple le visage de Dieu en se demandant « que nous dit ce texte de Dieu ? Quelle bonne nouvelle adresse-t-il aux humains, à tous et à chacun à travers ce texte et que lui adresse-t-il personnellement aujourd’hui ? »

Donner un titre personnel permet souvent de dégager le « message essentiel » du passage. Ensuite il faut choisir un objectif didactique car il est impossible de tout dire. Une fois sélectionné, le sujet à traiter au cours de la rencontre pédagogique est découpé en fonction des trois aspects :

     la présentation du message (vocabulaire, expressions, images …)
les activités proposée aux enfants
les objets supports (poster, livre, musique, objet…).

Ainsi dans notre ouvrage Eclats de vie, destiné aux enfants de 6-7 ans, nous avons présenté le récit de la création de Genèse 1. Le message essentiel pour cette tranche d’âge nous paraît être « l’étonnement face à la vie » et en corrélation « le respect de la vie ». Pour rélféchir au respect de la vie avec des enfants de cet âge nous avons choisi d’évoquer les attitudes face aux animaux de compagnie. Dans ce domaine, en effet les jeunes enfants peuvent déjà exercer une responsabilité adaptée à leur maturité. Nous n’avons pas cherché à expliquer aux enfants les raisons pour lesquelles l’auteur a découpé la création en six jours (respect du sabbat). Cette problématique ne nous semble pas adaptée à cette tranche d’âge.
La magie n’opère pas toujours et certains textes laissent froid alors que d’autres provoquent une émotion parfois difficile à décrire. Nous entrons ici dans le domaine de la foi personnelle qui échappe, au moins en partie, à tout discours.
 © Claude Demissy, Service de la catéchèse, Eglises Protestantes d’Alsace et de Lorraine, 2006, d’après une documentation du Centre de catéchèse des services enfance et jeunesse de l’Eglise Protestante de Genève.