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Dur, dur d’être un prophète

Voici une narration de la pasteure Claire De Lattre-Duchet (UEPAL) à propos du texte d’Esaïe 45/9-13.

 Il n’est pas toujours facile d’être un prophète. D’autres avant Esaïe s’y sont essayés et ils n’ont pu queconstater que ce peuple que Dieu s’est choisi et qu’il chérit comme son enfant, ce petit peuple est bien le même depuis la sortie d’Egypte : un peuple à la nuque raide, sacré ramassis de têtes de mules qui a déjà donné bien du mal à Moïse au temps de l’exode…

Et finalement, ce n’est guère mieux pour Esaïe. Pourtant, voilà que l’exil prend fin, ce devrait être le temps de la reconnaissance et de la joie. Après tant d’épreuves et de peines : car il y a eu le temps de la guerre et de la défaite, le déferlement de la puissante armée assyrienne sur Juda et Israël, le pays envahi, le Temple de Jérusalem profané, les ruines, la mort ou l’exil… L’exil forcé pour une partie du peuple emmené loin de Jérusalem, loin du Temple, loin du pays promis et aimé. L’exil et toutes ses questions : et si cette défaite était une punition de Dieu parce qu’Israël a tourné le dos à son Dieu ? Et si Dieu s’était détourné de son peuple ? Des questions, des peurs, des doutes et quelque part au milieu de tout cela, une promesse, une espérance… l’espérance que l’exil ne durera pas toujours, qu’il y aura un retour, une reconstruction, un avenir…

Mais quand Dieu tient parole, quand l’exil prend fin, cet avenir n’est pas exactement celui qui était attendu. Dieu promet et tient parole, mais il garde sa liberté et parfois, sa liberté se fait surprenante, dérangeante. Celui qui met fin à l’exil et qui libère le peuple, celui à travers qui s’accomplit le projet de Dieu pour son peuple, celui-là est un païen : Cyrus, souverain d’Assyrie et païen. Alors certains ne comprennent pas, critiquent, murmurent : mais comment ? Pourquoi ? Dieu  renierait-il sa promesse ? Se serait-il détourné de son peuple ? Dieu aurait-il perdu la raison ? Un libérateur païen ?! Pourquoi pas, un sauveur sur la paille ou un messie pendu au bois, tant qu’il y est ! N’importe quoi ! Certains critiquent, murmurent, mais Esaïe, lui, n’en revient pas ! Il ne décolère pas ! Mais quel orgueil ! Est-ce qu’un pot d’argile se permet de critiquer le travail du potier ?! Est-ce qu’un enfant se permet de critiquer celle qui l’a mis au monde ?! Pas en ce temps-là en tout cas, aujourd’hui, c’est une autre histoire

Esaïe ne comprend pas l’orgueil de son peuple, l’orgueil des humains en fait qui se permettent de critiquer leur Créateur, qui croient mieux savoir que leur Créateur… Cet orgueil, un jour, pourrait bien les conduire à leur perte ! A force de croire qu’ils savent tout et surtout mieux, à force de croire qu’ils peuvent tout, qu’ils ont tous les droits… Fichu orgueil des humains ! Ne peuvent-ils pas laisser Dieu être Dieu, le reconnaître comme Seigneur, rester à leur place de créatures aimées de ce Seigneur ?

Non, vraiment, pas facile d’être un prophète… Mais Esaïe ne baisse pas les bras, il gronde, fait la morale, sermonne son peuple et rappelle qui est Dieu : le Seigneur de l’univers, le Dieu créateur à qui ils doivent toute chose, le Dieu qui tient parole, même si parfois l’accomplissement prend des chemins inattendus et surprenants. Ses promesses le lient à son peuple, mais ne le contraignent pas, ne l’enferment pas, car son amour est vivant, créateur et créatif car il est ce Dieu, ce Dieu unique, qui veut vivre une histoire d’amour passionnante et passionnée avec son peuple, pas une routine ennuyeuse de rites sclérosés par les habitudes.

Esaïe tient bon dans son rôle de prophète, mais il oscille entre tristesse et espérance, colère contre son peuple et confiance en Dieu … Et Dieu dans tout ça ? Patience… Un Sauveur sur la paille, un messie pendu au bois ?…  Patience, il n’est pas encore temps… Chut…

Crédit : pasteure Claire De Lattre-Duchet (UEPAL)