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mother-589730_640Esaïe 63, 15-64, 3 : « Si tu descendais, ça déchirerait grave ! » voici un chœur parlé mixte (un homme et une femme si possible !) proposé par Frédéric Gangloff

 

A (Du haut de la chaire, avec un peu de sarcasme comme s’il était blasé) : Il était une foi, dans un lieu fort lointain, un… C’était comment déjà son Nom ?

 

B : L’aurais-tu déjà oublié ? Ton nom c’est le sien, c’est lui qui te l’a donné…

A : Ben, euh ! Il y a déjà si longtemps… On disait qu’il vivait au-delà de l’horizon et des nuages… Dans sa villa sublime et divine ! Comme si là-haut, il pouvait voir ce qui nous arrive !

B : On disait surtout qu’il était très fort ; le Tout-Puissant de l’au-delà…

A : Ah oui, cela me revient ! Le genre sniper ou Seigneur de la guerre, qui bute tous ses ennemis ! J’adore ce jeu !

B : Du calme, ne nous emballons pas… C’est bien les mecs ça ! Essaye de réfléchir avec ton cerveau et tes tripes ! Moi je le vois plutôt comme maternel avec de la compassion et les entrailles remuées ; il a une tendresse toute féminine pour…

A : Chialer devant la télé ? Non mais allo quoi ! C’est bien d’un Père viril dont il s’agit avec une liste de fils qui font sa fierté : Abraham, Jacob, Luther, Calvin, sans oublier le pasteur machin de…

B : Tu n’as pas vraiment écouté le texte ou juste entre les lignes ; toute cette galerie machiste de nos ancêtres est la première à avoir oublié ses enfants ! Échec sur toute la lignée ! Je réclame une nouvelle filiation ! A moins qu’il s’agisse d’une fille-ation !

A : Comment cela ? Moi je suis pour l’ancienne, par le sang, de père en fils ; on ne change pas une équipe qui gagne !

B : C’est ça ! Continuer comme avant et surtout ne rien changer ! Les mecs détestent que les choses changent de place… Mais enfin ! L’habitude et la monotonie tuent l’amour qui en devient conventionnel ! Il faut renaître tous ensemble à une nouvelle relation !

A : Moi j’en reste à Notre Père qui est aux cieux, notre leader et liberator bien-aimé ! Déjà que depuis peu, il ne nous « soumet » plus à la tentation, mais qu’il ne doit pas nous y faire entrer non plus… Alors bon… Autant tout remettre en question à ce compte-là !

B : C’est clair ! Pas touche ! Dieu est tellement saint, qu’il vaut mieux le tenir à distance ! D’abord le plus loin au ciel et aussi derrière une triple muraille !

A : Saint, Saint, Saint, est le Seigneur Tout-Puissant !

B : Un mur de pierre, pour commencer à l’isoler…

A : Un mur de rites, pour s’en emparer…

B : Plus un mur de religieux bien comme il faut, pour contrôler, et exclure les enfants, les femmes, les handicapés, les…

A : C’est bien mieux quand Dieu est en garde à vue !

B : On le confine dans ses quartiers réservés !

A : Personne pour le déranger !

B : Là-haut, il est assigné à résidence !

A : Tellement sacralisé et éloigné, qu’il est devenu pour nous un parfait étranger ! La maison de Dieu c’est le ciel et notre Eglise, mais surtout qu’il y reste !

B : Et à vous le monde qui n’est jamais assez et qu’il n’aille surtout pas se mêler de vos affaires ! Chacun c’est soi ! Vous allez déjà régler son business sur terre !

A : Ben oui ! Nous sommes de grands garçons émancipés ! On n’a plus besoin que papa nous fasse la leçon ! Nous sommes bien capables de nous décarcasser tous seuls !

B : Ils sont mignons ces fils majeurs qui sont tellement pressés de se révolter et transformer leur libération en une obéissance figée, quasi rituelle…

A : Oh ça va la fille-fille à son papa… qui a toujours de bonnes idées… Qu’est-ce que tu proposes pour débloquer la situation ?

B : Déjà, assumons tous ensemble les conséquences de nos révoltes ! Et papa ne restera pas sourd à nos appels sincères et désespérés ! Il ne peut que nous envoyer un libérateur, un vrai de vrai celui-là !

A : Tu crois vraiment que celui qui a tendu la voûte des cieux, le Tout-puissant de l’Au-delà nous écoute encore et nous voit dans notre désespoir ?

B : Je crois même que pour nous sauver, il n’hésitera pas à se faire violence et à crever la toile de sa propre création ! Mais pour cela, il faudrait que tu descendes de ton piédestal… (A descend de deux marches)

A : Ainsi ce qu’on attend du Tout-Puissant de l’Au-delà c’est…

B : qu’il déchire la toile du ciel pour descendre tout simplement à la vie humaine comme une femme donne naissance à un enfant…

A : Mais ce serait le scandale assuré, les montagnes seraient ébranlées, la panique totale, s’il osait descendre… Il faut mieux croire aux idoles ; elles nous offrent du rêve même au-delà de leur mort !

B : Ah que oui ! Mais celui auquel il faut s’accrocher, est venu tout bouleverser ! (A redescend de deux marches)

A : Et qui est-il celui qui a accompli cet acte étonnant et extra-ordinaire ? Il est où ? Il est déjà venu ? Il va revenir ?

B : C’est Jésus, qui de son temps avait déjà fait le ménage en inaugurant le royaume. Il a remis Dieu au centre de nouvelles relations entre les femmes et les hommes, tous disciples pour la même cause…

A : Mais alors Dieu ne tourne plus en rond là-haut dans les murs du palais de l’Au-delà ?

B : Non ! Dieu est sorti des murs ! Il est libre ! Et si tu descends vers moi, nous pourrons enfin le rencontrer ! (A et B se rencontrent au milieu du chœur) Seigneur si seulement tu déchirais le ciel…

A : Tu entendrais comment ils ont besoin de se raccrocher à n’importe quel idéal !

B : Tu verrais à quel point ils ont besoin de sens, de toucher, de pleurer, de témoigner, de vénérer…

A : Seigneur si tu descendais, nous pourrions retrouver cette proximité avec toi sans murs, voiles ni séparations et te rappeler face à face à ta fidélité et à ton amour… À nous de faire le premier pas pour nous rencontrer et descendre de nos grands chevaux ! (A et B descendent les marches du chœur)

B : Tant il est vrai qu’avec Jésus Christ les cieux se sont déchirés et les barrières se sont écroulées…

A : Mais depuis, nous avons construits tant de nouvelles barrières et de séparations pour surtout pas nous rencontrer. Nous t’en supplions, arrête de nous faire vivre sans toi ! (A et B se placent au milieu de l’allée centrale et des paroissiens)

A+B : Ensemble déchirons le ciel qui nous sépare les uns des autres et ainsi nous pourrons tous témoigner que…

B : jamais depuis aujourd’hui on n’a entendu dire…

A : jamais depuis aujourd’hui on n’avait remarqué…

B : jamais depuis aujourd’hui un œil n’a vu

A : qu’un autre dieu ni idole que toi aient agi de la sorte pour celles et ceux qui comptent sur lui…

B : Tu viens à notre rencontre…

A : Et ton Amour…

B : Déchire grave !

Frédéric Gangloff