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    Le récit légendaire de Noël ne résiste pas aux questions des enfants au moment où ils entrevoient la supercherie sous le manteau rouge et la barbe blanche. Faut-il pour autant l’écarter au profit d’histoires « vraies » ? En partant du questionnement enfantin, cette saynète ouvre des pistes pour entrer dans le sens, le « vrai », d’un récit porteur pour notre foi. Le message de Noël se concrétise dans ceux qui s’en approchent.
  • Cadre Après un dernier chant, Émilie quitte la classe et  tombe dans la rue sur une dame étrangement vêtue qui agite une clochette devant un grand magasin. Le Marché de Noël n’est pas loin, il sert de cadre aux différentes scènes…
  • Personnages (dont le nombre est à adapter)

Narrateur
Émilie
Anges (1 et 3)
Bergers (3 ou plus)
Astrologues (3)

SAYNÈTE

Introduction : salle de classe, les élèves finissent un devoir…

  • Scène 0

Narrateur : On dit que les voyages forment la jeunesse. C’est sans doute vrai pour Émilie qui venait de déménager pour la ixième fois. Émilie était bien dégourdie pour son âge.
– Oui c’est vrai, ça !
Ce qui agaçait parfois ses parents.
– Dis papa, pourquoi la pluie, ça mouille ?
– Ben…
– Dis maman, pourquoi la nuit, il fait nuit ?
– Eh…

Émilie s’intéressait à tout. Les livres la passionnaient, elle y découvrait des tas de choses. Elle aimait bien l’école. Sauf… sauf en cette veille des vacances de Noël, quand sa nouvelle maîtresse reprenait le refrain du petit Jésus dans la crèche…

[La maîtresse chante avec les enfants / Fin de la classe / les enfants saluent la maîtresse et prennent leurs cartables]

[Émilie boude dans son coin, elle prend le public à témoin]

Émilie : Quelle barbe ! Chaque année, c’est la même chose. Je l’ai déjà entendu (elle compte sur ses doigts) dix fois… Le Père Noël, le petit Jésus…Je la connais par cœur. En plus c’est n’importe quoi, ça tient pas debout. Ces histoires là, c’est pour les bébés…

La maîtresse : Allez, on range ses affaires et bonnes fêtes à tous. Émilie, on se calme (moqueuse) et attention, en ce temps de Noël, on rencontre parfois des anges… au coin de la rue…

  • Scène 1

(thème des anges, discrets et attentifs, mais présents)

[Décors nuit – lampadaire d’éclairage public – décors de Noël – musique en fond / discussion avec un « ange ordinaire », sous les traits d’une femme de l’Armée du Salut, faisant la quête avec sa clochette]

Émilie : (marche dans la rue) J’hallucine ! (Elle rit et prend l’Ange à témoin). Elle croit encore aux anges…

L’ange : Qui ça ?

Émilie : Ma maîtresse. Elle croit aux anges. Moi je n’en ai jamais vu… Hi, hi, ça me fait bien rire.

L’Ange : Ah, ça fait du bien de te voir rire. Parce qu’aujourd’hui, je n’en ai pas vu beaucoup qui riaient ! Des tas de guirlandes, de musiques, de lumières. Et quand je m’approche des gens, aucun ne me rend mon sourire… Et si peu veulent bien me donner quelque chose pour les pauvres. Alors quand je te vois, ça fait du bien.

Émilie : Mais, vous êtes qui vous ? Parce que ma maman m’a dit de ne pas parler à n’importe qui… Qu’est ce que vous faites là ?

L’Ange : Je suis là pour rappeler aux gens ce qui est important.

Émilie : Hi hi ! Parce qu’ils ne le savent pas ?

L’Ange : Beaucoup l’oublient. Surtout en ce moment. On dirait des moutons qui se bousculent devant la mangeoire…

Émilie : Ben, vous alors, je crois que vous n’avez pas le moral ou quoi ? (Coquine) Vous ne seriez pas un peu genre « rabat-joie » ?

L’Ange : Peut-être. Les gens pensent que Dieu ne veut pas leur bonheur, alors ils s’en éloignent et tâchent de le remplacer par d’autres choses. Les cadeaux par exemple. Mais il n’y a que Dieu pour faire de vrais cadeaux, des cadeaux qui remplissent le cœur.

Émilie : Ouais, mais ces cadeaux de Dieu, on les voit même pas !

L’Ange : Bon, c’est sur que ce n’est pas aussi simple à recevoir que des bonbons, mais ce sont des cadeaux qui sont pour la vie, et ça, c’est important.

Émilie : (moqueuse) Alors là, des cadeaux pour la vie… eh ben je crois bien qu’en fait j’aimerais bien voir ça.

L’Ange : Pour voir, il faut juste ouvrir les yeux, mais les yeux du cœur…

[Émilie s’en va. La lumière, en diminuant, invite au regard intérieur]

Petit ange : (arrive) « N’ayez pas peur, car je vous annonce la bonne nouvelle d’une grande joie qui sera pour tout le peuple ; aujourd’hui, dans la ville de David, il vous est né un sauveur, qui est le Christ, le Seigneur. »

L’Ange : « Et ceci sera pour vous un signe : vous trouverez un nouveau né emmailloté et couché dans une mangeoire.

Narrateur : Et soudain il se joignit à l’ange une multitude de l’armée céleste, qui louait Dieu et disait :

Petits anges :

« Gloire à Dieu
dans les lieux très hauts,
et, sur la terre
paix parmi les humains
en qui il prend plaisir ! »

  • Scène 2
(thème des bergers, pauvres et marginaux, disponibles à l’extraordinaire, par leur travail, au service des autres)

[Marché de Noël ; quelques bergers devant un stand, ils taquinent Émilie]

Narrateur : Sympa le Marché de Noël. Cette année, on a même demandé à quelques employés municipaux de se déguiser en bergers pour faire la promotion d’un fromage de brebis… La petite Émilie passe devant leur stand juste au moment de leur pause…

Berger 1 : Oh là, toi ! Qu’est-ce que tu viens faire par ici ?

Émilie : (d’un air détaché) Moi ? Je me renseigne.

Berger 2 : Ce n’est pas un endroit pour une petite fille. La montagne c’est dangereux, entre les bêtes et les rôdeurs… Et puis nos chiens pourraient se montrer méchants si tu t’approches des moutons.

(Il s’assoit sur un banc avec Émilie et lui partage des marrons chauds).

Allez, je plaisante : que veux tu savoir ?

Émilie : En fait, ce ne sont pas les moutons qui m’intéressent, mais plutôt ceux qui les gardent. Vous savez, les bergers de l’histoire de Noël, ceux qui ont vus les anges…

Berger 3 : (réagissant à ce que dit Émilie, sentencieux) « Il y avait, dit l’Évangile, dans cette même région, des bergers qui passaient dans les champs les veilles de la nuit pour garder leurs troupeaux. L’ange du Seigneur survint devant eux… »

Berger 1 : (interrompt son collègue) N’importe quoi, l’intello ! Des anges… Tu rêves là !

Émilie : C’est bien ce que je me disais… des anges… (réfléchit) mais quand même ce s’rait pas mal… En plus, je ne vois pas pourquoi Dieu se serait invité chez des gens qui passent leur temps dans la montagne à surveiller leurs troupeaux. Il aurait mieux fait d’aller directement chez des gens normaux !

Berger 1 : (piqué au vif, se lève et reprend son rôle de berger) Eh là, doucement ! On n’est peut-être pas des ministres, mais nous on donne à manger aux gens. Et un troupeau, ça ne se garde pas tout seul…

Berger 3 : « Le Seigneur est mon berger, je ne manquerai de rien. Il me fait coucher dans de verts pâturages, il me dirige vers des eaux paisibles, il restaure ma vie, il me conduit sur les sentiers de la justice, à cause de son nom. Même si je marche dans la vallée de l’ombre de mort, je ne crains aucun mal car tu es avec moi… »

Berger 1 : (se tourne vers Émilie) C’est exactement ça… un mouton, faut être tout le temps derrière. (Se tourne vers son collègue) Au fait t’as trouvé ça où toi ?

Berger 3 : Tu ne peux pas connaître. C’est une vieille prière, très vieille. Psaume du roi David, n° 23.

Berger 1 : Oui bon, moi, la Bible tu sais… N’empêche c’est exactement ça le boulot d’un berger. À croire que ce roi s’y connaissait. Eh oui, un mouton, ça ne va pas tout seul. Ça demande du temps pour manger, pour ruminer. Il faut le soigner, le protéger… Alors il faut rester dehors avec le troupeau. Sinon, rien à manger…

Émilie : Bon d’accord, ce n’est pas facile et moi je préfère dormir au chaud dans ma maison le soir. Eh ben, je crois bien qu’en fait, si votre métier est difficile et vous met à l’écart des autres, ça vous ferait plaisir si quelqu’un d’important venait spécialement chez vous…

Berger 2 : Pour sûr ! J’imagine que ce serait comme pour nous dire qu’on ne compte pas pour rien, qu’on a besoin de nous, qu’on est utile.

Émilie : Eh ben je crois bien qu’en fait ça c’est cool : les anges sont plus proches des gens qui se sentent oubliés des autres. (Elle réfléchit, compte sur ses doigts), les orphelins, les SDF, les chômeurs, les malades… Ouh là là ; alors ça fait du pain sur la planche !

(Émilie s’en va)

Berger 3 : (en désignant Émilie du menton) « Lorsque les anges se furent éloignés d’eux vers le ciel, les bergers se dirent les uns aux autres : Allons donc jusqu’à Bethléem et voyons ce qui est arrivé… » Evangile de Luc au chapitre 2.

Bergers 1 et 2 : (énervés) Oui, bon ça va !!!

  • Scène 3  (thème des mages, guidés par l’Étoile)

[Présentation des petits avec les étoiles en mosaïque-miroir. Chant « l’étoile a brillé ce soir » ; deux scientifiques / mages discutent, réfléchissent sur ces étoiles]

Narrateur : La nuit est bien claire en cette veille de Noël, il fait froid. Mais les passionnés d’étoiles en profitent pour scruter le ciel et faire des déductions savantes sur l’influence des astres.

Émilie : Incroyable, ils peuvent rester là des heures, à regarder en l’air… Tiens, ce s’rait comme cette histoire de mages venus d’Orient (elle attire l’attention des scientifiques). Vous savez cette histoire d’étoile avec les mages. J’y comprends rien, des gens qui lisent dans les étoiles, qui arrivent à la crèche… Ca n’existe plus tout ça…

Mage 1 : (docte) D’abord Mademoiselle, il faut savoir que ce sont les savants de l’époque qu’on appelle mages. À ne pas confondre avec des rois. Ils ne règnent sur rien du tout, mais interprètent le monde qui les entoure pour essayer de le comprendre…

Émilie : (s’anime soudain et coupe le mage) Ah, ça, ça me plaît. Donc, en fait, ils se posent des questions ?

Mage 1 : Ils observent le monde et essayent de comprendre le sens de l’existence, le pourquoi de l’univers. Il y a ce qu’on voit, qu’on touche, qu’on entend… mais il y a aussi tout un monde que l’on ne…

Émilie : (coupe encore le mage) Oui, parce que l’univers est immense et mystérieux, j’ai vu une émission à la télé…

Mage 1 : (Le mage fronce les sourcils) Je peux parler ?

Émilie : Pardon, Monsieur.

Mage 1 : La vie a toujours été au centre des questions des scientifiques. La vie est un mystère et reste un mystère jusqu’à aujourd’hui. Seulement nous vivons de ce mystère, nous pouvons penser, réfléchir et nous voudrions pouvoir percer ce mystère…

Émilie : (applaudit) Ouais c’est cool, ça me plaît… (se reprend) excusez moi.

Mage 2 : Dans les civilisations anciennes, les mages étaient res-pec-tés (il insiste pour faire comprendre à Émilie son attitude désagréable ) pour leur grande science. On les écoutait, des rois se fiaient à eux ! Ils donnaient un sens aux événements. Alors faire venir des mages d’Orient à la crèche de Bethléem…

Émilie : (d’un trait) C’était pour dire que là, il se passait quelque chose de très important… (La main sur la bouche) euh.

Mage 2 : Ces savants apportent le fruit de leur réflexion à l’enfant Dieu. Ils l’honorent de leur science qui les a menés jusqu’à lui et lui offrent des cadeaux.

Émilie : Ah ouais, les cadeaux des mages ; un peu bizarres les cadeaux !

Mage 2 : Tout à un sens, l’or symbolise la royauté, cet enfant sera égal aux plus grands rois. L’encens, un parfum précieux qui brulait lors des sacrifices. Il symbolise la prêtrise, l’enfant sera au service de Dieu.

Émilie : Et l’autre truc, là, un nom bizarre ?

Mage 2 : La myrrhe. La myrrhe, un parfum qui servait aussi à embaumer les morts. Peut-être une façon d’annoncer la mort de Jésus.

Émilie : Eh ben, ça commence bien ! Mon papa m’a dit que ce sont des choses que l’on trouve en Afrique.

Mage 1 : C’est vrai. L’Afrique renferme des trésors… malheureusement pour elle !

Émilie : Malheureusement ? Je ne vois pas comment on peut être malheureux si on a des trésors !

Mage 1 : (faisant les gros yeux) Vraiment pas ? Mademoiselle « je sais tout ! ».

Émilie : Ben…

Mage 1 : (la prend par les épaules) Si tu as pleins de bonbons et que tu te promènes chez les grands, ça donne quoi ?

Émilie : Ça donne qu’il ne m’en reste plus beaucoup à la sortie et que j’ai peut-être même récolté quelques bousculades au passage…

Mage 1 :    Voilà. C’est tout simple. C’est l’histoire de l’Afrique.

Émilie : Eh ben pour le coup, on ne peut pas dire que tous les trésors sont des cadeaux

Mage 2 : Tu as raison. Et à Noël, les vrais cadeaux ne sont pas toujours ceux auxquels on pense.

  • Scène 4  [conclusion]

[Tableau vivant. On retrouve l’Ange en train d’installer une crèche devant le décor étable, les mages puis les bergers entrent dans le tableau à leur tour]

Narrateur : Au cours de sa promenade, Émilie a appris des choses intéressantes. Finalement, elle aussi a fait un long voyage pour arriver à la crèche. Mais, un voyage intérieur qui l’a conduit vers le sens de cette belle histoire.

L’ange : (installant la crèche au centre) Alors Émilie, t’a découvert des choses intéressantes ?

Émilie : (médite) : Bon je ne sais pas trop, mais y a des choses que je commence à comprendre. Cette petite histoire elle est pour les grands plutôt que pour les petits.

L’ange : Pour être grand, il faut se faire petit

Émilie : Eh ben je crois bien qu’en fait ce qui compte, c’est ce qu’elle veut dire. Et ce qui est génial, c’est qu’en racontant une petite histoire, tout le monde peut comprendre à sa façon ce qui se cache derrière.

(Les mages s’installent)

L’ange : Voilà peut-être pourquoi cette histoire plaît. Les mages regardent au ciel. Il faut  lever les yeux pour comprendre les choses, avoir du recul…

Émilie : (rêveuse) Pouvoir lever les yeux vers les étoiles, se laisser guider par l’Étoile. On comprend qu’on n’est pas là par hasard, que quelqu’un, là haut, nous trace un chemin… Moi j’dirais que c’est un peu comme le cadeau des mages…
Et puis, on se sent mieux quand on n’est pas submergé par des tas de choses à faire, à acheter, à prévoir…  Faut voir le stress en ce moment à la maison !!!

(Les bergers s’installent)

Ange : Les choses sont utiles, mais quand il y en a trop, elles finissent par nous encombrer. Il faut savoir dire non pour rester libres…

Émilie : Ça, c’est le cadeau des bergers. Oubliés des autres, dans leurs montagnes, avec juste les étoiles au ciel et leurs chiens comme compagnons.  Mais ils sont les premiers à accueillir les anges.

(Les anges s’installent)

Émilie : Et puis, on n’est jamais seuls. Au fond personne n’est jamais seul…Eh ben je crois bien qu’en fait, ça…

Ange : (coupe Émilie) C’est le cadeau des anges.