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« La pleine mesure » est une saynète basée sur Romains 12,17 à 21. Elle peut être interprétée par deux personnages assez contrastés. Prévoir de  se munir d’un double-mètre en bois, que « A » pourra manipuler afin de lui donner toutes les formes requises et qui voyagera de mains à mains…

« 17. Ne rendez à personne le mal pour le mal ; ayez à cœur de faire le bien devant tous les hommes. 18. S’il est possible, pour autant que cela dépend de vous, vivez en paix avec tous les hommes. 19. Ne vous vengez pas vous-mêmes, mes bien-aimés, mais laissez agir la colère de Dieu, car il est écrit : A moi la vengeance, c’est moi qui rétribuerai, dit le Seigneur. 20. Mais si ton ennemi a faim, donne-lui à manger, s’il a soif, donne-lui à boire, car, ce faisant, tu amasseras des charbons ardents sur sa tête. 21. Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais sois vainqueur du mal par le bien. »

 

A : Cette semaine, j’étais dans un grand magasin de bricolage et je me suis acheté un Double-mètre !

B : Toi et le bricolage… T’es pas un peu marteau ? Et qu’est-ce que tu veux mesurer avec ton double-mètre ?

A : Eh bien, cher maîîître, j’ai décidé de prendre de nouvelles mesures dans la paroisse…. Des mesures qui s’imposent ! Des mesures drastiques même ! Afin de donner toute la mesure du talent de l’équipe paroissiale !

B : Ah oui alti-maîîître ? Et quelles mesures comptes-tu prendre ? Ça m’intéresse, des fois que, je serais en mesure de faire pareil ailleurs.

A : Eh bien, je veux mesurer, par exemple, combien de mètres d’enfants on a à l’Ecole du Dimanche pour voir si on est dans les normes ! Tu sais combien de mètres d’enfants tu as, toi ?

B : Ben non ! Les enfants n’arrivent qu’au fur et à mesure… C’est compliqué, ils bougent tout le temps… Mais je crois qu’on ferait mieux de mesurer combien de mètres du troisième âge on a ! Ils sont un peu plus stables à l’âge d’or (le double-mètre devient une canne qui tremble…)

A : Ouais, tu as sûrement raison. Il faut savoir regarder la réalité en face et la recadrer ! (Miroir pour avoir le temps de se recoiffer)

B : Moi, ce matin en me rasant -mais pas de trop près- j’ai pensé que je pourrais sortir du cadre et ensuite donner la pleine mesure de mes innombrables talents… Je vais donc poser ma candidature pour devenir… Président (miroir pour se pâmer)

A : (inquiet) Tu veux dire Président… de notre Eglise ?

B : Non, il faut savoir dépasser la mesure ! Etre plus ambitieux ! Je serai Président de la République !

A : Ah ouais ! Carrément flippant ! Et tu as déjà réfléchi à ta cote de popularité ? (Double mètres en W avec tremblements)

B : Oh ça, je m’en fiche. Ça pue les sondages ! J’ai jamais pu les encadrer (double mètre en pince nez ^). Ce qui m’intéresse, c’est de battre la mesure et les autres n’ont qu’à suivre, en mesure (double-mètre en baguettes de chef d’orchestre). Il faut avoir un programme d’envergure !

A : Un programme ? Demandez le programme ! Qui n’a pas son programme ? (Bis)

B : Mais y a qu’à demander ! On écrirait Répubiblique française ! La Bible dans toutes les salles de classes et à méditer dans tous les conseils municipaux et lors des réunions de ministres !

A : Je vois bien le slogan suivant : « Ayez à cœur de faire le bien devant tous les hommes » !

B : Et si j’ai un collègue ou quelqu’un que je ne peux pas encadrer parce qu’on n’arrête pas de se chamailler, je suis responsable de cela ? Qu’est-ce que je peux faire dans une certaine mesure ?

A : Lors d’un conflit, il n’est dans notre pouvoir que de travailler sur notre propre cadre d’ombre (double-mètre en forme de cadre). D’y laisser filtrer la lumière divine. Et, peut-être qu’un peu de cette lumière se reflétera sur notre adversaire ?

B : Et alors, j’ai même plus le droit de me venger s’il m’a fait du mal. Je dois toujours faire bonne mesure ?

A : Laisser la vengeance à Dieu c’est te libérer du cadre étouffant de la haine. C’est échapper à la règle de la vengeance qui t’entraîne dans la violence des autres.

B : C’est très oriental de laisser Dieu se venger… C’est une manière de garder sa dignité, de ne pas perdre la face… Mais moi quand l’autre dépasse la mesure, je veux prendre les mesures qui s’imposent et le recadrer. Œil pour œil ! Dent pour dent ! Voilà qui paraît juste ! C’est pas de la violence démesurée ! C’est au contraire très mesuré. Qu’en penses-tu ?

A : En donnant à manger et à boire à ton ennemi, « ce sont des braises que tu amasseras sur sa tête ». Il sera consumé par la honte parce qu’il s’attend à tout, sauf à ça ! Les braises cautériseraient la plaie de ses souffrances qu’il venge en faisant le mal à autrui. Pour le dire poétiquement, comme le forgeron purifierait le minerai métallique de ses impuretés en l’enfouissant sous des braises, l’ennemi serait purifié de son inclination au mal. Rendre le mal pour le mal augmente le mal. Mais le bien est plus fort que le mal puisqu’il peut transformer le mal en bien…

B : Va dire ça à ceux qui se bombardent allégrement en faisant de la surenchère ! Mais mon pauvre ami, tu vis dans un monde de bisounours… Tu crois vraiment que ta combinaison chimique va fonctionner ?Tu planes à cent mètres d’altitude ! (double-mètre en forme d’avion)

A : Il s’agit juste de briser le cercle du mal, sa contagion !

B : Ah ! Il faut changer les règles du jeu ? Alors c’est pas des doubles-mètres qu’il te faut, mais des triples, voire des quadruples…

A : Les mesures du royaume de Dieu ne sont pas du tout irréalisables. C’est beaucoup plus simple et fondamental. Si l’autre t’oppose des exigences excessives, c’est qu’il est déjà dans la rivalité mimétique, il s’attend à ce que tu participes à la surenchère !

B : Pour y couper court, le seul moyen, c’est de faire le contraire de ce que la surenchère réclame : payer au double la demande provocatrice. S’il veut que je marche un kilomètre, je fais quelques mètres en plus (déployer le double-mètre)

A : Si on te frappe sur la joue gauche, tends la droite. Le royaume de Dieu n’est rien d’autre, mais cela ne veut pas dire qu’il soit d’accès facile.

B : Je veux bien, dans une certaine mesure, marcher un peu plus, quant à tendre la joue… Il y a un cadre que je ne dépasserai pas !

A : Imiter la parole et les actes du Christ. Vouloir non pas convoiter la compagne, la maison, ou la plastique avantageuse de l’autre dont nous ne connaissons rien, mais espérer en d’autres biens.

B : Mon désir d’imitation est ainsi déplacé du désir des biens et de la situation d’autrui au désir des biens du Christ, de la ressemblance jalousée de l’adversaire qui nous concurrence à l’imitation de Jésus Christ.

A : Exact ! Quand je te disais que l’évangile est pour les simples.

B : C’est tout de même ouf ton truc ! C’est l’amour démesuré ! Il faut aussi savoir garder la juste mesure !

A : Et pour cela, nul ne peut servir deux mètres, euh non, deux maîtres ! Alors moi j’ai choisi… (double-mètre en forme de croix)

B : Oui ben ! Tu peux faire une croix dessus… Et tu sais où tu peux te les… tes slogans débiles : « Ne te laisse pas vaincre par le mal mais sois vainqueur du mal par le bien. » Moi, je suis pour les mesures conservatoires. (Un ou deux mètres)

A : Mais n’oublie pas : Jésus est le chemin, la vérité et la vie. Et ce chemin, ça va faire encore des mètres et des mètres à parcourir. Mais c’est en cheminant que l’on progresse, aurait dit La Palice, en toute vérité, tu ne crois pas ? (double-mètre en forme de croix).

Frédéric Gangloff & Claude Mourlam