Les mystères de l’amour

Ce message, en trois volets, a été donné dans une ferme, lors d’un culte en plein air. Le début de chaque « émission » était indiqué par un jingle musical. Enfin, le texte de 1 Pierre 3.8-15  se trouvait à la fin des programmes de culte sous cette forme : Charte de la communauté des mystères de l’amour « Soyez tous en parfait accord, sensibles aux autres, pleins d’affection fraternelle, d’une tendre bienveillance, d’humilité. Ne rendez pas mal pour mal, ni insulte pour insulte ; au contraire, bénissez (…) Mais, dans votre cœur, consacrez le Christ comme Seigneur ; Soyez toujours prêts à présenter votre défense devant quiconque vous demande de rendre compte de l’espérance qui est en vous ! »

Présentateur : Chers téléspectateurs, bonsoir ! Vous attendez avec impatience votre série culte dominicale : « Les mystères de l’amour ». N’en faites pas une maladie ; je veux dire de l’amour, mais elle court toujours… Pour tout vous dire cela fait à peu près 2000 ans et rien ne semble pouvoir l’arrêter ! Le fait que vous soyez encore là, audimat fidèle, entre le fer à repasser et l’apéritif à vider, nous incite à vous raconter les débuts. Impossible de narrer toutes ces saisons riches en rebondissements, intrigues, tensions, séparations et réconciliations… Mais, revenons brièvement sur la saison 1. L’action se passe à Rome, dont le nom de code dans notre série est « Babylone avant les temps derniers ». Pierre y a mal fini sa carrière, ou plutôt la tête à l’envers sur une croix, où il a fait le sacrifice de sa vie pour ses amis ! Quant à Paul, qui n’a donné aucune nouvelle depuis ses dernières lettres, une rumeur circulant le fait passer pour mort également. Et c’est dans une situation de grande détresse et de fragilité, qu’un inconnu adresse des messages d’encouragement aux membres de la communauté des mystères de l’amour.

Cher téléspectateur, ce message s’adresse à toi, oui ! A moi ! A tous ceux qui le veulent et qui pensent être de moins en moins nombreux, dispersés, en voie d’extinction, dans le doute, fragilisés… Tu n’es pas seul à oser témoigner ! Tu n’es pas seul à porter la Bonne Nouvelle. Et même si tu penses le contraire, c’est dans un environnement hostile, lorsque tu tombes le plus bas, à terre, que la graine a plus de chance de donner du fruit ! Courage, toi et moi et tous ceux qui le veulent, faisons parties de cette chaîne d’amour… Et pour ne pas être enchaîné, mais plutôt déchaîné, notre inconnu, que nous nommerons frère courage, nous livre cinq astuces pour resserrer notre bande autour des mystères de l’amour… Mais auparavant, comme la production ne peut pas vivre que d’amour, notre séquence boutique. 5 trucs à faire, rien que pour soi, avant l’été pour être au top sur la plage :

A  : Massez-vous avec le gel anti-rétention d’eau « Splatch ». Hydratez bien, ne pratiquez pas de sport trop violent. Achevez vos gambettes par un jet d’eau froide et élevez vos jambes vers le plafond tous les soirs pendant 10 minutes (démo). Vous aurez des jambes nickel !

B  : Le top du top c’est l’épilation définitive ! Quel instant de bonheur que de ne plus avoir de poils ! Choisissez bien la technique ! La cire et le rasoir c’est du passé ! Optez pour le laser, là ou il passe, le poil trépasse ! Ensuite, utilisez une crème anti-repousse. Alors avant de se mettre à poil ! Mort aux poils !

A : Afin de ne pas choquer avec vos rondeurs mises à nu, testez une cure minceur dans des jolis Spa et instituts. Vous aurez accès à un camp de transpiration avec les meilleurs coachs et professeurs de danse du moment. Vous apprendrez les astuces minceur -comme ne plus manger de pain avec les nouilles- et une nutrition plus efficace. Vous ne reconnaîtrez même plus votre silhouette dans une glace que vous aurez d’ailleurs envie de dévorer !

B : Boostez votre immunité avec des fruits et légumes. Exit le café, l’alcool et la clope ! le zinc -pas celui du bar- l’autre, est extra pour la peau. Le must c’est le magnésium. Vous pouvez l’avaler en comprimés. Perso, je préfère le chocolat noir, les fruits secs et les crustacés surtout au petit déj le matin ! Essayez aussi le guarana, le pollen, la gelée royale et vous deviendrez une reine !

A : Trouvez votre crème hydratante adaptée à votre type de peau avec une protection contre les UV. Idem pour les cheveux. Coupez les pointes, profitez-en pour changer de tête et accumulez les masques. Vous en sortirez transformés !

Présentateur : Merci la boutique. N’est-ce pas mesdames et messieurs que nous le valons bien ? Tout est donc dans la façade qu’il suffirait de ravaler ! Mais qu’en est-il de notre intérieur, de nos tripes, de nos relations aux autres ? (Blague). Nous verrons cela dans notre prochaine émission : les cinq piliers des mystères de l’amour ! Tchao bonsoir !

***

Présentateur : Chers téléspectateurs, bonjour ! Bienvenues à notre émission du Dimanche matin : « la source de vie ». Sur notre plateau, en prime time, nous recevons deux membres de la communauté des mystères de l’amour. Tout d’abord, A, pasteure-stagiaire. Et puis, B, pasteur. Alors première question, à vous A ! Les mystères de l’amour existe depuis 2000 ans ? Selon la police ou les organisateurs ? Non parce que c’est fou ça ! Vous devez avoir de sacrées fondations ? Vous m’avez même parlé de 5 piliers, n’est-ce pas ?

A : Oui parfaitement. Nous n’avons pas à suivre chacun son chemin en nous isolant les uns des autres. Nous sommes tous dans les mêmes dispositions en ne faisant pas passer d’abord nos points de vue personnels. Chacun de nous est différent, mais nous sommes d’accord sur le point essentiel ! Nous recherchons les good vibes ! Ce qui nous fait vibrer ensemble, tous tendus vers un même but !

Présentateur : Oui, je comprends ! A propos de buts, moi ce qui me fait vibrer c’est la coupe du monde ou les concerts lorsque tout le monde danse et chante !

A : Sauf que nous vibrons même dans la défaite ou le malheur. Nous communions d’un même cœur, même ceux qui ne savent ni chanter ni danser.

B : C’est le second pilier : l’empathie ! On a tous une coque pour nous protéger et qu’il faut savoir briser en reconnaissant l’émotion de l’autre et en y répondant. Pourvoir se mettre à la place de l’autre en changeant de point de vue. C’est de la sympathie. Pour cela il faut pouvoir accepter ses propres états psychiques et leur donner un sens. Et cela c’est un autre qui pourra uniquement me faire découvrir les aspects de moi qui me permettront d’avancer. C’est le carburant qui me fera vivre !

Présentateur : A force de capter les émotions des autres, vous risquez de devenir une éponge émotionnelle, non, en mode St Bernard ?

B : Il faut trouver un juste milieu. Apprendre à être plus sensible, s’émouvoir mais ne pas se faire submerger ! Tout un apprentissage qui ne pourra se faire que dans un climat de confiance et de fraternité.

A : C’est tout naturellement le 3e  pilier. Établir petit à petit cette confiance parmi nous avec affection lorsque nous échouons. Et pour ce faire nous avons besoin d’un regard extérieur. Pour nous, c’est le Christ…

Présentateur : Vous parlez bien de Jésus le Christ en chair et en os ? (Inquiet) Parce qu’il nous regarde là en ce moment, en direct ?

A : Son regard d’amour et d’accueil aide à nous regarder nous-mêmes dans notre vérité. Il nous apprend à nous accepter tels que nous sommes et pas comme les autres désirent que nous soyons. Ensuite, nous regarderons nos sœurs et frères avec un regard nouveau. Celui d’une tendre bienveillance…

Présentateur : Ah oui, ça je connais ! C’est à la mode en ce moment ! Il y a même des formations pour cela avec des exercices pratiques !

B : Effectivement ! Mais il ne faut pas seulement les pratiquer au travail, mais vivre vraiment le souci de l’autre, lui vouloir du bien et le faire à travers une relation humaine de qualité ! Il ne suffit pas d’attendre, mais il faut se lancer et donner de soi ! Ensuite, lorsque tu reçois, il faut aussi être reconnaissant et dire merci ! S’entraider, se soutenir, bien plus que simplement se supporter. Et surtout pas la pratiquer superficiellement, mais la vivre pleinement, non pas pour favoriser une meilleure ambiance de travail et plus de fric, mais que chacun se sente valorisé et reconnu comme faisant partie d’un tout.

Présentateur : Si je comprends bien dans votre communauté des mystères de l’amour, il faut que je reste à ma place, bien sage, humble, effacé quoi ?

A : Pas du tout ! Le 5e pilier est bien l’humilité. C’est pas du tout être une carpette ! Parce que se dénigrer c’est aussi un manque d’estime de soi, de la fausse modestie ou une manière de camoufler mon égo trip ! Il faut être lucide avec soi. Avoir conscience de sa valeur et aussi de ses limites ! Et on en revient toujours aux mystères de l’amour. Si j’ai été soit négligé ou maltraité affectivement ou aimé avec trop de conditions, je ne suis pas sécurisé sur ma valeur personnelle ! D’où l’amour inconditionnel porté à tous ! L’humilité c’est pas de penser moins, mais de penser moins à soi et plus aux autres ! L’humble de la communauté des mystères de l’amour ne se déprécie pas en s’aplatissant, mais porte un regard sur lui et les autres plus affûté et tout de même doux !

Présentateur : Si je résume bien vos cinq piliers, il s’agit : 1. Vibrer ensemble d’un parfait accord ; 2. Empathie ; 3. Affection fraternelle ; 4. Bienveillance ; 5. Humilité ! Mais c’est rien de neuf ça ! Tout les magazines people et psycho en sont pleins de vos conseils à la noix !

B : Cela fait 2000 ans qu’ils existent et que ces piliers sont les fondements du vivre ensemble dans la communauté des mystères de l’amour. C’est bizarre que tous font semblants de redécouvrir d’anciens encouragements et de réinventer la poudre à aimer ! Car il manque, tout de même, deux choses essentielles que nos médias ne mentionnent pas !

Présentateur : Ah oui ? Et lesquels ? Je serai bien curieux ?

A : Mais tout simplement dire du bien et témoigner de l’espérance !

Présentateur : Mais c’est pas avec ces ingrédients là que nous allons vendre ni faire de l’audimat ! Enfin je rends l’antenne… Sans transition !

***

Présentateur : Chers téléspectateurs, bonjours ! Bienvenue à notre émission du programme de nuit : « Les clefs de l’avenir ». A l’heure où foisonnent médium, voyants, numérologues ou coachs à gogo, vous avez l’embarras du choix ! Etes-vous enceinte ? Fille ou garçon ? M’aime-t-elle ? Va-t-il me quitter ? Est-ce que je vais être augmenté ? Est-ce qu’il a une maîtresse ? Est-ce que je vais avoir mon bac ? Qui va être champion du monde ? Tant de questions existentielles qui nous agitent et auxquelles nous aimerions une réponse claire afin de pouvoir tout planifier et déterminer nos existences ! Nos invités sont deux grands gourous de la communauté des mystères de l’amour. Vous pouvez leur poser des questions par sms, envoyez conseil au 5858 (5 euro par sms) ! En attendant, je vais chatter avec B au coût d’un appel local (ligne directe oblige) :

Présentateur : Cher B je suis désespéré ! Je fais tout pour être poli, serviable, aimable, prévenant… Et pourtant elle me repousse, me rabaisse, n’en perd pas une pour me critiquer et me dévaloriser ! Je ne sais plus quoi faire ! Je voudrai tant lui rendre le mal pour le mal…

B : Dans la communauté des mystères de l’amour il semble normal que règne un esprit de fraternité et pourtant, ce n’est pas forcément plus rose qu’ailleurs ! Répondre par une bénédiction à l’insulte et au mal est presque impossible ou tout juste possible ! Renoncer à rendre justice ou avoir le dernier mot qui tue, voilà bien la chose la plus compliquée !

Présentateur : Oh oui ! Surtout lorsqu’il s’agit de la Belle-mère !

A : Belle-mère ou n’importe qui, tout est une question de priorité ! Est-ce que je reste dans le système du donnant-donnant et va que j’te renvoie la baballe, ou je l’explose ? Est-ce que je me mesure à celui qui me veut du mal ou bien je le déstabilise en lui voulant du bien ? Nous sommes invités à ne pas nous arrêter au strict minimum, mais à dépasser les doses prescrites en…

B : Générosité ! En disant du bien et en l’appliquant ! Ne plus enfermer les humains dans des catégories ou des codes-barres. Aimer c’est osé un sacré risque ! Transformer le mal en bénédiction pour le renvoyer pourrait changer le monde.

Présentateur : Vous délirez vraiment tous les deux ! Il faut arrêter d’avoir la tête dans les étoiles ! Ce qui intéresse les gens ce n’est que le présent ! Le passé on s’en fout et l’avenir n’a pas vraiment de futur !

A : Dans la communauté des mystères de l’amour, nous croyons que le temps de ma vie est dans la main de Dieu, que nous sommes les héritiers d’une promesse qui nous projette vers un avenir et une espérance ! Et que cela change notre regard sur le monde et les autres !

Présentateur : La seule chose que je vois moi, c’est que le monde court à sa perte avec la pollution, l’extinction des espèces, le nucléaire, les populismes, les catastrophe climatiques et que je dois annoncer tout cela, avec un sourire de pro, et zapper d’une mauvaise nouvelle à une autre !

B : Maintenant que vous vous êtes presque confessé, vous pouvez vous préparer à l’espérance. Devant des humains sans espérance véritable autre que l’espoir d’une réussite ou d’un succès éphémère ou pour d’autres, une évasion de ce monde de souffrance, celui qui rejoint la communauté des mystères de l’amour peut montrer une autre voie, faire que les autres partagent notre regard : un regard tendre et humoristique qui ne désespère même pas de ceux qui souvent cherchent à le voiler et à lui faire perdre sa propre espérance !

A : Je vous rassure ! Cette espérance n’est pas un truc qui va vous faire moins souffrir que les autres, au contraire ! Mais dire et faire du bien c’est pas moins souffrir mais peut-être mieux vivre ensemble dans la solidarité et non plus la compétition forcenée ! C’est cela la Bonne Nouvelle à annoncer avec joie de vivre, passion et à fond !

Présentateur : Oui…Enfin cela est une autre histoire… L’essentiel n’est-il pas de doper la croissance ?

B : Vous m’avez demandé et je vous réponds : se rendre compte de l’espérance qui est en vous, c’est pouvoir rendre compte de l’espérance à tous moments et toujours prêt ! Et que Dieu nous vienne en aide !

Présentateur : Et sans transition, notre émission avec Karine Lemachin : « L’amour est dans le pré » !




Écrire une prière de repentance avec des jeunes et la mettre en scène

Prière de repentance des KT, suivi du pardon proposée par Virginie MOYAT, EPUdF Poissy

matériel nécessaire :  cartons en papier, feutres, lunettes noires, nappe en papier 

 

 

 

 

Exclusion   

Jeu de scène associé :  8 catéchumènes avec un masque assis dans l’assemblée, qui se lèvent au fur et à mesure que leur visage est nommé / 8 catéchumènes sans masque, mais avec lunettes noires. 

Au début, les catéchumènes aux lunettes sont devant l’assemblée, à côté du lecteur, ils regardent leurs pieds.

Quand les autres catéchumènes (les masqués) approchent, ils les repoussent avec leurs bras dressés devant eux.

Au moment des paroles du pardon, les catéchumènes aux lunettes noires enlèvent leurs lunettes, lèvent les yeux, enlèvent les masques des catéchumènes et leur serrent la main, ou les embrassent, se serrent dans les bras, ou autre geste de jeunes…

Lecteur : Pendant les séances de KT, nous avons discuté des personnes vers qui nous ou d’autres personnes ne vont pas, puis nous avons symbolisé cette prière de repentance de cette manière : (texte écrit à partir d’une animation autour d’une nappe muette)

Père, pardon car

Parfois nous vivons avec nos lunettes noires, à ne regarder que nous-mêmes

Nous ne regardons pas, car nous ne les voyons même pas :

Ceux qui sont blessés par la vie : 2 masques

S’ils ont des cicatrices, c’est peut-être parce qu’ils se battent souvent ?

S’ils se mutilent, c’est qu’ils souffrent intérieurement et nous ne pouvons rien faire pour les aider

S’ils pleurent, c’est qu’ils sont tristes ou qu’ils ont mal : 4 masques

Père, pardon car

Parfois nous vivons avec nos lunettes noires, à ne regarder que nous-mêmes

Nous ne regardons pas :

Ceux qui sont différents de nous, qui nous sont étranges : 2 masques

Les handicapés

Car nous ne sommes pas habitués, nous avons peur, nous pouvons même nous moquer

Cela est difficile d’être différents car nous sommes moqués, cela fait mal

Père, pardon car nous ne voulons pas aller vers :

Ceux qui nous font peur car ils nous font penser à la mort :

Les gothiques,

Les fous, les drogués, les saouls, ils peuvent tuer, kidnapper, car ils ne réfléchissent plus

Les SDF, les anciens prisonniers car ils sont perdus

Tous ceux qui peuvent nous attaquer

Nous avons peur d’eux car nous n’avons pas envie de mourir, car nous ne savons pas ce que nous devenons après

Mais avec des adultes, nous pourrions peut-être essayer de les comprendre ?

Enfin, nous avons encore peur de ceux qui font de la politique et qui parlent de guerre ou qui ont des paroles racistes car nous avons peur pour notre avenir

Père, toi qui nous écoutes et qui est celui qui nous fais du bien, donne-nous cette parole qui nous libère et nous rend plus léger. Amen

Puis :

Père, tu nous dis : « Regarde aussi les autres, aime-les ! ou au moins respecte-les !

Ensemble, vous êtes mes enfants. »

Alors nous découvre que c’est beau de rencontrer

Ceux qui ne sont pas comme moi,

Ceux qui vivent autrement,

Ceux qui parlent un autre langage que moi

Et voient d’autres choses que moi.

Père,

Merci de nous ouvrir les yeux

Et de nous inviter toujours à nous accueillir,

Différents.   Amen




La capuche

Ce texte peut soit se rapper, soit  être slamé ou cantillé… Il peut très bien être utilisé dans le cadre de la fête de l’ascension ou pour la thématique de la mission. Une fois Jésus parti, je fais quoi ? Je regarde hébété vers le ciel, priant pour son retour ou je retourne changer le monde. A moins de fuir… Je tiens à remercier Norman et Squeezie pour l’idée de la capuche. 

Quand j’suis dans la foule, j’suis sous ma capuche.

Quand il pleut ou neige, j’reste sous ma capuche !

Et quand j’enlève ma capuche, j’suis toujours sous ma capuche !

Et v’la que Dieu y m’appelle pour porter secours à des gens

qui se perdent, genre spirituellement parlant…

Faut dire que les gens en question y sont super méchants

et j’dois leur balancer les quatre vérités dans les dents !

J’suis qui sous la capuche pour leur faire la morale ?

Apporter la vérité et comment ils doivent se comporter au final ?

 

Mais j’détale jusqu’au premier obstacle devant ma capuche !

Que d’eau, que d’eau ! J’suis le missionnaire sous la capuche,

même pas peur ; c’est pas l’amer à boire !

J’achète un bateau avec c’qui me reste au comptoir,

J’aime pas l’avion et les trous l’air et pis t’es jetlagué !

Au fait, c’est dans l’autre direction qu’je devais aller !

J’suis parti tout schuss soleil couchant genre cow boy solitaire

J’suis l’anti-héros de service en mode guerre nucléaire

J’me terre sous ma capuche et j’veux rien savoir de leurs histoires !

Si Dieu a des comptes à régler avec les indigènes locaux,

Il a qu’à se débrouiller, j’risque pas ma peau !

Tu sais jamais sur qui tu vas tomber !

J’suis personne sous ma capuche et j’vais me coucher

dans le ventre du bateau. j’vais ronfler ! Ça va passer !

 

Mais Dieu il est pas du genre à lâcher le morceau,

Il déclenche une tempête, tsunami méga costaud

Le bateau menace de couler et le sort tombe sur ma capuche !

C’est moi le responsable de tout ça ! Non mais quelle cruche !

Ils peuvent pas jeter par-dessus bord celui qui paie pour échapper à sa mission ?

Comme quoi, on s’achète pas sa bonne conscience avec du pognon,

Et c’est pas le plus riche qui décide où et à qui va l’argent,

J’crois peut-être que j’suis seul sous ma capuche, et ben non !

Suis fourré dans la même galère

avec un tas d’autres qui se demandent quoi faire ?

Et si chacun sur ce bateau, jetait quelque chose de lui à l’eau

pour éviter que le Titanic ne coule et qu’il reste à flots !

Et dans ces situations extrêmes, souvent, suis obligé de savoir

et de dire qui je suis et en quoi je peux croire !

Cette fois c’est pour ma capuche et j’insiste qu’on me jette à l’eau !

J’me dis pour échapper à Dieu, « j’me cache à l’eau ».

Et voilà qu’il arrive le gros cabillaud,

puisqu’ y a que cette capuche à avaler, qu’un

et re-qu’un !

 

Et sous ma capuche comme la mission un-possible j’ai cru,

suis maintenant avalé tout cru !

Et dans le bide du grand poisson, j’me suis dit, c’est assez !

J’arrête de fuir ! J’suis crevé ! comme ceux partis en ayant tout laissés !

Dites ! Vous avez remarqué ! La facture est trop salée !

Il reconnait le poisson péché – pardon- le poids d’son péché !

Temps en temps faut que ça sorte ! Tu peux toujours recommencer !

Et comme il lui reste sur l’estomac, le poisson, qui avait des nausées,

vomit la capuche à la vie qui part direction  soleil levé !

Dans cette histoire, il y a Elohim et Yahvé ; deux Dieux qui s’entendent au mieux !

On n’appellerait pas cela de l’interreligieux ?

Le Dieu personnel de la capuche et un Dieu pour les Ninivites.

C’est plus forcément le Dieu de la capuche adoré comme le fric !

Mais chacun le retrouve dans sa propre tradition et culture.

Bref, ça a l’air de fonctionner, si on ne s’abrite pas derrière ses murs !

La capuche prêche à Ninive et les ninivites, eux, sans attendre le déluge,

se repentent et Dieu aussi parce qu’il voulait leur faire du mal ! Le dieu-juge !

 

Et moi sous ma capuche j’étais pas content du tout alors que les ninivites,

des bestioles, jusqu’au président de la république,

ont écouté et agi ! J’suis le seul pasteur à la capuche

qu’on prend pas pour une… quiche.

Ma prédication a eu un effet domino, ils se sont tous convertis,

ils ont changé du tout au tout, tous… Sauf bibi !

quand j’suis sous ma capuche, j’reste sous ma capuche sans moufeter !

J’me suis assis, le plus loin possible, pour vraiment bouder !

Celui qui dit, il est ! Et c’est valable aussi pour Dieu, non mais…

J’vois pas pourquoi il changerait d’avis ! J’savais, moi, qu’il se dégonflerai.

Il est bien trop bienveillant et miséricordieux, un peu lent à la colère,

le genre qui revient sur sa décision par amour ! Un Dieu pépère !

J’aurai adoré voir les Ninivites, ces gros méchants, morfler grave !

J’étais persuadé d’avoir raison et eux tort ! De vrais caves !

J’suis fâché jusqu’à la mort. En fait, je le suis bien, si je suis incapable de m’ouvrir

et que j’ reste sous ma capuche, mariner dans mon jus jusqu’à pourrir !

C’est pas sur un coup de tête que tu pars en mission ventre à terre,

ni pour te faire ton trip sur un chantier humanitaire !

Une telle décision n’est à prendre ninivite, ni par intérêt,

mais par amour du prochain et de l’Eglise universelle. T’es prêt ?

 

J’vous rappelle que je suis toujours fâché contre Dieu qui change d’avis comme de chemise.

J’me suis posé sur la colline d’en face pour voir si la partie serait pas remise ?

En attendant, J’commence à avoir un coup de soleil. La vérité si j’mens

Vous sentez la chaleur du soleil d’orient ?

Heureusement Dieu m’a abrité à l’ombre d’un ovni,

objet végétal non identifié, si, si…

Pour me guérir de ma mauvaise humeur. Eh oui !

Même fâché contre lui, Dieu prend soin de moi et ça me rend happy !

Bon jusqu’à ce que Dieu fit assécher mon pare soleil !

En m’faillant crever d’une insolation, Dieu m’a permis de distinguer l’accessoire de l’essentiel.

Et dire que j’m’en faisais un max pour une plante dont j’me suis jamais occupé !

qui est apparu et a disparu en une nuit, mirage de la société,

alors que j’voyais pas sous ma capuche tous ces grands enfants désorientés

qui ne savent même pas distinguer leur droite de leur gauche, vraiment paumés !

Alors, j’retourne sous ma capuche et j’men tape si le monde déconne ?

ou j’relève ma capuche pour voir mes sœurs, mes frères, les hommes !

Quant à la capuche, il est peut-être encore en train de bouder,

sur la colline, en face de la ville, qui elle, est sauvée !

En tous cas, son histoire se termine en queue de poisson !

A propos, mais vous l’avez reconnu depuis longtemps, non !

Dans la Bible, la capuche s’appelle la colombe : Yonah ;

c’est pas devenu un symbole de paix… ça ?

Je dédie ce texte tout particulièrement à mon regretté collègue et ami, le pasteur Jean Daniel Faivre qui y a mis beaucoup du sien ! Frédéric Gangloff (UEPAL)




Jonaze et le grand poisson d’avril

« Jonaze et le grand poisson d’Avril » est un sketch proposé par Frédéric Gangloff (UEPAL) d’après Matthieu 12, 38-42. 

Deux narrateurs se placent, si possible, de chaque côté. Il faut laisser un espace vide au milieu pour l’entrée de Jonaze. Les narrateurs auront, au préalable, un poisson d’avril accroché dans leur dos, mais que le public ne verra pas en face. L’un des narrateurs est plus sérieux et posé, tandis que le second est plus facétieux, voir caustique…

NARRATEUR 1 : (Très pastoral) Alors quelques scribes et pharisiens prirent la parole…

NARRATEUR 2 : (l’interrompant, ironique…) Une fois de plus, il a fallu que les scribouillards et les parisiens ramènent leur fraise !

NARRATEUR 1 : (il poursuit sans se laisser démonter) « Maître, nous voudrions que tu nous fasses voir un signe » !

NARRATEUR 2 : (sarcastique) Farpaitement ! Un signe de reprise économique ; de croissance retrouvée ; de sécurité assurée ; de privilèges sauvegardés… Un signe qui déchire grave !

NARRATEUR 1 : (Assez mystique) Un signe céleste de la venue du royaume ! Tiens… Décroche-nous la lune et met-nous des étoiles plein les yeux !

NARRATEUR 2 : (ironique) Comme ça, plus besoin d’engager notre foi, nous aurions enfin confirmation !

NARRATEUR 1 : Bon, nous savons à peu près lire les signes du temps à la couleur du ciel…

NARRATEUR 2 : Tu parles ! Sacrés experts ! Même la météo fait des siennes ! Trois flocons de neige et les parisiens sont en alerte rouge !

NARRATEUR 1 : Admettons ! Mais pourquoi Jésus ne fait-il jamais ce qu’on lui demande ? C’est pourtant pas sorcier ! Un méga-signe de la fin des temps qui ferait sensation !

NARRATEUR 2 : (Dans le tragique-comique) Johnny revient parmi les siens !

NARRATEUR 1 : Pire ! Plus de famine ; de guerre ; plus de maladies ; plus d’inégalités sociales…

NARRATEUR 2 : (très ironique) ça veut dire aussi plus de spéculations boursières sur les produits alimentaires, plus de marchands d’armes et du chômage, plus de profit pour les grands groupes pharmaceutiques, plus de lobbies d’influences…

NARRATEUR 1 : Plus de nucléaire ; plus de fanatismes ; plus d’émissions de gaz à effet de serre…

NARRATEUR 2 : (Toujours ironique) Retour dans les grottes et dîners aux chandelles, plus de religion, une autre manière de consommer ! Tu es prêt à changer le monde et à opter pour la décroissance ?

NARRATEUR 1 : Moi ? Euh… Ben… J’attends le déclic… Le signe sensationnel retransmis en direct sur toutes les caméras des chaînes d’info, en prime time…

Les narrateurs chantonnent, sur la musique de Jean Jacques Goldman, « Il suffira d’un signe… » … Il suffira d’un signe, un matin ! Un matin tout tranquille et serein. Quelque chose d’infime, c’est certain. C’est écrit dans nos évangiles, en nos mains… Pendant ce temps, entre Jonaze avec un énorme poisson d’avril accroché au dos ; il n’a pas l’air très frais et peut traîner avec lui un morceau d’épave…

NARRATEUR 2 : (mort de rire) Il sort d’où lui ? De Koh-Lanta ? Snif ! Snif ! Il sent le poisson pas très frais ! (Il le regarde avec son morceau d’épave) Trop cool, on dirait un rat d’eau !

NARRATEUR 1 : Monsieur… Vous faites tache, on croirait une épave humaine ! Circulez svp ! Quand tout sera terminé, on vous fera signe !

JONAZE : Justement ! Je le suis… Le signe… Le seul qui vous soit vraiment donné !

NARRATEUR 2 : Vu sa dégaine, ce serait plutôt la mort du signe !

NARRATEUR 1 : Et qu’est-ce que vous avez accompli de si extraordinaire pour nous aider à croire que vous êtes bien le seul et unique signe ?

JONAZE : Mon nom est Jonaze !

NARRATEUR 2 : Pauv’naze ?

JONAZE : (en mode télévangéliste exalté) Le Seigneur m’a dit : « Pars pour rejoindre cette génération mauvaise, adultère, dévergondée, bourrée de tune, matérialiste ! Et dit lui : Si dans quarante jours, vous ne changez pas de vie, c’est le terminus pour vous ! Je nettoie au karcher la cité ! »

NARRATEUR 1 : Ah bon ! Et… C’est tout ?

JONAZE : Vu que c’est plutôt mission impossible, je me suis barré dans la direction opposée en vitesse de croisière sur le yacht de Bolloré…Euh… Pardon… un yacht que j’ai loué !

NARRATEUR 2 : Et vous avez cru mener Dieu en bateau ?

JONAZE : J’ai bien capté que c’était plutôt cuit lorsque la mer s’est déchaînée et que l’équipage chantait : « Plus près de toi Seigneur, plus près de toi… »

NARRATEUR 1 : C’était bien la peine de vous enfuir au loin ! Et ensuite, qu’est-ce que vous avez fait ?

JONAZE : J’ai vomi à cause du décalage horaire !

NARRATEUR 2 : Vous voulez dire : A cause du mal de mer !

JONAZE : Oui, j’en avais plein le naze…Enfin de tout ça ! Et j’ai crié…

NARRATEUR 1 : Maman !

NARRATEUR 2 : Aline ! Pour qu’elle revienne !

JONAZE : Mais non ! (Les regarde comme s’ils étaient devenus fous) Mea Culpa – c’est du latin, c’est toujours classe de le placer- ça veut dire : « qu’est-ce que je suis con, tout est de ma faute ! » Et avant qu’ils me jettent à l’eau, je me suis dit : Ma foi, c’est assez ! J’me cache à l’eau ! Et il est arrivé le gros cabillaud ! Faut dire qu’il y en avait qu’un à avaler !

NARRATEUR 2 : (amusé) Qu’un et re-quin !

JONAZE : Et me voilà dans le ventre de la baleine, dont l’haleine ne sent pas vraiment pas la rose. Il faisait noir et j’avais de l’eau jusqu’au cou. J’aurai bien eu besoin de baleines pour soutenir ma gorge ! J’étais quasi mort et j’ai rencontré un tas de monde ! Des pneus de voiture, des sachets plastiques, le capitaine Achab, Gepetto et Pinochet…

NARRATEUR 1 : Hmmm, plutôt Pinocchio ! Encore un qui a désobéi à son papa !

NARRATEUR 2 : Trop fort ! Jonaze rencontre gros naze !

JONAZE : Après trois jours et trois nuits dans le bide du grand poisson, je trouvais la friture un peu salée…

NARRATEUR 1 : Vous voulez dire : la facture trop salée ! Tu vois (en s’adressant à l’autre) il reconnaît enfin le poids d’son péché !

NARRATEUR 2 : (fait semblant de mal entendre) Comment ? le poisson péché ?

JONAZE : Et j’ai crié (regarde pour voir si les autres n’ajoutent rien) « Mon Dieu, donne-moi une deuxième chance, une renaissance sur le mode : Jonaze le retour ! Et je pêcherai…Euh prêcherai ton message comme un SOS jeté dans une bouteille à la mer ! » Et le grand poisson m’a vomi là où j’avais pied !

NARRATEUR 1 : Ah oui ! La Baleine au boss pleine de bleus…

NARRATEUR 2 : Il a dû lui rester sur l’estomac ! Elle a nettoyé ses tuyaux !

JONAZE : (En mode télévangéliste exalté) Fini de rire, banc de pêcheurs, si dans quarante jours, vous ne changez pas de vie…

NARRATEUR 1 : C’est bon là ! Ils ont compris ! (S’adresse au public) Hein que vous avez compris !

NARRATEUR 2 : Et tu t’imagines que ça va marcher, sans signe puissant, juste parce qu’ils vont te croire sur parole ?

JONAZE : En tout cas, les Ninivites ont changé de vie. Du plus grand au plus petit ! Du roi au Ouistiti ! Si même Dieu change d’avis et qu’on ne peut même plus compter sur un bon vieux déluge venu du ciel, je laisse tomber ! Je suis très contrarié. Vous voulez quelque chose ! Faites-le vous-mêmes ! Vous allez voir que bientôt Dieu, tellement bon et lent à la colère, va encore nous préparer une de ses surprises ! En attendant que vous décidiez, je m’en vais bouder jusqu’à ce que les méchants morflent pour ce qu’ils méritent !

NARRATEUR 2 : C’est ça, dégage avec ta planche de salut ! Encore une histoire qui va finir en queue de poisson ! Jonaze sort en trainant son épave derrière lui !

NARRATEUR 1 : Non, mais honnêtement, ce Jonaze ne fait pas très sérieux. C’est une caricature de prophète. Le genre de gars qui se prend pour Moïse ou Elie et qui est de mauvaise humeur parce qu’il avait prévu le happy end de l’histoire alors que lui avait condamné les Ninivites dès le début !

NARRATEUR 2 : Je me demande si annoncer la Parole que Dieu nous confie, même si nous sommes convaincus du contraire, ne peut pas opérer de grands changements qui, heureusement, ne dépendent pas de nous !

NARRATEUR 1 : Attends ! Tu nous l’as fait sur quel mode là ? T’as bu la tasse ? C’est le monde à l’envers ! Cela voudrait dire qu’il faut qu’on réagisse pour le remettre à l’endroit ! Mais je suis contre la précipitation ! Réfléchissons : Ni trop lentement ni-nivite !

NARRATEUR 2 : Trop tard ! Il nous a pris de vitesse ! Dieu ne se laisse plus enfermer dans les convictions, les dogmes, les Eglises, les shows d’exorcisme ou de guérison… Fini la manipulation ! Si Dieu se remet en question jusqu’à se repentir. Cela veut dire qu’il pourrait aller jusqu’à…

NARRATEUR 1 : Aimer à en mourir… Alors c’est pour cela que Jésus concède le seul signe improbable ! Un signe de ouf ! Je me demande si les scribouillards et les parisiens vont gober la référence à Jonaze !

NARRATEUR 2 : Eux qui ont du mal à ouvrir leurs yeux et à reconnaître la puissance de Dieu dans les miracles et les guérisons de Jésus risquent bien de passer à côté de la faiblesse de la croix et sa mort…

NARRATEUR 1 : A ceux qui pensent savoir de quoi Dieu doit avoir l’air et ce qu’il doit faire, Jésus répond par son silence durant les trois jours au cœur du tombeau…

NARRATEUR 2 : Comme Jonaze englouti par le monstre des eaux mortelles…

NARRATEUR 1 : A ceux qui réclament à corps et à cris des signes extraordinaires comme nous, il laisse sa parole et sa Bonne Nouvelle !

NARRATEUR 2 : Si Jésus ne fait pas dans les signes grandioses c’est peut-être pour que d’autres ne mettent pas la main sur lui pour en faire un atout commercial ou pire… Un produit dérivé !

NARRATEUR 1 : Mais alors le seul signe que nous ayons, pour le moment, c’est de proclamer sa mort sur la croix ? Mais cela ne peut tout de même pas finir ainsi ! C’est un aveu de faiblesse qui ressemble à un échec…

NARRATEUR 2 : Attends ! Tu n’as pas lu les Dernières Nouvelles De Jérusalem ce matin dans la rubrique « faits divers » (lit un article de journal) : « Tôt, ce Dimanche matin, un groupe de femmes s’est rendu au tombeau de Jésus, dit le Christ, pour l’embaumer. Quelle ne fut pas leur surprise, lorsque la grosse pierre d’entrée avait été roulée et que le cadavre de Jésus s’était envolé ! Ces femmes, en état de choc, tétanisées et certainement peu fiables, parlent d’un jeune homme avec une robe blanche qui leur a déclaré que Jésus de Nazareth, le crucifié, est ressuscité ! A l’heure actuel, un bilan de santé est en cours pour évaluer leur état mental ! »

NARRATEUR 1 : (Au fur et à mesure, il s’enthousiasme de plus en plus) Et si la vie était encore plus redoutable que la mort ? Si c’était le premier matin d’une nouvelle création ? La pierre est roulée ! Le chemin est libre ! l’impasse devient recommencement ! Si c’était vrai, cela remettrait tout en cause. Ce serait le ménage de printemps de notre foi ! La pierre roulée devient la peur ôtée ! Jésus serait vivant, jamais là où l’on voudrait qu’il soit, mais toujours ailleurs. Il est en avant ! Il compte sur nous ! Il est ressuscité ! Il est vraiment ressuscité !

NARRATEUR 2 : (d’un ton moqueur) Ha ! Ha ! Ha ! « Poisson d’Avril » !

A ce moment les deux narrateurs repartent chacun dans la direction opposée et on voit un poisson d’avril accroché dans leur dos !




Jésus entre à Jérusalem ; l’entrée d’un people

Saynète pour le dimanche des Rameaux … ou le temps de l’Avent, écrite par Frédéric Gangloff. Une foule se presse derrière une barrière de sécurité. Elle attend visiblement le passage d’une célébrité qui se révélera être Jésus. Deux personnages commentent la scène. La foule est jouée par le public. Il faudra prévoir des panneaux comme dans les émissions de variété à montrer au public ! Le mieux est de s’entraîner avec eux !

SCHLOMO : (regardant avec des jumelles vers une direction) Ah ! (Il vient d’apercevoir quelque chose) Ah ! Aaah !?

LA FOULE : (on montre les panneaux au public) : AAAAH !?

SCHLOMO : (déçu) Non, ce n’est pas lui ! C’est que la caravane publicitaire !

LA FOULE : (dépitée) Oohhh ! Nooon !

SCHLOMO : lit « Dindonnou : le saucisson 100 % cacher » ; « une petite soif dans le désert, bois ton sirop deisseire », trop facile celle-là ! Non mais regarde-moi ça !

AARON : (demandant les jumelles) Tu permets ? « Les meilleures madeleines, c’est celles de chez Marie ! » ; Très spirituel ! « Comme les anges, lisez le journal de Miki » ; « Les frites Mc Thorah ! Craquez pour la Tradition ! ». Je commence à avoir la dalle : « Comme avec Jésus, mangez est un plaisir, alors demandez votre burger mystère ! »

SCHLOMO : Je ne supporte plus cette attente ! Ça fait déjà trois siècles qu’on poirote devant ces barrières pour avoir la meilleure place… C’est un vrai chemin de croix pour y arriver ! Qu’est-ce qu’il attend pour faire son apparition ?

AARON : Tu sais bien que les people se font attendre…

SCHLOMO : (pointant du doigt) Là, on dirait que ça bouge, au fond !

AARON : Oohhh !

LA FOULE : Oohhh !

AARON : T’as raison, on dirait que ça y est… (regarde avec les jumelles) pas lui !

LA FOULE : Nooon !

SCHLOMO : (reprend les jumelles) Affirmatif ! Ce sont ses gardes du corps. Tu sais bien… Les gaillards costauds qui déménagent… Dans les médias, ils les appellent disciples 12 ! Il paraît qu’ils ouvrent le chemin au Seigneur !

AARON : Si c’est ses ouvreurs, alors lui ne devrait plus tarder à les talonner pour se montrer à son public. Tiens ! Je vois quelque chose au loin ! On dirait que les gens commencent à s’agiter ? Regarde ! Tous les paparazzis courent vers cet endroit ! Ça va flasher !

LA FOULE : LE SEIGNEUR ! LE SEIGNEUR ! (X2)

SCHLOMO : Attendez, il n’est pas encore sur nos radars ! Calmez-vous, ce n’est que l’avent (ou les rameaux) … Gardez encore un peu de voix pour quand il arrivera vraiment après, pour sortir vos drapeaux…Enfin, rameaux, je veux dire !

LA FOULE : JESUS ! JESUS ! (X2)

AARON : (hurlant de toutes ses forces) OH ! Ce n’est pas bientôt fini ce vacarme ! L’échauffement c’était avant… Puisqu’on vous dit qu’il n’est pas encore arrivé ! (Les deux se tordent le cou afin de voir le mieux possible)

SCHLOMO : Cette fois, ça y est ! Il arrive ! Mais… On dirait qu’il n’est pas seul ! C’est fou le nombre de femmes qui se traînent à ses pieds et qui collent à ses sandales !

AARON : Tu m’étonnes ! Il doit être trop sexy ! Bronzé, musclé avec des yeux bleus et un regard azur. De quoi faire chavirer les cœurs de son femme club !

SCHLOMO : C’est fabuleux ! C’est ça la gloire, la célébrité ! Ah ! Quand je vais raconter ça à mes enfants ! Même ses fans se déshabillent devant lui et jettent leurs fringues à ses pieds ! C’est la folie !!!!

LA FOULE : JESUS ! HIIIII ! On t’adore !

AARON : Enfin ! Je le vois ! Il s’approche… Il vient vers moi ! Jésus ! Jésus ben David, un auto… graphe… (il reste figé)

SCHLOMO : Ben quoi ! Maintenant qu’il est passé juste devant toi, qu’est-ce que tu attends pour lui demander ? Fait pas ton timide ! Si tu veux sa signature et attirer son attention, fait comme les autres ! Crie plus fort ! : « Jésus, fils de David, par pitié un autographe pour ma belle-mère ! »

AARON : Non c’est pas ça ! Quelque chose a coupé mon élan ! T’as vu ce que j’ai vu ? J’y crois pas !

SCHLOMO : Mais qu’est-ce que t’as vraiment vu que j’aurais dû voir et que j’ai peut-être pas bien vu ?

AARON : Mais… Ouvre tes yeux ! Il ne ressemble à rien ! Mal sapé ! Une barbe de trois jours ! Sa tunique, on dirait un sac… j’comprends pas, il est tellement… Comment dire… Ordinaire… Pas d’imprésario ni attaché de presse ! Et le pire… Il monte un âne !

LA FOULE : UN ANE ?

SCHLOMO : Tu aurais préféré une Jaguar ? Une Harley Davidson, escortée par une foule excitée de bikers et remontant les champs du mont des oliviers ? Un char de chez BEN HUR ? Ou mieux la dernière papamobile ? Eh ! Encore plus géant ! Un éléphant ! En plus ça trump énormément !

AARON : Et pourquoi pas ? Quand on est un king, le roi des rois, le minimum c’est de soigner sa comm’… Passer entre les mains du coiffeur, des maquilleuses et du couturier ! Bref, une véritable séance de relooking ! Quelle faute de goût ! Et surtout ce baudet ridicule !

SCHLOMO : Et pourquoi tu dis ça ! A ma connaissance, déjà notre grand roi Salomon s’est rendu à son couronnement à dos d’âne ! Tu te trompes, l’âne c’est un animal royal bien de chez nous ! Paix, simplicité et sincérité ! Le symbole d’un roi humble et doux de cœur !

AARON : Ouai, admettons ! Peut-être ! Mais tout de même ! On nous annonce un sauveur, rien de moins que le messie en personne, et qui est-ce que la production nous envoie ? Un SDF solitaire à califourchon sur un mulet ! Non mais de qui se moque-t-on ! Si déjà on a payé, on en veut pour notre argent ! C’est quoi ce plan minable ! Et puis, les gens veulent qu’on leur mente. Il ne faut surtout pas leur dire la vérité. Ils veulent du glamour, des promesses… Il faut leur dire ce qu’ils aiment entendre…

SCHLOMO : Eh bien, plus j’y pense et plus je me dis que c’est le plan de Dieu ! Vu comme ça, il paye pas de mine ! Mais quand il ouvre la bouche, c’est pas du blabla ! Quelle autorité naturelle, cela vient des tripes !

AARON : Tu rigoles ! Qu’est-ce qui t’arrives ! Réveille-toi ! Regarde-moi un peu son école des fans ! Rien que des marginaux, des lépreux, des étrangers, des prostituées, des gueux, des boiteux, des aveugles…Le pire ; et je trouve cela vraiment scandaleux ! C’est toutes ces femmes qui l’acclament !

SCHLOMO : Ce n’est pas lui qu’elles acclament ! Elles rendent gloire à Dieu ! Cela fait une sacrée différence !

AARON : Certes ! Il n’empêche ! S’il était vraiment un messie qui se respecte, il fréquenterait un public trié sur le volet comme nous (il indique la foule) et pas cette bande de loques humaines ! Il a tout pour être populaire ! Bien conseillé, il passerait bientôt pour un dieu !

SCHLOMO : Ce n’est pas parce que tu penses que c’est un paysan de la Galilée, qu’il est en campagne ! Tu le vois s’arrêter, serrer des mains, prendre des enfants dans les bras, poser avec ses fans ? Il fonce, on dirait, vers le Temple ! Il a une mission à accomplir et n’a pas à se faire élire !

AARON : Ça c’est toi qui le dis ! Regarde-moi ces naïfs pèlerins qui continuent à agiter leurs branchages et à crier « Sauve donc » ! Comme si ça allait changer quelque chose à leur situation ! Nous voulons un homme à poigne, qui nous débarrasse des romains, assure la sécurité, la prospérité et la croissance pour tous ! Y en a qui vont se réveiller demain avec une gueule de bois ! j’ te dis pas !

SCHLOMO : Tous ces vêtements multicolores par terre et ces branches de palmiers ! On se croirait à la fête des tentes ! Je sens comme une forte espérance de la venue du messie ! Et si c’était vraiment lui ! J’ai plus que jamais envie d’y croire !

AARON : Tu sais quoi ? je ne le sens pas ce type ! C’est du pipeau ce spectacle ! Il a pas la carrure ! Pour un peu, j’ai cru qu’il pourrait entrer au sanhédrin et pourquoi pas finir Caïphe à la place de Caïphe. Mais s’il continue sur sa lancée, il ne fera jamais partie du gotha ! Mais il va terminer sa carrière au Gol-gotha ! OOUUUH !

UNE PARTIE DE LA FOULE : OOUUH !

SCHLOMO : « Sauve donc fils de David ! Que Dieu bénisse celui qui vient au nom du Seigneur ! Hosanna au plus haut des cieux !

L’AUTRE PARTIE DE LA FOULE : HOSANNA AU PLUS HAUT DES CIEUX !

AARON : Attendez ! Ce type, sur son âne, ça n’impressionne que les provinciaux qui sont montés à Jérusalem pour les fêtes. Pour les citadins comme nous, il faut du lourd, du neuf, quelque chose qui flashe et marque les esprits… Ce n’est qu’un petit prophète de Galilée… Allez viens, on en a assez vu pour aujourd’hui, j’ai des choses plus sérieuses à faire !

SCHLOMO : Non ! Vas-y seul ! J’ai envie de le suivre ! Je veux en entendre plus ! Je suis sûr qu’il va aller au bout, lui ! Tu vas voir que ce Jésus va encore nous mettre le bazar au Temple avec sa dégaine et son parler vrai ! Depuis le temps que nous attendions celui qui oserait faire le ménage !

AARON : Ah non ! Pas le Temple ! Pas touche ! J’préfère pas voir ça ! Remboursez !

UNE PARTIE DE LA FOULE : REMBOURSEZ ! REMBOURSEZ !

SCHLOMO : Hosanna ! Tous au Temple avec Jésus !

UNE AUTRE PARTIE DE LA FOULE : TOUS AU TEMPLE AVEC JESUS !

AARON : Ne faites pas ça ! Ce gars-là n’a aucun avenir dans le milieu ! Il percera jamais ! Il vaut pas un clou ! Il restera pas en haut de l’affiche pendant 2000 ans ! Dans trois jours on en parlera déjà plus !

Schlomo sort enthousiasme et heureux d’un côté. Aaron sort de l’autre côté énervé et dépité. Il est possible, ensuite, d’ouvrir le débat avec le public, surtout à l’Eglise, en leur posant quelques questions du style :

  • Je me demande pourquoi Jésus est entré à Jérusalem sur un âne ?
  • Je me demande pourquoi Jésus accepte de se faire acclamer comme une vedette ?
  • Je me demande que se serait-il passé si tout le monde était venu l’acclamer ?
  • Je me demande ce que les pèlerins cherchaient en venant l’acclamer ?
  • Je me demande comment j’aurai réagi ?
  • Je me demande ce que ça fait de faire partie d’une foule ?
  • Je me demande si je me suis senti à l’aise en criant à l’Eglise ? Etc…



Le tentateur aux Rameaux

« Le tentateur aux Rameaux » est une narration,  à partir de Jean 12, 12-19 dans laquelle le pasteur Christian Kempf intègre le tentateur, pour faire ressortir la force et la mission de Jésus.

La nouvelle s’était propagée à la vitesse des voyageurs de la Palestine de l’époque : à pieds, mais à pas rapides ! Comme quoi Jésus de Nazareth, le Seigneur dont tout le monde parlait depuis des mois, pourrait passer par Bethphagé ! L’information était au conditionnel, parce qu’il était quand même peu probable qu’il fasse le crochet par le village s’il allait effectivement de Jéricho à Jérusalem, en tous cas il viendrait par-là, et si on voulait être sûr de le voir de près, on n’avait qu’à se poster dans la dernière montée vers la Ville. Ni une ni deux, dans le village, les activités cessèrent. Hommes, femmes et enfants prirent bâtons, gourdes et couvre-tête et s’en allèrent ensemble en empruntant le sentier par la montagne pour couper court en direction de Jérusalem. Quelques personnes âgées et un jeune paralysé des deux jambes, couché sur un grabat, étaient restés pour garder le village. Et aussi un ânon, attaché à un anneau à l’extérieur d’une porte.

Un grand silence règne maintenant sur le village, puisque même le forgeron, pourtant sourd des deux oreilles, a suivi le mouvement vers la Ville. Au bout d’un moment un homme vêtu d’une cape sombre et un long bâton à la main apparaît au coin de la rue et s’arrête près de l’ânon, lui tapote la croupe et ricane : « Hé ! Hé ! » L’ânon n’aime pas ça du tout, il secoue la tête et se met à ruer de ses pattes arrière. « Ho ! Du calme ! » fait l’homme en reculant d’un pas. Et voilà qu’arrivent deux autres individus, essoufflés d’avoir marché si vite dans la montée. L’un d’eux fait : « Regarde ! Un ânon ! Exactement comme il l’a dit ! ». Les deux viennent vers l’animal et commencent à le détacher.

L’homme à la cape intervient : « Dites donc ! Qui vous a autorisés à détacher cet âne ? » Le licol à la main, l’un des nouveaux arrivés répond : « Le Seigneur nous a dit de venir chercher cet ânon, il le fera ramener dès qu’il n’en a plus besoin. » L’homme lui enlève le licol de la main : « Ah ! Si c’est pour le Seigneur, alors vous vous trompez d’âne. Celui que vous devez ramener se trouve de l’autre côté du village. Vous prenez la première ruelle à droite, puis la deuxième à gauche et ensuite c’est tout droit, vous ne pouvez pas vous tromper. » Étonnés, mais obéissants, les deux hommes s’en vont par la ruelle. « Hé ! Hé ! » fait l’homme à la cape et, tirant sur le licol, il part dans la direction d’où sont venus les deux hommes. L’ânon tente bien de résister, mais l’homme est fort et ne se gêne pas pour frapper l’animal avec son long bâton.

Le chemin descend jusqu’à la route qui mène de Jéricho à Jérusalem. Là, à l’embranchement, un groupe d’hommes et de femmes est à l’arrêt. Plusieurs dizaines de personnes, visiblement des voyageurs, qui attendent. L’homme à la cape se dirige vers eux en tirant l’ânon par le licol. Sans hésiter il va vers un homme au milieu du groupe : « Je te salue, Seigneur Jésus. Voici l’ânon que tu as demandé. » Jésus – car c’est bien lui – regarde l’homme avec un air de doute : « L’ânon ? Mais alors, où sont les deux amis auxquels j’ai demandé d’aller le chercher ? » L’homme à la cape tend le bras vers le chemin par lequel il est venu : « Oh ! ils arrivent, ils arrivent ! Un homme du village les a invités à entrer un instant chez lui, alors ils m’ont demandé de te ramener ton ânon pour que tu n’aies pas à attendre plus longtemps. Essaye-le ! » Quelqu’un étale une tunique sur le dos de l’animal et Jésus s’y assied. On aurait pu craindre que la petite bête ne s’affaissât sous le poids, mais non, elle tient bon. Comme si la capacité de Jésus à porter les fardeaux des autres faisait que lui, par contre, n’était pas du tout lourd à porter, mais on n’en sait rien, ce n’est peut-être qu’une idée de narrateur, après tout.

Assis sur l’ânon, Jésus regarde autour de lui. « Allons-y ! » dit-il d’un air décidé en montrant la direction de Jérusalem. L’homme à la cape, qui tient toujours le licol, lève le bras dans l’autre direction : « Seigneur ! Ne vaudrait-il pas mieux faire demi-tour ? La route vers Jérusalem n’est pas sûre, les serviteurs du Temple ou les soldats du gouverneur Pilate nous attendent peut-être au creux du vallon pour nous attaquer ! » Jésus le regarde un instant, puis il lui dit : « Le Fils de l’homme doit être arrêté, puis livré aux Romains. Ceux-là me tueront et trois jours après je ressusciterai. Mais tout ça n’est pas encore pour aujourd’hui. Avançons. » Et tout le groupe se met en route.

Au bout d’un moment, l’homme à la cape se tourne à nouveau vers Jésus : « Seigneur, toi en tant que Fils de Dieu, tu pourrais t’économiser tout ça. Tu pourrais commander à des légions d’anges de venir nous transporter tous ensemble, et d’un seul coup, dans la cour du Temple, ils chasseraient les prêtres et leurs serviteurs et toi tu pourrais prendre place dans le Saint des Saints devant tout le peuple, sans avoir à passer par toutes ces épreuves ! » Jésus le regarde sévèrement : « Le Fils de l’homme est venu non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude. Toi, contente-toi de tenir ferme ce licol. »

Plus tard, alors que le soleil tend à pencher sur l’horizon, le groupe débouche du vallon qu’il suivait jusque-là. La route commence à monter et ses boucles d’étirent sur une pente en haut de laquelle se profilent les murs de Jérusalem. Tout le long, des deux côtés, se sont amassés des centaines, peut-être des milliers de gens qui, en voyant le groupe avec Jésus assis sur l’ânon, se mettent de proche en proche à crier pour le saluer : « Le Seigneur Jésus ! Le Seigneur Jésus ! » Et c’est dans cette liesse populaire, cet accueil dans la joie de tout un peuple, que le cortège progresse maintenant.

Voilà qu’arrivent par l’arrière les deux hommes qui avaient été chargés de trouver l’ânon. Ils courent, ils n’en peuvent plus, ils supplient qu’on les laisse passer, ils parviennent jusqu’à Jésus et s’arrêtent près de lui en cherchant leur respiration : « Maître ! Houf ! Houf ! Maître ! Nous n’avons trouvé aucun âne dans le village ! Pardonne-nous ! » L’homme à la cape sombre les interrompt alors : « Seigneur ! Écoute plutôt comme tous ces gens t’acclament ! ‘Hosanna, béni soit celui qui vient !’ disent-ils. Et d’autres reprennent en chœur : ‘Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient. Béni soit le règne qui vient, le règne de David notre père !’ Et de l’autre côté de la route ils chantent : ‘Hosanna au plus haut des cieux !’ Je t’assure, si maintenant tu t’arrêtes, tu grimpes sur ce rocher et tu leur fais un beau discours plein d’autorité et de promesses, ils te porteront sur leurs épaules et ils feront de toi leur roi et rien ni personne ne pourra te résister, tu seras leur Dieu pour toujours ! »

Jésus se redresse sur sa monture : « Va-t’en d’ici, Satan ! Dans le désert déjà, puis sur le mur du Temple et enfin sur la haute montagne je t’ai dit de ne plus m’importuner. Seule la parole de Dieu fait vivre, de ta bouche à toi ne sortent que mensonges et mort. En trois jours je vais réduire à néant toute ta puissance et j’instaurerai un royaume de paix et de vie éternelle où tu n’auras plus de place. Va-t’en ! » Et pfft ! l’homme à la cape disparait. Autour de Jésus, tous se frottent les yeux. Ont-ils vraiment vu et entendu quelque chose, ou bien ont-ils rêvé ? Les acclamations de la foule, par contre, n’ont pas cessé et se sont même amplifiées. Des gens ont coupé des branches des palmiers des alentours et les balancent au-dessus de leurs têtes en l’honneur de leur héros. D’autres prennent leurs tuniques et les étalent sur la route pour que l’ânon avec son cavalier puisse marcher en douceur, un peu comme un roi entrant triomphalement dans sa Ville.

Et le cortège se remet en marche. De part et d’autre de Jésus se tiennent les deux hommes qu’il avait chargés de trouver l’ânon. Il dit à l’un : « J’ai soif. Donne-moi à boire de ta gourde, je te prie. » Et à l’autre : « Va donc, je te prie, tenir le licol de l’ânon et conduis-nous vers la Ville. » Tout joyeux de voir que Jésus ne leur en veut pas du tout, ils s’interpellent l’un l’autre : « Tu vois ? Je te le disais, c’est comme il est écrit chez Zacharie : ‘Ne crains pas, fille de Sion, voici ton roi qui vient !’ Et l’autre continue :  Oui, il est monté sur le petit d’une ânesse ! » Le premier reprend : « Ceci dit, il ne faut pas se bercer d’illusions. La plupart de deux qui sont là ont vu comment Jésus a appelé Lazare hors du tombeau et c’est à ça qu’ils rendent hommage, c’est tout. »

En arrivant à la grande porte Jésus remarque plusieurs hommes aux bras croisés et à la mine sévère, ils sont à moitié cachés dans un recoin et ne participent en rien à la fête. Il a déjà rencontré ce genre de personnages quand il avait à peine douze ans et qu’il était venu à Jérusalem avec ses parents, et il reconnaît là des prêtres du Temple. Ces tristes sires seraient-ils en train de ruminer quelque plan machiavélique ? En tous cas, l’un d’eux est en train de murmurer : « Vous le voyez, vous n’arriverez à rien : voilà que le monde se met à sa suite ! »

Alors Jésus lève les yeux au ciel et dit, assez fort pour que les plus proches l’entendent : « Elle est venue, l’heure où le Fils de l’homme doit être glorifié ! »

Christian Kempf