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Daniel PRISS a accepté d’écrire une chanson faisant écho à la guerre tragique en Ukraine. Nous le remercions d’avoir répondu rapidement. Il nous offre cette chanson, d’une grande profondeur.

En fin d’article,  Daniel Priss propose un éditorial qu’il a écrit pour sa paroisse. C’est une  réflexion  sur laquelle il s’est appuyé pour écrite les paroles de la chanson « Ukraine, Ukraine ».

 

  • Écouter la chanson

Paroles et musique : Daniel PRISS
Chant, guitares, bass et congas : Daniel PRISS
Chœurs : Françoise PRISS
Violon :  Julien PIDANCIER

Ukraine, Ukraine

Paroles et musique : Daniel PRISS

De fort loin
Une musique vient et elle m’inonde
Elle m’étreint
Me fait entendre le bruit sourd des bombes
Dans le silence
De la souffrance
Dans le silence
De la nuit

De fort loin
Une musique vient et elle m’inonde
Elle m’étreint
Me fait entendre le bruit sourd des bombes
Chant de stupeur
Chant de la peur
Chant qui résonne
Dans nos cœurs

Ukraine
Ukraine
Ton chant me fait pleurer
Ukraine
Ukraine
Comment aurais-je imaginé

 De fort loin
Une musique vient et elle m’inonde
Elle m’étreint
Me fait entendre le bruit sourd des bombes
Un enfant pleure
Dans cette nuit
Un enfant meurt
Sans un bruit

De fort loin
Une musique vient et elle m’inonde
Elle m’étreint
Me fait entendre le bruit sourd des bombes
Une mère prie
La vie s’enfuit
Une mère crie
Dans le bruit

 Ukraine
Ukraine
Ton chant me fait pleurer
Ukraine
Ukraine
Comment aurais-je imaginé

 De fort loin
Une musique vient et elle m’inonde
Elle m’étreint
Me fait entendre le bruit sourd des bombes
Au nom de quel dieu
Au nom de quelle foi
Fait-on tomber des cieux
Un tel effroi ?

 

Que se passe-t’il dans la tête de ceux qui veulent faire la guerre ?

Cette question, beaucoup se la posent. Après la crise de la Covid, nous espérions tous un temps d’accalmie et de sérénité. Nous n’imaginions pas que la guerre allait éclater en Europe. Visiblement, nos espoirs ne sont pas partagés par tous.
Alors que se passe-t’il dans la tête de ceux qui veulent faire la guerre ?

Certains analystes parlent de folie, d’autres de nostalgie, d’autres de déraison. Il est difficile à distance de faire un diagnostic de l’état de santé mentale de Vladimir Poutine. Mais, il nous est par contre possible d’observer des processus se répétant au travers de l’Histoire.

Si nous comparons la situation actuelle avec les pages les plus sombres de l’Histoire, celles du siècle passé et celles du début de ce siècle présent, nous pouvons observer des processus psychologiques similaires à ceux qui ont été à l’origine de guerres ou de conflits.

Que ce soit Hitler, Mussolini, Staline, Bachar el-Assad etc. Mais aussi Mao, Franco, Pinochet, Ceausescu…. sans évoquer tous les dictateurs africains, ni oublier ceux qui ont été, ou sont  tentés de prendre la même direction, Trump et Bolsonaro…, en les observant, nous trouvons souvent les mêmes connivences : hormis quelques escrocs qui se sont saisis du pouvoir pour s’enrichir, la majorité sont totalement convaincus par leur projet. Ils se considèrent soit comme étant les envoyés qui permettront la naissance d’un monde nouveau – le troisième Reich devait durer mille ans ! – soit comme les envoyés ayant pour mission de remettre le peuple sur le « bon »  chemin.

Alors, aucun espace n’est laissé au doute.
Aucune contradiction n’est possible. Les convictions qui les poussent à agir n’appartiennent plus au raisonnable, à savoir une pensée qui peut être interrogée, débattue, critiquée. Leurs convictions appartiennent à une forme de révélation quasi mystique dont ils se sentent investis. Chacun est convaincu de faire le « bien », d’être une forme de messie. Ils sont prêts à tout car ils pensent être dans la Vérité, être porteur de la Vérité. Leurs convictions sont de l’ordre du religieux. Plus qu’un territoire à conquérir, c’est le mal qu’il faut faire reculer : Poutine refuse le terme de guerre, celle-celui qui prononce ce terme en Russie risque 15 ans de prison. Il dit que c’est une opération spéciale de purification, de dénazification !

Aussi loin que remonte notre connaissance historique, nous observons que les pires conflits ont été motivés par des convictions religieuses, ils étaient justifiés par le « bien ». Ils ont comme objectif, l’avancement de la Vérité et de la civilisation : Les Romains prétendaient offrir la civilisation aux peuples barbares. Puis ce fut le christianisme qu’il fallut étendre à tous les peuples. L’islam naissant eut le même objectif. Les religions s’étant divisées, chaque partie combattait l’autre, protestants contre catholiques, chiites contre sunnites etc. Au nom de la Vérité. Naquirent les religions modernes, marxisme, stalinisme, nazisme, islamisme etc. Elles se mirent en quête de  pureté et entreprirent des purifications ethniques.

Alors que du temps de l’URSS, l’Église était opprimée, aujourd’hui Vladimir Poutine affiche une proximité avec le patriarche Kirill de Moscou. Ce dernier se veut être le défenseur d’une société chrétienne et morale, il conduit l’Église orthodoxe russe qui, depuis plusieurs années, se pose en ultime défenseure de la morale sociale et des valeurs traditionnelles russes dans le cadre de « la guerre culturelle » menée par un Occident « décadent ». Décadence qui a notamment pour symbole la gaypride.

Voici un extrait de la prédication du patriarche Kirill de Moscou le 6 mars 2022, le dimanche de la Saint-Jean, dimanche du pardon, faisant référence aux « opérations en Ukraine » :

« Ce qui se passe aujourd’hui dans la sphère des relations internationales ne relève pas uniquement de la politique. Il s’agit de quelque chose d’autre et de bien plus important que la politique. Il s’agit du Salut de l’homme, de la place qu’il occupera à droite ou à gauche de Dieu le Sauveur, qui vient dans le monde en tant que Juge et Créateur de la création. Beaucoup aujourd’hui, par faiblesse, par bêtise, par ignorance, et le plus souvent parce qu’ils ne veulent pas résister, vont là, du côté gauche. Et tout ce qui a trait à la justification du péché condamné dans la Bible est aujourd’hui le test de notre fidélité au Seigneur, de notre capacité à confesser la foi en notre Sauveur.»
Faisant référence à Matthieu 25, il positionne Vladimir Poutine, comme un serviteur du Christ, qui conduit le peuple du bon côté, celui du salut !
Pour sa part, dans un discours, le 17 mars 2022, Vladimir Poutine fait aussi référence à l’Évangile pour justifier les combats. Il cite Jean 15 v. 13 « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. » Il associe le « sacrifice » des soldats russes en Ukraine au sacrifice du Christ sur la croix !
Serait-ce donc, avant d’être une guerre de territoire, une « guerre sainte » que Vladimir Poutine aurait voulu engager ? Une guerre contre l’Occident décadent, avec des convictions qui nous rappellent celles des islamistes ?
Si c’est la cas, si c’est effectivement au nom du christianisme qu’il a engagé ce conflit, il est bon de rappeler Jacques ELLUL « la Révélation de Dieu  n’a rien à faire avec une morale. Rien absolument rien….la Révélation de Dieu en Jésus-Christ est une antimorale. Non seulement, il est honnêtement impossible de tirer une morale de l’Évangile ou des Épîtres, mais bien plus, la proclamation de la grâce, la déclaration du pardon, l’ouverture de la vie à la liberté qui sont les clefs de l’Évangile, sont en tout exactement le contraire d’une morale. Étant donné que toute conduite, y compris les plus pieuses, la plus morale est englobée dans le péché. » (Jacques ELLUL, La subversion du Christianisme). Et de rappeler que « les religions, quelles qu’elles soient sont à l’origine de guerres, de conflits, qui finalement sont beaucoup plus graves que les guerres purement politiques ou arbitraires des souverains, puisque, dans ces guerres provoquées par la « religion », c’est la questions de la Vérité qui est devenue centrale : l’adversaire devient l’incarnation du Mal et du Mensonge, donc il doit être totalement éliminé. Ceci est parfaitement exact. Exact pas seulement pour les religions traditionnelles mais aussi pour les religions nouvelles qui les ont remplacées : la Religion de la Patrie, la Religion du Communisme, la Religion de l’Argent, par exemple. Toutes les guerres qui se font au nom d’une croyance religieuse sont des « guerres inexpiables »…Toute religion est porteuse de guerre, oui, mais la Parole de Dieu n’est pas une « religion », c’est la plus grave trahison d’en avoir fait justement une religion. » (Jacques ELLUL, Anarchie et Christianisme).

Crédits : Daniel PRISS (UEPAL), Point KT