Le mystère du meurtre dans « les toilettes »

Voici une narration pour adultes d’après Juges 3, 12-30.

Animation possible : après avoir découvert le texte biblique et la narration, créer deux groupes l’un étudiant le récit biblique et l’autre celui de la narration. Les deux groupes peuvent répondre aux questions  proposées ici questions d’enquête. Prévoir une synthèse en grand groupe.

 

« A sa majesté, soleil resplendissant, auprès de qui j’ai trouvé faveur, longue vie et santé ! Message codé de Malki-kemosh, gouverneur du pays de Medeba, ton serviteur, qui se prosterne de loin sept fois aux pieds de mon souverain. Que les dieux et les déesses de Moab te protègent et te fortifient !

Ici, je viens d’entrer en fonction comme nouveau gouverneur après l’incident tragique survenu à mon prédécesseur Eglon. A ce sujet, ta majesté m’avait demandé d’enquêter sur les circonstances précises de sa mort suspecte, et sur les escarmouches qui s’en sont suivies le long de la frontière avec les gens de Gad et de Benjamin. Je t’envoie, par la présente, une lettre confidentielle que j’ai remise entre les mains de mon messager le plus fidèle. Elle contient le rapport d’enquête, mené en toute discrétion, par le chef de mes services de renseignements : Ebed-Kemosh. Voici la chronologie des événements qui ont conduits à la situation que ta majesté connaît plus que quiconque et déplore. Que là-bas, ta majesté obtienne satisfaction et que sa face continue à briller sur nous » !

Message de Ebed-Kemosh, chef du réseau d’espionnage établi par le feu gouverneur Eglon, au nouveau gouverneur Malki-Kemosh, nommé par la grâce de sa majesté ; à lui paix, santé, vie et gloire !

« Ton excellence m’a mandaté afin de lui fournir des éclaircissements sur les incidents qui se sont produits, il y a peu, dans la région et qui nous ont fait perdre le contrôle de la ville des palmiers et du gué principal du Yardun. Au temps des pères de notre souverain, à lui santé, puissance et longue vie, Kemosh a humilié Gad et Israël et nous a permis de triompher sur eux. Nous avions conquis Yériku jusqu’aux pieds des collines d’Ephraïm et jusqu’aux limites des steppes de Séira. Les gens de Benjamin nous livraient tribut en vin, huile et ovins. Le pays était prospère, en paix, gras et bien-portant. D’aucuns murmuraient qu’Eglon ne portait jamais aussi bien son surnom de « Taurillon grassouillet » qu’à cette époque. C’est alors que tout bascula…

Le premier jour, du troisième mois, de la 18ème année du gouverneur Eglon, eu lieu la traditionnelle cérémonie de remise du tribut des vassaux de votre altesse. Depuis des années, celui qui a la charge de cela se nomme Ehoud, fils de Guéra, un benjaminite qui avait toute la confiance d’Eglon. En fait, ce que nul ne soupçonnait à l’époque, c’est qu’Ehud faisait partie de nos services secrets. Il avait pour mission d’infiltrer l’ennemi, de déjouer ses plans et de nous les communiquer. Il faisait office d’agent double. Nous l’avions recruté comme mercenaire à cause de ses capacités physiques hors normes et de sa ruse, mais surtout à cause de sa particularité. Ehud, le benjaminite, savait aussi se servir adroitement de sa main gauche. C’était un adversaire redoutable en combat rapproché à cause de ses bottes secrètes. Après un entraînement intensif, il intégra les troupes d’élite de la garde personnelle d’Eglon avant sa mission d’infiltration.

Tu dois savoir, ô gouverneur, que nous avons été dupés par celui-là même que nous avons nourris en notre propre sein. Je ne sais ce qui poussa Ehud à nous trahir, toujours est-il qu’il a fait croire au service de sécurité que tout s’était parfaitement déroulé. Le tribut fut livré et le reste du cortège diplomatique a quitté notre territoire en passant devant les idoles de pierres dressées délimitant notre juridiction, et au-delà desquelles règne Yhwh.

Pour une raison inconnue, Ehud quitta ses compagnons et rebroussa chemin. Lorsqu’il retourna à la résidence d’été d’Eglon, la relève de la garde s’était déjà effectuée et les novices fouillèrent uniquement le côté gauche de son vêtement. Muni du mot de passe, Ehud atteignit la salle d’audience d’Eglon et prononça le code convenu entre eux. Eglon congédia ses serviteurs et sa garde afin qu’Ehud puisse faire son rapport en privé. C’est alors que les événements se sont précipités et les conclusions qui vont suivre, ne sont, Excellence, que pure hypothèse !

Néanmoins, tous les indices relevés sur le lieu du « drame » indiquent qu’Eglon, qui était assis sur sa chaise percée, pour une circonstance indéterminée s’est relevé. A ce moment précis, Ehud a glissé sa main gauche sous sa cuisse droite où il avait caché une dague effilée pour la plonger dans les entrailles d’Eglon. Rapide comme l’éclair lancé par Kemosh-baal, Ehud sortit de la chambre haute par le canal d’évacuation des eaux usées, pénétra dans le vestibule et barra le verrou intérieur. Puis il s’enfuit par l’escalier vers le toit. Au bout d’un temps assez long, les serviteurs qui ne s’étaient pas alertés jusque là parce qu’ils avaient l’habitude des assisses prolongées de leur maître, perdirent patience et pénétrèrent dans la chambre grâce à la clé de service. Pris de dégoût, ils trouvèrent Eglon gisant dans une mare de sang, de tripes et d’excréments ! La dague était enfoncée profondément dans les replis de sa graisse, cherchant à atteindre ses organes vitaux ; Ehud aurait perdu trop de temps à la retirer !

Ce fut une panique indescriptible ! Le pays était désorganisé et assailli de toutes parts. Les Ephraïmites se sont alliés subitement aux Benjaminites et aux Gadites. Nous étions cernés, en sous-effectif et privés d’un commandement centralisé. C’est ainsi que nous nous sommes repliés au-delà du Yardun dans nos frontières actuelles. Depuis ce jour, de sinistre mémoire, la cité des palmiers et son gué stratégique sont tombés aux mains de nos ennemis. Ehud, quant à lui, ce traître, que ses entrailles pourrissent et qu’il ne trouve jamais sépulture, s’est, depuis, improvisé champion de Yhwh et roitelet sur Benjamin.

Voici en substance, ô gouverneur, les grandes lignes de mes investigations. Je suis conscient du caractère hypothétique de mes conclusions, mais elles ont été établies à la suite d’un faisceau d’indices et de déductions provenant de mon enquête méticuleuse. J’espère que ce rapport recevra l’agrément de notre souverain, aux pieds duquel je tombe ! A lui santé, honneur et gloire ! Le protégé et l’élu d’Ashtart-Kemosh. Que là-bas tout aille bien et que le soleil, notre roi, continue de briller sur nous !

Frédéric Gangloff (UEPAL) – Point KT




Disciple Pierre témoigne l’Eglise Universelle

Narration de Marthe Balla pour conter les débuts de l’Eglise Universelle, adaptée du livre des actes des Apôtres (chapitres 10 et 11). Les chiffres entre parenthèses renvoient à des références bibliques en bas de page. La narration peut se faire avec ou sans figurine biblique.

Pierre, je m’appelle Pierre… Avant je m’appelais Simon (1) comme le deuxième fils de Jacob, ce Jacob que Dieu a appelé Israël (2)…Moi, c’est le Seigneur Jésus qui m’a dit un jour : «  Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon église » (3)… Après les autres disciples m’ont toujours appelé Pierre…

Ce n’est qu’aujourd’hui que je comprends vraiment ce que Jésus a voulu dire. Voilà ce qui s’est passé :

J’étais allé à Joppé, une ville au bord de la mer Méditerranée pour parler aux juifs de là-bas du Seigneur Jésus. Un jour, vers midi, pour prier je suis monté sur le toit en terrasse de la maison où on m’avait logé. J’ai eu faim et j’ai demandé qu’on me prépare à manger. Pendant que j’attendais j’ai eu une vision : j’ai vu le ciel ouvert et une grande nappe attachée aux 4 coins est descendue vers la terre. Dans la nappe il y avait tous les animaux, ceux à 4 pattes et ceux qui rampent et ceux qui volent. J’ai entendu une voix qui disait : « Lève-toi, tue et mange ! ». J’ai répondu : « Non, Seigneur, je n’ai jamais mangé les animaux que la Loi de Moïse appelle impurs et interdit de manger (4) ».La voix m’a répondu : « Ce que Dieu a purifié, ne le déclare pas impur ! ».

C’est arrivé trois fois de suite, puis la nappe a été remontée au ciel. Alors que je me demandais encore ce que cela voulait dire trois hommes ont frappé à la porte et ont demandé à voir « Simon appelé Pierre ». Et voilà que l’Esprit de Dieu me dit de descendre et de les suivre !…

Je suis descendu, je me suis présenté et j’ai demandé pourquoi ils étaient venus. Ils m’ont répondu : « Cornélius, le centurion, est un homme juste qui respecte Dieu et fait beaucoup de bien, il a été averti par un ange de t’inviter chez lui pour écouter ce tu as à lui dire. » J’ai demandé qu’on les accueille et le lendemain je suis parti avec eux et quelques frères qui ont voulu m’accompagner.

Quand nous sommes arrivés à la ville de Césarée, Cornélius nous a accueillis avec joie. Il avait invité sa famille et ses amis. Cornélius s’est prosterné devant moi mais je l’ai relevé en lui disant : « Lève-toi ! Moi aussi je ne suis qu’un homme ! »

J’ai dit à tous ceux qui étaient là : « Vous savez qu’il est interdit à un juif d’entrer chez un étranger, mais Dieu m’a fait comprendre qu’il ne faut dire d’aucun homme qu’il est impur et que partout tout homme qui respecte Dieu et fait ce qui lui plaît est agréable à Dieu ! » Puis je leur ai parlé du Seigneur Jésus, de sa vie, sa mort et sa résurrection.

Je parlais encore quand l’Esprit Saint est descendu – comme au jour de la Pentecôte – sur toutes les personnes qui étaient là. Les frères qui m’avaient accompagné étaient très étonnés. Je leur ai dit : « Peut-on les empêcher de recevoir le baptême alors qu’ils ont reçu l’Esprit Saint comme nous ? » Et nous les avons baptisés et sommes restés quelques jours avec eux…

Quand nous sommes revenus à Jérusalem les frères d’origine juive nous ont reproché d’être allés chez des païens et de les avoir baptisés au nom de Jésus. Je leur ai raconté tout ce qui s’était passé et leur ai demandé : « Si Dieu leur a accordé le même don qu’à nous, qui suis-je pour m’opposer à Dieu ? »

Les frères d’origine juive ont gardé le silence puis ont loué Dieu qui a donné à tous les hommes la possibilité de changer de comportement et de recevoir la vraie vie.

  • (1) Matthieu 4 v 18
  • (2) Genèse 32 v 29
  • (3) Matthieu 16 v 17-18

Crédits : Marthe Balla (UEPAL) – Point KT




Ecoute les contes de Pâques

Marjorie Moreau partage sa passion : lire les contes. Voici sa sélection de Pâques offerte aux utilisateurs de Point KT pour une expérience auditive !

  • Il se trame quelque chose, Bettina Schaller, Cahiers de la Bible Contée n°14, 2005 cliquer ici

Les hébreux ploient sous le joug des égyptiens. Ils ont l’impression que les choses ne pourront jamais changer. Et ils ont perdu tout espoir. Pourtant… Oui, pourtant, comme le dit si bien le titre, il se trame quelque chose…

 

  • La grande leçon Partie 1, Pierre Prigent, Cahiers de la Bible Contée n°14, 2005 cliquer ici 

Petit Loup est encore très jeune. Presque encore un louveteau. Mais il va recevoir une importante leçon de vie. Et il va devoir grandir…

 

  • La grande leçon Partie 2, Pierre Prigent, Cahiers de la Bible Contée n°14, 2005 cliquer ici

A travers l’exemple de son chef, Petit Loup a reçu une leçon difficile mais aussi très importante. À présent, le chef n’est plus et c’est à Petit Loup de mettre en pratique ce qu’il lui a appris…

 

  • Le troisième jours, Claude Mourlam, Cahiers de la Bible Contée n°12, 2004 cliquer ici 

Voici Premier, Deuxième et Troisième. Drôles de noms me direz-vous ! Il faut dire aussi que Premier, Deuxième et Troisième ne sont pas n’importe qui. Ce sont des anges. Et plus précisément, les anges assignés au grand Calendrier de Dieu. Ce sont eux qui ont fait le décompte des jours au moment de la Création. Eux encore qui ont accompagné la remise des Tables de la Loi. Et aujourd’hui, ils sont de nouveau convoqués. Pourquoi ? Que se passe-t-il ? Apparemment, c’est en rapport avec le Fils…

 

  • La Pâque de Cléopas, Edmond Stussi, Cahiers de la Bible Contée n°16, 2006 cliquer ici 

Cléopas est inquiet, désespéré. Ieschoua a été arrêté. Il est condamné à mort ! Pourtant, Cléopas y avait cru. Il avait cru que le Royaume de paix allait venir. Mais voilà, Ieschoua est mort… Tout est fini. A moins que… Qui est cet inconnu rencontré sur le chemin du retour ?

 

  • Le peintre qui refusa de peindre, Pierre Prigent, Cahiers de la Bible Contée n°10, 2003 cliquer ici 

Voici un peintre chargé de représenter le Jugement dernier. On lui a commandé un tableau qui doit susciter la peur. Cependant, le peintre a relu les Évangiles et ne se décide pas à commencer ce tableau, au grand dam de son assistant…

Crédit : Marjorie Moreau (UEPAL – Médiathèque) Point KT




Marie servante

« Marie servante » est une narration  proposée par le pasteur Cristian Kempf, pour présenter la vie de Marie, d’après la perspective protestante. Le texte est long, complet. On aura intérêt à couper le texte et de ménager un suspens… pour le reprendre lors de la prochaine rencontre.

Dans la cour ensoleillée de la maison d’Antonius, Anaé est la seule fille. Elle est aussi la plus grande de ces enfants dont les parents, réfugiés de Palestine, sont logés par l’intendant Antonius et par sa femme Jeanne, la maman d’Anaé.

Jeanne est la veuve de Kouza, intendant du roi Hérode (Judée). Elle a eu plusieurs fois l’occasion d’écouter Jésus de Nazareth, elle a été profondément touchée par ses paroles et elle a rejoint le groupe des disciples aussi souvent qu’elle pouvait. Elle est devenue l’amie des autres femmes de l’entourage de Jésus, comme Marie de Magdala et Marie la mère de Jacques et de Joseph, et surtout de Marie de Nazareth, la mère du prophète. Un an après la mort et la résurrection de Jésus, Jeanne a fui Jérusalem, où les disciples de Jésus de Nazareth sont pourchassés. A Ephèse, elle a été recueillie par Antonius, ami de son mari décédé et intendant du gouverneur romain de la ville. L’année d’après, elle l’a épousé. Anaé, leur fille et seul enfant, a maintenant 12 ans.

Anaé parle le grec qui est la langue de tous les jours à Ephèse. Elle parle aussi le latin, qui est la langue de son père Antonius, et l’araméen, la langue de Jeanne, sa mère.

Elle aime bien jouer aux jeux de tous ces garçons, même aux batailles avec bâtons, mais ce qu’elle préfère, c’est rester avec la vieille dame qui vit derrière la maison dans une grande pièce avec une terrasse ombragée. La vieille dame, c’est Marie. Ici, elle est la protégée de Jeanne. Et d’ailleurs tous la respectent hautement, dans la maison. Elle est la mère de Jésus, quand-même !

Comme Jeanne, et comme les autres parents logés dans la maison d’Antonius, Marie a dû fuir loin de Jérusalem, quand les chefs du Temple ont lancé la chasse à ceux qui croient et qui disent que Jésus de Nazareth est redevenu vivant après être mort sur la croix. On ne les appelait pas encore des chrétiens, on disait « ceux de la Voie » puisqu’ils avaient marché à la suite de Jésus, ou « ceux de Jésus ».

Et Anaé adore les histoires de Marie. Bon, ce ne sont pas des histoires, puisque Marie n’invente rien, elle raconte ses souvenirs. Mais elle les raconte si bien !

– « Je ne voudrais pas retourner à Jérusalem ! » soupire Marie quand Anaé vient s’asseoir à côté d’elle sur le banc à l’ombre de la vigne grimpante, sur la terrasse. Elle dit ça comme si elle sortait d’une longue méditation solitaire.

– « On est bien ici, non ? » glisse Anaé.

– « Oui. Pourtant… Jérusalem, tu sais… »

– « Ben… non, je ne sais pas, Tante Marie. Je n’y suis jamais allée. Maman en parle quelquefois, mais elle dit qu’elle est chez elle ici, maintenant. »

– « Oh ! je la comprends », fait Marie en soulevant les mains. « Elle a refait sa vie ici, grâce à ton père. Mais pour moi, tout s’est arrêté à Jérusalem. »

– « Parce que le Seigneur Jésus est mort là-bas ? » Un silence. Marie ne répond pas tout de suite.

– « Non, puisque trois jours après il était de nouveau vivant. Ce qui s’est arrêté, c’est… » Elle se tait encore. Anaé respecte ce silence.

– « Ce qui s’est arrêté, » reprend Marie, « c’est d’être la maman de ce grand jeune homme devenu un prophète. »

La conversation est interrompue par Jeanne, qui arrive d’un pas pressé :

– « Anaé ! J’ai à te parler. Et c’est très bien que je te trouve chez Marie, elle pourra nous aider. »

Elle s’assied, prend une grande respiration, puis elle dit :

– « Ma fille, nous avons une décision à prendre. Voilà. Ton père va faire un long voyage, il doit aller à Jérusalem avec le gouverneur Sertius, il va y rester pendant deux ou trois mois, peut-être même six. C’est long, il va habiter dans une grande maison où il va recevoir des gens pour des réunions et pour des banquets et le gouverneur a demandé que j’y sois comme maîtresse de maison.

La question est : est-ce que tu viens avec moi, ou est-ce que tu tiens compagnie à Tante Marie, ici ? De toute façon, nous aurons à Jérusalem des serviteurs recrutés sur place, ceux d’ici ne quitteront pas la maison, ils obéiront à Tante Marie, nos frères et sœurs de la communauté veilleront sur elle. Alors, qu’est-ce que tu en penses ? »

Anaé a d’abord écouté avec de grands yeux. Puis son visage s’est fermé, et à la fin il s’est même assombri. Elle se lève, tourne le dos et croise les bras sur sa poitrine. Elle ne dit rien.

Jeanne pousse un soupir :

– « Je sais, Anaé, je sais, c’est dur de rester toute seule sans papa et maman, mais tu seras avec Tante Marie ! C’est bien, non ? »

– « Je VEUX aller avec toi, » dit Anaé en se retournant, l’air renfrogné, « mais Tante Marie doit aussi venir. »

– « Anaé ! non ! Ce serait bien trop pénible pour elle, regarde-la ! elle est âgée, elle ne supporterait pas le voyage ! »

Anaé se tourne vers Marie.

– « Ta maman a raison, Anaé », dit Marie en penchant la tête. « Je suis trop vieille pour un tel voyage. Et puis je te l’ai dit tout à l’heure : Jérusalem, je ne voudrais pas avoir à y retourner… j’y ai beaucoup souffert, ça me fait encore mal aujourd’hui quand j’y pense, même si je célèbre la présence vivante de Jésus chaque fois que la communauté d’Ephèse se réunit. Va avec ta maman, ma chérie, je ne suis pas seule ici. »

– « Ah ! tu vois, Anaé, je te l’avais dit ! C’est bon, on fait comme ça. » Jeanne prend sa fille par la main et s’en va avec elle. Avant que les deux ne sortent de la cour, Marie entend encore Anaé dire :

– « Mais maman ! Je voulais juste que Tante Marie me montre elle-même sa ville et son pays ! »

Le lendemain, la maison est toute remuée par les préparatifs du voyage. Le départ n’est prévu que le mois prochain, mais pour tout le monde la vie de tous les jours n’est déjà plus la même.

On explique aux hôtes et aux serviteurs qu’Antonius va jouer un rôle important à Jérusalem : avec le gouverneur Sertius, il va mener des négociations de paix avec les mouvements de révolte qui ont pris de l’importance en Palestine ces dernières années et qui agitent la vie en société avec des attaques et des attentats. L’empereur de Rome, qui a besoin de ses armées dans d’autres régions de l’empire, ne veut pas faire intervenir la force militaire romaine, il veut qu’une solution pacifique soit trouvée.

Pour ces négociations, le gouverneur de la Judée et les révoltés ne seront pas seuls face-à-face, il y aura une troisième partie, qui sera neutre, en la personne de Sertius assisté d’Antonius. Et comme les révoltés ne sont pas tous regroupés sous le même commandement, il faudra négocier aussi en ordre dispersé.

Quelques jours plus tard, Anaé reçoit dans sa chambre une visite inattendue : Tante Marie a fait l’effort de monter par l’escalier. Anaé et elle ne se sont vues depuis l’annonce du voyage à Jérusalem. Pour mieux accueillir les embrassades de la fillette, Marie s’assied.

– « Ta maman est dans les parages ? »

– « Je vais lui dire que tu es là ! »

Marie annonce à Jeanne et à sa fille qu’elle a changé d’avis et que si l’intendant Antonius est d’accord elle sera volontiers du voyage. Sous les cris de joie d’Anaé, Marie explique : elle se sent tellement en sécurité ici, à Ephèse, mais elle pense aux sœurs et aux frères qui vivent dans des conditions difficiles à Jérusalem et en Palestine, elle se dit que, puisque l’occasion s’en présente, son devoir est d’aller les soutenir en tant que servante du Seigneur.

– « Mais tu n’es pas une servante, Tante Marie ! » l’interrompt Anaé. « Tu es juste la maman de Jésus ! »

– « Oui, tu as raison, Anaé. Mais quand j’ai su, moi la jeune fille même pas mariée, que je devais porter et mettre au monde l’enfant voulu par le Seigneur Dieu, j’ai d’abord été très effrayée. Puis j’ai compris que ce qui m’arrivait était beaucoup, beaucoup plus grand que moi, que j’avais bien de la chance d’avoir été choisie pour porter ce bébé. Dire « je suis la servante du Seigneur », c’était une manière de dire « oui » au Seigneur Dieu et à son projet. »

– « Oh… », Anaé hésite… « tu veux dire… tu aurais aussi pu dire ‘non’ ? »

– « Ah ! Peut-être bien ! Je ne me suis jamais posé la question ! »

– « Marie, je suis très heureuse de ta décision », intervient Jeanne, « je vais en parler à Antonius. Je crois que tu peux commencer à préparer tes affaires. »

Jeanne ne met pas longtemps à convaincre son mari. Bien sûr, la présence de Marie pendant le voyage et ensuite à Jérusalem va nécessiter des moyens supplémentaires, mais le gouverneur Sertius lui a donné toute liberté et des larges moyens financiers pour organiser cette mission très importante. Pas de problème pour inclure Marie.

Le voyage a lieu. Le personnel non officiel n’embarque pas sur les galères, mais dans des bateaux équipés de voiles et manœuvrés par des marins ordinaires. Anaé est aux anges, elle veut tout savoir sur l’art de serrer ou détendre les voiles et d’actionner le gouvernail. Elle grimpe au mât pour rejoindre la vigie, elle descend par l’échelle pour visiter la soute, elle court de la proue à la poupe pour regarder les dauphins qui sautent sur les vagues.

Pour Jeanne et Marie c’est un peu plus pénible, tangage et roulis les soumettent au mal de mer, leur cabine est rudimentaire, la nourriture est maigre et salée, le soleil est brûlant toute la journée. Heureusement, les vents sont favorables et aucun mauvais temps ne vient perturber la navigation.

L’arrivée à Jérusalem a lieu tard le soir, après un convoi terrestre de plusieurs jours depuis Césarée, le port préféré des Romains. Antonius et sa suite s’installent dans une villa au bord du quartier romain, à l’extérieur des murailles au nord de la ville. Ils sont sous la protection de l’armée romaine, mais avec un accès sur la campagne de Judée, ce qui va être extrêmement utile à certains moments délicats des négociations qui s’engagent.

Jeanne n’attend pas longtemps pour renouer contact avec la communauté des croyants. Habillée comme une femme de Jérusalem, suivie par deux serviteurs d’Antonius chargés de veiller sur elle, elle se faufile un matin dans les rues de la ville jusqu’à la maison de Asher, où elle retrouvait les sœurs et les frères onze ans auparavant.

Elle tombe sur une ruine, barrée de planches. Plus personne n’habite là. Sans hésiter, elle prend la direction de chez Esther, une sœur mariée à un gardien du Temple et qui, à l’époque, recevait à l’arrière de sa maison des petits groupes de croyants, en cachette de son mari, aux heures où celui-ci était de garde. Esther accueille Jeanne avec des embrassades et des larmes.

Elle lui explique que la communauté des croyants à Jérusalem a dû apprendre à se cacher, la persécution n’est plus aussi intense mais toujours réelle. Elle lui indique les endroits où ceux qui n’ont pas fui de l’autre côté du Jourdain ou vers Antioche ou Ephèse se réunissent pour prier, se rappeler les paroles du Seigneur et écouter les anciens, comme Jacques le frère du Seigneur.

Jacques est le plus jeune fils de Marie et de Joseph. Dans les années qui avaient suivi la résurrection de Jésus et la fondation de la communauté à la Pentecôte, il avait milité pour que la mère de Jésus soit honorée pour son rôle dans la venue du Christ. Pour lui, elle devait faire partie du cercle des apôtres et des principaux disciples, témoins du message et de l’action de Jésus.

Mais elle avait résisté à cela, estimant qu’elle n’avait pas été plus qu’une mère portant son enfant jusqu’à la naissance et le nourrissant ensuite jusqu’à ce qu’il devienne autonome. Que son fils soit mort avant elle la faisait terriblement souffrir, mais ça n’avait rien d’exceptionnel, avait-elle dit et répété, bien des mères vivent cela.

Pour elle, l’important, dans le temps nouveau inauguré par le matin de Pâques, était la transmission du message du Fils de Dieu à propos de l’immense bonté de Dieu le Père. L’accomplissement des promesses des prophètes sur la venue du Messie. L’annonce de la vie plus forte que la mort. L’ouverture à l’Esprit donné par Dieu le Père. Ces nouveautés changeaient réellement la vie des croyants, beaucoup plus que l’admiration devant quelqu’un comme elle, qui n’avait fait que son devoir, disait-elle à qui voulait bien l’entendre.

Esther fait courir la nouvelle du retour de Marie dans la ville du Temple. Des réunions discrètes s’organisent un peu partout, à Jérusalem et aux environs. Avec de grandes précautions, Marie y assiste autant que possible, en compagnie de Jeanne et d’Anaé. Jacques lui aussi manifeste sa joie de revoir sa mère. Il n’a pas renoncé à son idée de réserver à Marie une place spéciale dans la communauté.

Les négociations de paix voulues par l’empereur commencent très vite. Pas dans la citadelle Antonia, dont les rebelles se méfient beaucoup, puisque beaucoup d’entre eux y ont déjà été retenus prisonniers à différents moments de leur existence. Mais dans des maisons particulières, ou sur des places publiques. Et bien sûr dans la maison d’Antonius.

Les choses se présentent bien, les Romains ne sont pas les seuls à désirer pour la Judée et toute la Palestine des conditions de vie plus calmes, moins risquées. Les extrémistes, qui exigent que la terre des Ancêtres doit être rendue à sa pureté originelle, se font plus rares.

En revenant d’une réunion de croyants où Jeanne et sa fille sont allées sans Marie, trop fatiguée, Anaé est tout excitée :

– « Tante Marie, tante Marie ! Tu sais quoi ? Chez Esther, des messieurs ont récité un poème où il est question de toi. Attends ! je crois que je le sais par cœur :

Mon âme exalte le Seigneur

et mon esprit s’est rempli d’allégresse à cause de Dieu, mon Sauveur,

parce qu’il a porté son regard sur son humble servante. »

– « Anaé, ma chérie, est-ce qu’on t’a dit aussi d’où vient ce poème ? »

– « Ouuii ! Il est de toi, quand tu as visité ta cousine Elisabeth, la maman de Jean le Baptiste ! »

– « Exact. Je suis allée lui rendre visite parce que j’avais appris qu’elle aussi était enceinte. Elle, elle était normalement trop âgée pour avoir un bébé, et moi vraiment trop jeune. Elle était au sixième mois, je n’en étais qu’au troisième, on s’est merveilleusement bien entendues.

Et quand on s’est rencontrées, c’est elle qui m’a dit la première : Tu es bénie plus que toutes les femmes, béni aussi est le fruit à l’intérieur de ton corps. Bienheureuse celle qui a cru : ce qui lui a été dit de la part du Seigneur s’accomplira !

J’étais tellement heureuse, Anaé ! Comme soulevée de terre par la joie ! Et je me suis mise à chanter : mon âme exalte le Seigneur ! Je ne savais pas que ces paroles étaient encore connues de nos jours. C’est peut-être Zacharie, le mari d’Elisabeth, qui a tout noté ? »

Lors d’une des séances de négociation dans la maison d’Antonius, un des représentants d’un groupe d’activistes pose une condition surprenante : il s’appelle Shmuel et il sait que Marie habite ici, il veut l’entendre dire elle-même si oui ou non il peut faire confiance à Antonius.

Marie vient à la réunion, elle assure à tous que l’intendant Antonius est un homme auquel on peut parfaitement faire confiance. Mais Shmuel n’est pas satisfait. Il veut qu’elle fasse la même déclaration devant ses compagnons, dans leur lieu secret quelque part en Judée, loin du regard et du contrôle de son hôte romain. Antonius proteste : Marie n’est pas en état de faire une telle expédition ! Mais elle se dit prête à tenter l’aventure.

En fait, elle connaît Shmuel. A l’époque, il avait fait partie de ceux qui marchaient sur les chemins de Palestine à la suite de Jésus. Il était même un de ses plus ardents disciples. Comme Judas Ischariote, un des autres disciples, il était d’avis que Jésus devait prendre la tête d’une révolte armée contre l’occupant et contre les autorités juives complices des Romains. Quand Jésus avait annoncé qu’il ne prendrait pas les armes et qu’il acceptait de mourir plutôt que de se battre, Shmuel s’était mis en colère et l’avait quitté pour rejoindre ses amis zélotes.

Pour donner une chance aux négociations, Marie accepte donc de partir avec Shmuel. Mais en grand secret. Seuls Antonius, Jeanne et Anaé sont au courant. Alors, dans la communauté des croyants, le bruit se répand que Marie a disparu. Dans un groupe de prière où ce sujet est abordé, Anaé dit, pour blaguer :

– « Peut-être qu’elle est allée au ciel ?! » Elle se retient de rire, puisqu’elle connaît la vraie raison de l’absence de Tante Marie. Mais certains la prennent au sérieux. Et bien que Marie soit de retour chez Antonius quelques jours plus tard, l’idée de sa « disparition au ciel » reste ancrée dans la mémoire de quelques-uns.

Avec Jeanne et sa fille et quelques croyants, et en prenant toutes les précautions nécessaires, Marie fait le tour des lieux de Jérusalem où, d’après ses souvenirs, Jésus a passé durant son ultime séjour dans la Ville Sainte.

Par exemple la porte par laquelle il était entré en traversant une foule enthousiaste, alors même qu’il était assis sur le dos d’un simple âne. La cour du Temple où il a renversé les tables des changeurs de monnaie et ouvert les cages des colombes vendues pour les sacrifices. La piscine de Bethesda où il a guéri des malades. L’endroit, maintenant en ruine, où s’était trouvée la maison dans laquelle il a partagé son dernier repas avec ses disciples. Le jardin de Gethsémani où le disciple Judas l’a livré à la troupe armée envoyée par les grands-prêtres. Et bien sûr le mont Golgotha où il a été mis en croix.

Le lieu de la tombe par contre, elle ne peut pas le visiter : d’une part la colline a été totalement rasée pour effacer l’endroit où Jésus a été enterré et faire oublier qu’il est ressuscité, et d’autre part l’accès est interdit par des palissades et des gardes armés.

Après plus de six mois, les négociations se terminent par un accord de paix signé par les représentants de l’empereur et ceux des groupes de rebelles. Fiers de ce succès, Antonius et les siens s’apprêtent à repartir pour Ephèse.

Marie hésite d’abord. Beaucoup de choses la retiennent maintenant à Jérusalem. Toutes ces relations nouées avec les jeunes membres de la communauté et renouées avec les anciens. Ces souvenirs maintenant apaisés. Ces espérances pour un possible épanouissement de la foi en Jésus en Palestine-même.

D’autant que Shmuel et d’autres activistes ont, sur l’insistance de Marie, finalement choisi de renoncer à la violence et de s’intégrer à la communauté. Mais en exagérant tout de suite dans l’autre sens : ils soutiennent Jacques, le chef de la communauté de Jérusalem, qui persiste avec entêtement à vouloir faire de Marie une figure clé parmi les croyants.

Et ça, Marie ne peut et ne veut pas l’accepter. Elle embarque donc avec Jeanne et Anaé. Devinez qui est la plus heureuse de toutes ? Anaé, bien sûr !

A peine sont-ils tous réinstallés dans la maison d’Antonius à Ephèse qu’une triste nouvelle leur parvient : les troubles ont recommencé en Palestine. Un des groupes de zélotes a trahi ses promesses et a repris ses actions violentes. Nous laisserons aux historiens le soin de dire si oui ou non il s’agit de l’ancien groupe de Shmuel et si la menace d’une intervention des armées romaines va vraiment se réaliser, avec destruction de Jérusalem et de son Temple.

Crédit : Christian Kempf, 2021, (UEPAL) – Point KT – photo et illustrations : Pixabay

 




Le chant de Marie

Qu’il est beau le chant de Marie ! Une mission lui a été confiée. Celle de mettre au monde le Sauveur de l’humanité. Alors elle chante. Elle chante son bonheur. Elle chante de tout son cœur. Un chant… magnifique !

Ce chant est parvenu jusqu’aux oreilles d’un petit garçon. Ne me demandez pas comment, je ne le sais pas. Mais cet enfant a tellement aimé ce chant qu’il ne sort plus de sa tête. Et il a eu une idée : rassembler une foule immense et la faire chanter !

Oh il n’y connait rien à la musique. Mais vous le savez, les enfants sont obstinés. Il n’arrête plus d’en parler : « je serai le chef de chœur et le monde entier pourra entendre ce chant que j’aime tant ! ».

 

 

Les admirés

Dans la ville de ce petit garçon, il y a une chanteuse. Une cantatrice pour être exact. Une dame très élégante, avec du rouge sur les lèvres et sur les ongles et puis un grand manteau. Elle chante dans les opéras du monde entier. Alors c’est elle qu’il va voir en premier !

Quand il sonne à son immeuble, la porte s’ouvre. Il n’avait jamais vu un endroit comme celui-là. Dans le couloir il y a de la moquette sur le sol et aussi sur les murs et puis de grands tableaux aux cadres dorés. Qu’est-ce que c’est chic !

Elle est là dans l’embrasure de la porte. Elle est bien plus grande que sur les affiches. Et fascinante. Et tellement belle.

  • Que veux tu mon garçon ?
  • Euh… eh bien… euh… bonjour Madame. Je voudrais faire une grande chorale pour un chant que j’aime beaucoup. Et je me disais que vous pourriez m’aider.
  • Alors ça c’est amusant ! Et quelle est cette pièce que tu as choisie ? Baroque ? Romantique ? Est-ce que c’est Bach ? ou Debussy ?
  • Euh… non Madame. Je crois qu’elle s’appelle Marie.
  • Marie… ça ne me dit rien. Qu’est-ce qu’elle a composé ?
  • Euh, je ne sais plus exactement. Elle chante parce qu’elle va avoir un bébé.
  • Ah oui je vois. La maternité glorifiée. Très peu pour moi. Ecoute, tu es bien mignon, mais je n’ai pas le temps là.
  • Mais vous allez venir chanter avec moi n’est-ce pas ?

Elle explose de rire.

  • Ah parce que tu es sérieux ? Mais non. Il n’en est pas question. Tu me vois moi ? Chanter avec toi ?
  • Mais s’il vous plait…
  • Oh mais tu commences à m’agacer. Je n’ai pas de temps à perdre avec un mouflet !

Et elle lui claque la porte au nez ! Le petit garçon reste debout devant la porte fermée quelques instants. Il descend en courant. Mais avant de sortir, il essuie ses larmes. On ne sait jamais, des copains pourraient passer par là et le voir pleurer. Puis il fait quelques pas dehors et s’assied sur le trottoir.

Les méprisés

  • Mais qu’est-ce que tu fais là mon petit ?

Il lève les yeux. C’est une grosse madame avec des habits de toutes les couleurs.

  • Pourquoi tu es triste comme ça ?
  • Je suis allé voir la cantatrice, je lui ai demandé de chanter avec moi mais elle a été méchante.
  • Allons, allons ce n’est rien.

Dit-elle en tapotant son épaule.

  • Quel drôle d’idée aussi. Qu’est-ce que tu voulais chanter ?
  • Le chant de Marie. C’est un chant pour Dieu. Je rêve d’une grande chorale que le monde entier entendrait !
  • Ne te décourage pas mon petit. Il faut croire en ses rêves. Je suis sure que tu vas finir par y arriver !
  • Ah bon ? Vous venez avec moi ?
  • Moi ? Oh non. Je ne sais pas chanter ! Et puis regarde-moi. Tu crois que les gens ont envie de voir chanter quelqu’un comme moi ?
  • Mais pourquoi vous dites ça ?
  • Oh, tu es encore un peu petit pour le comprendre, mais je ne suis pas très intéressante. Je ne suis pas très cultivée, je n’ai pas beaucoup d’argent, je ne connais pas beaucoup de gens. Non franchement, ce n’est pas pour moi…
  • Je ne suis pas d’accord !

Et le garçon s’est mis à chanter le chant de Marie. Elle non plus, elle n’intéressait personne. C’était une petite fille de rien du tout. Mais c’est elle que Dieu a choisi. Elle qui est si humble et si petite ! Parce que lui, Dieu, il voit bien au-delà de ce que les autres voient de nous.

Et les yeux de la grosse madame se sont illuminés. Oui Dieu l’aime comme elle est. Et ça lui donne envie de chanter.

  • C’est d’accord, je viens avec toi ! Mais je te préviens, je dois prendre mes enfants avec moi. Ah les voilà qui arrivent.

Et la joyeuse petite troupe se met en marche.

Les marginalisés

Quelques rues plus loin, il y a des jeunes qui portent des vestes de cuir avec des piquants. Leurs cheveux sont de toutes les couleurs, parfois très longs et parfois dressés sur leur tête. Dans leur petite radio, un homme hurle sa colère. Ils boivent de la bière et jouent avec leurs chiens.

Les gens font des détours pour les éviter. Mais notre petit garçon court vers eux.

  • Bonjour !
  • Salut euh… petit… Monsieur ! Vous auriez une petite pièce s’il vous plait?
  • Non désolé.
  • Qu’est-ce qu’on peut faire pour toi ?
  • Eh bien, je suis avec cette dame là-bas et ses enfants. Vous venez chanter avec nous ?
  • Chanter ? Nous on chante parfois mais c’est pas pour les oreilles des enfants.
  • Ce serait un chant pour Dieu.
  • Pouah ! Pour Dieu ! Alors là non, y a même pas moyen ! On est des punks nous !
  • C’est quoi des punks ?
  • On est des anarchistes, sans foi ni loi, on s’est affranchi de ce système pourri !
  • Je ne comprends pas…
  • Ben, on est en colère contre cette société qui met d’un côté les riches et les puissants, et de l’autre les faibles et les pauvres.
  • Ah ben justement, il parle de ça le chant !
  • Ah bon ?

Et le petit garçon s’est mis à chanter ce chant révolutionnaire : Dieu renverse les rois de leurs sièges, il relève les petits. Il donne beaucoup de richesses à ceux qui ont faim, et les riches, il les renvoie les mains vides.

Et les jeunes gens l’ont écouté. Intrigués, ils l’ont suivi avec leurs chiens, avec la dame et tous ses enfants. Ensemble, ils ont continué la route.

Les oubliés

Ils se sont arrêtés devant une petite maison dont presque tous les volets sont fermés. Dans le jardin, laissé à l’abandon, les plantes débordent de tous les côtés. C’est une très vieille dame qui habite là. Le petit garçon est entré. Et devinez ce qu’il lui a demandé :

  • Vous venez chantez avec nous ?
  • Mon garçon, c’est impossible ! Regarde-moi. Je suis tellement fatiguée. J’ai déjà vécu ma vie, j’ai assez chanté. Maintenant ma voix est toute cassée. Non je reste dans ma maison et j’attends. J’attends qu’il vienne me chercher. Ça fait déjà longtemps que j’attends. Parfois je me demande si Dieu ne m’a pas oubliée.
  • Mais enfin comment pourrait-il vous oublier ?

Et le petit garçon s’est mis à chanter, ce chant de consolation : Dieu vient au secours de son peuple, il n’oublie pas de montrer sa bonté. Alors non, il ne l’a pas oubliée. Il l’aime toujours autant et elle peut encore chanter, même avec sa voix toute cassée ! Et la vieille dame a accepté ! Les garçons avec les drôles de cheveux sont entrés dans la maison. Avec beaucoup de douceur, ils l’ont sortie de son lit. Ils l’ont portée dans leurs bras. Et la petite troupe s’est remise en route.

En entendant ce chant, beaucoup d’autres les ont rejoints sur le chemin. Ils sont sortis de la ville et sont montés sur une colline.

De là, ils pouvaient admirer toute la beauté de ce monde. Dans le ciel les oiseaux, les nuages et le soleil. Dans les champs les vaches et les fleurs. Les papillons et les abeilles qui butinent. Et les fourmis qui travaillent.

Et du fond de leurs cœurs, un chant est monté. Et ce chant est sorti. Tout doucement, tout joliment. Toutes leurs voix se sont accordées en un chant si doux et si puissant à la fois… Magnifique comme le créateur. Magnifique comme le Seigneur.

Crédits : Sophie Letsch (UEPAL) Image Pixabay, pour Point KT




Pourquoi chanter Dieu ?

Dimanche « Cantate ». Le jour où l’on se rappelle qu’il faut chanter, chanter Dieu. Quitte à être désagréable pour certains, comme pour ces pharisiens (cf. Luc 19,37-40).

Vous voulez peut-être me demander : Mais pourquoi chanter Dieu ?
Et bien, voici une petite histoire, un conte, pour vous raconter.
Elle parle de nous qui avons oublié, elle parle de l’obscurité :

 

Au début du chant, il n’y avait pas de langage, pas de langue. Le chant était alors comme le cri d’un enfant, comme un appel que l’on n’entend pas vraiment.

Un jour, Dieu se penche vers l’être humain dans son jardin, le salua et l’humain fou de joie chante : Alléluia ! Quelle merveille d’aimer et d’être aimé, quelle joie !

Ainsi, l’humain chanta, spontanément, sans trop y réfléchir.

Malheureusement, on connaît la suite. L’humain perd son innocence et se voit nu. Son chant devient sombre.
Non, pas qu’il se tue, mais le chant de joie laisse place au choc des pioches sur la terre qui bat la mesure ; et le cri de la mère accompagne celui de la naissance de l’enfant.

Puis l’humain grandit en oubliant sa joie d’enfance, ou plutôt en ne se la rappelant que rarement.

Et puis… et puis la nuit grandit, l’humain se referme sur lui.
Il n’apprend à parler que pour réclamer.
L’humain ordonne qu’un autre accoure. L’humain travaille et un autre ricane. L’humain produit.

Oui, l’humain produit à la chaîne, mais ses chaînes vont bien au-delà de la recherche de quoi manger.
L’humain cherche à se rassasier, mais jusqu’au fin fond de son temps libre, l’ombre s’est posée.

Comme si à force de consommer, la faim allait être comblée, comme si à force de s’enivrer, nos démons allaient s’envoler, comme si s’agiter les yeux fermés allait nous faire avancer.

L’humain s’agite pour produire, il oublie de chanter.
D’où est-ce que la joie pourrait jaillir ?

Cependant, arrive soudain un humain qui choisit l’oisiveté. Il s’arrête, il regarde le sol, il voit alors ses pieds, sa chaîne qu’il a lui-même forgée.

Et il se met à pleurer.

La nuit s’est étendue. L’innocence a laissé place à l’ignorance, la liberté à la productivité, la productivité à l’absurdité.

La vie a perdu son sens, sa joie, son chant.

Alors cet humain, celui qui s’était arrêté, relève les yeux au ciel et se met à penser ; du moins pour commencer, car cette pensée ne lui laisse plus d’autre choix que de crier, crier son injustice, crier son désespoir :

 

« Seigneur ! Qu’as-tu oublié ?
Où est ma joie passée, où est mon bonheur dont j’avais rêvé ?
N’avais-tu pas promis ?
Ne m’avais-tu pas aimé ? »

 

Dieu est là. L’Amour, Lui, Il ne l’a pas oublié.

Dieu est déjà là, tout près. Il s’est tellement rapproché qu’il a tout connu de notre sort jusqu’à nos plus sombres désespoirs.

Dieu est là à nous aimer, tellement qu’Il est venu pour nous montrer l’Amour sans réserve.

 

Alors, face à cet humain, il tend la main et se met à parler.

L’humain, celui qui s’est arrêté, celui qui était là pensif, à déprimer de ne pas voir tous ses efforts produire ce qu’il aurait aimé, cet humain se met à entendre quelque chose.

Non pas une grosse voix qui vient d’en haut. Ni de grands éclairs pour faire vibrer ses tympans, mais d’abord comme un petit murmure qui du fond de son cœur le berce et le rassure.

Alors, l’humain se pose, s’assoit, ferme les yeux. Il écoute.
Le murmure vibre de son cœur et continue à monter.

La vibration s’amplifie comme une douce voix qui réchauffe, qui rayonne dans tout son corps pour finir par jaillir de sa gorge déployée !

L’humain se met à chanter.

Il n’a plus peur de la faim et de la soif, le désert est traversé, ses chaînes sont brisées.

L’humain ouvre les yeux. La nuit a laissé place à la lumière. Sa rancœur a disparu et il ne reste que la joie.
Il chante.

 

Vous qui demandiez « pourquoi chanter Dieu ? » Et bien c’est pour tout cela.
Pour cet espoir retrouvé ! Pour cet Amour échangé !
Parce qu’ainsi, je parle à Dieu et qu’il me répond.

C’est parce que l’humain n’est pas fait seulement pour travailler. Mais surtout pour chanter.

Alléluia !

Crédit : Nicolas Brulin (UEPAL) –  Photo Pixabay, Point KT