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 Il neigeait en ce soir de décembre à Siouville. David était confortablement installé dans le canapé devant le poêle qui ronronnait. Il conversait avec son copain John sur la messagerie « pigeon-voyageur ». Noël se préparait : tout était bien rodé,  prévu et attendu. Inutile de décrire le noël de David : vous savez tout. Mais son copain John habite Akaroa, dans une péninsule près de Christchurch, en Nouvelle Zélande ! Et là, c’est le jour et la nuit ( c’est bien le cas de le dire!) Lorsque David se couche, John se lève et vice versa. Lorsque l’hiver arrive à Siouville, c’est l’été qui commence à Akaroa.

David et John habitent aux antipodes l’un de l’autre

Alors, il faut décrire un peu le Noël de John qui, lui aussi, est bien rodé et dans lequel tout est prévu. Le week-end précédent Noël, il part avec sa famille passer la nuit dans une bergerie des «Southern Alps» où les moutons passent l’été. Elle se passe dehors avec les bergers sous un ciel étoilé : c’est magique. Quand par malheur il pleut, la famille dort sur le foin de la bergerie. Puis, le 24 au soir, on attend sur la plage en se baignant ou en surfant que le soleil se couche : c’est alors que commence la messe de minuit. Chacun avait du mal à imaginé le noël de l’autre : pour David, un Noël en short de surf avec la chaleur et le soleil qui se couche à 23h, cela ne fait pas sérieux. John regrettait que toutes les histoires de Noël se passent dans le froid de hiver alors que les bergers ne passaient la nuit dehors que l’été. Heureusement, « pigeon-voyageur » permettait de communiquer et d’échanger. Ce Noël se passa, comme tous les Noëls.

Quelques années plus tard, l’été approchait pour David. Les épreuves du brevet arrivaient à grand pas. Un matin, son smartphone se mit à crépiter : John lui annonçait « cette année, Noël tombe le 20 juin ». Il n’y crut pas, mais les réseaux sociaux s’emballaient. L’information « Cette année Noël tombe le 20 juin » devenait virale. Sur terre, ce fut la surprise générale. Personne ne s’y attendait. La une des journaux, les télévisions annonçaient cette nouvelle. Noël, tout le monde l’attendait, mais pour le 25 décembre. Qui donc avait décidé cela ? On cria aux « fake-news », on accusa le changement climatique, ou les gouvernements de vouloir éviter une vague d’épidémie, ou encore les églises de vouloir se faire de la publicité, …. Mais rien n’y fait. Quelqu’un suggéra : « Et si c’était Dieu lui-même qui, cette année, avait choisi cette date incongrue pour fêter la venue de Jésus parmi les humains ? »

Vous auriez dû entendre les protestations soulevées par cette nouvelle, car rien n’était prêt.

Les curés y perdaient leur latin, même ceux qui utilisaient encore cette langue ancienne pour leurs célébrations. Les traditionalistes poussèrent des hauts cris : « Quoi ! Noël en juin ! On n’a pas idée ! Jésus est né le 25 décembre.» Certains même, j’ose à peine le dire, chuchotèrent que, là-haut, le patron devenait gentiment gâteux !

Le 20 juin, c’était dans dix jours. Rien n’était prêt et pas le temps de se préparer. Les sapins étaient encore en train de pousser dans les champs ; ce n’était pas la saison des marrons  ; les dindes n’avaient pas du tout encore atteinte leur taille ; les commerçants n’avaient pas fait leur stock de jouets. Noël sans froid, sans marrons, sans dinde, sans carte de vœux, sans vacances, sans vitrines, sans cadeaux, c’était impossible.

Dans les églises, quelle bousculade : la pentecôte était à peine passée, et voilà qu’il fallait chambouler tout le calendrier, sortir en urgence les crèches, préparer la messe de minuit.

Les municipalités rivalisaient aussi d’imagination pour organiser quelques festivités. On pu même voir des sapins dressés sur la plage.

Arriva le soir du 19 juin. Dans les appartements, les maisons et les églises, rien n’était comme d’habitude. Tout le monde était déboussolé, déçu en songeant à tout ce qu’il manquait pour faire un « vrai » Noël, un Noël bien traditionnel. Bref, tout était improvisation, nouveauté. On allait de surprises en surprises.

Tout le monde était déçu ? Pas sûr !

John, au contraire, se réjouissait, car il allait enfin pouvoir connaître un Noël comme dans toutes les histoires : en nouvelle Zélande, l’hiver débutait et les jours allaient commencer à rallonger. Un petit regret : à cette saison, les moutons ne sont plus dans les alpages : il ne pourrait pas passer la nuit avec les bergers. David ne savait pas trop s’il fallait regretter ses traditions ou se réjouir de pouvoir passer un Noël comme John en attendant la messe de minuit sur la plage de Siouville où les jours étaient dans leur plénitude et allaient bientôt raccourcir.

Tout le monde était déçu ? Pas sûr !

Dans une bergerie des alpages (français cette fois-ci) quelques bergers passaient la nuit dehors avec leur troupeaux.  Ils admiraient le ciel étoilé qui brillait d’une manière particulaire en cette nuit de Noël. Ils entendirent comme des rires d’enfants tous joyeux de cette fête inattendue, spontanée, imprévue. Le croissant de lune brillait avec un sourire complice.

Tout le monde était déçu ? Pas sûr !

Il y avait quelques bergers et quelques savants ( la légende dit qu’il y en avait trois, mais ce nombre n’est qu’une légende !), quelques savants un peu rêveurs mais toujours à la recherche d’éléments nouveaux qui pourraient modifier leur façon de comprendre la vie et le monde qui les entourent, il y avait donc quelques bergers et quelques savants qui frémissaient de joie. Ils avaient deviné, eux, que Noël, c’est une surprise qui survient au cœur de l’existence humaine, c’est l’inattendu de Dieu qui prend visage sur la terre des humains.

Crédit : Robert Courvoisier (EPUdF) – Point KT  d’après une idée de Nicolas Künzler