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illustrations_Nicole_bateau repereACTES 4/1-20 -Pierre et Jean devant le Sanhédrin

La prédication de Pierre dans le temple et son succès ne peuvent que déranger les autorités du temple, surtout qu’elles refusent toute idée de résurrection. La présence des pharisiens au Sanhédrin fait ensuite évoluer le procès vers une interdiction d’annoncer Jésus-Christ. Mais Pierre parle sans crainte et sans hésitation devant ses juges, et refuse de se soumettre à leur décision.

D’où lui vient donc cette force ?

  • Les prêtres, le commandant du Temple, et les Sadducéens  :

Luc désigne ainsi les autorités qui prennent l’initiative d’arrêter Pierre et Jean.

Le commandant du temple est probablement le chef de la garde du temple, responsable entre autre du service d’ordre. Les Sadducéens par contre n’avaient aucun pouvoir. Ce sont les membres d’un mouvement religieux opposé à l’idée d’une résurrection des morts, auquel appartenait une majorité de prêtres de haut rang, qui semblent intervenir ici en raison de leur opinion sadducéenne.

  • annoncer la résurrection des morts :

Ce n’est pas le fait de parler de Jésus qui provoque l’hostilité des autorités. Mais bien la prédication publique de la résurrection qui irrite les prêtres Sadducéens.

  • en prison :

Pierre et Jean sont placés « en garde à vue » dans un des postes de garde du temple en attendant leur comparution devant le Sanhédrin.

  • le soir était déjà venu :

Cela explique simplement pourquoi les apôtres ne comparaissent pas immédiatement : le Sanhédrin ne peut siéger de nuit, ses jugements devant apparaître au grand jour.

  • cinq mille personnes :

Le texte grec dit 5000 «Hommes» auquel il faudrait ajouter les femmes et les enfants. En outre il n’est pas clair, si ces 5000 comprennent les 3000 de Actes 2/41, ou s’ils s’y ajoutent.

Seulement, la population de Jérusalem était de 25 à 30 mille habitants. De sorte que si les nombres des Actes étaient exacts une grande partie de Jérusalem serait passée au christianisme en quelques semaines ce qui aurait rendu impossible l’attitude des autorités envers les apôtres.

Sans rien retirer à l’élan de la première église, il faut reconnaître que ces nombres sont très symboliques. Ils expriment une réalité: la prédication de la résurrection de Jésus a très vite pris de l’ampleur et a été accueillie par bien des gens. Mais il ne faut pas pour autant donner aux nombres, inévitablement gonflés par la tradition, une valeur statistique exacte.

  • les chefs, les anciens et les scribes :
Luc indique ici les trois groupes qui constituaient le Sanhédrin. Les Chefs sont les principaux prêtres nommés au verset suivant. Les anciens sont des personnages influents à Jérusalem. C’est parmi ces deux premiers groupes que se trouvent en majorité les «Sadducéens» du Sanhédrin. Les scribes ou docteurs de la loi, spécialistes de la Thora, sont eux, majoritairement Pharisiens.
 jerusalem
Temple de Jérusalem
  • Hanne :

Grand prêtre de 6 à 15 après Jésus. Reste influent malgré sa destitution.

  • Caïphe :
Gendre du précédent, Grand Prêtre de 18 à 37.
  • Jean :

Fils de Hanne, sera grand Prêtre à partir de 37. C’est probablement lui le commandant du temple au moment de l’arrestation de l’arrestation des deux apôtres.

  • Alexandre :

On ne sait rien de lui.

  • à quel nom :
L’interrogatoire ne porte donc pas sur l’annonce de la résurrection, qui était le motif de l’arrestation. Mais sur le pouvoir et le droit des apôtres à intervenir comme ils l’ont fait.

Une question identique avait déjà été posée à Jésus (Luc 20/2). Le déplacement du débat de la résurrection au v 4 à l’autorité au v 7 tient tout simplement à la présence des Pharisiens dans l’assemblée régulière du Sanhédrin: eux croient en la résurrection !

  • rempli d’Esprit Saint :
Il s’agit là d’une observation de Luc.
Elle indique que pour lui, l’Esprit n’est pas donné en permanence aux disciples, mais qu’il intervient quand il le faut, selon les promesses du Christ (Luc 12/11-12 ; 21/12-15 ; Actes1/8).
Cela souligne comment l’Esprit agit: au moment où il le faut, quand la situation est décisive et comporte un risque, il «impose» sa réponse au croyant.
Il n’y a donc pas à admirer Pierre pour sa réponse: c’est Dieu qui est à l’œuvre.

Discours de Pierre devant le Sanhédrin

  • pour avoir fait du bien :

Pierre revient à l’origine de toute l’affaire, et, ce faisant, ridiculise ce tribunal qui siège pour juger ceux «qui le font bien».

  • sauvé :

Le mot garde un double sens dans tout le débat : Il signifie aussi bien la guérison de l’infirme que le salut opéré par le Christ, pardon des péché et résurrection.

  • crucifié par vous, ressuscité des morts par Dieu :
Cette opposition apparaît dans les discours que le livre des Actes prête aux chrétiens face aux Juifs (Actes 2/36 ; 3/14 ; 5/30 ; 7/52). Il ne s’agit donc pas tant de ce que les apôtres ont pu dire que de ce qui sépare lÉglise naissante des autorités juives.

La réalité immédiate n’a peut être pas été aussi évidente, puisque lÉglise de Jérusalem était très attachée au temple. Mais Luc dit ici ce qui a empêché les autorités juives de recevoir l’annonce de la Résurrection de Jésus : il leur aurait fallu reconnaître comme le Messie envoyé de Dieu celui qu’ils avaient condamné.

  • la pierre que vous, les bâtisseurs… :

Cette citation du Psaume 118/22 se trouve aussi chez Marc 12/10 et Luc 20/17). L’Église ancienne lisait donc dans le Psaume l’annonce du rejet de Jésus par les hommes, et de la gloire que Dieu lui donne par la résurrection.

  • aucun salut ailleurs :

Jésus, et Jésus seul, apporte aux hommes une espérance, le salut. C’est la foi centrale de lÉglise, ce qui la distingue du judaïsme, mais aussi de toute religion et de toute philosophie.

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Le sanhédrin
  • hommes sans instruction et gens quelconques :

Les apôtres sont présentés dans leur double faiblesse par rapport aux puissants et aux instruits du Sanhédrin : ils sont analphabètes, et ils sont du petit peuple. D’où leur vient donc cette assurance dont ils font preuve ? Et cette habileté à répondre ?

  • des compagnons de Jésus :

Ce n’est donc pas en tant que disciples du Christ que Pierre et Jean ont d’abord été inquiétés. Mais maintenant les autorités juives sont amenées à prendre position envers le mouvement chrétien dont ils semblent seulement prendre connaissance.

  • les menacer pour qu’ils ne mentionnent plus ce nom :
La guérison du paralytique empêche le Sanhédrin de sévir. Mais elle n’est pas une preuve suffisante pour les convaincre.
Le miracle ne sert donc pas à susciter la foi. Il n’est qu’une manifestation occasionnelle de la présence du Christ.
Ce que le Sanhédrin souhaite maintenant par-dessus tout, c’est qu’on cesse de parler de Jésus.
Était-ce la peine de manœuvrer si habilement pour se défaire de Jésus si c’est pour se retrouver, quelques semaines plus tard, avec tout un mouvement chrétien !
Il semble que la menace, l’avertissement ait été effectivement un des éléments de la procédure juridique du Sanhédrin. Mais si la menace ne se montrait pas efficace, on ouvrait un véritable procès.

  • nous ne pouvons pas :
La réponse de Pierre n’est pas une bravade, elle souligne simplement que désormais, les partisans de Jésus ne peuvent plus se taire. Ils sont poussés en avant, appelés à proclamer l’évangile sans reculades, et quelles que soient les conséquences possibles.
Ce qui est en jeu, c’est désormais de savoir qui est fidèle à la volonté de Dieu : les prêtres, anciens et scribes qui détiennent le pouvoir et le savoir religieux d’Israël et en usent comme bon leur semble, avec leur fidélité et leur infidélité, ou ces gens du peuple, ignorants et que rien n’autorise à enseigner, sinon leur propre foi en Jésus?
Ce débat, ouvert pas Jésus lui-même, se développe à travers tout le livre des Actes.

Pierre nous est présenté dans ce passage dans toute la force de sa foi. Capable de ne pas se laisser impressionner par ce qui a le plus de pouvoir en Israël, capable de tenir tête à ceux qui peuvent le tuer comme ils ont tué Jésus, son maître.

Pierre est ici capable d’aller jusqu’au bout de sa fidélité à Jésus.

Il est le meneur de la petite bande de disciples qui constitue la première Eglise, et qui va très rapidement prendre de l’ampleur.
Comment cet homme simple et sans éducation en est-il venu là ? C’est la question qui va nous conduire dans la lecture des autres textes de ce parcours.