Le Noël de Monsieur M et mister Mathieu

« Monsieur M et mister Mathieu » est une pièce anachronique et décalée en trois scènes, précédée d’une introduction pour attirer l’attention sur le nom de Jésus. Les personnages (dans l’ordre d’apparition) : un narrateur, une narratrice, Monsieur « M », les numéros 04-56 et 04-57, Joseph, aubergiste,  voix A et B, Marie, Bergers 1 et 2. Merci au pasteur Frédéric Gangloff. 

Narrateur : Nous allons vous raconter la généalogie de JC selon l’Evangile de Luc… Il est interrompu

Narratrice : Mais non ! Selon l’évangile de Matthieu !

Narrateur : J’ai dit Luc ! C’est plus classe ! Il n’y a que des people !

Narratrice : Et dans Matthieu, il y a au moins des femmes ! Parité oblige ! Tu connais !

Narrateur : Fais pas ta crise là ! On nous regarde !

Narratrice : Tu veux que je SMS au pasteur ? Elle sort son téléphone

Narrateur : Ok ! J’y vais là ! Selon l’évangile de Matthieu: « Livre des origines de JC… Abraham engendra Isaac, Isaac engendra Jacob, Jacob engendra Rocco et ses frères… »

Narratrice : N’importe quoi ! Pas Rocco et ses frères, mais Juda et ses frères…

Narrateur enchaîne : « Juda engendra Pharès et Zara », Eh ! Ben ! Sacrée collection ! Très vite « de Thamar… »

Narratrice : Stop ! Sans la ténacité et le charme de Thamar, JC ne serait peut-être même pas à l’ordre du jour…

Narrateur : Si tu dois à chaque fois faire un commentaire, on n’est pas prêt d’arriver au bout ! Je saute, sans transition, aux suivants… « Salmon engendra Booz, de Rahab… »

Narratrice : Rahab ! Une femme qui exerce le plus vieux métier du monde et sans laquelle la suite n’aurait jamais été possible… J’écoute !

Narrateur : Heu ! « Booz engendra Jobed de Ruth… »

Narratrice : Ruth l’étrangère, l’immigrée, qui va devenir la grand-mère du fameux roi David !

Narrateur : Et ce n’est pas fini ! « David engendra Salomon… de la femme d’Urie » !

Narratrice : Tu te rends compte ! La superstar David qui engendre un fils qui devient méga connu, d’une femme qui n’est pas la sienne, mais celle d’un autre… De mieux en mieux… Et ensuite…

Narrateur : Je ne sais pas si ça vaut le coup de continuer, parce que ça n’arrête pas d’engendrer sans histoires, jusqu’au bas de la page et…

Narratrice : Et cette belle chaîne d’amour s’arrête où ?

Narrateur : « Jacob engendra Joseph, l’époux de Marie, de laquelle… »

Narratrice : Chut ! Ne prononce pas encore le nom de celui qui sera des nôtres ! Il va tous nous adopter !

Narrateur : Tu veux dire qu’il nous veut tous comme ses pères, mères, sœurs ou frères ?

Narratrice : Oui ! Il est le premier à nous avoir choisis comme sa famille !

Narrateur : Il n’empêche qu’avec une telle généalogie et ses cinq mères un peu spéciales, tu crois qu’il n’aura pas de problèmes pour se procurer un passeport, des papiers ou une pièce d’identité ?

Narratrice : Tu as raison, il n’est pas encore sorti de l’auberge !

Narrateur : Faudrait déjà qu’il puisse y entrer !

Narratrice : Mais que tu es bête ! C’est une façon de parler ! Allez, on laisse la place ! Ils s’en vont !

Scène 1

Le décor ressemble à un hall de gare ou à une salle d’attente. On peut disposer une grande table, remplie de dossiers, avec une caisse ou une grosse tirelire pour les pourboires. Une sonnette et éventuellement, si l’on dispose d’un écran, faire défiler des numéros de files d’attente. L’acteur qui joue M s’installe à table. Il peut même enregistrer les clients sur son portable… L’idée est de jouer sur les anachronismes…

Narrateur : M est fonctionnaire. Il enregistre les gens qui viennent se présenter pour le recensement à Bethlehem. C’est l’empereur Auguste qui a ordonné cela. Officiellement, il veut mieux connaître les sujets de son royaume… Officieusement, il y en encore trop qui ne payent pas d’impôts et qui s’évadent dans les paradis fiscaux ! C’est le premier job du jeune M et il est très consciencieux ! Comme les bureaux vont fermer sous peu à cause des fêtes, il redouble de vigilance et traque les fraudeurs. Ce boulot est, en fait, une couverture, pour son autre identité ! Mais chut ! Nous allons bientôt la découvrir !

M : Au suivant ! Numéro 04-56 ! Vous avez votre formulaire d’inscription rempli et vos justificatifs ?

04-56 : Oui… Mais il me manque la facture d’eau… Ils me l’on coupée et…

M : Je ne veux pas savoir, y a pas écrit plombier sur mon front-là, circulez… Le 04-56 glisse un petit pourboire dans la boîte -pour le personnel- C’est bon pour cette fois ! Enregistré ! Au suivant !

04-57 : M ! Comment tu vas mon frère ? On était ensemble sur les bancs de la synagogue ! M n’a pas l’air de comprendre Mais si ! C’est Shlomo ! Tu peux m’inscrire, va ! Je suis le petit fils de Rabbi Ruben, notre maître à tous !

M : Désolé monsieur, vous devez faire erreur ! Nous n’avons pas gardé les moutons ensemble ! Vous avez un titre de propriété ou une quittance de loyer pour prouver que vous habitez bien à Bethlehem ?

04-57 : Mais enfin M, ma famille est connue ici depuis des siècles ! La moitié de la ville nous appartient, alors tu penses bien que les titres de propriété… M reste inflexible et 04-57 met également un pourboire très conséquent dans la boîte

M : Tout d’un coup se lève, et lui donne l’accolade Oh ! Shlomo, vieille branche ! J’t’avais pas reconnu ! Qu’est-ce que tu as changé ! Evidemment que je t’inscris voyons ! Comment va Rachel ? Bientôt une descendance ? Shalom mon frère et bienvenu chez toi ! Le 04-57 s’en va Au suivant ! (…) Suivant ! Vient un individu très timide qui a tout l’air d’un étranger… M le regarde de haut…

04-58 : Je me nomme Joseph et je crois bien que mes lointains parents habitaient à Bethlehem, il y a fort, fort, longtemps ! Moi-même, je suis de Nazareth, en Galilée…

M : Ce n’est pas possible ! Et qu’est-ce qu’un galiléen, d’un bled pourri, vient faire dans la glorieuse ville du roi David ? Du tourisme ? Du commerce ? De la contrebande ? Tu sors de ton trou pour monter en ville ?

Joseph : Je viens me faire enregistrer ! Joseph, ben Jacob ! De la famille du roi… David ! M est mort de rire

M : Celle-là c’est la meilleure de la journée ! Ha ! Ha ! Ha ! Et moi je suis de la famille du Pape et de Lady Gaga… Trop fort ! Allez dégage ! Tu m’as bien fait rire, mais j’ai encore une journée chargée…

Joseph : Il déballe une foule de documents J’ai ici tous les papiers que vous avez demandés, avec les photos d’identité, les justificatifs, l’arbre généalogique, les papiers pour ma femme enceinte, et la carte grise de la première mise en circulation de mon âne, le numéro de la sécu et de ma mutuelle…

M : Il n’en revient pas et reste sidéré un court moment. Après avoir rapidement consulté les documents Pas de chance, mon vieux Jo ! Il te manque le certificat de nationalité judéenne pour te faire enregistrer… Si tu veux, tu peux aller à la préfecture du coin, mais elle est de l’autre côté du mur et je ne suis pas sûr que tu passeras facilement le check point romain… Vraiment désolé… Sauf si David, en personne, veut bien te pistonner… Hé ! Hé ! Au suivant !

Joseph : Mais vous ne pouvez vraiment rien faire ? Mon épouse va bientôt accoucher et nous n’avons pas trouvé de « B and B » sur la ville à cause de la foule des gens… Pitié !

M : Il fait un regard appuyé sur la boîte et Joseph y met une pièce… C’est déjà un bon début, mais pour un Galiléen, ça compte double ! Voire triple, avec ton enfant à venir… Joseph rajoute trois pièces  Eh ben voilà ! C’est pas sorcier ! Vous êtes enregistrés les paysans de Galilée ! Et qu’est-ce qu’on dit au gentil M ?

Joseph :  Un grand merci pour votre générosité et votre aide… Dieu vous le rendra !

M : Amen ! C’est ça ! Allez, circule maintenant ! Pour lui-même En attendant que Dieu me le rende, il faut bien penser à sa rente Il fait sonner les piécettes dans sa boîte et regarde Joseph s’en aller Il est tout de même louche ce gars. Il a un sacré culot pour un mec de la campagne ! Ça sent pas bon tout ça ! Je me demande bien ce qu’il peut cacher ! Je pense que je vais le suivre discrètement pour voir où il va et qui il fréquente ! Les romains payent bien les indics en ce moment ! J’espère que cette journée va me rapporter gros ! Et M prend son argent et court à la suite de Joseph…

Scène 2 

Décor de bar avec tables et chaises. On entend de la musique moderne d’ambiance. D’un côté des personnes sont accoudées autour de verres. De l’autre, des gens couchés à tort et à travers sur des sacs ou des matelas. La plupart endormis… Il faut imaginer qu’il y a une sorte de porte où M frappe…

M : Hé ! Ho ! Aubergiste ! Y a quelqu’un ?

Aubergiste sort avec deux gars qu’il traîne dehors : Allez ouste ! Fichez le camp ! Je ne veux pas d’histoires et de bagarres d’ivrognes chez moi. J’ai encore quelques étoiles que je tiens à conserver ! Il voit M Et toi tu peux aller hurler ailleurs ! C’est déjà archi complet !

M : Du calme l’ami ! C’est moi ! M ! Le fonctionnaire préposé au recensement décidé par les Romains !

Aubergiste : Ah oui ! L’ami des romains ! Tu veux quoi de nouveau ? J’ai déjà déclaré mes revenus et payé mes charges ! Et puis ce n’est pas une heure chrétienne pour déranger les honnêtes gens !

M : N’ai pas peur ! Je ne suis pas ici pour mettre le nez dans tes comptes ni pour contrôler si tu ne loues pas ton auberge à trop de monde à la fois… Je veux bien fermer un œil si tu me donnes quelques petits renseignements !

Aubergiste : Il râle d’abord  Bon ! J’ai pas trop le choix ! C’est à quel sujet ?

M : J’enquête sur un couple étrange… Un homme avec une tête d’étranger, pas très catholique, est venu récemment avec une très jeune femme, enceinte jusqu’aux oreilles, et assise sur un âne…

Aubergiste : C’est très vague ta description ! Ils sont tous bizarres les types que j’héberge. S’ils payent c’est justement pour que je ne pose pas de questions ! Quant aux ânes, il y a des parkings réservés à l’extérieur, mais peut-être que certains sont rentrés en douce. Tu peux entrer et regarder, mais discrètement !

M prend une lampe et inspecte la pièce. Il regarde en détail les gars qui sont en train de boire et s’intéresse surtout aux personnes assoupies. Soudain il voit une silhouette endormie, il approche la lumière pour voir le visage

Voix A : Il parle dans son sommeil et se retourne… Hein ! Qu’est-ce que c’est ! Maman ! M le relâche pour qu’il s’endorme et il continue. Il trébuche sur un corps et celui-ci se lève en sursaut !

Voix B : Aux armes ! On nous attaque ! Y sont fous ces Romains ! L’aubergiste se précipite pour le recoucher et le calmer !

Aubergiste : Mais non ! Mais non ! C’est rien ! Tais-toi donc ! A M Non mais il rigole quoi ! A l’autre Rendors-toi doucement et suce ton pouce L’aubergiste lui chante une petite berceuse tandis que M va plus loin et qu’il en secoue un autre ! Celui-ci se lève rapidement et à la manière d’un somnambule se dirige vers la sortie pendant que l’aubergiste et M tentent de le rattraper et de le recoucher !

M : Aucune trace de ces deux Galiléens ! A l’aubergiste Tu es sûr qu’ils ne sont pas passés par ici, parce que les Romains vont certainement m’interroger, et je vais être obligé de leur dire que…

Aubergiste : C’est bon ! Ça va ! Tiens, ça me revient tout d’un coup ! C’était pendant la tombée de la nuit, au moment de l’heure de pointe. Un gars complètement paniqué s’est pointé en gesticulant et en criant : « Aidez-nous, par pitié, ma femme est enceinte et elle est sur le point d’accoucher !

M : Et alors ?

Aubergiste : Ben, je l’ai regardé calmement et je lui ai répondu : « C’est pas de bol mon brave, mais c’est pas de ma faute, qu’est-ce que vous voulez que j’y fasse ?! »

M : Et ?

Aubergiste : « En fait, c’est pas de ma faute non plus… » qu’il me répond !

M : De plus en plus bizarre… Ça veut dire qu’il n’est pas le père ? Ils ne sont peut-être pas mariés non plus et vivent dans l’illégalité ? ! Mais ça vaut cher tout ça ! Et l’enfant ? Il n’est tout de même pas du Saint Esprit, non ?

Aubergiste : Figure-toi que c’est ce qu’il a prétendu ! Je n’ai jamais entendu une excuse aussi bidon que celle-ci ! On en a lapidé pour moins que ça ! Tu penses bien que mon auberge n’est pas vraiment équipée pour devenir une salle d’accouchement. Déjà qu’au niveau propreté, j’attends le Week end pour passer le karcher… Alors imagine la tête des clients au réveil ! Je lui ai dit : « Tu peux faire une croix dessus ! »

M : Mais ils sont repartis où ?! Tu possèdes la seule auberge de Bethléem assez grande pour tout ce monde et surtout pour loger les illégaux, les réfugiés et les travailleurs au…

Aubergiste : Bon ! J’avoue ! J’ai tout de même eu un peu pitié de la jeune fille. Je voyais bien, à ses traits, qu’elle était entrée dans sa phase terminale de grossesse… Je les ai envoyés à la crèche ! C’est un peu isolé, à l’autre bout du village ! Il y a un accueil chaleureux 24 heures sur 24 ! De la paille fraîche et le chauffage 100 pour 100 bio avec pompe à chaleur animale ! Tu ne peux pas te tromper ! Tu sors à gauche et tout droit, direction la rue « Plus près des étoiles ». Et pour ma coopération volontaire à ton enquête… Tu…

Matt : Motus ! J’ai rien vu ni entendu ! Shalom Il se précipite dehors à leurs trousses en se disant « Une jeune fille… enfantera… du St Esprit… Non ! Ce n’est pas possible… Ce serait eux ? Il faut que j’aille vérifier cela ! Si c’est ce que je pense, les romains vont payer un max de tune pour cette info ! »

Scène 3 

Décor de crèche classique avec une mangeoire et, si vous en avez, les animaux habituels. On peut installer une sorte de lit pour Marie, mais il faudra que l’on puisse la voir sur scène… Marie, Joseph et la « ménagerie » sont déjà en place…

M :  Bonsoir… Je suis M… Brigade d’investi… Euh ! Service des crèches communales de Bethléem ! Je… vous… voulais voir comment vous alliez ? Tout va bien ? Vous ne manquez de rien ?

Joseph : Ah oui ! Je vous reconnais ! Grâce à vous, nous avons pu nous inscrire au dernier moment ! Encore mille fois merci… Je ne vous avais pas dit que j’étais charpentier ; mon nom est Joseph Zimmermann et mon épouse Marie, qui était enceinte, eh bien ! Surprise ! Elle ne l’ait plus !

Marie : Regardez, ce bébé tout chaud, sorti du… de mon ventre ! Il est trop mignon non ! Pour l’instant, il n’a pas encore de nom, mais l’ange m’a dit…

Joseph : Voyons Marie, Monsieur M ne veut rien savoir de tes histoires d’anges… Il demande si nous allons bien ?  Se tourne vers M en lui faisant clin d’œil et en lui disant doucement  Elle est aux anges depuis la naissance, c’est le choc postnatal, vous comprenez… Plus fort  N’est-ce pas monsieur M ?

M : Tout à fait ! Mais ça arrangerait sacrément mes affaires, si vous aviez un nom à me donner pour cet enfant !

Marie : l’ange a dit… Joseph l’interrompt brusquement

Joseph : L’ange a dit « Debout ! » ; l’ange a dit : « Assis ! » Il fait le jeu en mode Jacques a dit  Soleil ! Fatigue ! Longue route… Faut dire que nous étions pressés parce que ma femme disait tout le temps « Il vient, il vient… – Un ange passe – Il vient… » C’est pour cela que nous nous sommes posés dans cette crèche au dernier moment !

M : Il faut dire qu’ici, vous êtes, au moins, au calme, en plein air et bien au chaud ! A part le crottin des animaux, vous n’allez pas être emmerdés… J’ai bien retenu vos noms pour mon ra… me les rappeler… Joseph et Marie de la descendance de notre illustre roi David. Dites donc ! Sacré pédigrée ! Ça en jette !  Il ne me manque plus que le nom de votre bébé… Pour compléter votre livret de famille !

Marie : Elle donne un petit coup de coude à Joseph C’est vrai ! Il a le droit de savoir ! Allez Jojo ! On lui dit que c’est… Une fille ! Elle éclate de rire

M : Il a l’air déçu Et dire que je commençais à y croire… Vraiment… J’espérais tellement !  Un peu contraint  Eh bien ! Félicitations tout de même !

Marie : Elle esquisse un large sourire Mais non ! Je rigole ! Oh Joseph ! Tu aurais dû voir la tête de monsieur…

Joseph : Marie ! Tu devrais arrêter d’importuner monsieur M, dans ton état ! A M Désolé, elle délire, c’est la fatigue ! A Marie Repose-toi après tous tes efforts !

M : Oui, je comprends, je vais vous laisser… Excusez encore pour le dérangement ! Shalom à vous et santé à votre enfant ! Au moment où il veut sortir, deux bergers font irruption dans la crèche ; ils chantent dans un style de rap et se jettent à genoux devant la mangeoire

Berger 1 : « Gloire à Dieu qui est descendu des cieux ! »

Berger 2 : « Parmi les jeunes et aussi les vieux ! »

Berger 1 : « Enfant parmi nous et plus au ciel ! »

Berger 2 : « C’est aujourd’hui qu’est né l’Emmanuel ! »

Berger 1 : Je n’en reviens pas, nous deux agenouillés dans ce caca ! C’est tout comme l’ange nous l’a dit !

Berger 2 : Cette nuit un sauveur est né et vous le trouverez couché dans une mangeoire !

M : Pour lui Mais c’est quoi cette d’histoire d’anges qui surgissent de partout et qui diffusent des news alors que je ne suis même pas au courant ?! Eux aussi ont fumé de la paille… C’est une histoire de ouf, tirée par les cheveux !

Marie aux deux bergers : Ah ! Vous aussi l’ange vous a dit… Tu vois Joseph ! Comme quoi un ange peut en cacher un autre ! Pas besoin de la téléréalité !

Joseph : Marie, tu es un peu surmenée, non mais dans quel état tu es en train de te mettre !

Marie : Et alors ! Je me mets dans l’état dans lequel je veux ! Je suis une femme libérée… Délivrée ! C’est vrai à la fin ! Une naissance c’est déjà un événement, mais alors ce qui nous est arrivé n’est pas n’importe quel conte de Noël à l’eau de rose ! Ils ont tous le droit de savoir !

Tous sauf Joseph : Elle a raison ! Nous voulons savoir et connaître la Bonne Nouvelle !

Marie : Il y a neuf mois, l’ange Gabriel est venu me rendre visite à Nazareth. Il m’a saluée et j’étais carrément terrifiée ! Ce n’est pas tous les jours que l’on se retrouve nez à nez avec un ange messenger. Il a bien essayé de me rassurer en me disant que, même si je n’étais pas encore mariée, je deviendrai une jeune fille-mère et que je porterai le propre fils de Dieu… Loupé ! J’avais encore plus la trouille qu’avant ! Je me suis dit, ma pauvre Marie, personne ne va avaler une histoire pareille et ils vont prendre ton Joseph pour une vraie poire. Surtout quand Gabriel m’a dit que je devrais l’appeler…

Tous : Un nom ! Un nom ! Un nom !

Joseph : Hep ! Hep ! Marie ! Et si on leur faisait encore la surprise jusqu’à la circoncision de l’enfant dans huit jours ? Il faut garder le suspens pour le prochain épisode !

Marie : Tu as raison Joseph ! L’ange a dit de garder le secret encore un peu… Mais, maintenant je me sens vraiment crevée. Je crois que je vais dormir… Vous pourriez nous laisser tous ? Les bergers sortent joyeux, mais en parlant à voix basse. M sort aussi. Mais l’on voit qu’il n’est plus le même qu’avant. Il est aussi heureux et, soudain, il retourne vers Joseph

M : Dis Joseph ! Finalement le nom de cet enfant peut attendre ! Je sais qu’il est né et que cette journée est la première de ma nouvelle naissance à une autre vie ! Il lui donne son sac de pièces Tiens, ça c’était avant ! Prends cet argent et fais-en bon usage ! Là où je vais, il faut que je sois léger et dispo ! Il s’en va et pourrait aller vers le public…

Narrateur : Qui aurait cru que cette histoire se raconterait encore 2 000 ans après et que le nom de cet enfant serait toujours encore prononcé et adoré?

Narratrice : Quant à M, il a repris son travail, mais différemment, au service des autres ! Il a changé pour devenir le justicier des rejetés et des gens de mauvaise réputation.

Narrateur : Jusqu’au jour où, assis derrière son bureau, l’enfant devenu adulte s’est approché et lui a dit : « Suis-moi ».

Narratrice : Matthieu s’est levé et l’a suivi… Il est de sa famille comme toi,  comme moi et  comme tous ceux qui le veulent…

Crédits : texte  de Frédéric Gangloff, UEPAL photo de Julia Boldt, www.pixabay




Prédication pour la confirmation : pasteur.es in black

« Pasteur.es in black » est une prédication à deux voix donnée lors d’un culte de confirmation, sur la base du livres des Actes, chapitre 16, 23-34. 

Narrateur (Ton normal) : « Aux environs de minuit, Paul et Silas, en prière, chantaient les louanges de Dieu, et les autres prisonniers les écoutaient. Tout d’un coup, il y eut un tremblement de terre si violent que les fondations du bâtiment en furent ébranlées. Toutes les portes s’ouvrirent à l’instant même, et les chaînes de tous les prisonniers sautèrent… Ils annoncèrent alors la parole du Seigneur, à tous ceux qui vivaient dans la maison ! (…) Le gardien de la prison fit ensuite monter Paul et Silas chez lui, leur offrit un repas et se réjouit en famille d’avoir cru en Dieu. »

Le narrateur change de ton… « Ce que je viens de lire est la version officielle car, aujourd’hui, au 21ème siècle, Paul et Silas sont anonymement connus sous le nom d’agent 1 et agent 2  – les deux entrent en robe pastorale noire avec des lunettes de soleil sombres-. En effet, les pasteur-es- in black font partie d’une organisation ultra-connue créée afin de susciter la présence sur terre d’une race d’extraterrestre : les confirmands. Grâce à leur technologies avancées et armes de pointe : (L’un tient à la manière d’un pistolet, le livret « grains 2 KT » et l’autre la Bible « Ze Bible »), ils font ce qu’ils peuvent pour que le KT ne devienne pas virtuellement inexistant, boostant la mémoire des confirmands. Ainsi, la population ignore, pour le moment, la présence des confirmands sur la planète, mais cela va bientôt changer ! Le qualificatif de « Pasteur-es- in black » vient des robes noires et des lunettes sombres que les membres de … doivent porter le plus souvent ! Les deux agents prennent la pose hiératique quelques instants et…

Agent 1 : (il enlève ses lunettes sombres et veut ôter sa robe) Dis  ! J’en peux plus sous ce déguisement ! J’étouffe ! Tu crois vraiment que c’est nécessaire toute cette mise en scène ?

Agent 2 : Keep cool  ! Tu sais bien qu’il faut être visible de nos jours, et capter l’attention des catéchumènes ; rien de plus compliqué !

Agent  1 : Surtout qu’annoncer l’évangile, la Bonne Nouvelle, ça fait pas trop le buzz ! J’ai l’impression qu’elle va devoir faire la queue, derrière tous les autres funs, avant d’être consommée dans nos multiples fast food religieux !

Agent 2 : Sans compter qu’on est tous tombés en pleine addiction ! Tu connais la nomophobie ?

Agent 1 : Tu veux dire Nono, le petit robot, l’ami d’Ulysse ?

Agent 2: Arrête un peu les mangas ! Là il s’agit de la peur du confirmand de se retrouver sans son mobile parce qu’il a dû le laisser en consigne avant d’entrer dans la salle de KT…

Agent 1 : Ah oui ! Ils psychotent grave ! Et toi, t’as entendu parler du phubbing ?

Agent 2 : Non ! Mais j’connais le shopping ! Le bowling ! Le sleeping…

Agent  1 : C’est relié au bouging ! C’est l’incapacité d’écouter ce qu’on lui raconte sans consulter son portable ! Que veux-tu, en plus ça vibre grave ces phones-là !

Agent 2  : Mais le top du top, c’est l’athazagoraphobie !

Agent 1 : A tes souhaits ! Ça a l’air vachement contagieux ton truc…

Agent 2 : C’est quand t’as trop les boules d’être oublié par tes potes sur les réseaux sociaux, comme s’ils t’avaient déconnecté de leurs listes d’amis ou d’abonnés !

Agent 1 : En gros -j’dis pas ça pour toi, c’est une expression- si on suit pas la mode du moment, on va devenir des pasteur-es- in black has been et même pas vintage. Et la voie du salut va se diluer jusqu’à devenir une voix dans le bla bla de la communication moderne ?

Agent 2 : Si nous prenons la voie des ondes alors nous sommes perdus. Mais si nous leur annonçons, tout simplement, que la Bonne Nouvelle, c’est de la dynamite qui va faire exploser toutes les chaînes qui nous rendent accrocs… Alors nous avons une ouverture !

Agent 1 : C’est sûr que tant que l’Evangile n’est une menace pour personne ! Tant que c’est bon pour le business, que ça rapporte et dope la croissance et le pouvoir d’achat ! Tout le monde like !

Agent  2 : Mais dès que l’Evangile met en lumière les abus, libère les plus fragiles, dénonce l’abrutissement des masses ; alors il devient terriblement dangereux pour notre société du zapping, car il ne disparaîtra pas d’un seul clic…

Agent 1  : Mais ce sera plutôt une grosse claque qui annonce un Dieu solidaire et pas réduit à un coaching personnel gagnant…

Agent 2: Un Christ pas seulement présent sur les réseaux mais surtout dans le cœur des gens !

Agent  1 : Une humanité qui rêve de gloire, de force et de prospérité, dérangée par un Dieu faible qui puise toute sa force dans sa fragilité !

Agent  2 : Un Dieu qui invite toutes les familles, même déchirées, à la fête de la réconciliation entre les prisonniers des souffrances de la vie !

Agent 1 : Un Dieu qui n’est surtout pas nationaliste, encore moins communautariste ni lobbyiste mais qui essaye de tisser des liens avec et entre tous !

Agent  2 : C’est souvent quand t’es au plus profond du trou, enchaîné, lié, et parfois même blessé…

Agent 1 : Que t’es le plus libéré parce que tu n’as plus rien à perdre ! Ok ! Mais tu sais bien  que « Être un confirmand libéré c’est pas si facile… »

Agent 2 : On ne va pas le laisser tomber  ! Personne ne pourra priver aucun prisonnier de ce cri qui vient de l’intérieur. Ce qui fait qu’il vient comme il est ! Sans être jugé, catalogué et formaté !

Agent  1 : C’est donc à nous de les aider à forger leurs convictions librement pour qu’après le KT, ils puissent se barrer avant que cela ne devienne une prison ? Dis , tu crois qu’ils ont été obligés de venir ? J’suis pas sûr qu’on peut encore les obliger s’ils n’ont pas, même un peu, envie…

Agent  2 : A mon avis, ils vont pas dire le contraire… Peu importe d’ailleurs ! Même si les liens qui nous unissent à eux se sont opérés par la contrainte et l’autorité, c’est à nous de les en libérer, un peu comme le Père laisse le fils aller vivre sa vie, après avoir perçu sa part d’héritage !

Agent  1 : Mais tu voudrais pas connaître le montant de l’héritage qu’on leur laisse ? Et d’ailleurs, jamais nous ne pourrons leur laisser la recette pour être sauvés ! Nous ne sommes plus dans le faire…

Agent  2 : Mais dans l’ouverture au croire, et croire, c’est aussi accepter de recevoir des autres pour devenir ! C’est à leur contact que nous pourrons aussi évoluer…

Agent  1 : C’est un peu kitch ton truc là, on connait (Ils chantent tous deux) : « Nous sommes unis dans la famille. Car Dieu nous lie à toujours Par une chaîne d’amour. Concitoyens, nous sommes les siens Car Dieu nous lie à toujours. Par une chaîne d’amour. » (Faire participer les confirmands)

Agent 2 : Justement, il ne s’agit plus de les enchaîner par un KT infantilisant, mais de les déchaîner des obligations, convenances et dépendances de toutes sortes pour qu’ils puissent grandir dans la foi, se responsabiliser et nous quitter pour mieux revenir ou pour aller leur propre chemin…

Agent  1 : Ok , mais avant j’aimerai essayer nos armes hypersophistiquées. Normalement, en un flash, ils devraient imprimer dans leur mémoire l’ensemble du bouquin (Il ouvre ZeBible et la referme devant les yeux d’un-e- confirmand-e-. Ensuite, il teste…)

Agent 2 : Attend, c’est mon tour… Un flash de  » grains 2 KT  » pour un sens à ta vie (il ouvre et le referme et puis teste )…

Agent  1 : Non, mais laisse tomber, tous les parents nous regardent ! On a l’air de quoi là, C’est la honte assurée… Plus jamais, ils vont nous envoyer leur gamins… Voyons de la tenue !

Agent  2 : (Se reprenant) Et sans transition, chantons à la gloire de Celui qui ouvre les portes des cœurs et qui déchaîne les liens de l’esclavage :  » Ensemble, ensemble, nous pouvons faire ensemble… »

Crédits : Frédéric Gangloff, UEPAL




Jésus entre dans Jérusalem

« Jésus entre dans Jérusalem » Cette saynète courte est plutôt adaptée à un culte de rentrée pour les enfants des clubs bibliques ou autre manifestation du même style. Il faudra, évidemment, changer les noms des lieux et autres…

Gérard : (Sur le mode reportage en direct) : Ça y est ! Je les vois ! Chers téléspectateurs et auditeurs ! Jésus et ses disciples approchent de Jérusalem, n’est-ce pas Simone ! La scène se joue, mais on ne voit que les enfants qui crient et agitent des vêtements et des branches !

Simone : Tout à fait Gérard ! Ils arrivent près du rondpoint des oliviers.

Gérard : Oh ! On dirait que Jésus monte dans une Mercédès gris métallisé !

Simone : Euh ! Cher Gérard, il va falloir changer de lunettes. De là où je suis, je distingue plutôt une ânesse avec un ânon qui y est attaché !

Gérard : Ah oui ! En tout cas, la foule est en délire ! Il y en a qui laissent tomber la chemise, se déshabillent et jettent leurs fringues sur le chemin !  Les enfants jettent des habits sur le chemin…

Simone : Et d’autres qui coupent les branches des arbres pour les agiter ! Ce n’est pas très écolo tout ça ! Les enfants agitent des branches

Gérard : Je les entends crier ! Ce sont des slogans ou des revendications ? De loin, j’entends Rozana ! Rozana ! On dirait qu’ils font de la pub pour une marque d’eau minérale ? Les enfants crient : « Hosanna au fils de David ! » ; « Hosanna au plus haut des cieux » ; « Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient ! »

Simone : Gérard, une fois que vous aurez changé de lunettes, il faudra vous déboucher les feuilles ! Ils crient tous : « Hosanna au fils de David » ; « Hosanna au plus haut des cieux ! »

Gérard : Ainsi, chers auditeurs, nous connaissons le nom complet de la star locale : « Jésus Hosanna au plus près des yeux ! » qui met tout le monde dans un sacré état ! Plus bas Dites Simone, il est connu ce Jésus Hosanna ?

Simone : D’après mes informations c’est le prophète Jésus de Nazareth en Galilée !

Gérard : De Galilée ? N’importe quoi ! Et pourquoi pas de Niederschaeffolsheim ou de Pfaffenhoffen…fff…fff

Simone : Mais il se passe quelque chose d’inattendu ! On dirait bien qu’il est en train de faire un sacré ménage au Temple. Jésus casse la baraque ! Il a du courage de s’attaquer au business !  Les enfants applaudissent : Yeah !

Gérard : Mais ma parole, voilà qu’il invite tous les crevards et parasites à entrer dans le Temple pour se servir… C’est un gilet jaune quoi !

Simone : Non, bien plus ! On dirait bien qu’ils en ressortent… changés…guéris… différents… Il y a quelques enfants qui sont en train de crier et je vais essayer de savoir pourquoi ? Elle se déplace vers eux

Simone : Dis, petit, pourquoi tu cries autant ?

Enfant 1 : Jésus est notre ami ! Il nous prend au sérieux !

Enfant 2 : Il est trop bien !

Enfant 3 : Il nous a donné une place et il nous fait confiance !

Enfant 4 : Y en marre de ces vieilles pierres ! Ça manque de vie et ça sent le renfermé ! Nous voulons aussi nous exprimer !

Vieille Pierre : Oh ! C’est pas parce que je suis une pierre un peu vioque, que je n’ai pas envie de crier. Pierre âgée qui crie veut aussi ouvrir la bouche !

Prêtre 1 : Silence ! Arrêtez de brailler ! On est dans un endroit sacré !

Prêtre 2 : Et l’autre Jésus, qui ne dit rien et laisse faire !

Gérard : Simone, enfin, faites les taire, on ne s’entend plus ici !

Simone : Je n’y arrive pas Gérard, ils sont trop heureux ! Ne dit-on pas que la vérité sort de la bouche des enfants ?

Gérard : Simone, quand vous en aurez marre de jouer la Baby Sitter, vous pourrez essayer de décrocher une interview de Jésus. Déjà, qu’il n’aime pas trop les médias, pour une fois, qu’il s’affiche comme un people, il faut en profiter !

Simone : Trop tard, il nous a tous planté là ! Il paraît qu’il est parti à Béthanie city pour y passer la nuit !

Gérard : Avec son ânesse en première, on va bien pouvoir le rattraper avec notre grosse cylindré ! Et sinon, on va faire le siège de son hôtel !

Simone : Plus bas Oui bon, cela ne sert pas à grand-chose de mettre un tigre dans son moteur quand c’est un âne qui conduit…

Gérard : Alors, Simone, allons-y, le moteur est chaud…

 

Crédits : Frédéric Gangloff, UEPAL




Le bon samaritain compatissant

Introduction : Qu’est-ce qui est essentiel ? Dans l’Evangile, Jésus interroge le légiste : Comment lis-tu toi-même et comment agis-tu ? C’est si difficile de se décentrer et de ne plus voir le monde graviter autour de soi ! La question n’est plus qui, mais comment aimer l’autre ! Et la Loi n’est jamais simple. Elle est toujours un conflit. Il faut se décider… Dans l’urgence ! Il y a en nous cette tension, cette scission, comme deux êtres qui se font face, mais qui représentent la façade et l’intérieur de l’humain. Mais la façade n’est jamais tout à fait artificielle ni en trompe-l’œil et l’intérieur n’est jamais tout à fait authentique ni profond ! Nous avons choisi de vous raconter la parabole de l’évangile sous les formes d’une pièce… de monnaie, tombant tantôt sur le côté pile tantôt sur le côté face… Quelque fois il est impossible de trancher ! Je vous présente Mister Pile et Mister Face ! Nous nous sommes demandé ce que le Samaritain de notre histoire aurait fait, si au lieu d’arriver après, il était tombé au cœur de l’attaque ! Dans L’événement et le direct, la foi peut aussi être une décision d’urgence… Les événements relatés sont, bien sûr, adaptables à l’actualité du moment…

Mister Pile et Mister Face : Un chœur parlé sur la tranche ?

Mister Pile : Ce matin, j’ai pas trop envie de parler Homard, champagne, peinture dorée et palais ministériel – d’autant qu’on nous écoute – mais d’un fait « divers » qui me pose question. Tu te rappelles cette Carola Rackete, la capitaine allemande du navire humanitaire Sea-Watch 3 ?

Mister Face : Ah oui ! C’est une sacrée bombe qui porte bien son nom  – Rackete – Quel sacré bout de femme ! Elle en des…

Mister Pile : Oui bon… On se calme… Quel macho ! Rends-toi compte qu’elle a déclaré que si c’était à refaire, elle le referait !

Mister Face : Tu veux dire qu’elle accosterait encore une fois de force sur l’île de Lampedusa malgré le refus des autorités et qu’elle débarquerait les migrants qu’elle avait secourus ? J’espère bien !

Mister Pile : Mais bon ! Elle a tout de  même enfreint la Loi et menacé la sécurité nationale. Imagine tous ces terroristes en puissance qui déferlent sur nos côtes ! Si chacun se met à désobéir où allons-nous ?

Mister Face : Tu ne crois pas qu’il y avait urgence ? Malte, la France, l’Allemagne n’en n’ont pas voulu ! Elle était au cœur d’une décision de vie ou de mort ! Elle voulait amener à terre des personnes épuisées et désespérées !

Mister Pile : Mais nous ne sommes pas responsables de leur vie ! Nous ne pouvons pas accueillir toute la misère du monde ! C’est à eux de trouver les solutions ! Comprends-moi bien, j’suis pas raciste moi ! J’ai rien contre eux !

Mister Face : Mais tu penses vraiment qu’ils ont le choix ? Si tu avais une once d’espoir encore chez toi, tu quitterais tout, toi ? Pourquoi criminaliser dans l’opinion publique ces gens et faire de cette solidarité citoyenne un acte puni par la Loi ?

Mister Pile : Enfin, tout de même ! Mettre en danger la vie de quatre policiers lors de l’accostage, ignorer les ordres de la marine… C’est surtout se rendre complice de passeurs et en encourager d’autres à faire de même ! Il y a un moment où il faut obéir et non plus désobéir !

Mister face : C’est sûr que c’est plus confortable de détourner les yeux, de passer à côté, de laisser faire les gardes côtes Libyens. Et d’ailleurs, lorsque les navires de sauvetage ne sont pas là, il n’y a pas moins de traversées, mais plus de morts ! Tu arrives encore à manger du poisson de Méditerranée ?

Mister Pile : Là t’es vache tout de même ! Me culpabiliser à ce point ! T’exagères ! Je suis chrétien ! Je ne suis l’ennemi de personne ! Je ne vote pas pour les… Enfin, tu vois… Je donne régulièrement de mon temps et un gros chèque à l’Eglise en fin d’année. Je signe toutes les pétitions humanitaires parce que j’aime tout le monde !

Mister Face : On connaît ! C’est comme ceux qui se disent « open » et qui sont les plus refermés ! Tu ne peux pas aimer tout le monde. Aimer c’est du cas par cas ! C’est une personne précise et non une idée ! C’est n’importe qui, mais une fois ton proche, il te deviendra unique ! Le reste ça soulage ta mauvaise conscience ! C’est de la guimauve, mais ce n’est pas l’amour du prochain !

Mister Pile : Mais qui est mon prochain ? La Bible n’en donne aucune définition !

Mister face : A mon avis, Jésus profite de ce « cas » pour montrer que le prêtre et le pasteur ne sont pas les mieux placés pour te faire découvrir le prochain !

Mister Pile : Ils sont peut-être un peu dans leur tour d’ivoire ? Pas vraiment sur le terrain ? Pas trop intéressés par ce que leurs paroissiens vivent ? C’est pas, non plus, leur dureté de cœur qui les fait prendre un détour pour laisser mourir le blessé de la vie, c’est aussi la radicalité de la Bible elle-même !

Nous changeons tous deux de perspective et de place…

Mister face : Tiens, je n’y avais jamais songé ! Cela expliquerait bien des choses. Si tu places l’obéissance des lois de Dieu au-dessus de l’amour de ton prochain ; il vaut mieux laisser crever quelqu’un à demi mort si la Bible te l’ordonne que de le sauver !

Mister Pile : Souvent, sous prétexte de jouer au « bon » Samaritain », on refuse de se salir les mains. On attend que ça se passe pour ramasser les morts et les blessés. Quand il n’y a plus de risques, on se permet de faire la leçon aux autres. Mais imagine-toi dans le feu de l’action ! Tu n’as que quelques secondes pour décider d’intervenir ou non ?

Mister face : Tous ceux qui sont sur le terrain, aux prises avec des décisions lourdes, tiraillés entre les lois et leur désir de secourir jusqu’au péril de leur vie, doivent se décider. Je ne voudrai pas être à leur place ! Je m’en veux de les juger un peu trop rapidement ! Pour accomplir son devoir, il faut aussi savoir ne pas s’arrêter ! Mais c’est dur ce que tu dis là !

Mister Pile : C’est pas le pire ! Parce que le choix du Samaritain par Jésus, c’est pire qu’une injure ! C’est comme si… Tiens pense à la personne que tu détestes le plus, t’as juste envie de cracher par terre rien qu’à son souvenir et…

Mister face : Et cette personne passe par là ! Elle sent ses entrailles se nouer ! Je me demande si mes entrailles se nouent encore en moi où si je ne suis pas devenu complètement insensible, voire indifférent… Cette personne s’est approchée ! Elle transgresse ses propres lois et tabous ; elle s’en tape !

Mister Pile : Exactement ! Sa loi du moment, c’est l’humain qui est là, à demi mort et qui a besoin d’elle. Elle lui consacre le temps qu’il faut, prend les précautions utiles à son rétablissement et…

Mister Face : Se barre sans attendre de remerciements ! Et un jour, une autre repassera par là lorsque le besoin s’en fera ressentir ! Même notre pire cauchemar, comme ce samaritain pour un juif, peut-être ou peut devenir cet énigmatique prochain…

Mister Pile : Celui qui a encore la capacité d’avoir les entrailles retournées et de pratiquer la pitié… Quand je pensais à mon prochain, je voulais connaître ceux pour qui je devrai faire quelque chose de bon. Si je songeais plutôt à ceux qui font quelque chose pour moi ?

Mister Face : Le problème te serait-il plus simple ? De te dire le prochain, c’est d’abord celui qui vient à moi ?

Mister Pile : C’est comme pour ces migrants dans ce bateau. Cette capitaine était la seule, à ce moment précis, à venir à eux pour les secourir. Elle a choisi la loi de la vie dans l’urgence contre une autre !

Mister Face : Tu vois qu’on peut se rejoindre sur ce point ! J’avoue aussi que la pub qui en a été faite, la cagnotte énorme collectée pour ses frais de justice et l’afflux de dons pour cette ONG me rendent aussi un peu mal à l’aise… Le samaritain lui n’a jamais eu de médaille et il n’a pas été remboursé pour son geste !

Mister Pile : Peu importe ! Voilà bien un gros encouragement pour chacun et chacune d’entre nous ! « Va et fais de même »

Vers le public

Mister Face : Faisons bien attention à aimer tous les Samaritains qui, en ce Dimanche, se sont ou vont s’approcher de nous !

Mister Pile : Et ne croyez pas que nous allons vous fournir des réponses à votre question de ce matin : « Mais qui est mon prochain ? »

Mister Face : Il vous revient de trouver vous-mêmes la réponse !

Mister Pile : Mais si tu regardes le visage de n’importe quel humain…

Mister face : Et que tu reconnais une sœur ou un frère…

Mister Pile & face : Fais cela et tu vivras !

Crédit, Frédéric Gangloff, UEPAL

 

 

 

 




saynète pour illustrer le texte biblique I Corinthien 12 : « Des membres du corps au rififi »

Voici une saynète pour illustrer le texte biblique I Corinthien 12 :  « De membre du corps au rififi »

Une traduction de l’allemand par Ulrich Rusen-Weinhold, d’un culte préparé par Stefan Burger, aumônier d’école. Cf « Religiöse Feiern im multireligiösen Kontext der Schule », 2018 page 24 ff  ISBN 978-3-96003-256-4

 

 

Les acteurs de chaque membre de corps sont identifiés par un panneau qui montre qui parle.  

les membres du corps images

L’œil : Hey, mes amis – regardez… C’est super : Tant de personnes qui sont venus aujourd’hui pour participer à ce culte spécial ! C’est super ! Hey, pied : Viens, nous allons voir les gens…nous allons regarder qui est venue et tchatcher un peu avec eux.

Pied : Est-ce vraiment nécessaire ? J’avoue, je suis fatigué…c’est moi qui vous ai amené jusqu’ ici ; c’est toujours moi qui dois travailler, alors que toi là haut…tu peux regarder le monde, et c’est toi que les gens admirent. Mais pour moi, ils n’ont que des moqueries…. Je sens soi-disant mauvais et font la moue…

L’œil : Allez ! Ne fait pas le faraud, sans moi tu ne serais jamais venu jusqu’ici… tu irais à l’aveuglette…Tu serais dans le noir le plus complet….et personne ne ferait attention à toi. Personne ne te regarderait. A vrai dire, sans moi….tu serais personne !

La main : Arrête ! Le pied a tout à fait raison. Que fais tu comme œil ? Nous, nous bossons, il nous faut travailler lourdement…. Et toi : Que fais-tu ? Tu regardes le monde à nos frais ! D’ailleurs, juste pour le dire en passant : le membre le plus important, bien sûr c’est  moi ! Sans moi, rien ne marcherait…il n’y a pas un jour ou je suis utilisée mille fois ou plus…

L’oreille : J’en ai vraiment marre ! Je ne veux plus collaborer avec vous tous. Tout le monde croit qu’il est meilleur que les autres. Ne pensez   vous pas que vous vous mettez un peu trop en avant ? Et moi….dans ce spectacle que vous faites….qui suis-je ? Personne ne m’aime : Je ne suis pas joli,  je ne peux même pas me faire remarquer…  on me cache derrière les cheveux…à cause de mes oreilles en feuille de chou. C’est vraiment injuste.

Le cœur (essaie avec une voix douce de calmer la dispute) : Mais arrêtez enfin votre dispute…

Oreille : (lui coupe la parole) : Qu’De quoi tu te mêles ? Cela devrait te passer au-dessus la tête ce que nous discutons les uns les autres.

Les membres reprennent avec une voix forte ! Ils s’échauffent les uns les autres…

L’œil : C’est de la méchanceté  que les gens me traitent ainsi. Je m’en vais. Qu’ils se débrouillent, tout seul. J’en ai marre. Je n’ai pas besoin que l’on me parle ainsi !

Pied : C’est ça, le salaire de mon travail ? C’est moi qui bosse, qui me fatigue….et puis, on me dit de telles bêtises ! Si moi je n’existais pas, rien n’avancerait, rien ne bougerait…tout s’écroulerait ! On n’apprécie pas du tout ce que j’apporte !

Main : J’en ai ras-le-bol, j’en ai jusque-là de vos discussions. Quand vous avez besoin de quelque chose, là vous venez, là vous êtes content de mon aide… mais après, je ne vous intéresse plus du tout, et vous me laissez tomber comme une vieille chaussette… Quels amis êtes-vous, vraiment…

Oreille : Personne ne me regarde…. Personne ne me parle ! Personne ne prend du temps pour moi.

…. et cela c’est un corps ? Un ensemble ? Je m’en fiche…mais : royalement !

Œil : Quelle méchanceté… Pied : Je ne suis pas idiot, vraiment…

Oreille hey…. hey…. Arrêtez, vous vous emportez les uns contre les autres. Vous ne vous écoutez pas ? Calmez-vous pour une fois…. (crie : Silence !!) J’entends une voix très douce…. Il y a encore quelqu’un qui parle…

Cœur : Mais enfin ! Vous vous êtes vraiment écoutez, les uns les autres. J’ai essayé depuis un bon moment de me faire remarquer et de faire appel à votre conscience ! De vous remettre sur le droit chemin….   Vos disputes sont vraiment enfantines ! Nous avons besoin les uns des autres…. Chacun de nous est important ! Nous avons vraiment besoin les uns des autres.




Veillée du jeudi saint « Réjouissez-vous, sœurs de Myriam »

Veillée du jeudi saint (ou pour une thématique de la Sainte Cène ) « Réjouissez-vous, sœurs de Myriam » Ce moment a été proposé par la Paroisse Protestante de Haguenau dans le cadre de la veillée du jeudi Saint. Il peut être adapté à un culte spécial « Sainte Cène ». Il est fondé essentiellement sur une démarche extraite du recueil « Sinfonia Oecumenia » (Gütersloh, 1999), pages 735-749 et intitulé « Réjouissez-vous, sœurs de Myriam ». Ont participé activement à son élaboration la Pasteure Agathe Douay, aumônier de l’aumônerie des Lycéens (« Casa ») entourée de nombreux lycéens et le Pasteur Frédéric Gangloff qui a rédigé la saynète introductive.

Matériel à prévoir et lieu à installer :

– une église chaude et accueillante, ambiance douce et chaleureuse

– tables, bancs et peut-être quelques chaises pour les personnes âgées : toute la veillée se fait à table !

– pour chaque table, une coupe, 2 bougies ,des allumettes, une carafe d’eau, une bassine, des serviettes, une carafe de jus de raisin, des verres, des assiettes creuses avec de l’eau salée, des  herbes vertes ou de la salade, des  mazots,

– feuilles de chants,  micro sans fil 

– table devant l’autel décorée pour le sketch

Prélude – Accueil  A vous, grâce et paix de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus-Christ. Soyez toutes et tous les bienvenus à cette veillée du jeudi saint. Cette nuit n’est pas une nuit comme les autres. A la « Casa des lycéens », comme dans la paroisse, la « table » est un lieu important de rencontre et d’échange, un lieu symbolique de fraternité.  C’est pourquoi, nous vous proposons ce soir de nous retrouver autour de la table, pour suivre ensemble et pas à pas la liturgie juive du seder. Le seder, ce repas de la pâque juive, nous rappelle la libération du peuple hébreu de l’esclavage. Ce repas nous invite à espérer, à poser des actes de libération, aujourd’hui, et  autour de nous.

Prière d’ancrage Seigneur, au cœur de nos vies peut être agitées, tu nous ouvres ce temps de culte pour reprendre souffle, pour prendre du recul, pour nous donner d’espérer. Donne-nous d’être disponible à nous-même et à ta présence, donne-nous d’être ouvert les uns aux autres. Nous t’en prions, crée en nous cet espace intérieur afin que ta Parole y pénètre et nous mette en route. Amen.

Chant 1 : Il est une foi ancienne AL 52/09, 1+4+6+7

 On baisse la lumière et on garde juste celle du chœur – SAYNÈTE INTRODUCTIVE : « Attendez-vous les uns les autres ! »

 Lecture de 1 Co 11, 17-22 & 33-34

 En guise de décor : une table avec de la nourriture en vrac, des cadavres de bouteilles partout, des emballages, etc… Au bout de la table, une personne dort pendant qu’une autre est en train de grignoter un casse-croûte ! Débarquent deux personnes avec des sacs de courses… Je me suis inspiré des noms des 7 nains de Blanche Neige qui expriment plus des sentiments personnifiés. Chacun est libre d’en changer !

Prof : Ah ben bravo ! A ce que je vois, vous ne nous avez pas vraiment attendu pour commencer ! Nous sommes en retard, parce que nous nous sommes occupés des courses pour la communauté !

Grincheux : Parfaitement ! A nous le boulot et à vous le fun ! En mode : « Chacun pour sa pomme » !

Dormeur (il se réveille difficilement) Ouille ! Ça va là ! Baisse le volume ! J’ai un de ces mal de crâne… Comme vous avez traîné, j’suis allé voir mes potes, en attendant, et on a tué le temps autour d’un verre !

Prof : Un verre ? Tu me prends pour une quiche ! C’est plutôt une caisse oui ! T’as pas honte de te retrouver dans cet état pareil ! Ici dans une Eglise ?

Timide (qui mange dans son coin) : Euh… Si je puis me permettre ? J’ai déjà commencé à grignoter un peu ; j’avais trop faim et comme je ne savais pas quand vous alliez revenir…

Grincheux : Non mais c’est l’anarchie totale ici ! Il y a tout de même des règles élémentaires du savoir-vivre ! Ce repas devait être un repas d’unité…

Prof : Et vous en avez fait une teuf arrosée ou l’autre-là (indique timide), attaque son casse-croûte en solitaire et lui (montre dormeur) est affalé dans les miettes ! Et à nous c’est tout ce qui reste ! Des miettes !

Dormeur : Oh ! C’est bon là ! T’as fini de faire ton pasteur ! J’ai déjà fait un effort pour venir manger avec vous. J’suis même prêt à sourire s’il le faut, à dire quelques mots gentils par ci et par là, même si vous êtes sacrément en retard, mais après je retourne boire un coup avec mes amis !

Timide : Oui ! Il a raison ! Déjà qu’on se force à parler avec les gens qu’on ne connaît pas, avec le sentiment d’avoir fait une bonne action, ne nous demandez pas, en plus, de mourir de soif et de faim en patientant jusqu’à votre arrivée !

Grincheux : Si vous en avez les moyens et aucune patience, faites ça chez vous ! Mais ici, jouez le jeu ! Comportez-vous en membres solidaires d’une communauté !

Prof : Je ne sais pas si vous réalisez vraiment, mais ce repas, ce n’est pas le lieu où vous allez vous servir, mais l’endroit où vous allez recevoir ce qu’un Autre distribue de tout son corps et de toute son âme !

Dormeur : En vous attendant, j’en pouvais plus et comme y a pas de réseau ici, j’avais trop besoin de la présence de mes amis pour me sentir bien !

Timide : Pour moi c’est pareil, j’ai du mal à aller vers les autres, alors je préfère manger dans mon coin comme ça je me console avec la bouffe !

Grincheux : Et cela ne vous serait jamais venu à l’idée que pour préparer et vivre ce repas un peu spécial, il faudrait faire un peu attention aux autres ? Essayer de prendre conscience de leur faim et leur soif avant de vous remplir l’estomac ?

Prof : Ou peut-être croyez-vous déjà pouvoir vous passer des autres, de ceux qui ont moins de moyens ! Surbookés par des journées à rallonge et des soirées de travail !

Dormeur : Ouai ! J’avoue ! J’suis pressé de consommer toujours plus et après moi, le déluge !

Timide : Et si les mieux installés comme moi, se souciaient un peu plus des plus faibles ou des derniers arrivés ?

Grincheux : La patience de Dieu à notre égard est énorme alors que nous sommes du genre « impatient chronique » !

Prof : Dans un monde où plus personne n’attend personne, il vaut la peine de s’attendre les uns les autres !

Timide : Hmmm ! Psst ! SVP ! (Indique les gens dans l’assistance) Je pense qu’ils nous attendent !

Prof : Eh bien, allons les rejoindre ! (Chacun se précipite pour être le premier)

Grincheux : Oh là ! Stop ! Qu’est-ce qu’on vient de dire !

Tous : Attendez-vous les uns les autres !

Ils s’attendent et prennent place à la table autour de laquelle ils invitent l’assemblée.  

rallumer les lumières

DEBUT du REPAS DU SEDER

Les lumières de la fête Dans la tradition juive, on commence toutes les fêtes en allumant les bougies ; de même, au début de nombreuses fêtes chrétiennes, on allume des cierges. Ce soir, en allumant ces bougies, nous souhaitons faire de leur flamme non pas un feu dévorant, mais la lumière dans laquelle nous nous voyons les uns les autres, tous différents, toutes différentes, mais partageant une humanité commune. Nous allumons ce feu pour nous aider à voir que l’humanité n’est pas destinée à périr par le feu. Nous allumons ce feu pour mieux distinguer l’arc-en-ciel qui luit sur nos visages. On allume les bougies sur les tables   Bénie soit la lumière qui nous conduit sur le chemin de la libération.

Première coupe  En cette nuit, nous buvons 4 coupes de jus de raisin + 1. On interprète cette coutume de diverses manières. Elles symbolisent, disent certains, les 4 coins du monde, car la liberté doit naître en tous lieux ; Elles symbolisent les 4 saisons, car le cycle de la liberté doit se perpétuer ; Elles symbolisent les 4 mères : Sara, Rebecca, Léa et Rachel, car la liberté sera le chant des femmes. Mais surtout, elles sont le symbole de la quadruple promesse de libération que Dieu a donnée à son peuple d’Israël : « Je vous ferai sortir, je vous délivrerai, je vous adopterai, je ferai de vous mon peuple ». La cinquième coupe est celle du Messie, mort et ressuscité pour nous !

Cette première coupe est dédiée à Myriam qui a pris dans sa main une cymbale et a conduit les femmes vers la Terre Promise. Le cantique de Myriam, omis par l’histoire, est perdu. La Bible ne l’a pas conservé. En cette nuit, nous voulons recréer son chant, élever nos coupes et nous réjouir, car nous sommes les sœurs et les frères de Myriam. A sa suite, nous promettons d’aller en dansant vers la Terre Promise avec nos sœurs et frères et avec leurs enfants. On remplit les petits verres avec le jus de raison pour la première  fois et on boit la première coupe.

Chant : Ils ont marché ARC 542, 1+ Refrain 

Lavement des mains Nous allons nous laver les mains pour nous préparer à ce repas. En le faisant, nous nous débarrassons de tout ce qui nous empêche d’être véritablement nous-mêmes. Nous voulons nous préparer à être renouvelés, restaurés. Nous voulons retrouver la force de guérison qui est en nous et nous souvenir que nos corps sont saints. Femmes, hommes, jeunes, enfants, lavons-nous les mains. Faites passer la bassine et la serviette, lavez-vous les mains et essuyez-les. Se laver les mains dans les bassines sur les tables, sécher avec les serviettes. Bénie sois-tu, toi l’eau qui laves nos mains et nos cœurs et qui nous donne clarté et sagesse.

Chant : Ils ont marché ARC 542, 2 + Refrain 

Les feuilles vertes et l’eau salée Nous trempons la verdure du printemps dans l’eau salée ; elle est symbole des larmes de nos souffrances, de la sueur qui trempe notre front et des eaux de la grossesse. Elle est symbole des larmes que nous avons versées sur l’oppression que nous avons subie en tant que femme. Prenez la verdure (salade, persil, ciboulette), trempez-les dans l’eau salée et mangez.

Les quatre questions posées par les plus jeunes

  • Pourquoi cette nuit est-elle différente de toutes les autres ? Chaque nuit de la pâque, la question est posée. Nous aussi, nous la posons. Nous aussi, nous cherchons la réponse.
  • Pourquoi, en cette nuit, avons-nous ce goût d’amertume qui demeure dans notre bouche ? Il y a des temps où la vie est amère, où le mal est présent dans le monde. Pensez à celles et ceux qui sont malades, à celles et ceux qui nous ont quitté cette année. Ce sont d’amères réalités.
  • Mère, pourquoi alors le goût de nos larmes est-il à la fois doux et amer ? Ces larmes, à la fois douces et amères, nous rappellent l’amie qui nous entend quand nous pleurons. Nous pouvons porter des fardeaux, supporter des choses difficiles, nous pouvons nous soutenir les uns les autres. C’est pourquoi nous acceptons à la fois l’amertume et la douceur, sachant que nous avons la force d’aller de l’avant.
  • Mère, pourquoi est-il si difficile de nous détendre, de nous reposer ? Il est bon de chanter, de manger, et de célébrer la fête ensemble. Mais nous savons que des femmes souffrent, que l’on détruit la terre que nous aimons. Nous devons rester vigilants, prêts à chaque instant à lutter pour la justice.

Chant : Ils ont marché ARC 542, 3 + Refrain 

Bénédiction du pain – Voici la fête des pains sans levain, c’est pourquoi nous partageons ces Mazots. Bénis-sois-tu, Esprit qui nous nourris et qui fais croître le pain de la terre. Bénis sois-tu Esprit de vie, qui nous sanctifies par les commandements et qui nous as appris à manger les pains sans levain. Mangez ce pain sans levain !  Manger

Deuxième coupe Élevons la deuxième coupe et buvons à la communion qui unit les femmes. Bénis sois-tu Esprit de vie, car tu as mis des femmes autour de nous : mères, sœurs, compagnes, enfants, amies qui nous appellent à la liberté. Bénies soient toutes les femmes. Buvons la deuxième coupe. Boire

Récit de la libération Il nous faut maintenant faire le récit de notre Exode. Chaque année, la tradition raconte comment Moïse a libéré le peuple. Mais dans l’histoire juive, comme dans toutes les traditions patriarcales, l’histoire du peuple était celle des hommes. Les écrits et les traditions bibliques nous laissent entendre que les femmes et les hommes du peuple hébreu quittèrent l’Egypte séparément, en deux groupes, dont l’un était sous la conduite de Myriam et l’autre sous celle de Moïse, son frère cadet. En cette nuit, nous faisons mémoire de Myriam, qui a conduit le peuple juif hors d’Egypte. Le nom de Myriam vient de deux mots hébreux : « mar » et « mari ». Le mot MAR signifie « AMER » : le temps passé en Egypte était plein d’amertume pour notre peuple. MARI signifie « rébellion » : Myriam s’est révoltée contre l’oppression qu’elle subissait en tant que juive. ECHANGE : prenons quelques minutes pour échanger sur des exemples de récits actuels de libération

Troisième coupe  Le récit de l’Exode nous interpelle et nous pousse à nous libérer de toute injustice. L’histoire de nos vies nous lie les unes aux autres, car aucun être humain ne sera véritablement libre tant qu’un seul est encore captif. La troisième coupe célèbre notre vision d’un monde entièrement libéré et notre solidarité avec celles et ceux qui œuvrent pour la libération des opprimés. Verser et boire la troisième coupe. On dit qu’Elie vient participer à chaque Seder. Nous attendons son arrivée avec impatience, comme on attend toute personne courageuse qui vient assumer les responsabilités lorsqu’il le faut. Nous ouvrons la porte en signe d’hospitalité et d’amitié. Qu’Elie et toutes les prophétesses, avec Myriam, entrent ici et nous inspirent, afin que nous poursuivions notre tâche : construire un monde dans lequel toutes et tous auront la justice et la liberté en partage.

Chant : Dieu qui nous appelle à vivre ARC 515, 1 à 4

Quatrième coupe Versez du jus pour la quatrième fois dans les petites coupes. Nous élevons la quatrième coupe et buvons à nos enfants et aux jeunes. Ils sont le fruit de nos entrailles. Ils raconteront après nous et transmettront les récits les récits de libération. Bénis sois-tu, Esprit qui nous donne force et courage. Car tu nous as donné la génération suivante pour que demeure la liberté. Buvez la quatrième coupe. On boit la quatrième coupe.

Cinquième coupe (1 coupe / table) Et selon la plus ancienne tradition qui nous est venue par l’apôtre Paul, voici l’enseignement qu’il a reçu du Seigneur Jésus et qu’il nous a transmis : Le Seigneur Jésus, dans la nuit où il fut livré, prit du pain (Matza), et après avoir remercié Dieu, il le rompit (On rompt la Matza) et dit « Ceci est mon corps, qui est pour vous. Faites ceci en mémoire de moi »  Chacun, par table, rompt un bout de Matza et le donne à son voisin !  De même, il prit la coupe (prendre une coupe par table) après le repas et dit : « Cette coupe est la nouvelle alliance de Dieu, garantie par mon sang. Toutes les fois que vous en boirez, faites-le en mémoire de moi ». En effet, jusqu’à ce que le Seigneur vienne, vous annoncez sa mort toutes les fois que vous mangez de ce pain et que vous buvez de cette coupe… Ainsi, mes sœurs et mes frères, lorsque vous vous réunissez pour prendre le repas du Seigneur, attendez-vous les uns les autres ! Faire passer la coupe par table !

Nous allons mettre fin à ce Seder de notre Pâque, gardant au cœur le rêve de célébrer celui de l’an prochain dans un monde un peu plus en paix, renouvelé par l’égalité, un monde béni au travers de la liberté de toutes les femmes. Cette année, nous sommes encore sur les routes. Peut-être parviendrons-nous l’an prochain, au pays de la liberté. Dans cette espérance, unissons nos voix et nos prières pour dire ensemble : NOTRE PERE…

Chant : Viens et nous bénis Arc 890, 1 et 3

ENVOI Nous allons souffler nos bougies, ( le faire ), Il ne nous reste qu’à partir, attendre et espérer, car l’histoire doit aller à son terme : Jésus doit mourir pour que la mort meure,Jésus doit ressusciter pour la vie soit la plus forte. Que le Dieu d’amour vous bénisse et vous garde ! Amen.

Postlude