Prédication pour la confirmation : pasteur.es in black

« Pasteur.es in black » est une prédication à deux voix donnée lors d’un culte de confirmation, sur la base du livres des Actes, chapitre 16, 23-34. 

Narrateur (Ton normal) : « Aux environs de minuit, Paul et Silas, en prière, chantaient les louanges de Dieu, et les autres prisonniers les écoutaient. Tout d’un coup, il y eut un tremblement de terre si violent que les fondations du bâtiment en furent ébranlées. Toutes les portes s’ouvrirent à l’instant même, et les chaînes de tous les prisonniers sautèrent… Ils annoncèrent alors la parole du Seigneur, à tous ceux qui vivaient dans la maison ! (…) Le gardien de la prison fit ensuite monter Paul et Silas chez lui, leur offrit un repas et se réjouit en famille d’avoir cru en Dieu. »

Le narrateur change de ton… « Ce que je viens de lire est la version officielle car, aujourd’hui, au 21ème siècle, Paul et Silas sont anonymement connus sous le nom d’agent 1 et agent 2  – les deux entrent en robe pastorale noire avec des lunettes de soleil sombres-. En effet, les pasteur-es- in black font partie d’une organisation ultra-connue créée afin de susciter la présence sur terre d’une race d’extraterrestre : les confirmands. Grâce à leur technologies avancées et armes de pointe : (L’un tient à la manière d’un pistolet, le livret « grains 2 KT » et l’autre la Bible « Ze Bible »), ils font ce qu’ils peuvent pour que le KT ne devienne pas virtuellement inexistant, boostant la mémoire des confirmands. Ainsi, la population ignore, pour le moment, la présence des confirmands sur la planète, mais cela va bientôt changer ! Le qualificatif de « Pasteur-es- in black » vient des robes noires et des lunettes sombres que les membres de … doivent porter le plus souvent ! Les deux agents prennent la pose hiératique quelques instants et…

Agent 1 : (il enlève ses lunettes sombres et veut ôter sa robe) Dis  ! J’en peux plus sous ce déguisement ! J’étouffe ! Tu crois vraiment que c’est nécessaire toute cette mise en scène ?

Agent 2 : Keep cool  ! Tu sais bien qu’il faut être visible de nos jours, et capter l’attention des catéchumènes ; rien de plus compliqué !

Agent  1 : Surtout qu’annoncer l’évangile, la Bonne Nouvelle, ça fait pas trop le buzz ! J’ai l’impression qu’elle va devoir faire la queue, derrière tous les autres funs, avant d’être consommée dans nos multiples fast food religieux !

Agent 2 : Sans compter qu’on est tous tombés en pleine addiction ! Tu connais la nomophobie ?

Agent 1 : Tu veux dire Nono, le petit robot, l’ami d’Ulysse ?

Agent 2: Arrête un peu les mangas ! Là il s’agit de la peur du confirmand de se retrouver sans son mobile parce qu’il a dû le laisser en consigne avant d’entrer dans la salle de KT…

Agent 1 : Ah oui ! Ils psychotent grave ! Et toi, t’as entendu parler du phubbing ?

Agent 2 : Non ! Mais j’connais le shopping ! Le bowling ! Le sleeping…

Agent  1 : C’est relié au bouging ! C’est l’incapacité d’écouter ce qu’on lui raconte sans consulter son portable ! Que veux-tu, en plus ça vibre grave ces phones-là !

Agent 2  : Mais le top du top, c’est l’athazagoraphobie !

Agent 1 : A tes souhaits ! Ça a l’air vachement contagieux ton truc…

Agent 2 : C’est quand t’as trop les boules d’être oublié par tes potes sur les réseaux sociaux, comme s’ils t’avaient déconnecté de leurs listes d’amis ou d’abonnés !

Agent 1 : En gros -j’dis pas ça pour toi, c’est une expression- si on suit pas la mode du moment, on va devenir des pasteur-es- in black has been et même pas vintage. Et la voie du salut va se diluer jusqu’à devenir une voix dans le bla bla de la communication moderne ?

Agent 2 : Si nous prenons la voie des ondes alors nous sommes perdus. Mais si nous leur annonçons, tout simplement, que la Bonne Nouvelle, c’est de la dynamite qui va faire exploser toutes les chaînes qui nous rendent accrocs… Alors nous avons une ouverture !

Agent 1 : C’est sûr que tant que l’Evangile n’est une menace pour personne ! Tant que c’est bon pour le business, que ça rapporte et dope la croissance et le pouvoir d’achat ! Tout le monde like !

Agent  2 : Mais dès que l’Evangile met en lumière les abus, libère les plus fragiles, dénonce l’abrutissement des masses ; alors il devient terriblement dangereux pour notre société du zapping, car il ne disparaîtra pas d’un seul clic…

Agent 1  : Mais ce sera plutôt une grosse claque qui annonce un Dieu solidaire et pas réduit à un coaching personnel gagnant…

Agent 2: Un Christ pas seulement présent sur les réseaux mais surtout dans le cœur des gens !

Agent  1 : Une humanité qui rêve de gloire, de force et de prospérité, dérangée par un Dieu faible qui puise toute sa force dans sa fragilité !

Agent  2 : Un Dieu qui invite toutes les familles, même déchirées, à la fête de la réconciliation entre les prisonniers des souffrances de la vie !

Agent 1 : Un Dieu qui n’est surtout pas nationaliste, encore moins communautariste ni lobbyiste mais qui essaye de tisser des liens avec et entre tous !

Agent  2 : C’est souvent quand t’es au plus profond du trou, enchaîné, lié, et parfois même blessé…

Agent 1 : Que t’es le plus libéré parce que tu n’as plus rien à perdre ! Ok ! Mais tu sais bien  que « Être un confirmand libéré c’est pas si facile… »

Agent 2 : On ne va pas le laisser tomber  ! Personne ne pourra priver aucun prisonnier de ce cri qui vient de l’intérieur. Ce qui fait qu’il vient comme il est ! Sans être jugé, catalogué et formaté !

Agent  1 : C’est donc à nous de les aider à forger leurs convictions librement pour qu’après le KT, ils puissent se barrer avant que cela ne devienne une prison ? Dis , tu crois qu’ils ont été obligés de venir ? J’suis pas sûr qu’on peut encore les obliger s’ils n’ont pas, même un peu, envie…

Agent  2 : A mon avis, ils vont pas dire le contraire… Peu importe d’ailleurs ! Même si les liens qui nous unissent à eux se sont opérés par la contrainte et l’autorité, c’est à nous de les en libérer, un peu comme le Père laisse le fils aller vivre sa vie, après avoir perçu sa part d’héritage !

Agent  1 : Mais tu voudrais pas connaître le montant de l’héritage qu’on leur laisse ? Et d’ailleurs, jamais nous ne pourrons leur laisser la recette pour être sauvés ! Nous ne sommes plus dans le faire…

Agent  2 : Mais dans l’ouverture au croire, et croire, c’est aussi accepter de recevoir des autres pour devenir ! C’est à leur contact que nous pourrons aussi évoluer…

Agent  1 : C’est un peu kitch ton truc là, on connait (Ils chantent tous deux) : « Nous sommes unis dans la famille. Car Dieu nous lie à toujours Par une chaîne d’amour. Concitoyens, nous sommes les siens Car Dieu nous lie à toujours. Par une chaîne d’amour. » (Faire participer les confirmands)

Agent 2 : Justement, il ne s’agit plus de les enchaîner par un KT infantilisant, mais de les déchaîner des obligations, convenances et dépendances de toutes sortes pour qu’ils puissent grandir dans la foi, se responsabiliser et nous quitter pour mieux revenir ou pour aller leur propre chemin…

Agent  1 : Ok , mais avant j’aimerai essayer nos armes hypersophistiquées. Normalement, en un flash, ils devraient imprimer dans leur mémoire l’ensemble du bouquin (Il ouvre ZeBible et la referme devant les yeux d’un-e- confirmand-e-. Ensuite, il teste…)

Agent 2 : Attend, c’est mon tour… Un flash de  » grains 2 KT  » pour un sens à ta vie (il ouvre et le referme et puis teste )…

Agent  1 : Non, mais laisse tomber, tous les parents nous regardent ! On a l’air de quoi là, C’est la honte assurée… Plus jamais, ils vont nous envoyer leur gamins… Voyons de la tenue !

Agent  2 : (Se reprenant) Et sans transition, chantons à la gloire de Celui qui ouvre les portes des cœurs et qui déchaîne les liens de l’esclavage :  » Ensemble, ensemble, nous pouvons faire ensemble… »

Crédits : Frédéric Gangloff, UEPAL