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illustrations_Nicole_bateau repereAvec cet épisode, nous arrivons au moment essentiel de la vie de Jésus et de Pierre. C’est le temps de l’épreuve décisive, de la souffrance et de la mort. Comment les disciples, comment Pierre va-t-il passer ce moment de la tentation ? Tous les disciples vont lâcher Jésus. Pierre va le renier. Et pourtant, dès le début de l’épreuve, Jésus annonce qu’ils en sortiront vainqueurs.Annonce du reniement de Pierre. Luc 22/31-34

  • Satan vous a réclamés :

Satan a, dans l’évangile de Luc, une place bien précise, et très limitée :

–    Il n’a aucun pouvoir absolu, mais il est dépendant de Dieu à qui il doit « demander » ou « réclamer », comme ici ,que l’homme soit soumis à son pouvoir. Comme en Job 1 et 2 sa fonction est d’éprouver la fidélité de l’homme en le mettant à l’épreuve.

–    Pendant tout le ministère terrestre de Jésus Satan est complètement absent, refoulé par la présence triomphante du Christ et de son royaume : il disparaît à la fin du récit des tentations de Jésus (Luc 4, 13) et ne réapparaît que pour entraîner la trahison de Judas (Luc 22, 3). A ce moment-là s’ouvre à nouveau le temps des tentations et des épreuves. Mais cette fois, ce sont les disciples de Jésus qui sont visés : l’arrestation, la condamnation et l’exécution vont passer leur fidélité au crible, et on verra bien, après cela, qui croit encore en Jésus.

Chez Luc, cette tentation s’exprime assez en terme de martyre : les disciples sont-ils prêts à aller jusqu’au bout avec Jésus ?

En 9, 23-27, Luc avait omis les réactions négatives de Pierre à l’annonce de la passion.

Mais la question réapparait ici sous une autre forme : Pierre pourra-t-il suivre un Messie qui meurt ? Telle est la formulation de l’épreuve qui attend les disciples ?

  • J’ai prié pour toi :

Si Jésus était seul face à Satan (Luc 4), les disciples, eux, ne sont pas abandonnés dans l’épreuve. Même s’ils doivent être séparés de Jésus, celui-ci continue à veiller sur eux. Il prie pour eux. Et sa parole, sa prière est plus forte que toutes les réclamations de Satan.La prière de Jésus n’évite pas à Pierre l’épreuve qui l’attend. Celle-ci lui est sans doute aussi nécessaire. Ce que Jésus a demandé pour lui, c’est que sa foi survive à l’épreuve.

  • quand tu seras revenu :
Jésus sait sa prière déjà exaucée. Il sait que Pierre reviendra. Ce qui implique que Pierre doit encore changer, que son attachement à Jésus fait encore fausse route, et qu’il va, momentanément « quitter » Jésus.

Or, malgré cet égarement qu’il voit venir, Jésus confirme Pierre dans sa mission, et la précise même : Pierre le pêcheur d’hommes aura d’abord à soutenir les autres disciples, à les affermir eux aussi dans la foi.

L’évangile de Luc ignore ou omet délibérément les paroles qui font de Pierre le responsable de l’Église telles que nous les avons lues en Matthieu 16, 18-19. Voir aussi Luc 9, 18-21. Mais il en amène ici d’autres qui donnent à Pierre le même rôle de « meneur » des disciples. Comme si, pour lui, il fallait à Pierre passer par le reniement et le retour à Jésus pour être celui que Jésus veut qu’il soit.
  • Je suis prêt :

Toute l’erreur de Pierre est dans cette affirmation : il est, sans doute, plein d’amitié, de zèle, d’enthousiasme pour Jésus. Mais il se fait des illusions sur lui-même. Il est fermement décidé à faire ce qu’il dit, et il commencera à passer aux actes. Mais il n’ira pas bien loin. Il sera incapable d’aller jusqu’au bout, parce qu’il ne sait sans doute pas encore que Jésus ne se battra pas, il ne sait pas  qu’il se laissera prendre, et condamner.

  • le coq ne chantera pas :
C’est-à-dire avant le lever du jour, au cours de cette nuit qui est déjà bien avancée, dans les heures qui viennent.
  • trois fois nié :

Une fois, cela aurait pu être un réflexe de peur vite repris, et sans importance. Trois fois, cela fait un reniement net, clair, absolu.

Reniement et larmes de Pierre

Luc 22/54-62

  • La maison du Grand prêtre :

Le Grand prêtre en exercice est Hanne, et selon Jean 18, 13, c’est là que Jésus est conduit. Selon Matthieu 26, 57, ce serait plutôt la maison de Caïphe. Le détail est sans doute sans importance, il montre seulement que les informations des divers évangélistes sont imprécises.

C’est ainsi que Luc place le reniement de Pierre avant toute comparution de Jésus, alors que celui-ci est simplement gardé dans la cour du Grand prêtre, alors que les autres évangiles placent ce reniement pendant les comparutions de Jésus devant le sanhédrin. Cela tient peut-être simplement au fait que pour Luc, le procès de Jésus devant le sanhédrin a respecté les formes légales : pas de jugement de nuit, et séance au temple. Alors que les autres évangiles soulignent au contraire que le procès est truqué.

  • Pierre suivait à distance :

Alors que tous les autres disciples ont disparu, Pierre suit son maître. Il ne l’abandonne pas encore. Il va se mêler à ceux qui ont arrêté Jésus.

  • Une servante le fixa du regard :

Mais il suffit d’un regard curieux, peut-être un peu soupçonneux – qu’est-ce que cet homme vient faire ici ? – pour que toutes les bonnes résolutions s’effondrent.

  • Je ne le connais pas :

Pierre en dit plus qu’on ne lui demande. Il pouvait dire être venu en curieux, mais qu’il ne connaît pas Jésus ! Que vient-il faire alors, au milieu de la nuit dans cette cour du Grand prêtre où est gardé ce Jésus que l’on a pris soin d’arrêter discrètement, de nuit ? Maintenant c’est la peur qui parle chez Pierre !

  • Il est Galiléen :

Les Galiléens se reconnaissaient à leur accent provincial.

  • Le Seigneur posa son regard :

La présentation que Luc fait des évènements de la nuit permet cette rencontre de Jésus prisonnier avec Pierre qui vient de le renier, ce face-à-face entre le Maître qui va jusqu’au bout et le disciple qui l’abandonne.

Mais ce regard ne condamne Pierre. Il le sauve, comme, dans l’ancien testament, le regard de Dieu fait vivre, tant que l’homme meurt quand Dieu se détourne.

Ce regard renvoie Pierre aux paroles de Jésus, et ces paroles lui annonçaient le retour de la foi.

  • Il sortit et pleura amèrement :

Il y a dans ces pleurs de Pierre sans doute plus que du remord. Il y a le sentiment de son échec à suivre Jésus. Et la peine, car Pierre sait maintenant qu’il ne sauvera pas celui qui a été son ami, et qu’il n’ira pas jusqu’au bout avec lui. Et avec cela, Pierre a perdu aussi toutes ses belles illusions sur lui-même.

Pierre est ici confronté, directement, à ce qui est et reste incompréhensible, intolérable, dans le ministère de Jésus : il est le Seigneur, le Fils de Dieu, mais il se laisse arrêter et emmener, juger, condamner, tuer, sans esquisser le moindre geste de résistance. Pour les disciples, pour Pierre, comme en fin de compte pour ceux qui condamnent Jésus, c’est le signe, la garantie que Jésus n’est pas le Messie espéré, que ceux qui l’ont suivi se sont fourvoyés et égarés.

Le soir, au cours du repas de la Pâque, Pierre ne sait pas encore, il ne veut pas encore admettre que Jésus va se laisser livrer et prendre sans combattre. Il est prêt à se battre pour celui qu’il croit être le Messie, à mourir dans la lutte pour l’avènement du royaume de Dieu.

Mais la nuit, Jésus arrêté, trainé dans la cour du Grand prêtre, il ne reste à Pierre que ses doutes, et cet attachement humain qui l’avait entraîné à suivre Jésus. Cela suffit encore pour suivre cet ami, de loin, mais cela ne suffit pas pour dépasser la peur, au milieu des soldats qui emmènent son maître vers la mort.

Pourtant les paroles de Jésus à Pierre, le regard qu’il porte sur lui dans la nuit, au moment où leurs chemins se séparent, et jusqu’aux pleurs de Pierre, laissent entendre une suite …

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