image_pdfimage_print

« Le pactole et les diams » est une réactualisation de Matthieu 13, 44-46 par Frédéric Gangloff. Le dialogue se passe entre Monsieur Lemarchand et Monsieur Leroyaume. Introduction par un narrateur.pearls-2651960_640

 

 

 

 

Premier lieu

Bonjour ! Bienvenue chez moi ! Mon nom est Rex Harrison et je suis le propriétaire d’une boutique de prêt sur gages à Edenpark. Sept générations travaillent ensemble dans mon magasin depuis un certain temps et dixit, « Le Vieux » -mon pater- jamais il n’avait vu cela ! D’habitude, les particuliers m’apportent des objets plus ou moins anciens qu’ils souhaitent mettre en gage, mais aussi vendre. J’ai mes experts qui me donnent leur avis et nous négocions le prix ! Je peux vous dire que tous nos objets ont une histoire et un prix. En plus de 20 ans de métier, j’ai appris qu’on ne sait jamais ce qui franchira la porte…

Et il est arrivé ! Je ne vous dis pas ! Si ! Il faut tout de même que j’vous raconte ! Il voulait me vendre tout ce qu’il possédait ! Tout ! Je croyais qu’il tenait tout de même à certains objets ! Mais pensez-vous ! Intrigué, je l’ai questionné ! Il m’a tout déballé, cash, si je puis dire… Alors qu’il était en train de faire son boulot pépère le voilà qui tombe sur un trésor ou alors c’est plutôt le trésor qui lui est tombé dessus ! Ce con ne l’a même pas ouvert ! Il s’est contenté de le réenterrer ! Il a tout de suite su que c’était lui… Entre nous, c’est ce que j’ai aussi pensé quand j’ai vu ma première femme… Enfin bref ! Mon fils Big Jim m’a tout de suite prévenu : « Daddy c’est louche un gars qui trouve un trésor sans se barrer avec en douce » et le copain de mon fiston, employé dans mon magasin, a rajouté : « C’est encore plus chelou un mec qui renonce à tout ce qu’il possédait avant pour acheter joyeusement tout le champ, tel qu’il est, sans expertise » ! A ça, l’autre a répondu : « Que l’espérance enfouie nous oblige à prendre en compte ce qui la cache » ! Va piger quelque chose à des allumés pareils. Je lui ai dit qu’il aille se faire dépouiller ailleurs ! J’profite pas des pigeons ! Il a tourné des talons en me disant : « il y a des gens qui trouvent sans avoir cherché et d’autres qui ne cessent de chercher toute leur vie… » Sur ce, si vous n’achetez ou ne vendez rien, cassez-vous de mon magasin !

Nous nous déplaçons vers un second lieu

LEMARCHAND : Bonjour Monsieur.

LE ROYAUME : Bonjour Monsieur Lemarchand

LEMARCHAND : Vous cherchez quelque chose en particulier ? Peut-être un collier de perles pour votre trésor adoré…

LEROYAUME : Quelles belles perles ! Sans parler des bagues, pendentifs et montres en pierres précieuses. Un peu chères tout de même ; surtout vos croix huguenotes spéciales confirmation…

LEMARCHAND : Vous savez, depuis la crise… Tout est hors de prix ! Mais le luxe se porte bien !

LEROYAUME : Oui je sais que je le vaux bien ! Et pourtant la liberté de chercher vaut plus que tout l’or du monde. Cela n’a pas de prix !

LEMARCHAND : Certes, mais, vous le savez bien, il faut bien vivre…

LEROYAUME : Tiens ! Justement ! Vous en êtes où dans votre vie ? Toujours vivant ? Toujours debout ! La banane ? Rassurez-moi !

LEMARCHAND : Oui, faut pas le dire trop fort, mais les affaires ne marchent pas trop mal en ce moment…

LEROYAUME : Ah ça, le fric c’est chic, mais vous qu’est-ce qui vous met en marche encore ? Vous êtes assis sur vos millions ! Il est difficile de vous cambrioler : serrures, sonnettes d’alarme, portes blindées, vous ne laissez rien au hasard !

LEMARCHAND : Écoutez, si vous me cherchez, vous perdez votre temps ! Mon coffre est inviolable et introuvable !

LEROYAUME : Je viens vous demander de vous débarrasser de votre collection de belles perles pour celle qui surpassera toutes les autres.

LEMARCHAND : Comment ? Tout claquer pour une seule ? J’en ai plus de deux cents différentes dans mon magasin.

LEROYAUME : Je parle de celle devant laquelle toutes les autres vont pâlire !

LEMARCHAND : Oh ! Il n’y a pas marqué « abruti » sur mon front ! Si cette soi-disant perle existait, cela fait longtemps que je l’aurais trouvée ! Ça fait des années que j’écume les marchés !

LEROYAUME : Je vous assure qu’elle existe et qu’elle se laisse trouver par celui qui cherche vraiment ! Alors vous êtes prêts à tout bazarder pour cette perle que je vous propose ?

LEMARCHAND : Ah ! J’ai compris ! C’est la caméra cachée ! Ha ! Ha ! Ha ! Elle est bonne celle-là ! Vous me faites marcher, hein ?

LEROYAUME : J’aimerai bien, mais permettez-moi d’insister. Une fois la perle trouvée, vous allez changer !

LEMARCHAND : Qui êtes-vous au juste ?

LEROYAUME : A votre avis ? Qui d’autre pourrais-je être ? Vous risquez le coup de tout perdre pour la trouver ?

LEMARCHAND : Je ne peux sans aucune garantie !

LEROYAUME : J’insiste…

LEMARCHAND : C’est mon dernier mot…Jean Pierre !

LEROYAUME : Ce n’est pas le mien, maintenant que je suis là, j’y suis, j’y reste !

LEMARCHAND : Vous perdez votre temps !

LEROYAUME : Pas grave, j’ai l’éternité pour moi, même si c’est long sur la fin… C’est vous qui perdez une occasion unique en refusant.

LEMARCHAND : Mais cette collection, c’est ma raison de vivre. C’est mon trésor mondain. Vous ne pouvez pas me demander cela ?

LEROYAUME : Si ! Je veux vous libérer de cet esclavage pour vous remettre en marche LEMARCHAND !

LEMARCHAND : LEMARCHAND ? Vous savez mon nom ? Je connais à peine le vôtre.

LEROYAUME : Cherchez d’abord et vous trouverez ! LEROYAUME

Frédéric Gangloff