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Le journal d’une mère d’autrefois … Tel que l’imagine une mère d’aujourd’hui.

Mercredi. J’apprends qu’il se rend à Jérusalem pour y célébrer la Pâque. Enfin je vais le revoir ! Les fils de mes amies sont restés au village, ils aident leurs pères, visitent leurs mères. Mon Jésus, lui, il va, il vient, toujours sur les chemins avec ses amis… J’ai de ses nouvelles de temps en temps, des rumeurs, des « on-dit ».

Mais là, s’il vient pour la Pâque, c’est sûr, je le verrai ! Il est déjà à Béthanie, chez Marthe et Marie. On m’a dit que Lazare a été bien malade, étendu pour mort, et que Jésus l’a relevé… Finalement, tel que je le connais, ça ne m’étonne pas plus que ça !

Jeudi. Quelle foule ! Je l’ai à peine entrevu tant il y avait du monde ! Et Hosanna par-ci, et Hosanna par-là… Je pensais qu’au moins il me chercherait, qu’il viendrait me saluer, mais non.
Il est parti, avec ses fameux « disciples »… comme ils disent.
Ils se sont cachés, car la foule les serrait de trop près. Cachés de la foule, oui. Mais de moi, sa mère !
Voilà que je pleure, tiens… Je me demande bien pourquoi ! Ce fils là, il serait mort, ça ne changerait pas grand’chose. Je le vois de toute façon si peu ! Au moins mes larmes laveraient mon deuil. Tandis qu’ici, je pleure quoi ? Ma solitude au milieu de cette foule ? Oh mon Jésus, si tu pouvais penser un peu à ta mère !Vendredi. Oh Seigneur ! Oh Éternel tout puissant, Toi dont le nom est trois fois saint ! Oh mon Maître pour qui j’ai tout donné ! Protège mon tout-petit ! Ils l’ont pris ! Les pharisiens, les grands prêtres, ils l’ont fait arrêter! Et ces imbéciles de disciples qui n’ont même pas bougé !
Comment as-tu permis cela  Seigneur ? Cette nuit, Jésus a été  amené à Anne, et à son beau-fils, Caïphe, le grand prêtre. Et ceux-là l’ont envoyé chez Pilate, le romain. Et celui-là va le mettre à mort !
Mais tu sais déjà tout cela, n’est-ce pas ?
Mais que sais-tu d’autre, dans ta toute puissance ? Sais-tu comment se tordent les entrailles d’une mère à qui on arrache son petit ? Dans ta toute puissance, entends-tu les tambours qui battent dans ma tête ? Et dans ta toute puissance, vois-tu mes yeux qui se gonflent de larmes, à en crever !
Elle te sert à quoi, dis, ta toute puissance !

Samedi. Tout est achevé.
Ils l’ont vraiment mis à mort. Mon fils. Mon tout-petit. Mon Jésus. Mon rêveur, mon marcheur, mon… sauveur.
Ils l’ont… Ils l’ont crucifié. Hier, un peu après la sixième heure. Il a du lui-même porter sa croix, la croix de son supplice, il a du la porter… lui-même.
Ils se sont moqués de lui. Ils se sont partagés ses vêtements. Ils ont tiré sa tunique au sort. Ce Pilate a fait mettre un écriteau : « Jésus le roi des Juifs. » Est-ce qu’on crucifie un roi ?!?
Le petit roi de mon cœur, oui. Ils me l’ont crucifié.
Il n’y a rien de plus à dire

Dimanche.

Lundi. Hier, j’ai pas eu le temps d’écrire. Tout va si vite.
Hier, dimanche, tôt le matin, Marie-Madeleine est allée au tombeau pour achever la toilette. Je devais l’y rejoindre, mais j’ai même pas eu le temps de me mettre en route qu’elle était déjà de retour !
« La pierre a été roulée, qu’elle criait, la pierre a été roulée ! »
Des disciples ont couru voir, Simon-Pierre et un autre, et, de fait, la pierre qui fermait le tombeau était roulée sur le côté… J’ai vu quand ils ont fermé le caveau, le Joseph d’Arimathée et Nicodème, et cette pierre, j’en suis témoin, elle était drôlement lourde à mettre en place.
Alors qui ?… Comment ?… Pourquoi ?…
Marie-Madeleine a dit qu’elle avait vu … quelqu’un. Le Seigneur. Le Maître, qu’elle a dit. Debout.
Mon Jésus. Debout dans sa tombe.
Elle a dit qu’il lui a parlé. Qu’il lui a demandé d’aller annoncer. D’aller annoncer qu’il va monter près de son père qui est notre père, enfin une histoire comme ça, que j’ai pas très bien compris… Mais ça ne fait rien, tant que quelqu’un a pu voir mon Jésus debout, moi, ça me suffit.
A moi, il ne s’est pas montré. Comme d’habitude.
C’est pas grave.
Ah, Seigneur, béni soit ton nom, tu le sais, dans ta toute puissance, que mon cœur frémit de le savoir vivant. Tu sais que je vais m’activer, maintenant, sans plus de larmes et sans plus de deuil, car je le sens, là, sans le voir. Tout près de moi. Mon Jésus, mon tout-petit… Il faut que je  m’y mette et que je fasse bien, car demain, c’est Pâque…

Mardi. 14 Nissan. Aujourd’hui, c’est Pâque, Alléluia

Crédit : Marie-Pierre TONNON

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