Jonathan et Ismaël

Jonathan a eu six ans au printemps. Il est très fier d’être rentré au CP en septembre : apprendre à lire et à écrire le passionne et chaque matin, il se précipite dans la voiture pour que son père le conduise à l’école. L’apprentissage va bon train et pour la première fois, Jonathan peut écrire lui-même une lettre au père-noël. Il a vue dans les vitrines plein de choses qui le tentent : Robot solaire, trampoline, vélo, console, briques Star Wars, voiture télécommandée. Après avoir bien réfléchi, il prends une feuille de papier et écrit : « Cher Père-Noël, en regardant les vitrines, j’ai envie de plein de choses pour Noël. Mais, les « cadeaux-surprises » que tu déposes dans mes chaussures sont toujours les plus beaux cadeaux. Il faut que je te dise que mon coffre à jouet est déjà bien plein et tous mes jouets doivent tenir dedans, c’est la règle à la maison. Si tu m’offres un cadeau trop gros, il faudra que j’abandonne un ancien jouet. Alors, apportes-moi un cadeau pas trop gros. Je t’embrasse bien fort. Jonathan »

Ce soir, comme au début de chaque période de vacances, toute la famille regarde la télé. Pour ces vacances de Noël, c’est un documentaire sur le chemin de l’école pris chaque jour par des enfants de part le monde. Et Jonathan est particulièrement marqué par l’histoire d’Ismaël qui a lui aussi 6 ans. Tous les matins en compagnie de son grand frère, Ismaël doit marche une heure dans la savane et les collines du Kenya pour aller à l’école, et encore une heure le soir pour rentrer à la maison. A son âge Ismaël apprend aussi à lire et écrire. Mais, il a un problème aux pieds et marcher pieds-nus, ou avec une simple semelle faite dans un vieux pneu, et cela devient vite insupportable. S’il n’a pas une vraie paire de chaussure, il ne pourra plus continuer à aller à l’école.

En voyant toutes ces histoires, Jonathan pense alors « Et moi, si j’allais à pied à l’école, cela prendrait combien de temps ??? »  Il n’a jamais essayé mais se promet de demander à le faire au printemps.

Les quelques journées qu’il reste avant Noël passent très vite. Il y a la fête de Noël au temple et il entend encore la mélodie du cantique que les enfants ont chantés en chœur : « À pleine voix, chantons pour Dieu »

Avec sa mère, ils vont acheter un sapin et le décorent : c’est tout un rituel qu’il faut bien respecter, sous peine de devoir tout recommencer. D’abord, l’étoile en haut, puis la guirlande électrique, ensuite les boules et les décorations près du tronc et enfin les guirlandes. Jonathan trouve le résultat superbe. Nous voilà arrivés au 24 décembre et c’est le moment de déposer ses chaussures sous le sapin. Jonathan hésite : va-t-il mettre sa paire de pantoufles, ses baskets, ses chaussures de foot, ses chaussures ordinaires  … ? Les baskets feront l’affaire. Puis il s’endort en faisant pleins de beaux rêves. Le matin de Noël, il se précipite près du sapin, et là surprise : ses chaussures ne sont pas là où il les avait déposées. Il cherche, il tourne autour du sapin : il y a les chaussures de sa mère, de son frère, de son père, de sa sœur, il tourne encore, mais les siennes ne sont plus là.

Tout d’un coup, il voit une enveloppe avec son nom dessus ( ah, cela sert de savoir lire!) Il ouvre la lettre et commence à lire « Cher Jonathan, en passant dans ta maison, j’ai vu tes chaussures : c’est juste ce qu’il faut pour Ismaël et cela va lui permettre de continuer à aller à l’école. Comme je n’en avait plus dans mes réserves, j’ai pensé que tu serais heureux de les lui donner. Il les découvre en ce moment même. Voici son adresse. J’espère que tu ne seras pas trop déçu de ne rien avoir. Une idée : regarde au fond de ton coffre à jouet : tu retrouveras avec plaisir des vieux jouets que tu avais oublié. Je te souhaite un joyeux Noël.   Signé le Père Noël »

Jonathan hésite entre les larmes et la joie. Il ne sait pas trop s’il va pleurer ou rire. Certes, il est triste de ne rien avoir, mails l’idée qu’il va permettre à Ismaël de pouvoir continue à aller à l’école le remplis d’une joie immense. N’est-ce pas un magnifique cadeau de Noël ?  Alors il se met à chanter à pleine voix …

  1. À pleine voix, chantons pour Dieu Nos chants de joie, nos chants de fête ! Dieu est présent dans un enfant. Sa gloire habite notre terre ! Ne marchons plus à perdre cœur Par des chemins sans espérance ! Dieu va sauver le monde entier En se chargeant de nos souffrances.
  2. Rien ne pourra nous séparer De l’amitié que Dieu nous porte. Par Jésus-Christ, et dans l’Esprit, Cette assurance est la plus forte. Pour annoncer les temps nouveaux, Prenons le pain de sa tendresse. Vienne le jour de son retour : Que tous les hommes le connaissent !

( Arc en ciel n° 374 ; Alléluia 32/08 )

Crédit : Robert Courvoisier (EPUdF) – Point KT – photo Pixabay




Calendrier de l’Avent pour les enfants

Cette année, les activités pour les enfants et la préparation des fêtes de Noël ont été chamboulées en raison du virus. Cependant, nous souhaitons garder à l’esprit le sens de la fête de Noël. C’est dans cette perspective que nous vous proposons ce calendrier à découvrir chez vous.

A travers ce calendrier, nous espérons accompagner les enfants sur le chemin de Noël.  Bonne découverte à chacune et chacun d’entre vous !

Chaque dimanche, un conte nous permet de découvrir un enfant qui aura un rôle à jouer le jour de Noël. Le mot mis en évidence par le conte sera décliné tout au long de la semaine au travers d’un dessin à colorier, d’une prière, d’une question à discuter en famille, d’une chanson, d’un bricolage et d’une suggestion de bonne action à effectuer.

Bon temps de l’Avent !

Un conte pour le 1er dimanche de l’Avent

La suite du conte pour le 2e dimanche de l’Avent

La suite du conte pour le troisième dimanche de l’Avant

Conte – pour le quatrième dimanche de l’Avent

Crédit : Christophe Allemann, paroisse Val-de-Ruz (Suisse) – Point KT

 

 




Le Noël d’Aurora

« Le Noël d’Aurora » est une narration de la plume du pasteur Christian Kempf (UEPAL) écrite pour évoquer Noël mais aussi pour montrer que certaines  blessures de la vie peuvent guérir…

Quand Aurora arrive à Bethlehem avec ses parents Tullius et Cecilia, en ce deuxième jour avant les calendes de décembre, il fait déjà presque nuit. Tullius est le centurion romain chargé de surveiller, avec sa troupe, le bon déroulement des opérations de recensement dans ce village. Bethlehem compte en effet comme lieu de naissance du roi David, et cette haute figure du passé glorieux du peuple hébreu pourrait donner des idées à des individus révoltés contre l’occupation romaine. C’est du moins ce que craint Quirinius, le gouverneur de Syrie. Le recensement a été ordonné par l’empereur César Auguste. Son décret vise à compter les habitants du monde entier, ou pour le dire plus justement : ceux de l’empire romain. Pourquoi a-t-il donné cet ordre ? On ne sait pas au juste, mais on pense qu’il veut faire la liste complète de tous ceux qui doivent lui payer l’impôt, c’est tout.

Résultat, chacun doit aller dans son lieu d’origine et se faire inscrire avec les siens. Ce qui risque de provoquer pas mal de remue-ménage. D’où la mobilisation de la troupe. Et comme tout ça risque de durer pas mal de temps, Tullius a décidé de s’installer sur place, avec sa famille. Il a choisi une propriété près de l’entrée du village. La maison est grande, et il n’y a qu’une dame âgée qui y habite : Flora. Flora est une citoyenne romaine qui, dans sa jeunesse, était réputée comme actrice de théâtre. Elle a joué dans de nombreuses pièces grecques et latines dans les grandes villes de l’empire romain. Elle s’est retirée ici, à la fin de sa carrière, parce qu’elle a une grande admiration pour le roi David, justement. Et, depuis, elle y vit seule, entourée uniquement de ses souvenirs.

Flora n’est pas contente du tout de cette invasion. On ne lui a pas demandé son avis, et tous ces gens dans sa maison la dérangent dans sa tranquillité. Elle fait contre mauvaise fortune bon cœur et en grande dame elle accueille la petite famille en l’invitant le soir même à sa table. Pour elle, ce sont des intrus, mais dès qu’elle voit Aurora, elle change complètement d’avis. Parce que, voyez-vous, la petite garde devant sa bouche une bande de tissu attachée derrière ses oreilles. Un peu comme elle, Flora, quand elle jouait sur scène avec sa « persona » devant la figure.

Cecilia, la maman, explique qu’à la suite d’un accident de cariole la petite, qui avait à peine deux ans, a eu la mâchoire fracassée. Elle a survécu, avec une vilaine cicatrice qui lui déforme le menton et la joue. Elle a beaucoup de mal à parler, parce qu’à cause de sa mâchoire bloquée elle ne peut pas articuler et quasiment pas bouger les lèvres. Elle ne peut pas non plus sourire, et ne peut prendre que des aliments liquides entre ses lèvres presqu’entièrement serrées. Ses parents sont les seuls à la comprendre, et encore : avec peine. En revanche, Aurora aime beaucoup chanter. Bouche quasiment fermée, bien sûr. Ce sont sa gorge et sa langue qui forment les sons et qui chantonnent. Aurora vit cachée, parce que les gens ne supportent pas de la voir avec sa… grimace. Quand elle est en présence de quelqu’un, elle met le tissu devant sa bouche. Pas à cause de l’air pollué ni à cause des virus : pour ne pas effrayer les gens. Elle n’a pas de frères ni de sœur, pas d’amis, très peu de relations.

« A sa naissance, elle avait été pour nous un rayon de soleil dans la nuit », soupire Tullius. « Après l’accident, elle l’était toujours, mais comme… rayée du monde. Pour lui donner malgré tout un avantage dans la vie, nous lui avons trouvé dès sa cinquième année un précepteur qui lui a appris à lire et à écrire. Cela s’est terminé dans sa dixième année, parce qu’à ce moment-là j’ai été muté en Palestine. C’était il y a deux ans. » Désormais, Flora tient Aurora en grande affection. Dès le lendemain, elles passent le plus clair de leur temps ensemble. Toutes deux lisent et relisent les textes que l’actrice interprétait sur scène, en son temps.

Un soir, reprise par sa passion de toujours, Flora se lève et déclame sa tirade préférée. Avant de commencer, elle sort d’une malle sa « persona », un masque en terre cuite muni d’un manche. Le masque a l’apparence d’un visage, avec des trous pour les yeux, les narines et la bouche. Le manche permet à Flora de tenir la persona devant elle, comme font tous les acteurs de son époque. Dans sa tirade, il est question d’hommes et de femmes, d’amour et de trahison, de dieux et de destinées, de rois et de reines, de prédictions et de malédictions, d’amitié et de fidélité. Sa voix laisse passer toutes les émotions qu’un être humain peut ressentir dans sa vie. Derrière la persona. Quand la tirade est finie, Aurora applaudit.

Flora lui tend la persona : – « Tiens, Aurora, je te la donne, elle est à toi maintenant. La persona, c’est ce qu’on verra de toi, mais ce ne sera pas toi. Derrière la persona, tu seras et tu resteras toujours celle que tu es, quel que soit le rôle que tu joueras dans la vie. » Les jours suivants, grâce à la persona, Aurora ose enfin sortir de la maison. Elle se promène dans les rues de Bethlehem. Avec l’aide de Flora, elle fait connaissance avec les gens du village. Elle voit arriver petit à petit les habitants du pays qui viennent s’inscrire sur les listes demandées par l’empereur de Rome.

Flora l’emmène entre autres chez son amie Salomé, la sage-femme du village, qui elle aussi vit seule, dans une petite maison au coin de la place. Aurora n’a plus connu une telle joie depuis l’époque de Rome, où elle a vécu et grandi comme dans un cocon. Ici, elle rencontre des gens qui l’accueillent, qui l’acceptent et qui s’intéressent à elle. En tant que sage-femme, Salomé s’occupe des femmes qui portent un enfant dans leur ventre. Elle les conseille pour leur santé, leur nourriture et leur habillement. On la prévient quand l’heure est là où le bébé doit naître. Elle se rend chez la femme, la future maman, et elle prépare avec elle la venue de l’enfant. Elle soutient la femme pour qu’elle surmonte ses douleurs, pour qu’elle pousse de tout son ventre au bon moment et qu’elle se repose bien entre deux contractions. Plus tard elle aide l’enfant à finir de sortir du ventre maternel, elle le sépare de sa mère, elle le lave avec de l’eau tiède et l’enveloppe dans un tissu propre avant de le poser dans les bras de la maman.

Aurora assiste plusieurs fois à cette sorte d’événements.

D’abord elle est effrayée de voir quelle intense épreuve les mamans ont à traverser pour permettre à leur enfant de parvenir à l’air libre, puis très vite elle est enchantée par la grandeur, la beauté et la joyeuse promesse de ces naissances. Y compris le hurlement de la plupart des nouveau-nés quand ils font l’expérience de l’air qui remplit leurs poumons.

Au retour d’une de leurs promenades, Aurora et Flora sont assises sous la charmille derrière la maison. Avec une baguette, Aurora inscrit une question dans le sable devant ses pieds :

  • « Qui est le roi David ? »
  • – « Tu demandes ça parce que nous sommes à Bethlehem, la ville de David ? » Aurora opine de la tête.
  • – « Demain nous demanderons à Salomé. Elle pourra mieux te répondre. Moi, je ne connais que le roi David de mes tragédies de théâtre. Salomé, elle, saura te parler de la vraie histoire du peuple juif. D’accord ? » A nouveau, Aurora opine de la tête.
  • – « Oh, alors là ! » fait Salomé le lendemain, en levant les bras au ciel. « Il me faudra quinze ans pour te raconter tout ce qu’il y a à dire sur le roi David, son histoire, son importance pour le peuple juif, les promesses des prophètes à son sujet, sans oublier les psaumes qu’il a composés ! Tu ne veux pas que nous allions interroger le rabbin, plutôt ? »
  • – « Non ! » intervient Flora, « ce serait encore plus long ! Raconte-lui toi-même. »

Les jours suivants, chaque fois que l’occasion s’en présente, Salomé expose à Aurora ce que la tradition lui a transmis au sujet du roi David.  En commençant par les patriarches Abraham, Isaac et Jacob, puis Moïse et la sortie d’Egypte, la traversée du désert, les Dix Paroles qu’on appelle aussi les Dix Commandements, l’installation du peuple d’Israël en terre de Canaan, Saül le premier roi… Puis la venue du prêtre Samuel à Bethlehem et la désignation du petit berger David, le plus jeune des fils de Jessé, comme futur roi, la musique que David fait avec sa cithare pour calmer les fureurs du roi Saül, la victoire de David sur le géant Goliath, et enfin David devenant roi d’Israël. Aurora écoute les récits et se les répète le soir en chantonnant dans son lit. Elle les trouve tellement plus profonds et parlants que tout ce que le précepteur lui a dit au sujet des mille et une divinités et héros de l’antiquité grecque et latine.

Au soir du septième jour avant les calendes de janvier, Salomé s’apprête à raccompagner Aurora chez ses parents. Flora n’est pas là, elle s’est sentie malade et elle est rentrée plus tôt.

Aurora est déjà dans la rue, Salomé est occupée à fermer la porte derrière elle quand un homme arrive en courant :

  • – « Salomé ! Salomé ! Vite, il faut que tu viennes à l’auberge, il y a une femme là-bas, dans l’étable. Elle dit qu’elle a très mal au ventre, elle va avoir un bébé mais elle n’a personne avec elle que son mari ! »
  • – « Yacov ! Qu’est-ce que tu me chantes là ? Personne ne met un bébé au monde dans une étable ! »
  • – « Oui, mais cette femme n’est pas d’ici ! Avec son mari ils sont venus pour se faire inscrire sur la liste, il n’y avait plus de place pour eux dans l’auberge, alors je leur ai dit de s’installer dans l’étable, pour être à l’abri ! Je ne suis qu’un gardien de chameaux, mais je suis sûr que cette femme a besoin d’aide. »
  • – « Bon, bon… je vais venir, mais d’abord je dois reconduire cette jeune fille. »
  • – « Non ! » insiste Yacov, « il faut venir tout de suite, c’est urgent ! »

Aurora tire Salomé par la main et fait un signe de la tête vers Yacov, pour dire qu’il faut écouter cet homme.

  • – « Bon, d’accord », fait Salomé. Elle rentre dans sa maison, charge les bras de Yacov de tout ce qu’il lui faut d’habitude pour aider une femme à donner naissance à un bébé, referme la porte et s’en va avec Aurora et l’homme.
  • – « Dès qu’on sera là-bas », dit-elle à Yacov en marchant vite, « tu raccompagneras Aurora chez son père, le centurion Tullius. Promis ? »
  • – « Entendu, Salomé. Je n’y manquerai pas. »

Dans l’étable de l’auberge, il y a quelques vaches et un veau. Un homme qui se tord les mains d’inquiétude. Et une femme couchée dans la paille, se tenant le ventre des deux bras et gémissant de douleur. Une lanterne accrochée à une poutre éclaire un peu le lieu. Immédiatement, Salomé se met au travail, étale des couvertures propres sur la paille, cale la tête de la jeune femme sur un coussin, lui essuie le front tout mouillé de sueur et lui parle fermement pour la rassurer. Yacov fait signe à Aurora de la suivre. Elle secoue la tête et se cache derrière Salomé, elle veut voir cette naissance-là aussi.

  • – « Laisse », fait Salomé à Yacov, « je m’en occuperai moi-même tout à l’heure. »
  • Le compagnon de la femme s’est agenouillé à côté de celle-ci et lui tient la main. Tout en s’activant, Salomé lui dit : – « Comment vous appelez-vous ? Et d’où venez-vous ? »
  • – « Je suis le charpentier Joseph, de Nazareth en Galilée, et avec Marie mon épouse nous sommes venus à pied jusqu’ici, en Judée, parce que je suis de la famille et de la descendance de David et c’est ici que je dois me faire inscrire. »
  • – « Bon, eh bien ! Joseph, mettez-vous derrière Marie, soutenez-lui la tête, elle va avoir besoin de toute votre sollicitude. Je n’ai jamais mis les pieds à Nazareth, je ne sais même pas où c’est. »

Yacov retourne auprès de ses chameaux, Joseph aux soins de son épouse est si beau, Salomé se demande si c’est des jumeaux, Marie souffre de mille maux, Aurora assiste aux travaux.

D’après certains, il faudrait parler aussi d’anges qui, logés sur les poutrelles, se rongeraient les ongles. Et d’araignées dans les angles, qui tisseraient leurs dentelles. Je ne sais pas. Qu’importe, l’enfant naît. C’est un garçon. Il n’y en a qu’un seul. Un fils unique. Salomé l’a déposé dans les bras de Joseph, en attendant d’avoir fini de soigner Marie.

  • Joseph, les yeux évaporés, dit à mi-voix : – « Toi, petit garçon, nous t’appellerons comme l’ange me l’a dit… »
  • – « Chut ! » intervient Salomé, « le nom, vous le direz dans huit jours, quand vous irez présenter l’enfant dans le Temple de Jérusalem, pas avant. »
  • Mais Joseph n’entend pas, tellement il est dans la bulle de son ravissement. Il termine sa phrase : – « …ton nom sera : Jésus ! »

Lavée, rhabillée et légèrement redressée dans son siège de paille, Marie finit par pouvoir prendre son bébé contre elle. Elle est épuisée, et pourtant heureuse. Si heureuse. A ce moment-là un groupe de bergers se présente à l’étable. Dans les champs où ils gardent leur troupeau de moutons durant la nuit, ils ont entendu parler de la naissance de l’enfant. Ils viennent l’admirer et féliciter les parents. En repartant dans les rues de Bethlehem, ils chantent à tue-tête les louanges de Dieu pour tout ce qu’ils ont vu et entendu, conformément à ce qui leur avait été annoncé. Le calme revient dans l’étable. Salomé a décidé de rester, elle est un peu inquiète pour la maman à cause des possibles suites de la naissance, c’est une si jeune mère.

Le bébé et la maman doivent absolument dormir, elle dans son lit de paille, lui dans la crèche qui lui sert de berceau. Joseph aussi, qui a une longue et difficile journée derrière lui. Salomé dit à Aurora : – « Tu devrais chantonner comme tu sais si bien le faire, ça les aiderait à trouver le sommeil. » La fine voix de la fillette remplit l’étable. Les araignées sont aux anges. Les anges sont au paradis. Le veau dresse les oreilles.

A la fin de la chanson, sa persona devant la figure, Aurora se penche sur la crèche pour fredonner une dernière fois aux oreilles de l’enfant le refrain, à peine plus fort qu’un murmure : « Doucement, doucement, doucement s’en va le jour. Doucement, doucement, à pas de velours. »

Le bébé ouvre les yeux et sourit. Si, si. Aussi incroyable que cela paraisse : le nouveau-né sourit ! Et voilà que, derrière la persona, Aurora sourit à son tour. D’un vrai grand sourire, qui lui ouvre la bouche et lui tire les lèvres d’une joue à l’autre. En toute liberté. Sans aucune douleur. D’une voix toute neuve, distincte et parfaitement articulée, elle dit, après avoir enlevé le masque : « Merci ! » L’enfant ferme les yeux et s’endort.

Crédit : Christian Kempf (UEPAL) – Point KT – Illustrations et photos Pixabay

 




Kamishibaï maison : bâtir sur le roc

« Bâtir sur le roc » est une narration utilisant la technique du Kamishibaï (dire ka-mi-shi-baï). Ce mot  japonais pourrait être traduit par « théâtre de papier ». Les images sont imprimées de façon à ce que les spectateurs voient l’image présentée  au recto et le conteur peut lire le texte imprimé au verso.  Le glissement des images est facilité lorsqu’elles sont présentées dans un castelet (ou « butaï « ). Cliquer ici pour découvrir la fiche de fabrication du castelet  et tous les récits disponibles au téléchargement.

  1.  vidéo (1 mn 25′) pour donner un aperçu
  2.  Méditation biblique à partir des images du  Kamishibaï : cliquer ici méditation en images pour Point KT
  3. Fabriquer soi-même le kamishibaï en téléchargeant le fichier et en le colorisant. Le papier est au format A4 (pour utiliser l’imprimante) et propose l’utilisation des peintures  – mais toutes les formes de créativité sont possibles. Petits et grands peuvent être associés à cette création qui nécessite peu de matériel.
  • Matériel : imprimante ( 7 feuilles de papier pour une impression recto-verso ou 14 feuilles pour recto simple. Si le papier est épais, c’est encore mieux) + peintures + pinceaux + eau + colle + 7 feuilles de papier épais (facultatif). On peut bien sûr dessiner soi-même, sans être obligé d’imprimer. Dans ce cas, veiller à respecter une marge de 3 cm de chaque bord de la feuille.
  • Première étape : imprimer (en recto-verso si possible) toutes les  planches de dessins en noir et blanc disponibles ici Matthieu 7 bâtir sur le roc
  • Deuxième étape : mettre en couleurs les dessins; toutes les techniques sont possibles : crayons, feutres, gouaches, aquarelles, crayons gras, pastels, papiers déchirés-collés…
  • Troisième étape : si les feuilles n’ont pas été imprimées en recto-verso, c’est le moment les coller sur du papier épais. Le recto de chaque planche est soit un titre, soit un dessin et le verso, le texte.
  • Quatrième étape :  glisser les planches dans le bon ordre, dans le butaï (pour voir la fiche technique, cliquer ici )… s’entraîner en face d’un miroir (pour voir les images) et une fois que l’on se sent prêt : inviter au « spectacle » !

vidéo 

Crédit : Laurence Gangloff (UEPAL) – Point KT

 




La bougie de mon baptême

J’ai un an et je commence à marcher !

Aujourd’hui, j’ai l’impression que c’est une journée spéciale. Maman m’a mis une nouvelle robe. Elle est blanche et très jolie. Il y a plein d’agitation à la maison ce matin ! Papa et maman ont préparé plein de choses. Et puis on est allés à l’église. Là il y a papi, mamie, ma tata et mes cousins, mon parrain et ma marraine. Il y a aussi cette dame avec sa grande robe noire et les deux trucs blancs autour de son cou. Et puis plein d’autres gens que je ne connais pas. La musique commence. J’aimerai me promener, jouer sous les bancs et regarder s’il y a d’autres enfants. Mais je suis sur Maman. Elle me fait un peu sauter sur ses genoux et chantonne dans mon oreille pour que je reste calme. Elle a l’air contente d’être là. Et papa alors, il a l’air tellement fier de moi ! On s’est levés et on est allés devant. Je peux voir tous les gens qui sont là. Ils me regardent tous. La dame a mis de l’eau sur ma tête. Comme pour me laver. Je ne sais pas si j’ai aimé. Et puis elle a mis de la lumière sur un objet blanc. J’ai déjà vu des trucs comme ça. C’est… une bougie ! Elle l’a allumée et me l’a montrée. C’est très joli. J’aimerai bien l’attraper ! Mais elle ne me l’a pas donnée. C’est bizarre, j’avais l’impression que c’était pour moi pourtant. C’est mon parrain qui a réussi à l’avoir. J’espère qu’il me laissera jouer avec tout à l’heure. La dame m’a prise dans ses bras et on est allés voir tous les gens qui sont là. Ils ont l’air contents de me voir. Comme si j’étais quelqu’un de très spécial. Comme si c’était ma fête ! Après on est rentrés à la maison et là c’était vraiment la fête ! On a bien mangé, on s’est amusés et j’ai même reçu des cadeaux. Quand tout le monde est parti, Papa a pris la bougie. Il l’a posée sur l’étagère et il m’a dit : c’est ta bougie ! La bougie de ton baptême. Pour que tu te souviennes combien le Seigneur t’aime.

J’ai 14 ans et aujourd’hui c’est ma confirmation !

On est à table et je suis assise entre mon parrain et ma marraine. Je suis contente qu’ils soient là. On ne se voit pas souvent. La table est joliment décorée et devant moi, il y a la bougie de mon baptême. On l’a allumée et on va bientôt manger un délicieux repas, mon préféré. Je suis heureuse et enfin détendue. Vous m’auriez vue avant le culte, j’étais tellement stressée ! Mes copines étaient dans le même état que moi. On a fait des photos pour s’amuser et penser à autre chose. C’est pas tous les jours qu’on s’habille comme ça ! Et puis le culte a commencé. J’ai réussi à dire mon texte sans bafouiller et on a même chanté. Je voyais ma famille dans les bancs. Mes parents et surtout ma mamie. Elle avait l’air tellement heureuse ! C’est un peu pour elle que je fais tout ça. Je sais que pour elle c’est vraiment important. Ma petite mamie chérie . Après les deux années de catéchisme, le pasteur nous a demandé si on voulait faire notre confirmation. Je ne me voyais pas dire non ! Je n’aurai pas pensé dire ça mais finalement j’ai aimé venir au KT. Bon je n’aime pas me lever le matin, c’est sûr. Mais il y avait une bonne ambiance. Et puis en gros, le message qu’ils essayaient de nous faire passer, c’est que Dieu nous aime. Mais genre vraiment beaucoup ! Je ne suis pas sûre d’avoir toujours tout compris. Mais j’aime bien cette idée que Dieu ne nous lâchera jamais.  Et puis on a rencontré plein de gens intéressants. Des gens qui font du bien aux autres, qui les aident, qui s’engagent. Des gens qui croient que c’est possible qu’on soit tous heureux, si on s’y met tous. J’aime bien cette idée aussi. Je ne sais pas encore comment mais moi aussi, j’aimerai faire du bien aux autres dans ma vie.  Après le dessert, Maman a sorti l’album photo. On a regardé les photos de mon baptême. Avec mon parrain et ma marraine, on a bien rigolé de voir comment on a changé ! Bon moi j’ai grandi bien sûr. Et eux ils ont vieilli. Sur une photo, on voit mon parrain avec ma bougie de baptême. Tiens ma bougie, elle est restée allumée pendant tout le repas. Il lui manque quelques centimètres maintenant. Il est temps de la souffler et de la ranger. C’est la fin de cette belle journée.

J’ai 44 ans et je suis en train de déménager.

C’est vraiment une mauvaise période pour moi. Peut-être la pire de toute ma vie. Si on m’avait dit que ça se finirait comme ça, qu’il me faudrait traverser tout ça, je ne l’aurai pas cru. Ça n’arrive qu’aux autres ce genre de choses non ? Je fais mes cartons. Je fais le tri. Je garde. J’emballe. Je jette. Je garde ça ? Non. Je m’en débarrasse aussi. Pas le choix. Là où je vais, c’est tellement petit ! Je n’ai pas envie. Et en même temps, j’aimerai avoir fini. Je suis si fatiguée. Tiens, mais qu’est-ce que… c’est quoi ce truc ? Emballé dans un journal d’il y a 30 ans ? C’est vrai qu’on lisait encore le journal sur du papier en ce temps-là. Je le déroule. C’est… la bougie de mon baptême ! Elle est cassée en deux morceaux. Un peu comme moi. Mais la mèche est intacte. Les deux morceaux de cire sont toujours reliés par cette petite ficelle. Et voilà que plein de souvenirs reviennent à ma mémoire. Les prières avec ma grand-mère, les chansons du catéchisme et même quelques versets. Et puis cette idée que Dieu ne nous lâchera jamais. Comme un fil que rien ne peut jamais casser. Je suis émue. De ma poche, je sors mon briquet. Je fais fondre un peu la cire là où la bougie s’est cassée pour la ressouder. Je m’étonne que ce soit si facile à réparer. Et puis je l’allume. Je m’assied à côté d’elle, par terre, au milieu de ma vie à moitié empaquetée. Et c’est comme si le temps s’était arrêté. Je ne sais pas trop ce qu’il s’est passé. Mais c’est certainement ça qu’on appelle prier. Oh je n’ai rien dit, rien demandé. Mais je me suis sentie tellement apaisée ! J’ai ressenti Sa présence. Moi je l’avais un peu oublié au milieu de tous mes soucis. Mais lui, il ne m’a jamais abandonné. Bon, j’ai pleuré aussi. Beaucoup. Mais j’ai ressenti tant de douceur et tellement d’amour. Ça a duré longtemps. Le soleil a même fini par aller se coucher. Mais moi je me suis relevée. Ce jour-là je me suis souvenue que j’étais baptisée. Je me suis souvenue que Dieu m’avait toujours aimée, que je suis précieuse pour lui. Je me suis souvenue que son plan pour moi, c’est le bonheur et la paix. Ce jour-là, j’ai réalisé que malgré tout, ma vie vaut la peine d’être vécue. Ce jour-là, j’ai renoncé à la vengeance, à la colère, à l’amertume, à la honte et même à la nostalgie. Ce jour-là j’ai décidé de vivre ! Alors j’ai soufflé ma bougie. J’ai allumé la lumière et j’ai terminé mes cartons. Quand la cire a refroidi, j’ai emballé aussi ma bougie et je suis partie. J’ai choisi la vie.

J’ai 77 ans et je ne sors plus de mon lit.

Les traitements ne sont plus efficaces contre ma maladie. On a décidé ensemble de ne pas s’acharner. Certains trouvent peut-être que c’est trop tôt pour mourir. Mais avec la vie que j’ai eue, je suis reconnaissance d’être arrivée jusque-là. Mes enfants sont grands. Ils savent que je les aime. Ils sont eux-mêmes parents. J’ai eu le bonheur de connaitre mes petits-enfants.  Je suis malade mais bien entourée. Il y a toujours quelqu’un avec moi. Ils ne me laissent jamais seuls. Oh je leur ai bien dit que ce n’était pas nécessaire d’en faire autant. Mais ils s’inquiètent pour moi. Moi je ne suis pas inquiète. Je suis triste bien sûr. Il y a tant de choses que j’aurai aimé faire encore. Et si seulement je pouvais épargner à mes enfants la peine qu’ils auront quand il faudra préparer mon enterrement. Je suis triste oui. Mais je n’ai pas peur. Pourquoi aurai-je peur ? Je suis baptisée ! Depuis que je suis toute petite, le Seigneur m’a prise sur son cœur. Je suis son enfant ! Aujourd’hui, alors que je suis si faible, je ressens son amour si fortement. Il n’a jamais lâché ma main. Même quand je ne le savais pas. Même quand je ne le croyais pas. Et là, je sais qu’il m’attend, les bras ouverts. Quand ce sera le moment, il me prendra encore plus près de son cœur. Ma chérie ? Tu es là ? Tu peux monter dans ma chambre s’il te plait ? Dans ma table de nuit, tu trouveras une vieille bougie. Tu peux me la descendre ? Oui c’est bien celle-là. Elle est toute raplapla. C’est la bougie de mon baptême. Elle me semblait si grande quand j’étais enfant. Il n’en reste pas deux centimètres maintenant. Non, tu as raison, ça ne se fait plus trop de nos jours. Est-ce que tu peux l’allumer pour moi ? Merci. Voilà. La bougie de mon baptême, pour que je me souvienne combien le Seigneur m’aime disait mon papa.  Voilà. Seigneur tu as toujours été là. Maintenant c’est moi qui viens à toi.

Crédit : Sophie Letsch (UEPAL) – Point KT – photos Pixabay

 




Les vêtements bibliques présentés par Toison-la-brebis

Voici un parcours pour une année sur les thèmes du tissage, du filage et des vêtements bibliques non cultuels. Le matériel à télécharger par les animateurs et animatrices est destiné à un public âgé entre 6 et 11 ans. L’animal présent dans chaque chapitre est « Toison-la-brebis » et son petit « Pelote », ces deux-là posent de belles questions théologiques aux enfants! Chaque rencontre propose un bricolage en lien avec le titre. Matériel édité par Laurence Gangloff, pour le service de catéchèse de l’UEPAL. 44 pages.

Les  illustrations sont de Sylviane Gangloff  

Lire à la maison : adaptations du pasteur Séverin Schneider
Idées complémentaires 

Crédits : Laurence Gangloff (UEPAL), pour Point KT