L'enfant différent dans une perspective religieuse Imprimer E-mail
Écrit par Nicole VERNET   
Lundi, 26 Mars 2007 01:00
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L'enfant différent dans une perspective religieuse
Pour les catholiques
Pour les juifs
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Image Dans son ouvrage « Mon entant est différent », aux Editions Frison-Roche, Paris 1996, le docteur René METTEY envisage l'enfant différent dans une perspective religieuse. Il donne la parole aux représentants des principales confessions pratiquées en France pour répondre aux interrogations que peuvent se poser les parents mais aussi leurs familles, les socioprofessionnels ou même chaque individu un tant soit peu altruiste.
Les trois articles qui suivent sont extraits de ce livre avec l'autorisation de l'éditeur.
1. Pour les Protestants
 
        « Différents mais semblables »

Subissant ou cultivant la différence, les protestants français ont toujours été sensibles à la présence parmi eux et autour d'eux de personnes différentes des autres et en danger de marginalisation. Parmi eux, des enfants, jeunes ou adultes, ayant un handicap.
Ce n'est pas que leurs difficultés ou souffrance et celles de leurs proches aient quelque valeur en elles-mêmes. Contrairement à d'autres courants spirituels, le protestantisme ne donne aucun mérite à celui qui supporte vaillamment la souffrance, en tout cas aucun mérite salutaire.
Sa méfiance vis-à-vis de tout ce qui pourrait s'approcher d'une réitération du sacrifice de Jésus, lui fait également éviter les rapprochements faciles entre nos souffrances et celles du crucifié.
Certes les êtres qui peinent peuvent être pour ceux qui les rencontrent des signes de la présence du Christ, cependant pas par eux-mêmes, mais par la grâce de Dieu. C'est la parole de Dieu qui, agissant en nous, transforme les malades, les exclus, les solitaires en messagers de Dieu. On pense, bien sûr, à Matthieu 25,31-46, mais aussi à Luc 10,25-37...
Bien entendu, si la personne ayant un handicap n'a pas de ce seul fait une valeur ou une place en soi supérieure, elle n'en a pas moins sa dignité totale et absolue de personne humaine et d'enfant de Dieu !
Évidemment il n'est nullement question de leur faire porter quelque culpabilité du fait de leur handicap, à cause de fautes d'un passé lointain (d'une supposée vie antérieure ou de la vie utérine comme on le lit parfois !) ou récent. Jésus a suffisamment distingué la faute de la maladie ou souffrance ! Nul handicap n'est le résultat d'une punition de Dieu !
L'idée ne viendra pas non plus de se demander si les porteurs de tel ou tel handicap ont ou non une âme et, malgré une tradition qui insiste sur la participation consciente et éclairée des chrétiens à la vie de la communauté, la place des personnes apparemment les moins intellectuellement conscientes dans l'Église n'est pas mise en cause. A plus forte raison leur part à la grâce et au salut de Dieu ne fait-elle pas de doute.
Dans certains cas, on ne se polarisera pas à leur sujet sur les sacrements (baptême et cène) parce qu'ils ne sont pas des passages obligés pour le salut ou la vie éternelle, mais aucune exclusion de principe n'est pensable.
Sur le plan de la bioéthique en rapport avec les handicaps, le protestantisme ne donnant pas à la vie diminuée une valeur en soi, ne craint pas d'aborder de façon nuancée et ouverte certaines situations limites, où l'existence ou la possibilité d'une conscience peuvent être mises en doute. L'euthanasie peut être envisagée dans des cas exceptionnels, l'acharnement thérapeutique pour des adultes ou pour l'embryon est généralement exclu, l'avortement envisageable quand la vie se profile trop chargée de souffrances. C'est, une fois encore, que la souffrance n'a rien de bon en soi.
Mais il faut surtout parler des façons de reconnaître à chaque personne sa valeur et sa dignité. Elles sont nombreuses et multiples.
Presque partout, un effort est fait pour que les enfants et adolescents ayant des handicaps (physiques mais aussi mentaux ou intellectuels), trouvent leur place dans des groupes de catéchèse, de scoutisme et autres activités de jeunesse. D'une part à cause de la dissémination protestante presque partout en France, qui ne permet pas le regroupement d'un assez grand nombre d'enfants et de jeunes concernés, mais surtout à cause d'un désir d'intégration. II existe cependant quelques lieux de « catéchèse spécialisée», soit dans des institutions adaptées aux jeunes ayant un handicap, soit dans des grandes villes, souvent dans un cadre œcuménique, ce qui est à souligner.
Pour les jeunes adultes on peut citer à titre d'exemple, les camps bibliques «Chemin faisant» organisés par une petite équipe de la Région Ouest de l'Eglise Réformée de France.
Sur le plan sanitaire et social, une part du Protestantisme français a joué un rôle pionnier dans l'accueil, l'éducation, le soin des personnes ayant des handicaps. II faut citer en premier lieu la fameuse Fondation John Bost à La Force en Dordogne, créée au milieu du XIXème siècle par le pasteur du même nom. Cet ensemble qui reçoit en divers lieux, près de 1000 résidents est, par l'esprit et l'intelligence déployés au service des plus démunis un lieu phare bien au delà du protestantisme français. On peut citer, parmi d'autres, la Fondation Sonnenhof à Bischwiller, le Centre de rééducation de l'ouïe et de la parole à St Hippolyte du Fort, les établissements des Diaconesses en Charente Maritime....
Par tous ces engagements individuels et collectifs, par une réflexion théologique ouverte et proche du réel et donc proche des personnes, le protestantisme essaye de vivre en cohérence avec une conception du handicap compris comme une différence douloureusement révélatrice des faiblesses et limites de chaque être humain et reçu comme un fardeau à porter à plusieurs, dans un esprit de solidarité.

Olivier PIGEAUD

Mis à jour ( Mercredi, 21 Janvier 2009 14:05 )
 

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