image_pdfimage_print

Saynète pour le dimanche des Rameaux … ou le temps de l’Avent, écrite par Frédéric Gangloff. Une foule se presse derrière une barrière de sécurité. Elle attend visiblement le passage d’une célébrité qui se révélera être Jésus. Deux personnages commentent la scène. La foule est jouée par le public. Il faudra prévoir des panneaux comme dans les émissions de variété à montrer au public ! Le mieux est de s’entraîner avec eux !

SCHLOMO : (regardant avec des jumelles vers une direction) Ah ! (Il vient d’apercevoir quelque chose) Ah ! Aaah !?

LA FOULE : (on montre les panneaux au public) : AAAAH !?

SCHLOMO : (déçu) Non, ce n’est pas lui ! C’est que la caravane publicitaire !

LA FOULE : (dépitée) Oohhh ! Nooon !

SCHLOMO : lit « Dindonnou : le saucisson 100 % cacher » ; « une petite soif dans le désert, bois ton sirop deisseire », trop facile celle-là ! Non mais regarde-moi ça !

AARON : (demandant les jumelles) Tu permets ? « Les meilleures madeleines, c’est celles de chez Marie ! » ; Très spirituel ! « Comme les anges, lisez le journal de Miki » ; « Les frites Mc Thorah ! Craquez pour la Tradition ! ». Je commence à avoir la dalle : « Comme avec Jésus, mangez est un plaisir, alors demandez votre burger mystère ! »

SCHLOMO : Je ne supporte plus cette attente ! Ça fait déjà trois siècles qu’on poirote devant ces barrières pour avoir la meilleure place… C’est un vrai chemin de croix pour y arriver ! Qu’est-ce qu’il attend pour faire son apparition ?

AARON : Tu sais bien que les people se font attendre…

SCHLOMO : (pointant du doigt) Là, on dirait que ça bouge, au fond !

AARON : Oohhh !

LA FOULE : Oohhh !

AARON : T’as raison, on dirait que ça y est… (regarde avec les jumelles) pas lui !

LA FOULE : Nooon !

SCHLOMO : (reprend les jumelles) Affirmatif ! Ce sont ses gardes du corps. Tu sais bien… Les gaillards costauds qui déménagent… Dans les médias, ils les appellent disciples 12 ! Il paraît qu’ils ouvrent le chemin au Seigneur !

AARON : Si c’est ses ouvreurs, alors lui ne devrait plus tarder à les talonner pour se montrer à son public. Tiens ! Je vois quelque chose au loin ! On dirait que les gens commencent à s’agiter ? Regarde ! Tous les paparazzis courent vers cet endroit ! Ça va flasher !

LA FOULE : LE SEIGNEUR ! LE SEIGNEUR ! (X2)

SCHLOMO : Attendez, il n’est pas encore sur nos radars ! Calmez-vous, ce n’est que l’avent (ou les rameaux) … Gardez encore un peu de voix pour quand il arrivera vraiment après, pour sortir vos drapeaux…Enfin, rameaux, je veux dire !

LA FOULE : JESUS ! JESUS ! (X2)

AARON : (hurlant de toutes ses forces) OH ! Ce n’est pas bientôt fini ce vacarme ! L’échauffement c’était avant… Puisqu’on vous dit qu’il n’est pas encore arrivé ! (Les deux se tordent le cou afin de voir le mieux possible)

SCHLOMO : Cette fois, ça y est ! Il arrive ! Mais… On dirait qu’il n’est pas seul ! C’est fou le nombre de femmes qui se traînent à ses pieds et qui collent à ses sandales !

AARON : Tu m’étonnes ! Il doit être trop sexy ! Bronzé, musclé avec des yeux bleus et un regard azur. De quoi faire chavirer les cœurs de son femme club !

SCHLOMO : C’est fabuleux ! C’est ça la gloire, la célébrité ! Ah ! Quand je vais raconter ça à mes enfants ! Même ses fans se déshabillent devant lui et jettent leurs fringues à ses pieds ! C’est la folie !!!!

LA FOULE : JESUS ! HIIIII ! On t’adore !

AARON : Enfin ! Je le vois ! Il s’approche… Il vient vers moi ! Jésus ! Jésus ben David, un auto… graphe… (il reste figé)

SCHLOMO : Ben quoi ! Maintenant qu’il est passé juste devant toi, qu’est-ce que tu attends pour lui demander ? Fait pas ton timide ! Si tu veux sa signature et attirer son attention, fait comme les autres ! Crie plus fort ! : « Jésus, fils de David, par pitié un autographe pour ma belle-mère ! »

AARON : Non c’est pas ça ! Quelque chose a coupé mon élan ! T’as vu ce que j’ai vu ? J’y crois pas !

SCHLOMO : Mais qu’est-ce que t’as vraiment vu que j’aurais dû voir et que j’ai peut-être pas bien vu ?

AARON : Mais… Ouvre tes yeux ! Il ne ressemble à rien ! Mal sapé ! Une barbe de trois jours ! Sa tunique, on dirait un sac… j’comprends pas, il est tellement… Comment dire… Ordinaire… Pas d’imprésario ni attaché de presse ! Et le pire… Il monte un âne !

LA FOULE : UN ANE ?

SCHLOMO : Tu aurais préféré une Jaguar ? Une Harley Davidson, escortée par une foule excitée de bikers et remontant les champs du mont des oliviers ? Un char de chez BEN HUR ? Ou mieux la dernière papamobile ? Eh ! Encore plus géant ! Un éléphant ! En plus ça trump énormément !

AARON : Et pourquoi pas ? Quand on est un king, le roi des rois, le minimum c’est de soigner sa comm’… Passer entre les mains du coiffeur, des maquilleuses et du couturier ! Bref, une véritable séance de relooking ! Quelle faute de goût ! Et surtout ce baudet ridicule !

SCHLOMO : Et pourquoi tu dis ça ! A ma connaissance, déjà notre grand roi Salomon s’est rendu à son couronnement à dos d’âne ! Tu te trompes, l’âne c’est un animal royal bien de chez nous ! Paix, simplicité et sincérité ! Le symbole d’un roi humble et doux de cœur !

AARON : Ouai, admettons ! Peut-être ! Mais tout de même ! On nous annonce un sauveur, rien de moins que le messie en personne, et qui est-ce que la production nous envoie ? Un SDF solitaire à califourchon sur un mulet ! Non mais de qui se moque-t-on ! Si déjà on a payé, on en veut pour notre argent ! C’est quoi ce plan minable ! Et puis, les gens veulent qu’on leur mente. Il ne faut surtout pas leur dire la vérité. Ils veulent du glamour, des promesses… Il faut leur dire ce qu’ils aiment entendre…

SCHLOMO : Eh bien, plus j’y pense et plus je me dis que c’est le plan de Dieu ! Vu comme ça, il paye pas de mine ! Mais quand il ouvre la bouche, c’est pas du blabla ! Quelle autorité naturelle, cela vient des tripes !

AARON : Tu rigoles ! Qu’est-ce qui t’arrives ! Réveille-toi ! Regarde-moi un peu son école des fans ! Rien que des marginaux, des lépreux, des étrangers, des prostituées, des gueux, des boiteux, des aveugles…Le pire ; et je trouve cela vraiment scandaleux ! C’est toutes ces femmes qui l’acclament !

SCHLOMO : Ce n’est pas lui qu’elles acclament ! Elles rendent gloire à Dieu ! Cela fait une sacrée différence !

AARON : Certes ! Il n’empêche ! S’il était vraiment un messie qui se respecte, il fréquenterait un public trié sur le volet comme nous (il indique la foule) et pas cette bande de loques humaines ! Il a tout pour être populaire ! Bien conseillé, il passerait bientôt pour un dieu !

SCHLOMO : Ce n’est pas parce que tu penses que c’est un paysan de la Galilée, qu’il est en campagne ! Tu le vois s’arrêter, serrer des mains, prendre des enfants dans les bras, poser avec ses fans ? Il fonce, on dirait, vers le Temple ! Il a une mission à accomplir et n’a pas à se faire élire !

AARON : Ça c’est toi qui le dis ! Regarde-moi ces naïfs pèlerins qui continuent à agiter leurs branchages et à crier « Sauve donc » ! Comme si ça allait changer quelque chose à leur situation ! Nous voulons un homme à poigne, qui nous débarrasse des romains, assure la sécurité, la prospérité et la croissance pour tous ! Y en a qui vont se réveiller demain avec une gueule de bois ! j’ te dis pas !

SCHLOMO : Tous ces vêtements multicolores par terre et ces branches de palmiers ! On se croirait à la fête des tentes ! Je sens comme une forte espérance de la venue du messie ! Et si c’était vraiment lui ! J’ai plus que jamais envie d’y croire !

AARON : Tu sais quoi ? je ne le sens pas ce type ! C’est du pipeau ce spectacle ! Il a pas la carrure ! Pour un peu, j’ai cru qu’il pourrait entrer au sanhédrin et pourquoi pas finir Caïphe à la place de Caïphe. Mais s’il continue sur sa lancée, il ne fera jamais partie du gotha ! Mais il va terminer sa carrière au Gol-gotha ! OOUUUH !

UNE PARTIE DE LA FOULE : OOUUH !

SCHLOMO : « Sauve donc fils de David ! Que Dieu bénisse celui qui vient au nom du Seigneur ! Hosanna au plus haut des cieux !

L’AUTRE PARTIE DE LA FOULE : HOSANNA AU PLUS HAUT DES CIEUX !

AARON : Attendez ! Ce type, sur son âne, ça n’impressionne que les provinciaux qui sont montés à Jérusalem pour les fêtes. Pour les citadins comme nous, il faut du lourd, du neuf, quelque chose qui flashe et marque les esprits… Ce n’est qu’un petit prophète de Galilée… Allez viens, on en a assez vu pour aujourd’hui, j’ai des choses plus sérieuses à faire !

SCHLOMO : Non ! Vas-y seul ! J’ai envie de le suivre ! Je veux en entendre plus ! Je suis sûr qu’il va aller au bout, lui ! Tu vas voir que ce Jésus va encore nous mettre le bazar au Temple avec sa dégaine et son parler vrai ! Depuis le temps que nous attendions celui qui oserait faire le ménage !

AARON : Ah non ! Pas le Temple ! Pas touche ! J’préfère pas voir ça ! Remboursez !

UNE PARTIE DE LA FOULE : REMBOURSEZ ! REMBOURSEZ !

SCHLOMO : Hosanna ! Tous au Temple avec Jésus !

UNE AUTRE PARTIE DE LA FOULE : TOUS AU TEMPLE AVEC JESUS !

AARON : Ne faites pas ça ! Ce gars-là n’a aucun avenir dans le milieu ! Il percera jamais ! Il vaut pas un clou ! Il restera pas en haut de l’affiche pendant 2000 ans ! Dans trois jours on en parlera déjà plus !

Schlomo sort enthousiasme et heureux d’un côté. Aaron sort de l’autre côté énervé et dépité. Il est possible, ensuite, d’ouvrir le débat avec le public, surtout à l’Eglise, en leur posant quelques questions du style :

  • Je me demande pourquoi Jésus est entré à Jérusalem sur un âne ?
  • Je me demande pourquoi Jésus accepte de se faire acclamer comme une vedette ?
  • Je me demande que se serait-il passé si tout le monde était venu l’acclamer ?
  • Je me demande ce que les pèlerins cherchaient en venant l’acclamer ?
  • Je me demande comment j’aurai réagi ?
  • Je me demande ce que ça fait de faire partie d’une foule ?
  • Je me demande si je me suis senti à l’aise en criant à l’Eglise ? Etc…