Le Noël qu’on peut toujours fêter

« Le Noël qu’on peut toujours fêter » est une narration de la pasteure Sophie Letsch… qui redit avec poésie les bonnes raisons de fêter noël … même en temps de confinement ou de questionnement.

Voici le soir de Noël ! Noël, tant attendu cette année, tant espéré ! Enfin, on y est ! Même si on se retrouve en petit comité, même si on est masqués, même si on ne peut pas s’embrasser, Noël est arrivé ! Alors tous se réjouissent, tous ont le cœur en fête ! Tous ?  Ah non. Il y en a qui ne le fêtent pas. Il y en a qui ne se réjouissent pas.

 

Louise et Alfred

Parmi eux, il y a Louise et Alfred. Ils n’ont pas loin de 90 ans. Oh ils sont en forme pour leur âge ! Ils sont encore dans leur maison et se débrouillent tout seuls. Tout seuls oui. Ils sont seuls ce soir justement. Les enfants, les petits-enfants, les arrière-petits-enfants, ne viendront pas les voir ce soir. Trop loin. Trop compliqué. Trop risqué vous comprenez.

A votre âge, vous êtes particulièrement vulnérables.

Oui, oui bien sûr qu’ils comprennent ! En même temps, ils n’ont pas le choix. Alors ils n’insistent pas.

Mais si c’est comme ça, Noël cette année, ils ne le fêteront pas. Oh non c’est pas la peine de faire semblant. Et puis, vous savez ce que c’est, quand on vit ensemble depuis plus de 60 ans…  Ce soir, Louise et Alfred essayeront juste de ne pas se disputer. Et ils iront se coucher, chacun de leur côté.

Mais non !

Quoi ?

A Noël, il y a bien quelque chose à fêter, même pour ceux qui sont délaissés !

Ah bon ?

Mais oui, souvenez-vous de Joseph et Marie.

Eux aussi, ils étaient seuls, loin de leur famille. Personne ne les a accueilli. Oh ils ont bien essayé. Mais ils n’ont trouvé que des portes fermées. Esseulés, rejetés, fatigués. Pourtant Jésus est né. Et Marie et Joseph, ont pu le célébrer. Le Noël qu’on peut toujours fêter, c’est Dieu venu rejoindre tous ceux qui sont abandonnés.

Regardez Louise et Alfred comme ils sourient. Les voilà qui s’avancent dans la nuit. Ils allument la première bougie.

Camille

Parmi ceux qui ne fêtent pas Noël, il y a Camille. Elle est étudiante, la tête pleine d’idéaux, résolument écolo. Noël, elle ne le fête pas et c’est son choix. Elle n’adhère vraiment pas ! Pour elle, c’est juste la grande fête de la consommation et beaucoup de pollution. C’est vrai quoi ! Toutes ces babioles et ces jouets en plastiques, qui ne respectent ni la planète ni ceux qui les fabriquent. Toutes ces illuminations, tous ces déplacements, tout ce papier, cette nourriture gaspillée, ces animaux gavés, maltraités.

C’est pour sauver ça que les gens se sont battus cette année ? C’est pour ça qu’on prend le risque d’une troisième vague de contamination ? Camille, en tous cas, elle ne veut pas participer à cela ! Elle ne peut pas.

Mais non !

Quoi ?

Pour fêter Noël, pas besoin de consommer, pas besoin de polluer !

Ah bon ?

Mais oui, souvenez-vous comment c’est arrivé. Marie et Joseph s’étaient réfugiés dans une étable. Rien de grandiose, pas de paillettes, pas de festin. Juste un peu de paille et l’haleine chaude des animaux. Quand Jésus est né, Marie l’a enveloppé dans une couverture et puisqu’il n’y avait pas de berceau, elle l’a couché dans la mangeoire des animaux. Le Noël qu’on peut toujours fêter, c’est Dieu qui choisit la simplicité.

Regardez Camille comme elle sourit. La voilà qui s’avance dans la nuit. Elle allume la deuxième bougie.

Michel

Parmi ceux qui ne fêtent pas Noël, il y a aussi Michel.

Lui, il est au chômage forcé. Avec le confinement, son activité est à l’arrêt. Déjà avant, ce n’était pas mirobolant. Mais là, c’est bientôt le dépôt de bilan. Et depuis quelques semaines, c’est vraiment compliqué. Tous ces crédits, il n’arrive plus à les rembourser.

Dans son milieu, à Noël, on sort le grand jeu. Stations de ski prestigieuses, champagne, caviar et cadeaux luxueux. Mais cette année, c’est impossible pour lui !

Il a bien réfléchi. Il ne peut pas demander un autre crédit. Il ne peut pas avouer qu’il est fauché. Il a quand même sa fierté. Rien que d’imaginer son ex-femme ricaner, ça le fait frissonner.

Alors c’est décidé, il ne fêtera pas Noël cette année. Il ne prendra même pas ses enfants. En espérant des jours meilleurs, Michel attend.

Mais non !

Quoi ?

Il ne faut d’argent pour fêter Noël vraiment !

Ah bon ?

Mais oui, souvenez-vous des bergers. C’étaient des gens si pauvres. Ils étaient mis de côté. Pourtant c’est à eux que la naissance a été annoncée en premier ! La lumière les a enveloppés. Et ils se sont précipités pour voir ce qui était arrivé.

Ils sont venus les mains vides ! Sans aucun cadeau,  avec leurs vieux manteaux sur le dos. Mais quand ils sont repartis, ils avaient le cœur remplit de toute la douceur, de toute la paix que Jésus leur avait donné. Et ensuite c’est eux qui l’ont  annoncé ! Le Noël qu’on peut toujours fêter, c’est Dieu qui met à l’honneur tous ceux qui sont mis de côté, tous les humiliés.

Regardez Michel comme il sourit. Le voilà qui s’avance dans la nuit. Il allume la troisième bougie.

Leila

Parmi ceux qui ne fêtent pas Noël, il y a encore Leila. En fait, Noël, elle se demande si elle y a droit. Elle n’est pas chrétienne. Elle ne sait même pas ce qu’elle est. Ces parents sont musulmans. Mais elle, pas vraiment. Parfois, elle essaye de faire le ramadan. Mais pas tous les ans.

Pourtant, pour les autres, elle fait partie de ce groupe-là. Parfois même, on l’assimile à ces fanatiques qui tuent des innocents au nom de leur foi.

Leila aimerait bien décorer un sapin, illuminer sa maison et faire la fête avec les siens.

Mais cette année, c’est encore plus particulier. Leila est très gênée. Alors ce soir, elle va faire comme si de rien n’était.

Mais non !

Quoi ?

Noël n’est pas une fête réservée aux chrétiens !

Ah bon ?

Mais oui, souvenez-vous des mages venus d’Orient. Ils ont vu une étoile et à son éclat, ils ont deviné qu’elle annonçait la naissance d’un enfant particulier. Alors ils se sont mis en route. Pourtant c’étaient des païens. Mais ils sont venus pour saluer Jésus, pour l’adorer. Et puis, ils ont continué leur route. On ne sait pas ce qu’ils sont devenus. Mais près de Jésus, ils étaient les bienvenus. Le Noël qu’on peut toujours fêter,  c’est Dieu qui ouvre son cœur pour accueillir toute l’humanité.

Regardez Leila comme elle sourit. La voilà qui s’avance dans la nuit. Elle allume la quatrième bougie.

 

Et voilà que toutes les bougies sont allumées. Dans le cœur de Louise et d’Alfred, de Camille, de Michel, de Leila et de tous les autres s’installe la même lumière. C’est la lumière de Dieu qui dit à chacun de ses enfants  : Je t’aime tellement ! Je suis venu ici, partager et changer ta vie. Ne sois pas désespéré. Car je suis toujours avec toi.

Voilà. Le Noël qu’on peut toujours fêter, c’est celui-là.

crédits Sophie Letsch (UEPAL) – Point KT  photo Pixabay