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ANGUS ET LE CADEAU DE NOËL.

un conte pour la parler de la paix écrite par Avril Rowlands 

crédit : pixabay

Les MacDorwuffs se réveillent de leur premier sommeil d’hiver juste avant Noël.

Leur premier sommeil débute lorsque les nuits commencent à s’allonger et que les journées s’assombrissent.

Leur second sommeil dure jusqu’à ce que le soleil se mette à réchauffer la terre et que la neige fonde sur les collines du Plus-Lointain-des-Nords. Toutefois, il ne commence qu’en janvier, car aucun Mac qui se respecte ne voudrait dormir pendant les fêtes de Noël et de Nouvel-An.

Donc, quand Angus Mac se réveilla un matin froid et brumeux de décembre, sa première pensée fut pour Noël et particulièrement pour les cadeaux de Noël, et plus précisément encore pour UN cadeau de Noël, celui qu’il ferait à sa meilleure amie.

Les Mac sont très petits – ils sont aussi très gros parce qu’ils mangent beaucoup de porridge – et ils vivent dans des petites boîtes-aux-lettres en bois posées le long de la seule route qui conduit à travers les rochers et les montagnes, le long des lochs profonds, des rivières, des ruisseaux et des forêts du Plus-Lointain-des-Nords.

Angus Mac vivait seul dans sa boîte-aux-lettres. C’était une maison confortable, garnie de meubles en bois qu’il avait fabriqués lui-même, de tapis et de rideaux en joli tissu écossais que sa mère lui avait donnés, et d’une exposition de pierres d’ornement qu’Angus avait collectionnées sur les plages et les rochers. C’était une maison chaude et amicale, une maison telle que chaque Mac aurait du plaisir à habiter. Mais Angus ne la trouvait ni chaude, ni amicale, ni spécialement confortable. En effet, lorsqu’il refermait sa porte derrière lui après une dure journée de travail à s’occuper des montagnes et des collines du Plus-Lointain-des-Nords, personne n’était là pour l’accueillir, personne ne partageait sa maison-boîte-aux-lettres. Pour Angus, c’était un endroit froid et solitaire.

Ce matin-là, ce matin froid et brumeux de décembre, Angus ne resta pas dans sa maison douillette et chaude lorsqu’il se réveilla de son premier sommeil d’hiver. Il se leva, sortit, respira profondément l’air doux, secoua de sa barbe les jolies gouttelettes de pluie et se mit en route. Angus devrait prendre une décision  et il ne pouvait pas la prendre à l’intérieur.

Que donnerait-il à sa meilleure amie Fiona pour Noël en lui demandant de devenir sa femme et de vivre avec lui dans sa maison confortable ? Ce n’était pas chose facile à décider. Il désirait acheter quelque chose d’extraordinaire pour cette occasion unique.

Il pensait à cela tandis qu’il marchait le long du loch en vérifiant que les pièges pour les ours polaires n’avaient pas été dérangés depuis qu’il les avait placés en automne. (Pendant les jours froids de l’hiver, les ours polaires descendent d’Islande. Ils sont affamés et considèrent que les Mac bien gras sont un mets délicat.)

« Je pourrais lui acheter du tissu écossais » pensa-t-il. « Elle pourrait se faire un kilt.» Mais non… ce n’était pas un cadeau assez original pour Fiona. Il se promena sur sa plage, une plage superbe faite de rochers et de pierres de différentes couleurs qu’il avait ramassées dans toutes sortes de lieux différents du Plus-Lointain-des-Nords. Tous les Mac aiment leurs plages et Angus était fier de la sienne. Mais, ce jour-là, il n’y prêtait aucune attention.

« Je pourrais lui donner une pierre » pensa-t-il, « la plus belle pierre que je possède, une pierre blanche recouverte de poussière d’or ; je pourrais la tailler et la polir et lui mettre une chaîne pour qu’elle puisse la pendre autour de son cou. Ce serait un cadeau original… mais non,… ce ne serait pas un cadeau assez original pour Fiona. »

Il s’arrêta de marcher et regarda en direction du Loch Laxford. La pluie avait cessé, la brume s’élevait et l’air était froid et clair.

« Je pourrais prendre mon bateau, ramer jusqu’à l’endroit où le loch est le plus profond et pêcher pour elle un beau poisson » pensa-t-il. Mais non, il pouvait pêcher un poisson n’importe quand pour Fiona. Il marcha par les montagnes et les collines dont il était le gardien, et pendant qu’il nettoyait les buissons de genêts aux branches épineuses et balayait les bruyères mortes et les fougères, il pensa à un peigne pour ses cheveux, ou à un châle de laine fine pour ses épaules… Mais non… c’étaient là des objets ordinaires et utiles qui n’étaient pas dignes de Fiona.

Angus grimpa toujours plus haut sur la chaîne de montagnes qui s’appelle Foinaven et ne s’arrêta que lorsqu’il eut atteint le sommet qui était caché dans les nuages. Il s’arrêta parce qu’il ne pouvait plus rien voir, ni au-dessus de lui, ni en-dessous, car il était environné de brume légère et aussi parce qu’il avait pris une décision : il avait décidé de demander conseil à Dieu. (Les Mac présentent souvent leurs problèmes à Dieu).

« Tu vois, Dieu, dit Angus, c’est bientôt Noël, comme Tu le sais, et je désire acheter le plus beau des cadeaux pour Fiona et lui demander de m’épouser et de partager ma maison-boîte-aux-lettres. Seulement, je ne sais pas que lui offrir. »

Dieu écoutait Angus.

« J’ai pensé à une pièce de tissu, un peigne pour ses cheveux, un châle pour ses épaules. J’ai pensé à une pierre de ma plage. J’ai pensé ramer jusqu’à l’endroit le plus profond du Loch Laxford et pêcher un beau poisson. Mais rien ne me semble lui convenir. Que lui donnerais-Tu, si Tu étais à ma place ? » Tandis qu’il parlait, la brume s’éleva et Angus put voir le soleil couchant derrière la montagne appelée Foinaven, donnant au sommet une couleur embrasée. « Le soleil serait un beau cadeau – pensa soudain Angus – un très beau cadeau. Mais je ne donnerai pas le soleil à Fiona car il est probablement trop chaud et elle se brûlerait les doigts. » Le ciel s’étendait tout bleu au-dessus de lui et la première étoile du soir se mit à briller doucement. Près d’elle apparut la courbe légère de la nouvelle lune. Angus contempla la lune et l’étoile et songea combien elles étaient magnifiques.

« Ça y est – dit-il à haute voix – je lui donnerai la lune et les étoiles. Je ne sais pas ce qu’elle en fera, mais je veux les lui donner parce qu’elles seront le plus beau des cadeaux et qu’elle est ma meilleure amie.»

« Ecoute, Dieu, dit-il, puis-je offrir à Fiona la lune et les étoiles ? Je ne sais pas combien elles coûtent et je n’ai pas beaucoup d’argent, mais je Te donnerai tout ce que j’ai. » Et Dieu écouta et sourit et ne dit rien, car Dieu agit autrement.

L’étoile du soir était de plus en plus brillante et paraissait si proche qu’Angus pensa qu’il lui suffirait de lever la main et de faire un petit saut pour la cueillir. Il tendit son bras vers l’étoile, fit un petit saut … et dégringola jusque tout en bas de la montagne.

Il sortit de l’enchevêtrement de genêts qui avait arrêté sa chute, tout écorché, endolori et fâché.

« Ce n’était pas très chic de ta part, Dieu, dit-il. » Et il tourna le dos à la montagne pour rentrer chez lui.

Mais la route faisait des tours et des détours tels qu’Angus n’en avait pas le souvenir et elle lui semblait aller en direction des collines au lieu de le conduire vers sa maison près du Loch.

Le soleil s’était couché, il faisait sombre et seule la lune éclairait, blanche et brillante dans le ciel noir. Angus s’arrêta et se gratta la barbe. « Il y a une seule route vers Le-Plus-Lointain-des-Nords, se dit-il à lui-même, et c’est celle-ci,… ou plutôt ce n’est pas celle-ci, car je ne suis jamais venu par cette route. »

Soudain, une lumière perça l’obscurité, un petit point de lumière, doré et réconfortant.

« Il doit y avoir quelqu’un près de cette lumière, pensa Angus. Je vais aller lui demander la direction à prendre pour rentrer chez moi. » Tandis qu’il marchait par les collines, la lumière devenait toujours plus forte et brillante. Et Dieu regardait Angus marcher vers la lumière, mais Il ne disait rien, car Dieu n’agit pas de cette façon-là.

La lumière provenait d’une lampe tempête qui se balançait devant la cabane d’un berger. La porte en était fermée, mais elle s’ouvrit à l’approche d’Angus et un vieux, très vieux Mac avec une longue barbe blanche apparut devant lui.

« Donc, tu désires le colis – dit le vieux Mac d’une voix rouillée par l’âge – Entre ! »

« Quel colis ? » demanda Angus ?

Le vieux Mac le regarda. « La lune et les étoiles, bien sûr ! » dit-il. Le vieux Mac s’éloigna et Angus l’entendit marmonner et fouiller dans l’obscurité. Après quelques instants, il revint, portant un gros paquet enveloppé dans du papier.

« Voilà ! » Il mit le paquet dans les mains d’Angus. « Attention, elles sont assez lourdes. » Angus commença à déchirer l’emballage, mais le vieux Mac l’arrêta. « Ne déballe pas avant d’être arrivé chez toi, c’est plus sûr. » « Plus sûr ? » Angus eut l’air étonné.

« Oh oui ! Tu ne veux pas qu’elles s’échappent pour retourner au ciel, ou quoi ? »

Avant qu’Angus ne sache ce qui lui arrivait, il se retrouva hors de la cabane avec le paquet dans les bras. La lumière avait disparu et il lui sembla que la cabane avait été avalée par la nuit. Il faisait très très sombre. Angus leva les yeux vers le ciel et retint son souffle : la lune et les étoiles avaient disparu !

Angus prit beaucoup de temps pour rentrer chez lui. Les premiers flocons de neige tombaient quand il atteignit le Loch Laxford et il était très très fatigué. Il cacha soigneusement son paquet sous une grande pierre de sa plage et, éreinté, se mit au lit.

Dieu regarda Angus lutter pour rentrer chez lui et vit où il avait mis le paquet, mais Il ne dit rien. Angus était agité et ne pouvait pas dormir malgré qu’il soit enfin en sécurité dans sa maison-boîte-aux-lettres. A chaque instant  il se levait, allait  jusqu’à la porte, regardait dehors… mais le ciel demeurait noir comme de l’encre et on ne pouvait apercevoir  ni lune, ni le scintillement d’une étoile.

« Je me demande comment elles sont, pensait Angus, … je me demande si tout va bien pour elles sur ma plage. »

Enfin, il ne put plus supporter d’attendre, il se glissa doucement hors de sa maison et descendit vers le loch.

Il trouva le paquet là où il l’avait laissé, sous la pierre. Il le prit et le déballa lentement… il sentit un bord pointu et vit la lueur de quelque chose qui brillait… enfin, il arracha le dernier morceau de papier et là, devant lui, sur la plage, il y avait le cadeau, le plus beau cadeau, le cadeau le plus original qu’il avait pu trouver pour Fiona : la lune et les étoiles…

Mais la lune était terne et mate, avec des morceaux bruns dans les coins ; et les étoiles… au nombre de trois, étaient tout aussi ternes, et la pointe de l’une d’elles était cassée.

Angus se mit la tête dans ses mains et pleura. Dieu le regardait et avait pitié de lui, mais Il ne dit rien, car Dieu agit autrement.

Enfin, Angus leva les yeux vers le ciel tout noir. Il cria : « Tu m’as trompé, Dieu, Tu m’as trompé. » Dieu parla : « Je ne t’ai pas trompé, Angus, — dit-Il – tu désirais la lune et les étoiles et tu les as eues. Je regrette de n’avoir pas pu te laisser prendre les vraies, mais j’en ai besoin, de même que toutes les choses vivantes du monde, car l’étoile doit briller au-dessus de l’endroit où mon fils est né à Noël, et la lumière de la lune doit montrer le chemin de l’étable où il repose. Et j’ai besoin de la lune et des étoiles, toutes ensemble, pour enlever la peur de l’obscurité pendant la nuit. »

Angus baissa la tête. Il avait honte. Sa seule pensée avait été pour Fiona, mais les pensées de Dieu sont pour tous.

Une main toucha son épaule. C’était Fiona.

« Angus, qu’est-ce qui ne va pas ? »

Angus détourna la tête afin qu’elle ne voie pas son nez tout luisant ni sa figure toute gonflée d’avoir tant pleuré.

« Angus, qu’est-il arrivé ? »

« C’était… ce devait être une surprise… » dit enfin Angus en murmurant dans la barbe.

« Quelle surprise ? »

« Je voulais t’acheter un cadeau de Noël original, un cadeau très original parce que tu es ma meilleure amie et que j’allais te demander de m’épouser et de venir vivre avec moi dans ma maison boîte-aux-lettres. Et je ne trouvais aucun cadeau assez extraordinaire jusqu’au moment où j’ai pensé à la lune et aux étoiles, parce que le soleil te brûlerait les doigts. »

« Je vois », dit Fiona.

« Mais ce ne sont pas la vraie lune et les vraies étoiles, et la lune est terne et mate et il y a des taches brunes dans les coins. Les étoiles sont ternes, elles aussi, et l’une des pointes s’est cassée. »

Puis Angus demeura silencieux, la tête baissée, tandis que Fiona regardait la lune et les étoiles posées sur la plage.

« C’est un cadeau magnifique, dit-elle enfin. Le plus beau cadeau que j’aie jamais reçu. Je peux nettoyer la lune pour qu’elle brille et tu peux réparer l’étoile et nous les suspendrons ensemble dans notre maison. »

Angus regarda Fiona. Tout en haut, au-dessus d’eux, les nuages s’écartèrent et la lune répandit sa lumière vive et argentée et les étoiles brillèrent et scintillèrent.

Et Dieu sourit et fut heureux car Angus ne serait plus solitaire. Car Dieu agit de cette façon-là.  FIN 

 

L’auteure de ces 3 contes est madame Avril Rowlands et son site internet est www.mcdorwuff.com

Voici les coordonnées des 3 contes en anglais :

Alastair et la guerre du clan : ISBN 0-7197-0581-9.

Angus et le cadeau de Noël : ISBN 0-7197-0535-5.

Robbie et l’ours polaire : ISBN 0-7197-0536-3.