image_pdfimage_print

« Shekina et le voile du Temple » est une belle narration pour le temps de Pâques du pasteur retraité Christian Kempf (UEPAL).

Ce matin-là, lendemain du shabbat, Shekina court vers son lieu de travail au Temple de Jérusalem. Elle est employée pour entretenir les vêtements des prêtres. Pas leurs vêtements ordinaires : ceux qu’ils doivent mettre quand ils sont de service. Des toges brodées, de lourdes étoles de plus de trois mètres de long, des sandales de cuir et de tissu, des chemises à porter sous les toges, des chasubles couvrant les épaules… Ces tissus ne doivent pas quitter l’espace du Temple, il faut les laver, les sécher et les rafistoler sur place, pour éviter qu’ils soient au contact des impuretés de la vie ordinaire. Normalement, aucune femme ne doit les toucher, d’ailleurs elles ne doivent pas pénétrer dans le Temple, en tous cas pas plus loin que l’entrée de la cour des hommes, et sans parler du voile qui ferme l’espace des prêtres.

Shekina, elle, a le droit d’entrer dans le Temple. Elle est même autorisée à toucher le voile. Ou plutôt : elle est chargée de s’en occuper. Le passage constant des prêtres use le rideau, alors à tout bout de champ il faut recoudre, rapiécer, retendre le tissu, réparer le cordon avec lequel on tire le rideau sur la tringle. C’est le travail de Shekina. Elle est la petite-fille de Jona, un grand-prêtre très respecté à son époque. Quand il venait au Temple, il l’emmenait dès toute petite et il la faisait attendre devant le voile, elle a eu le temps d’observer comment ce tissu devait être entretenu. Quand elle a eu l’âge de se marier, son père lui a annoncé qu’il l’avait promise à un homme qui habitait à Antioche. Elle lui a dit qu’elle ne voulait pas partir, sinon elle ne pourrait plus aller au Temple avec son grand-père. Et Jona le grand-père a déclaré : « Je suis d’accord que tu viennes au Temple, mais alors tu ne pourras pas te marier. Jamais. C’est ça que tu veux ? » – « Oui, » a-t-elle répondu. C’est comme ça que ça s’est fait. Le grand-père est mort quelques années plus tard, mais Shekina est restée employée au Temple, les prêtres ont respecté les dernières volontés de Jona, mais de toutes manières Shekina était appréciée pour sa droiture et sa grande habileté dans l’entretien du voile. Et en plus du rideau on lui a confié aussi les habits des prêtres.

Ce dimanche matin, elle préférerait aller avec les autres femmes de son quartier. Elles vont devant les portes de Jérusalem pour y accueillir une personnalité très importante qui doit arriver. D’ailleurs toute la ville s’y est donné rendez-vous. Il paraît que c’est un roi, ou un fils de roi, en tous cas un haut personnage qui va tout changer, peut-être même qu’il va réussir à faire partir les soldats romains, ce serait formidable. L’annonce de l’événement, qui date de hier, a traversé les rues, les places, les terrasses et les cours comme un vent de printemps, vraiment on ne peut pas manquer ça. Alors, vite, Shekina se rend au Temple pour prévenir qu’elle ne viendra que vers midi, ou même seulement demain matin, va savoir. Mais le prêtre de service lui dit que ce n’est pas possible, elle doit laver et réparer les habits du grand-prêtre Caïphe, c’est urgent.

C’est la raison pour laquelle Shekina n’assiste pas à l’arrivée triomphale de Jésus monté sur un âne. Le soir, quand ses copines lui en parlent avec des youyous de joie, elle regrette encore plus d’avoir raté ça. « Mais… pourquoi est-ce qu’il est venu sur un âne et pas sur un cheval ? Ce serait quand-même normal, si c’est un roi ! » – « Justement, » lui répond l’une des copines, « c’est un roi différent ! Il ne nous regarde pas du haut d’un cheval, il est au même niveau que nous, il sait ce que nous vivons, il nous comprend. C’est mieux, non ? »

« Oui… c’est-à-dire… euh… mais comment est-ce qu’il va changer les choses s’il n’a pas la puissance d’un roi ? » Shekina est un peu déçue.

« Ecoute, » lui dit la copine, « je ne sais pas comment il va changer le pays, mais je sais déjà que dans mon cœur à moi ce n’est plus pareil, je suis joyeuse et j’ai plein d’espoir, d’accord ? Je l’ai entendu parler quand j’étais à Béthanie chez ma cousine, et je t’assure que ce qu’il dit est d’une simplicité… évangélique. Il dit que Dieu est notre Père à tous, qu’il est tout près de nous et que nous n’avons pas besoin d’avoir peur de lui. »

Shekina regarde la copine avec un air étonné. Elle qui a été élevée dans l’idée que la demeure de Dieu, l’endroit où il habite, c’est au Temple, derrière le voile, et que c’est très dangereux de s’en approcher puisque c’est si strictement interdit. Interdit pour tous, et encore plus pour une femme. Et puis elle pense à ce qu’elle voit tous les jours, le cérémonial compliqué, les temps réservés, la quantité de gestes de purification qui sont nécessaires. Et elle ne comprend pas comment Dieu pourrait être vu comme simple, amical et joyeux.

Le soir, dans sa chambre, elle réalise que, au fond, elle n’est pas mécontente de ce que la copine a dit. Elle a toujours eu énormément de respect pour son grand-père Jona et sa fonction de grand-prêtre du Temple, mais en même temps elle trouvait que Dieu était bien grave, sérieux, réservé à quelques privilégiés, franchement elle n’aurait pas eu très envie d’aller voir derrière le voile si jamais elle en avait eu le droit.

D’ailleurs, puisqu’elle recousait de temps en temps le voile, elle avait eu l’occasion de parfaitement voir ce qu’il y avait derrière : un mur garni d’une porte ! Quand le prêtre écartait le voile, la porte était fermée, il ne l’ouvrait que lorsque le voile était entièrement clos et on ne le voyait pas passer dans le Saint des Saints. Donc, pour Shekina, Dieu était certes présent dans le Temple, mais derrière un mur en plus du voile ! Invisible, oui. Mais surtout inaccessible. Infréquentable.

Shekina se promet que, à la première occasion, elle va questionner l’un des prêtres du Temple au sujet de Dieu : est-ce que Dieu est vraiment si mystérieux, ou est-ce que ce sont eux, les prêtres, qui le camouflent, pour se le réserver ?

Au matin, elle monte la colline vers le Temple et s’installe sous l’auvent qui lui sert d’atelier, dans la cour des femmes, juste à côté de la porte qui donne sur la cour des hommes d’Israël. Voilà que le grand-prêtre arrive, accompagné des prêtres en service. Shekina se précipite vers l’un d’eux, qu’elle connaît bien, en lui présentant la chasuble sur laquelle elle est en train de travailler : « Père Jakov, qu’est-ce que je dois faire… »

Le père Jakov lui fait signe de la main : « Pas ici, pas maintenant, Shekina. Rejoins-moi derrière l’autel des sacrifices quand les premiers rayons de soleil l’éclaireront, j’aurais plus de temps pour toi. »

Couverte de la tête aux pieds par la tunique légère qui doit la cacher aux regards dès qu’elle franchit la porte vers la cour des hommes, elle rejoint le père Iakov à l’heure dite.

  • « Alors Shekina, qu’est-ce que tu veux me montrer ? »
  • « Ceci, père Jakov : est-ce que la couleur de cet ornement de la chasuble est la bonne ? »

Le père Jakov prend la chasuble et l’examine de plus près.

  • « Mais j’ai encore une autre question », continue Shekina. « Déjà à l’époque où je venais au Temple avec mon grand-père, je me demandais pourquoi le Seigneur Dieu reste toujours enfermé dans sa demeure, là, derrière le voile. Pourquoi les prêtres sont-ils les seuls à avoir le droit de le voir ? »
  • « Tu es bien curieuse, Shekina. Et cette question que tu poses n’est pas l’affaire des femmes. Mais comme j’apprécie le travail que tu fais, et que j’ai un immense respect pour ton grand-père Jona, je vais te répondre. C’est Moïse qui a instauré cette loi. Quand il est redescendu de la montagne où il a vu Yahvé, il avait le visage si lumineux qu’on ne pouvait pas le regarder… »
  • Shekina l’interrompt : « Oui, je sais, Moïse a ordonné qu’on lui installe une tente fermée par un grand rideau, il s’est placé à l’intérieur, il a pris avec lui les tables de la Loi que Yahvé lui avait données sur la montagne et il a parlé au peuple depuis cet endroit. »
  • « Eh bien, je vois que ton grand-père t’a appris plein de choses ! Au bout de quelques jours, quand la lumière sur la figure de Moïse s’est adoucie, il est sorti de la tente, mais il a décidé que les tables de la Loi resteraient toujours à l’intérieur. Et c’est ainsi depuis cette époque. La salle qui est derrière le voile – et ça tu le sais aussi – s’appelle le Saint des Saints, parce qu’il n’y a pas d’endroit plus sacré que celui-là. C’est la demeure de Yahvé. Et on ne peut pas le voir. Comme au temps de Moise. »
  • « Ah bon ? Vous voulez dire que derrière le voile, c’est vide ? » Shekina est stupéfaite.
  • « Ce n’est pas ce que j’ai dit ! » proteste le père Jakov. « Le Saint des Saints n’est pas vide, il est plein de la présence de Yahvé ! C’est bien pour ça que le grand-prêtre, après avoir accompli tous les rites de purification, peut seul y entrer. Un point, c’est tout. »
  • Malicieuse, Shekina plisse les yeux : « Donc, c’est le grand-prêtre qui passe le balai et qui enlève les toiles d’araignées et qui fait tout le ménage ! »
  • « Shekina ! Je te donne le droit de me poser des questions, mais tu dois être respectueuse ! Le ménage dans le Saint des Saints est fait par des prêtres entièrement recouverts de leurs tuniques pour les empêcher d’avoir le regard sacrilège. Enfin… je crois que c’est comme ça que ça se passe. Je n’ai jamais été sélectionné pour ce service. Va, retourne dans ton échoppe dans la cour des femmes, ça suffit comme ça. »

Shekina obéit, mais elle n’est pas satisfaite. Elle a l’impression que le mur n’est pas seulement derrière le voile, il est aussi dans ce que dit le père Jakov. En tous cas, ça ne va pas du tout avec ce que la copine a rapporté des paroles de Jésus de Nazareth : que Dieu est proche et qu’on n’a pas besoin d’avoir peur de lui. Elle rumine ces pensées toute la journée et le soir.

En pleine nuit elle se réveille à cause d’un rêve : elle est d’abord sur un chemin plein de poussière, puis une tempête de sable se lève et ensuite il fait tout noir, elle n’a pas peur, elle tâtonne autour d’elle, ses doigts touchent des murs de pierre, et aussi des lourdes toiles suspendues tout autour d’elle, soudain il y un grand bruit, comme un énorme vent qui souffle de plus en plus fort, la toile est arrachée d’un seul coup du haut en bas et une éblouissante lumière apparaît, si forte que Shekina est comme jetée hors du sommeil.

Qu’est-ce que c’est que ce truc ? se demande-t-elle. Elle se lève, elle va boire un peu d’eau de la cruche, elle regarde par la fenêtre. Les étoiles au ciel sont tranquillement là, en train de briller comme d’habitude, comme si elles lui disaient : mais de quoi t’inquiètes-tu donc ? va dormir en paix. Et c’est ce qu’elle fait.

Le lendemain, au Temple, elle fait son travail de broderie et de couture, elle ne fait attention à rien de ce qui se passe autour d’elle, elle est toute plongée dans ses pensées.

Des cris, des bêlements, des pigeons qui volent en tous sens lui font lever les yeux. Elle voit un attroupement du côté des échoppes des marchands, près du portique des païens, là où les croyants échangent leur monnaie romaine contre de l’argent du Temple et où ils achètent tout ce qu’il leur faut pour les sacrifices qu’ils sont venus offrir. Un homme se tient debout, à la main il tient une corde roulée en boucle qu’il balance avec de grands moulinets du bras, il ne frappe pas les gens, il frappe les tables des changeurs de monnaie et les cages qui renferment les pigeons, les moutons effrayés se libèrent de leurs liens et se mettent à courir dans tout le parvis. Et l’homme crie : « Il est écrit : Ma maison sera appelée maison de prière. Mais vous, vous en faites une caverne de brigands ! »

Les gardes du Temple veulent intervenir, mais la foule s’est rassemblée et les en empêche. Des boiteux et des aveugles s’avancent, alors que la règle du Temple leur interdit normalement de venir par là. Des enfants courent partout en chantant : « Hosanna au Fils de David ! » Des prêtres et des lecteurs de la Thora vont vers l’homme et lui disent : « Tu entends ce que chantent ces enfants ? Ce sont des mots sacrés ! Tu n’as pas le droit de les laisser dire ça ! » Mais l’homme, qui s’est calmé entretemps et qui a lâché son fouet de cordes, leur répond : « Vous savez ce que dit le Psaume ? Par la bouche des tout-petits et des nourrissons tu t’es préparé une louange. » Il les plante là et s’en va du Temple.

  • Shekina n’en revient pas de ce spectacle. A un des prêtres qui ont traversé la cour des femmes pour retourner dans celle des hommes d’Israël elle demande : « Mais qui est cet homme ? »
  • Il lui jette en passant : « C’est encore ce Jésus de Nazareth ! »

Jésus de Nazareth ? Celui dont les copines lui avaient parlé parce qu’il est arrivé à Jérusalem assis sur le dos d’un âne ? Shekina en reste bouche bée.

Les deux jours suivants, Shekina a fort à faire. Dans le Temple, mais aussi dans toutes les maisons, on prépare la fête de la pâque juive en souvenir du repas que les hébreux ont partagé juste avant de s’enfuir d’Egypte avec Moïse à leur tête. On y mange des pains azymes et on y lit les textes anciens et les enfants ont le droit de poser des questions sur Moïse, sur la Thora et sur les prophètes.

Puis c’est le vendredi. Le soir, après le coucher du soleil, ce sera shabbat. Mais en attendant, la vie a repris son cours dans les maisons et dans les rues de la ville, et aussi au Temple. Enfin… pas tout à fait, il y a des remous par ci par là. On raconte que dans la nuit les soldats du Temple ont arrêté Jésus de Nazareth et qu’ils l’ont amené les mains liées devant le grand-prêtre Caïphe et devant Pilate le gouverneur romain. Celui-là voulait le libérer parce qu’il ne trouvait rien à lui reprocher, mais les représentants des prêtres ont fait pression sur lui, alors il l’a condamné à être attaché sur une croix jusqu’à ce qu’il meure. C’est ce qui s’est passé vers midi.

A ce moment-là précisément, Shekina est dans le Temple. Elle y est depuis le matin et elle a fini son travail sur les tuniques, les chemises, les chasubles et les étoles. Elle met tout ça dans un grand sac, elle se couvre de sa tunique et elle se rend avec son sac derrière l’autel des sacrifices. Le père Jakov a chargé un de ses collègues prêtres de réceptionner les vêtements réparés, mais il n’est pas là. Shekina doit patienter. Et voilà que le ciel se couvre d’un gros nuage tout noir. Et il se met à faire sombre. Carrément sombre. Ce n’est pas un orage, juste un nuage. Noir de chez noir. Assise contre le mur, Shekina se recroqueville sous sa tunique.

  • Arrive Ehoud, le prêtre mandaté par le père Jakov : « Shekina ! Tu dors ? »
  • Shekina étire ses bras et ses jambes : « Non, père Ehoud ! J’attendais. Je me demande pourquoi il fait si noir en plein jour. »
  • « Ne t’inquiète pas, ce n’est qu’un gros nuage. »
  • « Oui, mais c’est comme un voile épais entre le ciel et nous. C’est Yahvé qui a fait ça ? »
  • « Tu racontes des bêtises, Shekina. Ce nuage n’est qu’un nuage. Le vrai voile, c’est celui qui est suspendu ici. »
  • « A propos », dit Shekina sous sa tunique, « est-ce que je vais avoir un jour le droit de savoir ce qu’il y a derrière le voile ? »
  • « Non, tu n’auras pas ce droit. La Loi réserve ça aux hommes. Et encore, pas à tous. Uniquement à ceux qui se sont consacrés à la lecture de la Thora. Et tu sais bien que la seule personne autorisée à aller derrière le voile pour accomplir le rite de l’encens, c’est le grand-prêtre. »
  • « Pourquoi de l’encens ? »
  • « Parce que c’est le seul parfum de bonne odeur. Le seul qui plaît à Yahvé. En fait, ce parfum est le signe de la présence de Dieu. »
  • « Quoi ? Mais alors pourquoi est-ce qu’on sent ce parfum jusque dans la cour du Temple, de ce côté-ci du voile ? Dieu ne sort pas jusqu’ici, n’est-ce pas ? Il reste dans le Saint des Saints, non ? »
  • « Shekina, tes questions deviennent vraiment insolentes ! Yahvé a sa demeure dans le Saint des Saints, et ce n’est pas pour toi qu’il va en sortir. Maintenant ça suffit, donne-moi le sac avec les habits des prêtres et retourne dans ta cour, oust ! »

Ehoud tend la main pour saisir le sac quand – wwouff ! – un souffle puissant se lève, fait voler son châle de prière et emporte la tunique de Shekina. Le nuage noir roule et s’enroule au ciel, le voile du Temple se déchire du haut en bas avec un bruit étourdissant – craaasch ! -, le nuage disparaît – pfft ! -, le soleil jette sa lumière dans tout le Temple et un grand silence se fait. Il ne dure pas longtemps, des hommes arrivent en courant : « Il est mort ! Il est mort sur la croix à Golgotha ! »

L’émotion dans la foule est telle que personne ne remarque Shekina qui, tête nue, traverse la cour des hommes pour retourner s’asseoir sous son auvent. Elle n’y reste pas. Ses petites affaires sous le bras, elle quitte le Temple et rentre chez elle. Elle est complètement chamboulée, elle a besoin de solitude, rendez-vous compte : son rêve du voile qui se déchire s’est répété en plein jour ! Quelque chose de très important vient de se passer, elle en est sûre, profondément. Mais sûre de quoi, elle ne le sait pas.

Le shabbat passe. Shekina ne sort pas de chez elle. Elle attend. Toute la nuit. Elle n’est pas tendue, elle n’a pas peur, elle attend comme on attend une nouvelle. Une bonne nouvelle. Qui doit venir. Qui va venir. Tôt dans la matinée du premier jour de la semaine, elle entend sa copine qui l’appelle dans la ruelle : « Shekina ! » Elle se penche par la fenêtre. La copine est là qui agite ses bras et qui lui crie : « Viens, Shekina, descends ! Il est vivant ! »

Crédit : Christian Kempf (UEPAL)  – le 19 mars 2020, en plein confinement