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Jésus a 12 ans est différent

Comme chaque année en juillet, Louise et Cédric passent quinze jours avec leurs grands-parents dans la maison de vacances des Cévennes, la maison de famille depuis des générations. Louise, du haut de ses dix ans interpelle son frère, un grand de 14 ans, occupé à jouer sur son téléphone. Hé Cédric, tu te rappelles ce que maman a dit : pas d’écran. Tu n’as même pas de connexion ici, ça ne sert à rien de jouer à tes jeux débiles ! Louise, vous l’aurez compris, n’aime pas les jeux vidéo. Louise aime lire, elle aime tellement lire que Grand-mère est obligée de l’appeler plusieurs fois à table, la sermonne pour qu’elle prenne son bain ou qu’elle éteigne sa lumière. Elle a toujours un livre à portée de main. Cédric grommelle : au moins je suis normal, moi. Pas comme toi avec tes livres ringards ! Et moi, je ne pleurniche pas quand je n’ai plus rien à lire. D’ailleurs, c’est quoi ce vieux bouquin que tu lis, là ?

Je l’ai trouvé dans ma chambre, c’est le Nouveau Testament de la grand-mère de grand-père. C’est bien, j’aime bien les histoires de l’école biblique et là, il y en a que je ne connaissais pas.
Pfff, répond Cédric, tu es encore pire que d’habitude. Déjà qu’il faut se farcir le KT, et toi, tu lis des histoires de Jésus pour le plaisir…Pourquoi pas des livres de classe, tant que tu y es ! Tu es vraiment nulle !

Grand-mère, Cédric m’embête et il joue avec son téléphone !

Tu vois, dit Louise, je te l’avais dit.
Louise, ajoute grand-mère, arrête de faire la maîtresse d’école et arrête de réagir quand Cédric t’asticote.

Oui, mais il a dit que c’est nul de lire la Bible et moi, j’aime les histoires de Jésus.
Allez
, dit grand-père, en voiture, on va au marché.

Je peux rester demande Cédric ?

Non, on va déjeuner chez tante Hélène après.

Pfff

Moi, j’aime bien tante Hélène dit Louise.

Ah toi, tu aimes bien Jésus alors tante Hélène qui ne raconte que des histoires de vieux, forcément, tu aimes aussi…

Dans la voiture, l’auditoire est captif. Grand-père en profite, d’autant que le smartphone de Cédric est resté à la maison.
Alors, tu lis quoi dans le nouveau testament Louise ? Cédric lève les yeux au ciel.

L’évangile de Luc. Soupir de Cédric.
Tu sais ce que c’est un évangile, Cédric, demande Grand-mère ? Silence.

Et toi, Louise ? De qui parle l’évangile de Luc ?

De Jésus.
C’est cela, un évangile parle de Jésus. Et là, tu en es où ?
C’est quand Jésus a 12 ans.
Ah oui, c’est intéressant ça ! Tu peux raconter à Cédric ?
Pas la peine de raconter, je l’ai là…
et Louise sort le petit livre de sa poche.
Lecture de l’évangile

C’est nul cette histoire. Et d’abord, c’est quoi cette histoire de ne pas se rendre compte qu’il n’était pas là ? Nuls les parents.
Pas vraiment répond grand-père. A l’époque, on marchait et comme beaucoup de personnes allaient à Jérusalem pour les pèlerinages, on marchait en groupe avec d’autres personnes du même village ; C’était plus sympathique et surtout, c’était plus sûr, il y avait énormément de bandits dans les montagnes.

Bon mais déjà, pourquoi raconter ça ? Il n’y a pas de miracle, on ne sait même pas de quoi il discute. De toutes les façons, ce sont des histoires, cela n’intéresse personne. Qu’est-ce que tu veux que cela me fasse que Jésus ait fait une fugue ?

Ce ne sont pas des histoires répond Louise et j’aime bien lire la Bible même si je ne comprends pas tous les mots.

Oh là là répond grand-mère, en voilà des questions et des affirmations contradictoires. Je ne suis pas assez calée pour répondre à tout et en même temps. Par contre, je suis sûre que tante Hélène qui a été monitrice pendant longtemps va nous donner son avis. Tout ce que je peux te dire maintenant Cédric, c’est que ce n’est pas vrai que cela n’intéresse personne. Tous les jours, des personnes deviennent chrétiennes dans le monde. Tous les jours, ces histoires d’un autre temps touchent des hommes et des femmes qui n’ont pas du tout la même culture que nous. Non seulement presque 2000 ans les séparent de l’homme qu’a été Jésus mais ils sont nés et ont grandi dans des cultures très différentes de la nôtre. C’est vrai que parfois, nous comprenons mal la Bible parce que nous vivons autrement. Mais nous avons cette Bible comme héritage et ce que Jésus a été a transformé notre culture. Eux n’ont pas cette familiarité avec la Bible et pourtant, ils deviennent chrétiens. Il me semble que rien que cela devrait te faire réfléchir. Et ne lève pas les yeux au ciel, s’il te plaît ! Tu as une langue. Si tu n’es pas d’accord, dis-le mais avec des arguments un peu plus solides que « pff » ou « n’importe quoi ! »

Frères et sœurs, et vous les jeunes

Pas facile d’être différent. Pas facile de se faire remarquer, sauf quand on est un blogueur connu, avec des milliers de followers, rêve de beaucoup de jeunes, rêve d’argent facile et légal, rêve d’une vie où on peut affirmer sans justifier, revendiquer sans penser, devenir riche sans efforts.
Pas facile d’être différent. Pas facile de grandir non plus. Jésus a douze ans. Douze ans, c’est l’âge de la majorité religieuse chez les Juifs, et Jésus est juif, bien entendu. Le voilà donc à faire pour la première fois le pèlerinage imposé par la loi juive.
Jésus grandit et il est différent. Il se découvre différent. A douze ans, ses copains ne viennent que parce qu’il faut venir, lui s’intéresse au sens de cette obligation, il s’intéresse à ce que la Bible raconte , Bible qui ne contient pas encore l’évangile bien sûr.
A 12, 14 ou 15 ans, c’est parfois difficile d’être différent. C’est déjà difficile de grandir, de devenir différent de ce qu’on était enfant. Alors, être différent des autres, c’est une différence de trop parfois. Alors, souvent, on cache la différence en trop : quand on aime la matière que tous les autres détestent ; quand on n’aime pas les jeux vidéo ; quand on est croyant…

Je me rappelle au lycée un ami qui ne nous avais pas dit que sa mère attendait un bébé parce qu’à l’époque, personne ou presque n’avait des enfants aussi tard…parfois, la différence peut paraître insignifiante pour les autres, mais elle est énorme pour nous. Parfois aussi la différence est essentielle et c’est une souffrance de la cacher.
Pour Jésus, la différence est essentielle, mais il ne la cache pas et va découvrir en grandissant qu’elle EST essentielle.
Dans mon histoire, Cédric parle de fugue. Jésus ne part pas en cachette de ses parents. Il reste exactement où il devrait être et on assiste à une scène entre Jésus et sa mère qui est à la fois typique , intemporelle et unique. Pourquoi nous avoir fait cela, nous étions inquiets. Les parents ne comprennent pas l’attitude de Jésus. Mais enfin pourrait dire Jésus aujourd’hui je ne risquais rien, vous deviez bien savoir ça, je sais m’occuper de moi-même. Scène typique entre parents et adolescents. Incompréhension réciproque et conversation qui rebondit de part et d’autre, pas toujours tendrement.

Sauf que …

Sauf que Jésus ajoute vous deviez bien savoir que j’étais dans la maison de mon Père. Là évidemment, on ne se met à la place ni de Jésus, ni de ses parents. Clairement, Jésus n’a pas compris que ses parents n’ont pas conscience de sa différence. Jésus à 12 ans s’intéresse à la Bible et il discute avec des adultes. Il préfère peut-être même cela aux discussions avec les copains. En cela, rien d’exceptionnel, même si bien sûr, c’est plus rare que l’inverse. Certains parmi vous les jeunes sont peut-être dans ce cas. Ce qui est différent en essence, en ce qui constitue l’être de Jésus, c’est la manière dont il perçoit Dieu. Mon Père dit-il.
Nous, nous disons le Notre Père, nous entendons que Dieu est notre père à tous. Mais c’est Jésus adulte qui a appris le Notre Père à ses disciples. C’est parce que Jésus est notre frère que Dieu est notre Père. Il n’y a rien d’évident là-dedans.
Le récit de Luc est arrangé chronologiquement. L’ange est apparu à Marie avant la naissance de Jésus, il lui a dit que Jésus aurait un destin extraordinaire, qu’il serait le fils de Dieu. Et pourtant, Marie ne comprend pas Jésus.
Grandir, c’est ce que fait Jésus, littéralement, l’évangéliste le dit. Il grandit aussi en compréhension de lui-même, des autres. Il découvre que sa mère ne comprend pas sa relation à Dieu. Il découvre donc que sa relation à Dieu est spéciale.
Grandir, c’est ce que nous faisons tous. Biologiquement pour vous les jeunes. En compréhension de nous-mêmes, des autres, de Dieu pour chacun de nous. Marie doit grandir, encore, avant de comprendre qui est Jésus. Nous avons tous à grandir pour comprendre qui il est, mais aussi comprendre le sens du monde, de nos vies.
Jésus grandit. Il rentre avec ses parents et leur obéit en tout. Ce sont ses parents. Il grandit aussi en compréhension, la sagesse dont parle l’évangéliste.

Marie grandit, elle réfléchit à ce qui vient de se passer et en cherche le sens.

Revenons à Cédric et Louise. Nous sommes tous Cédric et Louise : jeunes, nous sommes attirés par les histoires de la Bible. Jeunes dans la foi, nous sommes enthousiastes et cherchons dans la Bible le sens de nos vies. Puis, adolescents, nous rejetons si souvent tout ce qui nous vient de nos parents parce que cela ne peut être que vieux et nul. Cédric grandit dans son corps mais grandit-il dans la compréhension qu’il a de lui, du monde, de la vie ? Sans doute, la remise en question de ce que nous avons reçu est nécessaire à beaucoup de personnes pour qu’elles puissent se l’approprier. C’est biologiquement le temps de l’adolescence. Mais nous, les adultes qui sommes passés par ce temps, nous pouvons témoigner de ce qu’en fin de compte, nous faisons nôtre la grande partie de ce que nous avons reçu.
Dans la vie de foi, c’est vrai aussi. Il y a des moments de doute dans la vie de chaque croyant. Au fond, qu’est-ce que je fais là, à perdre mon temps le dimanche ? ou à quoi bon, les autres vivent tout aussi bien sans Dieu. C’est dans le dialogue avec l’autre, la personnes assise à côté de moi ou le texte biblique avec lequel il faut que je me batte que je peux grandir dans la foi, que je peux grandir tout court d’ailleurs. Chercher, réfléchir au sens et écouter l’autre sont les éléments qui permettent à chacun de grandir, de vivre en harmonie avec les autres et de trouver dans les textes bibliques au minimum une occasion de s’interroger sur soi et au mieux le lieu de la rencontre avec le Seigneur ressuscité.

Crédits : Anne Petit (EPUdF), Point KT, Pixabay




Jacob et Esaü, quelle famille !

Mon histoire commence alors qu’Isaac et Rébecca sont mariés depuis longtemps. Ils ont eu deux fils, des jumeaux. Pourtant, les voilà seuls, avec leurs serviteurs et leurs troupeaux. Arrive Qetoura. Qetoura est la femme qu’Abraham, père d’Isaac, a épousé après la mort de Sara.
Isaac et Rébecca se dépêchent d’accueillir Qetoura. Il est si rare de voir de la famille. Cette dernière s’approche, accompagnée de son plus jeune fils, demi-frère d’Isaac, et de ses servantes.

-« Quelle bonne surprise Qetoura » dit Isaac en l’embrassant
-Attends d’entendre ce que j’ai à te dire. C’est Eliézer qui m’a fait venir.
-Que veux-tu dire ? Répond Rébecca ?
-Où sont Jacob et Esaü vos fils ?
– Jacob est parti chez son oncle Laban, du côté de Harran, pour y chercher une femme. Cela va bientôt faire 3 ans.
– Ah bon, pour chercher une femme ?
-Oui, il n’était pas question qu’il épouse une femme du pays, comme son frère, dit Rébecca.
– Ah oui, son frère, Esaü, je ne le vois pas reprend Qetoura
-C’est qu’il n’est pas ici, soupire Isaac. Il a dû partir. Tout cela est de la faute de Rébecca.
-Ah non, pas du tout réplique Rébecca. C’est de ta faute, tu n’avais qu’à être plus juste avec Jacob.

Qetoura interrompt la dispute. « Ecoutez, si je comprends bien, vous êtes seuls, vos fils sont partis et vous vous disputez, chacun accuse l’autre. Je vais vous dire, moi, ce qu’Ezéchiel de Damas m’a transmis. Vous savez qu’il vous aime, que c’est un serviteur fidèle et qu’il ne veut que le bien de votre famille. »

Vous avez eu des jumeaux après plusieurs années de mariage : Esaü, l’aîné et Jacob, le second. Très rapidement, Esaü est devenu le préféré de son père et Jacob celui de sa mère. J’aimerais bien savoir pourquoi.
Après un silence embarrassé, Isaac dit : « Esaü aimait les mêmes choses que moi. Et je l’admirais, c’est un très bon chasseur. Et tu sais que j’aime beaucoup le gibier. Jacob, lui, ne s’intéressait qu’aux troupeaux et aux choses du camp. En plus, il était toujours fourré dans les jupes de sa mère. Jaloux de son frère avec ça.»

-Et toi, Rébecca, qu’en dis-tu ?

– Avant qu’ils naissent, mes fils se battaient dans mon ventre. J’ai demandé à Dieu pourquoi et il m’a répondu qu’ils seraient ennemis, et que le plus jeune serait plus grand que l’aîné. Et puis, Isaac ne s’intéressait pas du tout à Jacob et Esaü n’avait jamais de temps pour moi.

Première intervention de la salle :

  • Que pensez-vous de cette situation ?
  • Est-ce  réaliste ou bien  impossible que des parents aient des chouchous ?

Qetoura reste silencieuse pendant longtemps. Isaac et Rébecca sont de plus en plus mal à l’aise. Puis elle reprend :

-Passons à la suite : lorsqu’ils étaient adolescents, Esaü est rentré un jour de la chasse alors que Jacob avait préparé le repas, un plat de lentilles. Esaü a exigé que Jacob lui donne à manger et n’a pas hésité à échanger un repas contre son droit d’aînesse, le droit du fils aîné à avoir la plupart des biens de son père.

Isaac interrompt : Jacob a profité de la faiblesse de son frère. Rébecca se fâche : Esaü n’avait qu’à réfléchir. Il pouvait refuser. Il pouvait se préparer lui-même un repas

Seconde intervention de la salle :

  •  Le droit d’aînesse …. avez-vous connu une situation où l’aîné était traité différemment ?
  • Qui est le « pire » ? Jacob ou Esaü ? (faire lever les mains)

De toutes manières, ce n’était que chicanerie de frères, sans valeur légale cette histoire. Tout ce que cela montre, c’est un peu de leur caractère : Jacob prêt à saisir toutes les occasions, Esaü parlant sans réfléchir.

Ce qui m’a fait venir de Mamré, c’est l’histoire de la bénédiction.

Isaac s’exclame : « Jacob a profité de ma vieillesse, de la faiblesse de mes yeux. Il m’a trompé, avec l’aide de Rébecca ! C’est honteux ! »

Rébecca répond : « J’assume toute la responsabilité, Jacob n’a fait que m’obéir »

Silence ! intime Qetoura. Je raconte. Si je me trompe, alors vous pourrez m’interrompre. Isacc a fait venir Esaü pour qu’il prépare le rituel de la bénédiction-héritage du fils aîné. Pour le repas, comme Isaac est gourmand, il demande son plat de gibier préféré. Esaü part vite à la chasse. Rébecca prépare quant à elle le plat avec deux chevreaux et demande à Jacob de se faire passer pour son frère, allant même jusqu’à lui couvrir les bras de la peau des chevreaux puisqu’Esaü est très poilu. Isaac se fait gruger et donne sa bénédiction à Jacob, après le repas et le baiser rituel. Quand Esaü rentre de la chasse, Isaac se rend compte qu’il s’est fait avoir et n’a plus rien à donner à son fils aîné.

  • Je voudrais maintenant que vous réfléchissiez chacun pour vous pendant deux minutes, puis que vous partagiez votre réflexion avec votre voisin, en veillant à ce que les jeunes ne soient pas entre eux.
  • Qui est le pire ? Qui est responsable et de quoi ?

 

Qetoura reprend la parole. Isaac. pourquoi n’avais-tu rien pour Esaü quand il est rentré de la chasse ?

C’est que j’avais tout donné à Jacob : mes richesses, la promesse d’une belle vie, son frère comme serviteur. C’était légal, je peux faire ce que je veux de mes biens.
Qetoura l’interrompt. Tu es bien pressé de dire que c’est légal. Je te demande autre chose : Etait-ce juste ? Quand ton père Abraham a senti qu’il allait mourir, il a donné à chacun de mes fils de quoi bien vivre, puis il a fait le rituel de bénédiction-héritage avec toi. Tes frères ne sont pas tes serviteurs, ils ont eu de quoi bien commencer leur vie. Ils ne sont jaloux ni de toi, ni les uns des autres.

Rébecca, pourquoi as-tu voulu tricher ainsi ? N’avais-tu pas entendu Dieu te dire que Jacob serait plus grand que son frère ? Ne penses-tu pas que Dieu peut accomplir tout seul ce qu’il a décidé ? Penses-tu qu’il voulait que tu triches, et que tu entraînes ton fils avec toi ?

N’avez-vous rien retenu de l’histoire d’Abraham et Sara qui ont voulu agir à la place de Dieu ? Que de misères sont nées de la naissance d’Ismaël, qui n’était pas le fils de la promesse. Isaac, tu peux toujours dire que c’était légal. Ce n’était pas juste. Quand ton père a dû renvoyer Ismaël, Dieu lui a promis de le protéger et de le bénir. Tu ne comptais donner aucune bénédiction à Jacob. Rébecca, tu as encouragé ton fils à tricher. Vous êtes tous les deux responsables de la situation. Au moins ne vous faites pas la guerre. Faites plutôt confiance à Dieu. Il a béni cette famille, quoi qu’il arrive. Il protègera vos fils.

Lecture du texte de Genèse 27

Frères et sœurs,

Je pourrais vous poser encore des questions, la principale étant celle de la bonne nouvelle. Quelle bonne nouvelle dans cette histoire ? Peut-être vous l’êtes-vous déjà posée ?

La bonne nouvelle évidente, c’est que la famille est totalement dysfonctionnelle. Certes, personne n’assassine personne, mais préférer de manière aussi évidente un enfant par rapport à l’autre ne peut provoquer que des jalousies entre ces derniers.

Alors, cela ne peut que nous rassurer : l’évangile n’est pas affaire de morale. Nos familles ne sont pas parfaites ? Cela ne veut pas dire que Dieu ne les bénit pas. Il a fait une promesse à Abraham et il tient cette promesse malgré tout ce que peuvent faire ou penser les membres de cette famille. L’amour de Dieu ne dépend pas de la bonne conduite de ceux qu’il aime. Voilà donc une bonne nouvelle pour nous ce matin. Cependant, méditer un texte biblique n’a pas pour seul but de trouver une bonne nouvelle. Parfois, cela nous mène à réfléchir sur nos manières de penser le monde et nous-mêmes. C’est pourquoi je vous ai demandé plusieurs fois votre avis.
En effet, ce qui m’a poussé à adopter un mode de prédication peu conventionnel, c’est ce que j’ai lu sur cet épisode somme toutes savoureux de la Genèse : Rébecca y est jugée très sévèrement, Jacob un peu moins, après tout, il est celui qui devient Israël et on oublie Isaac. Or, au fin fond des choses, si Esaü est obligé de s’exiler pour échapper à la bénédiction que son père a donnée à Jacob, c’est bien parce qu’Isaac n’avait rien laissé à son second fils, si ce n’est de devenir serviteur de son frère…en toute légalité, bien entendu. Or s’il avait suivi l’exemple de son père, il aurait été juste en donnant à Jacob de quoi vivre et bien commencer sa vie. De même, forte du savoir que Dieu lui a donné, Rébecca va tricher et pousser Jacob à tricher pour qu’il devienne plus grand que son frère au moyen de cette fraude. Pour Rébecca, la fin justifie les moyens.
Voici donc deux pistes de réflexion pour nous, pour vous :

La première, c’est la question de la justice face au droit : est-ce que tout ce qui est légal est juste ? Je prends un exemple dans l’actualité récente : l’élection du président des Etats-Unis est légale. Elle s’est déroulée dans les règles. Mais plus de personnes ont voté pour son adversaire que pour lui : l’élection est légale, mais elle n’est pas juste. Cet exemple est facile à comprendre. Je suis sûre que vous en trouverez d’autres, soit dans la vie quotidienne, soit dans l’actualité.

La seconde, c’est la question de la fin et des moyens. Un très grand philosophe du 19e siècle, Emmanuel Kant, a expliqué que pour lui la fin ne justifiait jamais les moyens. Ce principe pose de graves problèmes au niveau des Etats, en particulier en ce qui concerne les conflits armés. Mais cela pose aussi des questions éthiques ou morales dans notre vie quotidienne : utilisation de la violence, recours au mensonge, à la triche « pour la bonne cause ».

Ce que notre histoire raconte, c’est que l’injustice et la tricherie n’apportent rien de bon : la famille est éclatée, et si le texte biblique ne dit pas qu’Isaac et Rébecca ne forment plus un couple uni après tous ces événements, nous imaginons bien qu’il ne peut en avoir été autrement. Certes, Dieu garde son amour et sa bénédiction à chaque membre de cette famille, mais nous savons bien que nous avons besoin de l’amour et de la confiance de nos proches pour nous épanouir. Veillons donc à les cultiver pour les faire grandir.

Crédits : Anne Petit (EPUdF), Point KT, Pixabay




Et la joie de Noël ?

Narration pour les adultes fatigués, découragés, sans espérance… par ce conte, la pasteure Anne Petit rappelle que la joie de Noël ne tombe pas du ciel : elle se construit, se reçoit, se donne et se partage… 

Monsieur Dupré est rentré chez lui bien fatigué. Il est à présent dans son fauteuil, les yeux dans le vague. Il n’a même pas allumé la lumière ; pourtant la nuit est tombée depuis un bon moment. Dans 10 jours c’est Noël et il n’a même plus envie d’y être. Ce soir, Monsieur Dupré est fatigué. Il regarde la télé éteinte. Non, il ne l’allumera pas pour regarder des informations où l’on apprend soit de mauvaises nouvelles soit des faits divers sans intérêt. Il n’a pas envie non plus de voir les politiciens se manger le nez. Il est fatigué.

Voyez-vous, Monsieur Dupré est retraité et d’habitude, il est plein d’allant. Comme beaucoup de retraités, il n’a pas un moment d’inactivité. Il consacre de nombreuses heures à aider les autres, à visiter les personnes isolées, à rendre service. Il a le temps, il vit seul depuis longtemps. Mais parfois, aider les autres, c’est décourageant. Aujourd’hui, il y a eu la vieille dame qui lui a tenu un discours tellement virulent contre Noël qu’il n’a pas réussi à placer un mot. C’est vrai que Noël est devenu par certains aspects une fête de la consommation, c’est vrai que tout le monde s’agite sans plus vraiment penser à ce que Noël signifie. Mais si on veut, on peut fêter Noël comme la fête de l’amour et de la paix, non ?

Et puis, à 17h, il y a eu ce gamin au soutien scolaire. Il a refusé de corriger ses fautes d’orthographe, au motif que le devoir ce n’était pas du français. Il a même insulté Monsieur Dupré, en le traitant de vieux quelque chose, il n’a même pas compris le mot employé. Et pour finir, son fils a appelé : il ne viendra pas pour Noël, il est invité à la montagne chez des amis. Sa fille et ses petits enfants ne viendront que le jour de l’an, ils sont dans la belle-famille pour le jour de Noël. A quoi bon décorer le sapin si tôt, comme autrefois quand tout le monde vivait à la maison puisque personne ne le verra ?

Monsieur Dupré est fatigué. Il n’entend pas le bruissement d’ailes, il ne voit rien, il a les yeux fermés. Et puis, tout à coup, il se rend compte que le sapin est allumé.

  • Ah, Gabriel, c’est toi ? Cela faisait longtemps !
  • Bonjour Jacques. Tu sais, pour moi, le temps, cela n’a guère de sens. Je viens quand tu as besoin de moi, voilà tout
  • Je suis fatigué, Gabriel, fatigué.

Et Monsieur Dupré raconte sa journée, raconte sa tristesse. L’archange, puisque c’est bien lui, écoute.

  • C’est vrai que tu as eu des moments difficiles dans ta journée mais au fond, il y a eu des bons moments aussi
  • Gabriel, si tu es venu me faire un sermon, arrête tout de suite
  • Non, non, Jacques, je suis venu prendre l’apéro avec toi. Tu as toujours ce porto si doux au palais

Monsieur Dupré sourit et se lève. Il sert son ami et se sert également un petit verre.

  • ­Le chef te salue bien reprend Gabriel. Il trouve que tu pourrais l’appeler un peu plus souvent
  • Je sais, je sais, ça fait un bout de temps, mais il sait bien que je pense à lui et que tout ce que je fais, c’est pour lui
  • Et comment vont les enfants ?
  • Bien, bien, mais ils ne m’appellent pas souvent.

Jacques fait une pause, regarde Gabriel et se met à rire.

  • Tu n’as pas changé toi ! Toujours en train de me manipuler pour m’amener là où tu veux. Ok, OK, je ne peux pas me plaindre que mes enfants ne m’appellent pas et en même temps ne pas appeler moi-même Notre père à tous

Gabriel sourit aussi. Jacques Dupré est un homme bon, comme beaucoup. Gabriel est un grand optimiste, comme son patron d’ailleurs. Il a confiance en l’humanité. Mais Jacques Dupré a un gros problème, peut-être le défaut inverse de bien d’autres humains. Il ne sait que donner. Il donne son temps à tant de personnes. Il donne son amour, son argent, il partage son expérience. Mais il ne sait pas recevoir. Ce n’est pas que rien ne lui est offert, mais il ne sait pas l’accepter. Et comme aujourd’hui a été une rude journée, il ne sait même plus le remarquer.

  • Dis-moi, tu ne m’as parlé que de deux moments de ta journée. Raconte-moi le reste
  • Oh, le reste…je suis allé faire quelques courses le matin et j’ai rencontré un autre bénévole des restos du cœur. Il m’a proposé de me raccompagner en voiture. J’ai refusé, je n’allais pas lui faire faire un détour quand même.
  • Et pourquoi pas ? Ton sac était lourd, non ? Et s’il n’avait pas voulu, il ne l’aurait pas proposé. Un homme bien, non ?
  • Bon, ça va ! Puis j’ai préparé mon déjeuner. J’ai failli le faire brûler parce que la voisine du dessous est venu m’apporter une assiette de petits biscuits, tu sais, ces trucs alsaciens
  • Ah oui, les bredele, c’est bon ça. Tu as tout mangé ?
  • Non, il en reste. Tiens, vas-y, mange. J’ai bien compris, elle a dû se dire « le pauvre vieux est tout seul »
  • C’est bizarre, je connais Madame Schmidt, même si elle ne me connait pas. Je sais qu’elle en a donné aussi aux enfants du premier et qu’elle en a préparé des tas de petits sachets pour distribuer à toutes les personnes qu’elle aime bien.
  • Tu me fatigues Gaby. Bon d’accord, peut-être qu’elle m’aime bien. Peut-être qu’elle voulait juste me faire plaisir. Mais qu’est-ce que je vais lui donner en échange ?
  • Pourquoi tu veux lui donner quelque chose ?

Monsieur Dupré ne répond rien. Il sait bien que dire « parce que cela se fait » ne va pas convaincre Gabriel. Pendant ce temps, l’archange a mis des chants de Noël. Il a allumé les 3 bougies de l’Avent et il fredonne en même temps que le chœur qui chante.

Un Sauveur nous est né, le Fils nous est donné…

  • Tu fais quoi pour Noël ?
  • Je ne sais pas, Eric vient de m’annoncer qu’il ne sera pas là, il part au ski. Je suis sûr qu’il n’ira même pas au temple. Quand je pense qu’il a fait toute son école biblique et son catéchisme, cela me désole. Je vais peut-être m’inscrire pour servir le repas de Noël des isolés.
  • Hum, j’ai vu là un joli carton d’invitation, fait main on dirait.
  • Oui, c’est ma nièce. Elle fait ça tous les ans, depuis que Florence est morte. Mais elle a bien assez à faire avec sa famille. Non, je ne vais pas lui causer du tracas en plus. C’est une bonne fille, c’est vrai mais je ne suis que le mari de sa tante

Monsieur Dupré est à bout d’arguments. Il sent bien que cela ne convainc pas son ami Gaby. Il ne peut tout de même pas s’imposer comme ça, même dans la famille ! L’ange ne dit plus rien non plus. Il lui faut prendre les choses par un autre bout.

  • Dis-moi, cela fait combien de temps que tu n’as pas lu l’histoire de la naissance de Jésus ? Moi, je m’en souviens comme si c’était hier mais toi qui n’y étais pas, il faudrait peut-être que tu la relises, non ?
  • Je la connais par cœur, tu sais.
  • Fais-moi plaisir, lis-la.

Monsieur Dupré s’exclame tout à coup :

  • Mais c’était toi l’ange, n’est-ce pas ?
  • Oui, c’était moi. Et comme j’y étais, je peux te dire que les bergers ne s’attendaient pas du tout à ça. Ils ont discuté un bon moment avant d’y aller. Ils ne comprenaient pas que ce soit à eux, les plus petits, les moins que rien, que l’invitation était faite. Et puis, Dieu qui leur donnait un sauveur, c’était un cadeau inespéré
  • J’imagine bien la scène reprend Monsieur Dupré. A l’époque, cela devait être bien surprenant. Mais regarde le monde, Gaby, la plupart des humains ne se rendent même pas compte du cadeau que Dieu leur a fait. Ils vivent comme si Jésus n’était pas venu pour eux.
  • Et toi, Jacques, comment vis-tu ?
  • Heu…je sais bien que je ne suis pas parfait mais j’essaie de tout mon cœur de bien faire. C’est ce que veut ton chef non ?
  • Tu sais, ce que le chef pense, lui seul le sait mais moi, ce que je pense, c’est que tu n’es pas du tout comme ces bergers, dans la joie du cadeau qui leur est fait. Est-ce qu’ils se sont préoccupés de ce pensaient les autres habitants de Bethléhem ? Est-ce qu’ils se sont transformés en hommes bons et serviables ? Je peux te garantir que non. Mais ils sont repartis avec une grande joie dans le cœur et une espérance nouvelle. Toi, tu n’as pas de grande joie dans le cœur. Je peux enfin te parler franchement Jacques ? Tu vas vraiment m’écouter,
  • Heu, oui, vas-y…
  • Dieu te fait le cadeau de son Fils tous les jours. A toi, Jacques. Il ne l’a pas fait à d’autres il y a 2000 ans. Ou plutôt si, mais ce que je veux dire, c’est qu’il le fait personnellement à chacun chaque jour de sa vie. Ce cadeau, il faut le voir, le reconnaître, l’accepter pour le vivre avec joie. Tu es un homme bon mais tu ne vis pas dans la joie de Jésus. C’est parce que tu n’as pas reçu le cadeau comme étant ton cadeau à toi. C’est une évidence dans ton esprit, ta pensée, ta mémoire, mais pas dans ton cœur. Alors tu ne sais pas non plus recevoir les cadeaux que d’autres te font simplement parce qu’ils t’aiment. Alors, tu vas me faire le plaisir de le lire, ce texte.

Quand Gabriel parle de cette voix-là, on a intérêt à obéir, c’est moi qui vous le dis.

À cette époque, l’empereur Auguste donne l’ordre de compter les habitants de tous les pays. C’est la première fois qu’on fait cela. À ce moment-là, Quirinius est gouverneur de Syrie. Tout le monde va se faire inscrire, chacun dans la ville de ses ancêtres. Joseph quitte donc la ville de Nazareth en Galilée pour aller en Judée, à Bethléem. C’est la ville du roi David. En effet, David est l’ancêtre de Joseph. Joseph va se faire inscrire avec Marie, sa femme, qui attend un enfant. Pendant qu’ils sont à Bethléem, le moment arrive où Marie doit accoucher. Elle met au monde un fils, son premier enfant. Elle l’enveloppe dans une couverture et elle le couche dans une mangeoire. En effet, il n’y a pas de place pour eux dans la salle où logent les gens de passage. Dans la même région, il y a des bergers. Ils vivent dans les champs, et pendant la nuit, ils gardent leur troupeau. Un ange du Seigneur se présente devant eux. La gloire du Seigneur les enveloppe de lumière, alors ils ont très peur. L’ange leur dit : « N’ayez pas peur. Oui, je viens vous annoncer une bonne nouvelle qui sera une grande joie pour tout votre peuple. Aujourd’hui, dans la ville de David, un Sauveur est né pour vous. C’est le Christ, le Seigneur. Voici comment vous allez le reconnaître : vous trouverez un petit enfant enveloppé dans une couverture et couché dans une mangeoire. »Tout à coup, il y a avec l’ange une troupe nombreuse qui vient du ciel. Ils chantent la louange de Dieu :  « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et sur la terre paix à ceux que Dieu aime ! »

Lorsque les anges les eurent quittés pour retourner au ciel, les bergers se dirent les uns aux autres : « Allons donc jusqu’à Bethléem : il faut que nous voyions ce qui est arrivé, ce que le Seigneur nous a fait connaître. » 

Ils se dépêchèrent d’y aller et ils trouvèrent Marie et Joseph et le nouveau-né couché dans la mangeoire. Quand ils le virent, ils racontèrent ce que l’ange leur avait dit au sujet de ce petit enfant. Toutes les personnes qui entendirent les bergers furent étonnées de ce qu’ils leur disaient. Quant à Marie, elle gardait tout cela dans son coeur et elle y réfléchissait profondément. 

Puis les bergers prirent le chemin du retour. Ils chantaient la gloire de Dieu et le louaient pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu, car tout s’était passé comme l’ange le leur avait annoncé.

Monsieur Dupré reste silencieux. Il fait comme Marie, il repasse tous ces mots dans son cœur. Il repasse aussi sa journée dans son cœur.

Pendant ce temps, Gabriel le regarde et prie : « Patron, ouvre son cœur, c’est le moment ou jamais, donne-lui ton amour maintenant »

  • -Gaby, tu sais quoi, je crois que je vais prier, maintenant. Je crois que cela fait trop longtemps que je n’ai pas dit à Dieu ce que j’ai sur le cœur. Cela fait trop longtemps que je n’ai pas demandé à Jésus de m’aider à voir tout ce qui est bon dans ma vie.

Monsieur Dupré lève la tête. Il n’y a plus personne, c’est comme s’il avait rêvé. Mais il y a deux verres vides, il n’y a plus de bredele et les chants de Noël continuent à rendre l’ atmosphère à la fois joyeuse et apaisante.

Dix jours plus tard, Monsieur Dupré est installé dans le meilleur fauteuil chez sa nièce. Tout le monde a chanté à la veillée hier soir. Les enfants sont ravis d’avoir dormi ensemble pour lui laisser une chambre. Sa nièce chante en mettant la table tandis que son mari s’affaire à la cuisine. Les enfants jouent avec leurs cadeaux. On sonne à la porte.

  • Vas-y tonton, s’il te plaît !

C’est Eric qui se tient là, un grand sourire sur les lèvres.

  • Joyeux Noël papa ! Tu vois, hier soir, j’étais avec mes amis dans leur beau chalet et puis, tout à coup, ça m’a manqué : la veillée, le vin chaud, les cantiques. Alors, ce matin, je suis reparti avant le jour. Et me voilà !
  • Entre, entre, lui crie sa cousine, quelle bonne surprise ! Joyeux Noël ! Heureusement, la dinde est énorme et ton papa nous a rapporté une grosse boite de bons petits biscuits qu’il a faits lui-même.
  • Des biscuits papa ?
  • Oui, c’est la voisine qui m’en avait donné, alors je lui ai demandé comment elle les faisait et je m’y suis mis. D’ailleurs, ses enfants sont venus m’aider. On s’est bien amusé. Joyeux Noël Eric, joyeux Noël.

Crédits : Anne Petit (EPUdF), Point KT, Pixabay

 

 

 




Actes 2 – les débuts de Pentecôte

Le conte que j’ai écrit pour vous ce matin est certes un moyen pour mieux se rappeler de ce qui s’est passé à Pentecôte, mais c’est aussi une manière de mettre en évidence quelques pistes de réflexion, tant pour les jeunes que pour les plus anciens.

Que s’est-il passé ce jour de Shavouôt de l’an 30 ? Sans aucun doute une expérience spirituelle collective très forte. L’évangéliste Luc en mentionnera d’autres, collectives ou individuelles, en raccourci, en disant que l’Esprit Saint était tombé sur la personne ou le groupe.
Mais décrire une expérience spirituelle profonde, c’est impossible. C’est comme raconter l’amour qu’on éprouve ou la peur qui nous envahit. Nous pouvons décrire les effets des émotions, ce que cela nous pousse à faire, ou même les conséquences physiques sur le rythme cardiaque, ma respiration etc. Mais dire l’émotion, c’est impossible. Dire une rencontre avec Dieu est tout aussi impossible. Luc raconte, bien des années après, à l’aide de symboles et d’échos avec d’autres textes qui parlent de ces rencontres. Ainsi le feu, le vent, le bruit. Mais ce qui me paraît plus marquant, c’est l’effet de ce qu’ont vécu les disciples : ils parlent des merveilles de Dieu et les autres les entendent dans leur langue maternelle. La langue maternelle, c’est celle qui renvoie à notre petite enfance, aux moments où nous étions dans les bras de nos parents, aux moments où l’amour inconditionnel était ressenti autant que dit, aux moments où l’on s’est senti en totale sécurité. La langue maternelle, c’est celle qu’on n’oublie pas, même quand on ne la parle pas pendant des années. La langue maternelle, c’est la langue dans laquelle on compte, dans laquelle on prie. Elle est ancrée en nous. Je me rappelle que des personnes me demandaient quand mes enfants étaient petits pourquoi je ne leur parlais pas anglais puisque j’étais bilingue, pour qu’ils aient des avantages dans cette langue. Je répondais alors que je ne le pouvais pas, que ce n’étais pas ma langue maternelle ; que, pour moi, ce n’était pas la langue de l’amour que j’éprouvais pour mes enfants.
Dieu nous parle dans notre langue maternelle. Il s’insinue au plus profond de nous pour y déposer son amour, sa joie et sa paix. La force que nous recevons de lui n’est pas un petit coup de pouce. C’est une puissance qui nous transforme et qui nous guide quelles que soient les difficultés. C’est de cela que nous sommes appelés à témoigner, tout comme l’ont fait les disciples le jour de Shavouôt de l’an 30 et jusqu’à leur mort, tout comme ces témoignages se sont répétés de génération en génération, non pas comme une leçon bien apprise mais comme le témoignage d’une rencontre personnelle qui s’ancre au plus profond de chacun.

 

Nous sommes à Jérusalem, en l’an 30 de notre ère, c’est-à-dire il y a très longtemps, du temps où les Romains étaient les maîtres du monde. C’est la fête de Shavouôt, celle que les grecs appellent Pentecôte parce qu’elle a lieu 50 jours après Pessah, la Pâque. Comme pour Pessah et l’autre grande fête, Soukkot, les gens affluent de partout en pèlerinage, comme la Loi le commande. La foule est très nombreuse, il y a du bruit, des odeurs de nourriture, et plus on se rapproche du Temple, plus cela sent la viande grillée des sacrifices. Samuel, un jeune garçon, se tient à la porte de Damas. Il aime les grandes fêtes, il y a de l’animation et son père fait de bonnes affaires en vendant son pain aux pèlerins. C’est amusant aussi d’entendre toutes ces langues différentes que parlent les gens. Des Juifs viennent en pèlerinage des quatre coins de la terre et c’est un joli mélange qu’on entend dans les rues. Bien sûr, pratiquement tout le monde connait le grec, mais entre eux, ces pèlerins parlent leur propre langue, celle qu’ils ont apprise de leurs parents quand ils étaient petits. Et ils retrouvent ceux qui sont nés dans leur pays et ont décidé de venir s’installer ici, à Jérusalem, près du temple, et donc près de Dieu.

Aujourd’hui, c’est vraiment une fête joyeuse. D’ailleurs tout à l’heure il y aura un repas de fête et les anciens vont raconter l’espérance du peuple. Shavouot, c’est la fête tranquille. Personne ne vient troubler les pèlerins, pas comme à Pessah où on attend le Messie ou à la grande fête Soukkot, où certains pensent que Dieu va venir. C’est toujours tendu pour ces fêtes-là et la mère de Samuel le surveille de bien plus près. Il y a souvent des émeutes et cela grouille de soldats romains. Mais pour Shavouôt, rien de tout cela. Des Romains, il y en a, bien sûr, mais ils sont plutôt détendus. Les seules disputes sont pour savoir si Shavouôt commémore les récoltes ou le don de la Loi au Sinaï comme le disent certains.

D’ailleurs, Samuel ne voit pas pourquoi ses parents font tant d’histoires au sujet des Romains.  Il en connaît de très gentils. D’ailleurs, il en voit arriver deux qui sont toujours amicaux avec lui. Il y a le centurion Marcus et un légionnaire, Claudius. Marcus a toujours une parole gentille et Samuel aime bien l’écouter raconter ses récits de batailles. Marcus a été en Gaule, en Afrique. Il raconte aussi les coutumes des peuples qu’il a croisés. Aujourd’hui, Marcus salue Samuel mais ne s’arrête pas. Il est en grande conversation avec Claudius. Ils discutent de ce prophète qui a été crucifié il y a quelques semaines. Marcus était là, il a été très impressionné par ce qu’il a vécu. Pourtant, du sang et de la violence, il en a vu dans sa vie ! Des innocents qui meurent, il y en a tant dans les guerres. Mais cet homme-là l’a marqué. Depuis, Marcus s’est renseigné sur lui. Ses amis lui ont raconté ce qu’ils ont vécu avec lui. Samuel les a souvent entendus et si ses parents se sont gentiment moqués de lui, Samuel est curieux lui aussi. Si c’était un faux prophète, pourquoi Marcus, qui est païen, veut-il comprendre, pourquoi a-t-il commencé à lire les Ecritures ? Pourquoi discute-t-il tant avec les hommes et les femmes qui ont connu ce Jésus ?

Samuel a suivi les deux soldats. Il écoute d’une oreille distraite Claudius qui avertit encore une fois Marcus qu’il aura des ennuis à s’intéresser tant à ce peuple rebelle. Ils se dirigent vers une rue un peu à l’écart.

Dans la chambre haute d’une maison de cette rue, des hommes et des femmes sont rassemblés pour prier. Vous l’avez deviné, ce sont les disciples de Jésus, Jésus qui est mort la veille de la Pâque et que tous ont vu depuis, vivant, ressuscité. Ils sont un peu plus de soixante. Il y a les 12, avec Matthias qui remplace Judas le traître, il y a les femmes, Marie de Magdala, Marie et Marthe et les autres. Il y a la mère et les frères de Jésus, il y a les autres disciples, ceux qui ne sont pas les douze mais qui ont connu et suivi Jésus, parfois depuis le commencement, ouvertement comme Nathanaël, parfois plus discrètement, comme Nicodème.
Ils prient. Depuis que Jésus est parti, ils sont là, à Jérusalem, en attente de ce qu’il a promis. Ils ont peur aussi, parce qu’à tout moment, on peut les arrêter. Après tout, ils étaient les disciples de celui qui a été crucifié comme un rebelle.

Et voilà que tout à coup….à vrai dire, on ne sait pas ce qu’il s’est passé. Comme un bruit, comme un vent, comme une flamme brûlant le cœur de chacun, comme le cœur des deux disciples d’Emmaüs a brûlé quand Jésus ressuscité leur parlait, mais différemment encore, parce que s’ils sont tous remplis de joie comme lorsqu’ils ont vu Jésus vivant, ils sont aussi remplis d’un courage qu’ils n’avaient pas avant.

Marcus, Claudius et Samuel ont entendu du bruit, un bruit inhabituel. Ils ont accouru vers la maison, comme un grand nombre de gens qui se trouvaient alentour.

En effet, le bruit et le vent ont attiré la foule, toujours prête à découvrir un spectacle intéressant. On frappe à la porte, on crie, on questionne.
Alors Pierre et les 11 sortent sur le toit. De là-haut, on les voit bien et on les entend encore mieux. Ils se mettent à raconter toutes les choses merveilleuses que Dieu a fait pour eux. Ils disent le grand amour de Dieu pour tous les humains. Ils remercient Dieu pour la puissance qu’ils ont reçue.

Samuel, Marcus et Claudius n’ont pas compris ce qui s’est passé. Ce qu’ils savent, c’est qu’en entendant les disciples, ils ont ressenti une grande force, un grand amour qui les a remplis et ils veulent comprendre ce qu’ils éprouvent au fond du cœur. Et ils écoutent les disciples qui racontent. Et tout à coup Marcus s’exclame : « Mais ils parlent latin ! Je ne savais pas qu’ils connaissaient ma langue ! » « Ah, non ! répond Claudius, ils parlent grec, je sais ce que je dis, je suis né à Philippes ! » Mais Samuel s’interpose : « Non, non, ils parlent araméen, c’est normal, ils sont de Galilée »

A côté d’eux, les gens s’agitent. Il y a des pèlerins qui viennent de régions très différentes. Ils parlent avec animation puis certains se tournent vers le toit et crient en grec. « Hé là, comment se fait-il que nous vous comprenions tous comme si vous parliez notre langue maternelle ? Nous parlons tous des langues différentes et vous vous parlez araméen, avec un gros accent de Galilée et nous avons tout compris ! Dites-nous comment c’est possible ! » Un autre l’interpelle : « Laisse tomber, ils sont ivres ! » la discussion reprend de plus belle. « Même s’ils sont ivres, cela n’explique rien, moi je sais ce que j’ai compris. J’ai bien entendu qu’ils parlaient de tout ce que Dieu faisait et voulait pour moi, je ne me suis pas trompé, quelque chose s’est passé de très mystérieux ! C’est un miracle, ça ! »

Claudius se tourne vers son camarade : « Tu sais, je crois qu’il a raison, ou bien ce sont de puissants magiciens. Je ne sais pas quel dieu agit à travers ces hommes, mais ce qu’ils ont dit m’ont touché. C’était comme si ma mère me parlait, comme quand ma grand-mère me racontait des histoires. Et cette puissance que j’ai sentie en moi, je ne l’ai jamais rencontrée avant. Je n’aime pas cela, ça me fait peur. »

Alors, Pierre qui n’avait pas eu le courage de rester près de Jésus quand on l’a arrêté, Pierre le pêcheur qui n’a jamais fait d’études, Pierre prend la parole et raconte. Il raconte ce qu’il a vu : comment Jésus a guéri, enseigné, consolé, relevé, même ressuscité des morts des gens qui souffraient dans leur corps ou dans leur cœur. Il raconte comment il était l’envoyé de Dieu, qui annonçait son pardon et son amour pour son peuple. Il raconte comment il a été arrêté et donné aux Romains pour qu’il soit crucifié. Il raconte comment lui et d’autres l’ont vu vivant parce que Dieu l’avait relevé d’entre les mort. Il explique où, dans la Bible, il a trouvé des passages qui montrent que Jésus ne pouvait pas rester mort. Il proclame que tous peuvent vivre de la même joie et de la même paix que lui.

Marcus se tait. Il a l’air heureux, paisible. Claudius essaie de l’entraîner plus loin. « Allez, viens, on va avoir des ennuis si on reste là trop longtemps. Tu sais que le gouverneur n’aime pas ces histoires de résurrection, ces contes d’un dieu qui serait plus fort que tous les nôtres réunis »

« Non, Claudius, je ne pars pas. Ce que j’ai ressenti, je ne peux pas l’expliquer, je ne peux pas le raconter, mais ce n’est pas de la magie, c’est la puissance dont les disciples de Jésus parlaient, ce qu’ils attendaient. Tu as ressenti comme moi, au plus profond de toi la présence du Dieu de Jésus. Accepte cet amour, tu verras comme tu seras en paix ». Claudius lève les yeux au ciel, il hausse les épaules et s’en va. Marcus s’avance vers Pierre et lui demande «Que dois-je faire ? »
Pierre lui répond : « c’est facile. Si tu crois au Seigneur Jésus, viens, je vais te baptiser et puis rejoins-nous ».

Samuel s’en va tout pensif. Il ne sait pas ce qu’en diront ses parents, mais il sait déjà qu’il reviendra. Lui aussi veut comprendre ce qui s’est passé au fond de son cœur.

—– Lecture d’Actes 2, 1-13

Crédits : Anne Petit (EPUdF), Point KT, Pixabay




Paul en route pour Rome

Prédication narrative de la pasteure Anne Petit, mettant en récit les chapitres 27 et 28 du livre des Actes des Apôtres. Enquêté de Luc à propos de Paul, prisonnier, en route vers Rome….

À Arles en juillet, il fait chaud. Mais l’homme qui s’avance sur le chemin poussiéreux a l’habitude de la chaleur. Cela fait 4 ans qu’il parcourt tout le bassin méditerranéen, de Jérusalem à Rome, de Philippes à Nazareth, d’Ephèse à Malte. Il est au bout de sa route. Bientôt, il pourra rentrer chez lui, à Nicopolis, en Grèce. Cela fait 4 ans qu’il cherche de ville en ville, de village en hameau les témoins de ce qui s’est passé. Ceux qui ont vu et connu le Seigneur Jésus sont devenus rares, cela fait plus de quarante ans qu’il est mort et ressuscité. Mais ceux qui ont connu son apôtre, Paul, sont souvent encore bien vivants. Luc, puisque c’est lui, a promis à son ami Théophile de lui raconter exactement ce qui s’est passé. Luc sait bien qu’il ne peut pas tout raconter. Les apôtres partis en Égypte, en Éthiopie, en Afrique ont eux aussi proclamé la Bonne nouvelle. Mais il ne peut pas raconter tout ce qui est arrivé. Il s’est passé trop de choses, le monde est en train de changer et le monde est bien trop vaste pour un seul homme. Alors Luc s’est renseigné sur ce qui s’est passé du temps du Seigneur Jésus, mais aussi comment deux de ses apôtres ont commencé leur mission. En effet, le récit qu’a fait Marc ne suffit pas à quelqu’un qui est historien, comme lui. Il faut plusieurs témoins, plusieurs sources pour pouvoir raconter de manière fiable comment Dieu a sauvé le monde et comment ses serviteurs ont accompli sa volonté. Et, lorsqu’il s’agit de la foi au Seigneur Jésus, il faut aussi vivre cette foi, même si tous les témoins ne la partagent pas. Ainsi, l’homme que Luc va voir, Gaïus, n’est pas chrétien. Mais il est un témoin important, le dernier d’une longue quête.

Gaïus est un vétéran, un ancien soldat de Rome. Après son temps dans l’armée, il a reçu un bout de terre dans cette colonie d’Arles. Il s’est installé, s’est marié et gagne bien sa vie avec ses champs d’oliviers.

Gaïus accueille Luc comme il se doit puis lui demande le but de sa visite. « C’est Julius de Massilia qui m’envoie vers toi. Je voudrais que tu me racontes le voyage que vous avez fait pour amener Paul à Rome ».
« Julius y était, il pouvait te raconter. D’ailleurs, ce Paul l’a converti, il est devenu christianos ».
« Oui, répond Luc, mais je voudrais que toi tu me racontes avec tes mots ».
« C’était la fin de l’été » quand on nous a confié l’homme, un Juif citoyen romain. Il voulait être jugé par l’empereur. Mais en réalité, tout a été de la faute du centurion, de Julius. Rien n’était trop beau pour ce Juif. Il a pu aller voir des amis à Sidon. Et pourtant, nous nous trainions de navire en navire sur une mer sans vent. Le temps passait et nous n’avancions guère vers Rome. Nous avons fini par embarquer sur un bateau provenant l’Alexandrie qui voguait vers l’Italie. Mais les vents ne se levaient toujours pas, nous avons fait escale en Crète, dans un port peu favorable à l’hivernage. L’automne était déjà avancé. Paul a conseillé de passer l’hiver là, mais le capitaine voulait trouver un meilleur mouillage, et nous avons repris la mer. Le centurion aurait mieux fait d’écouter Paul, lui qui d’habitude était à faire toutes ses volontés. Une épouvantable tempête nous a ballotés pendant des jours. Nous avons tous cru mourir. Seul Paul gardait son calme. Qu’il était énervant ce juif qui prétendait tout savoir. Son Dieu lui aurait parlé, lui aurait promis la vie sauve jusqu’à Rome et la vie sauve pour nous tous ! C’était plutôt au Dieu de la mer, Neptune, qu’il fallait sacrifier.»

Luc l’interrompt : « Penses-tu que Neptune pouvait vous sauver ? »

« Oh, moi, d’habitude, je laisse les dieux tranquilles et eux me laissent faire aussi, mais là dans la panique, je lui aurais bien sacrifié Paul. Mais les marins ont fait les offrandes habituelles et cela n’a rien changé ! »

Luc reprend : « Pourtant, tu es bien là, des années plus tard. Quel dieu t’a sauvé ? »

Publius s’assombrit. Il marmonne « Un seul Dieu, ce n’est pas normal. Peut-être que Neptune a pris son temps pour nous aider. Les marins ont jeté des choses par-dessus bord et rien ne s’est arrangé. Cela faisait des jours qu’on ne voyait plus le ciel, on n’avait rien mangé. Et voilà Paul qui nous rassure, qui nous supplie de manger, de prendre des forces. Cette nuit-là, les marins ont repéré que le niveau de la mer baissait : nous nous rapprochions d’une côte. Ils ont voulu abandonner le navire, et nous avec, mais Paul nous a avertis et nous avons largué la chaloupe. Puis Paul nous a à nouveau demandé de manger. Il a partagé du pain, en le bénissant comme il faisant toujours et cette fois, nous avons mangé.

Puis les marins ont jeté à la mer le reste du blé  transporté pour alléger le bateau. Mais rien n’y a fait, il s’est échoué quand même. Nous, on a voulu tuer Paul et les autres prisonniers, parce qu’on ne voulait pas qu’ils s’échappent, mais le centurion protégeait Paul, il nous a défendu de tuer qui que ce soit. Finalement, personne ne s’est noyé, personne ne s’est enfui. Nous avons tous pu rejoindre la terre. »

Gaïus arrête, le regard perdu dans le vague. Ces souvenirs hantent ses rêves. Luc dit doucement « personne ne s’est noyé, comme Paul l’avait dit… »

Le vétéran reprend : « on était sur l’île de Malte. Ce n’était pas loin de chez nous, mais quel peuple curieux. Ils étaient accueillants, note bien. On était sur la plage à faire du feu pour se sécher quand une vipère s’est attaquée à Paul. On s’attendait tous à le voir mourir, mais pas du tout, il n’a eu aucun mal. Alors les pécheurs du coin l’ont pris pour un dieu. Nous avons été logés par le responsable local, un Romain, Publius, et Paul a guéri son père. Alors tous les gens du coin lui ont amené leurs malades et il les a guéris et nous avons tous été bien soignés et nourris pendant les trois mois de notre séjour. Puis, au printemps, nous avons trouvé un bateau qui nous a amené à Pouzzole. De là nous sommes partis pour Rome. Pendant ces mois, le centurion Julius a traité Paul comme s’il était un invité. Il a discuté des heures avec lui. Nous ne comprenions pas son attitude parce que Paul n’était ni riche ni important.

A Rome, Paul a eu le droit de louer une petite maison où il était certes prisonnier mais libre de recevoir qui il voulait. Nous ne sommes restés que quelques semaines à Rome avant de repartir pour la Syrie, ses déserts et les rebelles de Judée mais j’ai bien vu ce qui se passait. D’abord, ce sont des chrétiens comme Paul qui sont venus le voir. Puis des Juifs. Certains revenaient, d’autres pas. Puis des citoyens romains, parfois même des patriciens, et surtout des patriciennes. Paul accueillait tout le monde sans faire de distinction. Le centurion passait tout son temps avec ces gens-là. Voilà ce que moi, j’ai vu. Le reste, la mort de Paul, j’en ai entendu parler, mais je n’étais pas là. Je ne vois pas en quoi tout cela peut t’intéresser. »

Luc répond : «  cela te regarde aussi, ce qui s’est passé. Dieu a voulu sauver tous les êtres humains et c’est cela que Paul annonçait. »

Gaïus l’interrompt « Moi, je n’ai jamais écouté ce qu’il disait. Il m’énervait parce que Julius avait trop d’égard pour lui, un Juif. Les Juifs sont les ennemis de Rome, d’ailleurs, tu le sais bien, ils se sont révoltés et Titus les a écrasés il y a deux ans. Il paraît qu’il a ramené tous les trésors à Rome et qu’il construit un grand amphitéâtre pour le peuple avec ces trésors et avec les prisonniers ramenés de Judée. »

Luc répond « Tous les Juifs ne sont pas ennemis de Rome. Il y en a même eu un qui était opposé à toute forme de violence, et c’est de cet homme, Jésus, que Paul parlait à tous. Ne veux-tu pas que je te raconte son histoire ? Tu pourras alors voir par toi-même si c’était un ennemi de Rome et si son message peut t’être destiné. Vois-tu mon sac ? Dedans j’ai un premier rouleau, que j’ai composé moi-même et qui parle de la mission de Jésus sur la terre, et qui raconte comme Dieu a voulu sauver les hommes. »

« Tu peux bien raconter ton histoire, dit Gaïus, mais je ne vois pas de quoi je dois être sauvé. »

« Tu m’as dit tout à l’heure que tu laissais les dieux tranquilles et eux aussi. C’est sûr, puisque ces dieux n’existent pas. Mais il est un Dieu qui a créé tout l’univers et c’est le Dieu de tous les hommes, puisqu’il n’y en a pas d’autres ; Ce Dieu veut aider et soutenir tous les humains et tout ce qu’il demande en retour, c’est d’être aimé par eux. Si tu avais cru dans le Dieu de Jésus et de Paul, tu n’aurais pas été seul dans la tempête. Il aurait été avec toi. Bien sûr, il « t’es là quand même, Paul te l’a dit. Mais tu ne l’as pas senti à tes côté. Ceci, c’est ce que Jésus a promis à toute personne qui croit. Et ce n’est pas tout. Moi qui marche depuis plus de 4 ans dans l’empire, partout où je suis allé, j’ai trouvé des membres de ma famille, ceux que tu appelles christianoï, les chrétiens. J’ai reçu soutien, encouragement, aide matérielle et morale. Partout, on m’a demandé de raconter ce que j’avais appris. Partout, on m’a demandé d’envoyer mes rouleaux quand ils seraient écrits. Et là où je suis resté quelques temps, on a copié ce que j’avais déjà écrit. C’est tellement mieux de se sentir aimé par Dieu et par des frères et sœurs partout, en tout temps. »

Gaïus est songeur : « tu parles bien, voyageur. Je veux bien entendre ton histoire. Ce soir, après le dîner, quand la maison sera rassemblée, tu la raconteras. »

Crédit : Anne Petit (EPUdF), Point KT, Pixabay




Isabelle Bovard, conteuse

Voici une petite pépite pour les catéchètes  : le site de la conteuse Isabelle Bovard : Des Histoires à nos Racines

Isabelle Bovard est conteuse et  elle raconte avec passion toutes sortes d’histoires : des contes traditionnels, mais aussi des contes contemporains. Des légendes de Suisse, mais aussi des mythes grecs ou des histoires de l’autre bout du monde.
Elle a une passion particulière pour les récits de la Bible. Ses narrations bibliques nous font plonger dans les histoires, où nous nous retrouvons aux côtés des protagonistes ; nous nous  apercevons alors qu’ils nous sont tout proches et que ces histoires sont vibrantes d’actualité… Lors de ses spectacles-méditations, elle y mêle souvent des chansons francophones, qui leur font écho et les prolongent.
Sacrées ou profanes, les histoires nous relient à nos racines…  Ses capsules vidéo sont très belles… venez et voyez !
Crédits : Point KT



Recension des narrations de Christian KEMPF

Ci-dessous, une recension des contes et narrations de la plume de Christian KEMPF,  publiées sur Point KT.

 

Contribution aux dossiers :

Crédits : Point KT




La Samaritaine et Jésus

Il fait chaud, très chaud. Nous sommes en Samarie, près de Sichem, en 28 ou 29 de notre ère. Comme dans tous les villages des environs, il y a un puits. On n’aurait pas fondé un lieu de vie là où il n’y a pas de puits ou de source. Même les cours d’eaux peuvent être à sec une partie de l’année.
Ce puits sert à tout le monde : les bergers puisent de l’eau pour leurs troupeaux, les artisans envoient leurs apprentis chercher l’eau nécessaire à leur ouvrage et bien sûr, les femmes tirent l’eau nécessaire à la maison. C’est une tâche ingrate et comme souvent, elle revient aux filles dès qu’elles sont assez fortes pour transporter l’eau sur leur tête et cela jusqu’à ce qu’elles soient trop vieilles pour la charge. Comme cela existe encore dans notre monde, il nous est facile d’imaginer les scènes qui se déroulent autour de ce puits. Les femmes viennent en groupe, autant en profiter pour échanger des nouvelles et puis, c’est toujours plus agréable d’accomplir une corvée à plusieurs ! Elles évitent à la fois les bergers et leurs bêtes et la chaleur du jour. Elles viennent le matin très tôt et le soir, jour après jour, puiser de quoi boire, nettoyer, laver toute la maisonnée.

Mais à l’instant, il est midi, la chaleur est accablante, le soleil de plomb. Le puits est désert en attendant le soir. Pourtant non, il n’est pas désert, une femme s’approche avec sa cruche, et découvre qu’elle n’est pas seule. Un homme est déjà là. Il est assis au bord du puits. Ses pieds et ses vêtements sont pleins de poussière. Il a l’air fatigué. La femme hésite. Elle venait au puits à cette heure pour ne pas rencontrer les autres, celles qui la jugent, celles qui ne lui parlent pas mais qui murmurent dans son dos. Oh, elle sait bien ce qu’elles disent : elle n’est pas fréquentable. Pensez donc, 5 maris ! Peu importe pourquoi, peu importe comment. 5 maris, ça ne se fait pas. Non, cela ne se fait pas pense-t-elle amèrement. Mais quand on n’a pas d’argent et pas de fils, plus de père chez qui retourner, comment vivre ? Maintenant, elle porte malheur aux hommes, voilà ce qui se dit. Alors, plus personne ne veut l’épouser. Elle ne veut plus les voir, elle ne veut plus les entendre toutes ces femmes qui jugent sans savoir. C’est pourquoi aujourd’hui, elle a décidé de chercher l’eau en pleine chaleur plutôt que d’affronter leurs regards.

Et voilà elle ne peut même pas puiser tranquille, même à midi ! En même temps, l’homme est un inconnu, elle n’a qu’à l’ignorer. De toutes manières, il l’ignorera aussi, c’est un homme et elle est une femme, c’est un Juif et elle, elle est Samaritaine.

Et bien non, il se tourne vers elle, il la regarde et lui demande à boire.
« Ah bon, tu me demandes à boire, toi homme juif, à moi, une femme, et une samaritaine en plus ! ça c’est une première ! Depuis quand les hommes s’adressent-ils à des femmes étrangères ? »  Il est étrange ce Juif pense-elle. Il la regarde vraiment. Il lui parle vraiment, comme si elle avait de l’importance. « Si tu savais qui je suis, tu m’aurais demandé de l’eau vive et je t’en aurais donné »

« Mais tu n’as pas de seau et le puits est profond. Est-ce que l’eau va sortir miraculeusement, comme elle le faisait du temps de notre ancêtre Jacob ? »

L’homme répond, et sa réponse est encore plus curieuse que la précédente : « Cette eau du puits, tu en bois mais plus tard, tu as de nouveau soif. Avec l’eau que moi je peux te donner, tu n’auras plus jamais soif. »
La femme est interloquée, elle ne comprend pas mais répond quand même : « Donne-moi cette eau, que je ne sois plus obligée de venir ici, puiser ». Et puiser, c’est dur pense-t-elle, mais puiser en plein midi, c’est infernal !

L’homme la regarde et change brutalement de sujet. « Va chercher ton mari ». Il est bien temps de s’occuper des convenances pense la femme, cela fait un bout de temps que nous parlons de manière inconvenante. Et elle répond « Je n’ai pas de mari »

« C’est vrai, tu n’as pas de mari, mais tu en as eu 5, et tu vis avec un homme qui n’est pas ton mari »

Il dit ça comme ça. C’est vrai, mais cela n’a clairement pas d’importance pour lui. Il ne juge pas, il ne critique pas, il ne méprise pas. Cet homme plein de poussière la regarde, il la voit comme elle est, il lui dit qui elle est, simplement. Mais lui, qui donc est-il ? Un prophète ? Comment sait-il ce qu’elle a fait ? Pourquoi lui a-t-il parlé, à elle, alors qu’il savait qui elle était ? Ces questions se bousculent en elle mais finalement, elle ne les pose pas. Elle décide : « Tu es un prophète » et lui demande non ce qui importe pour sa personne, mais ce qui importe pour la foi de son peuple. Là-haut, sur la montagne, se trouvait le temple avant que le roi juif le détruise. C’est là que les prêtres samaritains enseignent qu’il faut rendre un culte à Dieu et pas à Jérusalem. Au fond, c’est essentiel : où se trouve Dieu ?  C’est une question qui concerne tout un chacun, de toute éternité. Alors elle demande « Où faut-il adorer Dieu, sur le mont Garizim ou à Jérusalem ? »

La réponse de ce voyageur fatigué n’est pas celle qu’elle attend. « La question n’est pas là, dit-il. L’important, c’est de connaître le Père et seuls les Juifs le connaissent vraiment et c’est cela qui peut sauver les autres. Mais il est temps de ne plus s’intéresser à « où l’adorer » mais à « comment le faire ». Dieu est Esprit et c’est en esprit qu’il faut l’adorer. Le Père est vérité, et il faut l’adorer en vérité. »
La femme ne comprend rien. Comment le pourrait-elle ? Tant de grands savants se sont penchés depuis sur ces réponses. Mais elle commence à le regarder et tout comme il a su qui elle était, elle entrevoit qui il est. Si la question du temple n’a aucune importance, si cet homme fatigué, plein de poussière, ordinaire et même un peu impuissant, incapable de puiser de l’eau, parle de Dieu comme on parle de son père, il est peut-être, lui, ce qui vient des Juifs pour sauver. Alors, elle se lance : « Le Messie qui doit venir tout nous annoncer, ne serait-ce pas toi ? »

Alors, il répond simplement « Je le suis, moi qui te parle ». La femme part en courant annoncer à tout le village, à tous ceux qui la méprisent et l’ignorent ce qu’il vient de lui arriver.

Cette histoire, c’est celle de la Samaritaine qui a rencontré un jour Jésus au bord d’un puits, Jésus dont le nom signifie « Dieu sauve »
C’est l’histoire d’une femme – catégorie inférieure d’humain, une Samaritaine – catégorie inférieure de croyants, selon les Juifs en tous cas, qui reconnait en Jésus ce que les savants juifs de Jérusalem n’ont pas compris. Elle a reconnu dans ce voyageur fatigué celui qui tous attendaient. Elle a réussi à déconstruire la vision d’un Messie triomphant, vêtu de blanc, brandissant une épée, venu nettoyer le pays pour que Dieu puisse y régner.
Cette femme en dehors des clous a pensé en dehors des clous et c’est elle qui comprend que l’heure est arrivée de changer de vision des choses.
Jusqu’ici Jésus n’a convaincu que ses disciples, et encore, il faudra attendre la résurrection pour que tout devienne clair pour eux. Est-ce que tout est clair pour la femme ? Sans doute pas. Mais l’essentiel est là, dans cette rencontre où l’eau dont il est question n’est pas toujours de l’eau ; où les hommes ne sont pas tous des maris ; où les horaires de visite au puits sont brouillés ; où les attentes sont comblées mais pas de la manière attendue ; où celui qui devait venir comme un roi vient comme un simple voyageur démuni de l’essentiel, l’eau qui étanche la soif, mais qui est capable de donner plus que l’essentiel : il donne la vie qui ne s’arrête pas, cette dimension supplémentaire de vie qui est la vie avec Dieu, qui est comme une source d’eau qui ne tarit pas, il donne des forces, de la joie, de la paix, de l’amour à tous ceux qui sont capables de reconnaître en lui celui qui sauve le monde.

J’ai raconté l’histoire, en imaginant un peu les pensées de la femme, en décrivant un peu le contexte, en simplifiant un peu le discours de Jésus. Vous pouvez lire l’histoire dans le chapitre 4 de l’évangile de Jean. Vous y retrouverez l’essentiel de la narration. Le passage a été commenté, décortiqué pendant des siècles et il continue à l’être.

On peut y voir quantité de symboles, y découvrir des allégories. J’ai voulu insister sur la femme, sur la Samaritaine, parce que Jésus est Jésus, et de lui, je ne sais qu’une partie, son humanité : la fatigue du voyage, la soif, la faim -les disciples sont partis acheter à manger. Je peux savoir la frustration de ne pas être compris par les maîtres d’Israël, de ne pas être écouté par ceux qui devraient savoir. Mais je ne peux pas connaître Jésus « Dieu sauve ». Je ne peux pas savoir ce qui lui permet de connaître la vie de la Samaritaine, ce qui lui permet de savoir qui je suis au-delà des apparences.

Et c’est là me semble-t-il un point important, un point essentiel. La Samaritaine, qui est si proche des Juifs qu’elle en partage l’espérance messianique, a appris que le Messie devait venir, tout comme elle a appris que le temple qui se dressait sur le mont Garizim était le seul lieu possible pour adorer Dieu. Mais Jésus lui a permis de voir au-delà où à côté des enseignements donnés, ou bien c’est sa propre condition de personne un peu en dehors des clous qui lui a permis de réfléchir en dehors des sentiers battus, je ne sais pas.

Qu’est-ce qui fait qu’on reconnaît Jésus dans nos vies ? Moi, je ne sais pas. Je l’ai rencontré, sinon, je ne serais pas là ce matin. Comment est-ce que je l’ai reconnu ? Je ne sais pas. De toutes manières, ce n’a sûrement pas été de la même manière que la Samaritaine qui l’a reconnu en chair et en os. Et probablement, si nous savions le dire, nous aurions tous une histoire différente à raconter. Ce que je peux vous dire par contre, c’est ce qu’il a fait et qu’il continue à faire dans ma vie. Il est présent, il me guide, il m’accueille quand je reviens vers lui après avoir fait fausse route. Il entend mes prières. Il me permet de comprendre l’amour de Dieu pour moi. Et je peux m’imaginer que cette femme inconnue de Samarie a été transformée par cette rencontre. Transformée à l’intérieur d’elle-même mais aussi transformée pour les autres, ceux qui sont allés parler à Jésus et ont compris qu’il venait sauver le monde. N’était-ce pas grâce à elle qu’ils avaient approché le Seigneur ? N’est-ce pas elle qui nous le fait voir encore aujourd’hui ? En tous cas, Je suis sûre qu’elle n’a plus jamais ressenti le besoin d’aller au puits en plein midi. Amen

Crédits : Anne Petit (EPUdF), Point KT, Pixabay




Se plonger 7 fois dans le Jourdain

« Voici un conte que j’avais écrit pour un culte entre les versets 12 et 13 de 2 Rois 5. Un culte tout à la fois intergénérationnel, et avec l’Église malgache de Provence qui est venue soutenir les prières et les chants avec leurs instruments. 3 jours avant le culte, j’ai recruté deux paroissiens pour répéter ensembles la prédication. On l’a bien travaillé le mercredi et on a surtout passé un bon moment – à retravailler ensemble mon texte. J’y ai mis les rivières et les fleuves qui passent à proximité d’Avignon – mais on peut l’adapter avec l’Ill et le Rhin – ou toute autres rivières qui traversent les ville de France. Le seul accessoire que nous avions : la crécelle de Naaman que je tournais, pour parfois introduire son propos. Cette narration est tout à fait adaptée à l’occasion d’un baptême »

Ordre du culte :

♪ Jeu musical
– Proclamation de la grâce de Dieu – Accueil – Prière de louange
♪ Alléluia 21-07 : Qu’aujourd’hui toute la terre – § 1, 2 et 5
– Volonté de Dieu – Prière de repentance
♪ Alléluia 45-10 : J’ai soif de ta présence – § 1, 2 et 5
– Déclaration et accueil de la grâce
♪ Alléluia 42-08 : Toi qui disposes – les trois §
– Prière d’illumination
♪ Alléluia 51-14 : Quand l’Esprit de Dieu habite en moi – § 1, 2 et 3
– Lecture 2 Rois 1-15 (page 4) et prédication
♪ Chorale
♪ Alléluia 44-11 : Entre tes mains j’abandonne – § 1, 2 et 3
– Confession de foi : symbole des apôtres
– Annonces – Collecte
– Prière d’intercession et Notre-Père
– Parole d’envoi – Bénédiction
♪ Alléluia 44-11 : Je suivrai mon Seigneur et mon maître (pages 2 & 3)

Prédication narrative

Narrateur (2 Rois 5, versets 1 à 14) :

Naamân, chef de l’armée du roi d’Aram, était un homme estimé de son maître, un favori, car c’était par lui que le SEIGNEUR avait donné la victoire à Aram. Mais cet homme, vaillant guerrier, était lépreux.

 Les Araméens étaient sortis en razzia et avaient emmené du pays d’Israël une fillette comme captive ; elle était au service de la femme de Naamân. Elle dit à sa maîtresse : « Ah, si mon maître pouvait se trouver auprès du prophète qui est à Samarie ! Il le délivrerait de sa lèpre ».

Naamân vint rapporter ces paroles à son maître : « Voilà ce qu’a dit la jeune fille qui vient du pays d’Israël ». Le roi d’Aram dit : « Mets–toi en route ! Je vais envoyer une lettre au roi d’Israël ». Naamân partit, prenant avec lui dix talents d’argent, six mille sicles d’or et dix vêtements de rechange.

Il présenta au roi d’Israël la lettre qui disait : « En même temps que te parvient cette lettre, sache bien que je t’envoie mon serviteur Naamân pour que tu le délivres de sa lèpre ». Après avoir lu la lettre, le roi déchira ses vêtements et dit : « Suis–je Dieu, capable de faire mourir et de faire vivre, pour que celui–là m’envoie quelqu’un pour le délivrer de sa lèpre ? Sachez donc et voyez : il me cherche querelle ! »

Lorsque Elisée, l’homme de Dieu, apprit que le roi d’Israël avait déchiré ses vêtements, il envoya dire au roi : « Pourquoi as–tu déchiré tes vêtements ? Que Naamân vienne me trouver, il saura qu’il y a un prophète en Israël ! ».

Naamân vint avec ses chevaux et son char et s’arrêta à l’entrée de la maison d’Elisée. Elisée envoya un messager pour lui dire : « Va ! Lave–toi sept fois dans le Jourdain : ta chair deviendra saine et tu seras purifié ».

Naamân s’irrita et partit en disant : « Je me disais : Il va sûrement sortir de chez lui et, debout, il invoquera le nom du SEIGNEUR son Dieu, passera la main sur l’endroit malade et délivrera le lépreux. L’Abana et le Parpar, les fleuves de Damas, ne valent–ils pas mieux que toutes les eaux d’Israël ? Ne pouvais–je pas m’y laver pour être purifié ? » Il fit donc demi–tour et s’en alla furieux.

Narrateur : L’un des serviteurs de Naamân s’adresse à lui.

Serviteur – Vous avez l’air contrarié mon maître …

Naamân (qui se gratte – avec une crécelle)   – On le serait pour moins. Non seulement cette peste ne cesse de gagner du terrain – mais en plus, mes adversaires en profitent pour prendre leur revanche, et se moquer de moi. C’est une honte ! Ont-ils oublié qu’ils parlent au général en chef de leur suzerain ? Pas plus tard qu’hier, je triomphais d’eux – tout en considérant toujours, qu’il est indigne de frapper un homme à terre. Lorsque j’ai vaincu Israël, c’étaient eux qui étaient à terre à mes pieds, c’étaient eux qui capitulaient et imploraient ma clémence.

Par exemple : ce prophète Elisée, il n’a même pas daigné sortir de chez lui pour me rencontrer, il ne m’a envoyé qu’un serviteur !

Serviteur –  … un serviteur, … comme moi …

Naamân – Maudite peste (tourner la crécelle …), jusqu’à quand devrai-je, à cause d’elle, supporter l’insolence de tous ces serviteurs et esclaves, de ces femmes et ces enfants, qui se permettent de me donner des leçons ? ça a commencé par cette enfant captive d’Israël, qui a parlé à ma femme – puis ce prophète qui m’envoie son larbin – et puis toi maintenant … J’en ai assez ! C’est décidé : je retourne dans mon pays d’Aram !

Serviteur – … c’est dommage, mon maître : vous aviez déjà fait un grand bout de chemin.

Naamân – … un chemin qui mène nulle part, oui ! : me plonger 7 fois dans le Jourdain ? ça n’a ni queue, ni tête ! J’attendais un peu de considération de la part de ce prophète, qu’il fasse quelques incantations religieuses, qu’il fasse miroiter devant moi l’or des instruments cultuels, qu’il me prépare je ne sais qu’elle décoction sacrée – ne serait-ce que pour voir un peu la couleur des 10 talents d’argent et des 6 000 sicles d’or que j’ai investit dans l’affaire – histoire aussi de palper la présence du divin, tu vois ? …

Mais rien de tout ça. Juste cette parole saugrenue : « Va te plonger 7 fois dans le Jourdain ». Quand bien même il y aurait une part de vrai dans cette parole, L’Abana, le Parpar, la Sorgue, la Durance tout proche d’ici – ne pouvaient-ils pas tout autant faire l’affaire ?

Serviteur Certes, mais vous qui rejetez les paroles absurdes, écoutez celle-ci, car elle est sensée : si le prophète vous avait commandé de faire quelque chose de compliqué –  vous connaissant – je suis sûr que vous l’auriez fait. Mais voilà qu’il vous demande de faire quelque chose qui semble ne rien coûter – et ça, vous vous y opposez. Pourquoi donc ?

Naamân – Vois-tu, de toute ma vie, je ne dois rien à personne. Mes parents étaient à une place semblable à la tienne, figure-toi. Ma vie, je l’ai gagnée, au fil l’épée notamment. J’ai grimpé un à un les échelons et des concours … jusqu’à la droite du roi ! sans que personne ne m’aide. A l’école militaire, on ne m’a appris ni la mendicité, ni la soumission. Voilà pourquoi je me méfie de tout ce qui est soi-disant gratuit, de tout ce qui ne se gagne pas. Car ce que l’on te donne, on te le reprend toujours au décuple d’un autre côté. Mets-toi ça dans la tête fiston, on n’a rien sans rien. Ce qui ne se gagne pas, n’a pas de valeur. Voilà pourquoi j’y ai engagé mes fonds propres : je suis venu avec une lettre du roi d’Aram et tout cet or et tout cet argent.

Mais je ne viens pas ici pour capituler : mais pour guérir. Et cette guérison, c’est comme je veux – quand je veux – et où je veux, tu m’entends ! Même un genou à terre, c’est toujours moi qui commande ! On ne me dirige pas. Mais cessons ces bavardages et levons le camp. Nous n’avons que trop perdu de temps.

Serviteur – Pour l’instant maître, ce temps n’est ni gagné, ni perdu. Tout va dépendre de la décision que vous êtes sur le point de prendre …

Naamân– Comment ça ?

Serviteur – J’ai tout d’abord essayé de m’inscrire dans votre de grille de valeur, et de vous donner un argument raisonnable pour obéir au prophète : vous vous obstinez à vouloir faire demi-tour.

Alors, souffrez de perdre encore une ultime minute. Qui sait ? Peut-être sera-t-elle la minute décisive de votre vie ? – celle de votre baptême …

Passons maintenant à l’irraisonnable – car, que vous le vouliez ou non, en allant voir cet homme de Dieu – en venant au culte ce matin, – vous vous êtes déjà hasardé de façon folle. Ce qui vous est demandé maintenant, c’est d’aller encore plus loin, dans cette même direction : inversez le rapport de force dans lequel vous vivez, pour envisager un rapport scandaleux de faiblesse.

Je vous parle là d’un véritable retournement : une conversion ! Cessez de vouloir enrôler tout le monde sous vos ordres. Rangez votre business-plan. Essayez d’imaginer un retour sur investissement, … sans investissement.

Vous avez engagé vos fonds propres dites-vous ? … mais est-ce que vous êtes prêts à engager votre propre fond, le fond de vous-même ? Pour cela : il va falloir commencer par déposer votre épée, vous décharger de votre armure, vous mettre à nu, et plonger dans l’eau – et, qui plus est, 7 fois – histoire de bien témoigner que c’est à Dieu que vous vous confiez.

Naamân – Rendre les armes, jamais ! Veux-tu que je perde la vie !

Tant que t’y es, pourquoi pas demander le baptême !

Serviteur – A vouloir sauver votre vie – mon maître, avec tout le respect que je vous porte : vous la perdez. Posez votre épée aux pieds de Dieu, et alors, il vous adoubera comme chevalier de sa Parole. Ecoutez bien ceci : vous avez raison sur un point. L’eau du Jourdain, en elle-même, ne vaut pas mieux que l’eau d’ici. Sa valeur est dans le chemin que vous avez suivi pour marcher jusqu’à elle.

Naamân – ça, c’est le moins qu’on puisse dire : 200 Km en pleine canicule !

Serviteur – Je ne parle pas seulement de ce chemin là, mais d’un mouvement qui s’est déjà amorcé à l’intérieur de vous-même : vous avez commencé par écouter cette jeune captive, dont vous n’aviez même pas remarqué l’existence. Et maintenant, c’est moi-même, votre serviteur, que vous écoutez. M’aviez-vous déjà écouté auparavant ?

Naamân – Il ne manquerait plus que ça ! Que les Maître dussent écouter leurs serviteurs ! Tant que tu y es, pourquoi pas un syndicat d’esclaves ?

Serviteur – Et pourtant tu m’écoutes de plus belle …

Naamân (à l’assemblée)  – Le voilà maintenant qui me tutoie ! Le pire, c’est que je ne m’en offusque pas !

Serviteur  – … car tu commences à réaliser que l’important n’est pas le statut – ni la couleur de peau – de celui qui te parle. Tu ne t’en rends peut-être pas compte mais – en t’engageant sur cette voie, tu t’es déjà mis en route. Tu as quitté ton pays, ta famille, ta maison – tout comme Abraham, leur ancêtre.

Tu es l’un des leurs maintenant, fils d’Abraham, en marche vers le Jourdain, en marche vers une relation nouvelle avec Dieu. Comme lui, il te faut maintenant sortir de toi-même.

Ce prophète t’a déjà amené doucement à reconsidérer ta relation à l’autre, à désirer écouter ceux que tu réduisais auparavant à rien.

Que tu le veuilles ou non : ton chemin est déjà engagé.

Ce que Dieu attend de toi, ce n’est ni la fuite, ni une mise en scène pour faire plaisir à tout le monde, mais d’être à Son écoute, et à celle de tes proches.

Naamân – Mais que restera-t-il de moi, au final ? Si tout se joue malgré moi ?

Serviteur – Rien n’est joué.

Tu verras : tu crois que ton armure te protège, mais elle t’enferme. Elle te sépare de l’autre. Elle est l’image que tu préfères renvoyer, parce que tu te déconsidères. Loin d’être un refuge, ton armure est une prison. Elle est ton amour-propre, et te ferme à l’amour de l’autre. Décharge-toi d’elle … ça te fera du bien … Commence par ta cuirasse, puis ce sera au tour de ton char et de tes chevaux. Il t’appartient de troquer ton char contre la foi qui te portera – tes chevaux contre la grâce de Dieu qui t’entraînera : ce sera pour toi une libération. Tu poursuivras alors, d’un pas encore plus assuré, ce chemin qui t’ouvrira à une relation nouvelle à toi-même, à l’autre, et à Dieu.

Naamân (.à l’assemblée) – C’est qu’il parviendrait presque à me convaincre ! (au serviteur  ) – Mais dans cette relation nouvelle, pourquoi serait-ce à moi de faire le premier pas ?

Serviteur – Le premier pas – celui qui coûte – figure-toi que Dieu l’a déjà fait. Il t’attend. Sous l’eau du Jourdain. Il t’attend depuis si longtemps qu’il en suffoque à en mourir pour toi. Vas-y sans honte, sans armure ni crécelle, et tu vivras avec Lui.

Narrateur (Lecture de la suite du texte, 2 Rois 5, 14-15 ) :

Alors Naamân descendit au Jourdain et s’y plongea sept fois selon la parole de l’homme de Dieu. Sa chair devint comme la chair d’un petit garçon, il fut purifié. Il retourna avec toute sa suite vers l’homme de Dieu. Il entra, se tint devant lui et dit : « Maintenant, je sais qu’il n’y a pas de Dieu sur toute la terre si ce n’est en Israël.

Crédits : Daniel Schrumpf ( EPUdF), Point KT, Illustration Pixabay




Lazare, ressuscité ?

Prédication narrative pour les jeunes Evantile de Jean 11, 1- 45

 

Il y a bien longtemps, en 68 de notre ère pour être plus précis, dans une petite ville des environs d’Ephèse, une femme d’environs 65 ans se dirige vers la maison où son Église se réunit. En chemin, elle pense aux événements qui agitent tous les esprits. Un messager en provenance de Jérusalem est arrivé hier chez Jean. Les nouvelles ne sont pas bonnes. Certes, les frères et sœurs ont quitté la ville, mais la guerre qui fait rage attriste tout le monde. Non seulement les Romains assiègent la ville, mais à l’intérieur, les différentes factions se battent entre elles. Jésus avait bien raison : la violence ne mène qu’à la violence.
Marthe, puisque c’est elle, a accepté d’enseigner les enfants pendant que les adultes discutent de la guerre et prient pour les Juifs prisonniers de la ville et prisonniers de la violence.

Les enfants qu’elle va rencontrer, elle les connait bien. Tous, ils l’appellent grand-mère, que ce soit ses arrières petits enfants ou leurs amis. C’est bien ainsi, se dit-elle, puisque tous nous formons une grande famille, grâce au Seigneur Jésus Christ. Pour ceux qui sont nés dans l’Église, c’est tout naturel. Pour les autres, c’est une vraie découverte. En particulier pour le petit Rufus  qui ne dit jamais rien: ses parents  sont morts de la fièvre l’hiver dernier juste après avoir rejoint l’Église et Rufus  a été recueilli par Myriam, la nièce de Jean.

De quoi parler aujourd’hui ? Comment leur parler ? Elle qui a rencontré le Seigneur ressuscité, elle qui parcouru l’empire jusqu’à Rome en compagnie de son mari Barnabas avant de s’installer à Éphèse avec Jean et ses proches, elle trouve toujours bien plus difficile de s’adresse aux enfants qu’aux adultes. Et puis, il y a le petit Rufus.

Lorsque, devant la maison de Jean, Marthe a fini d’embrasser tous ces petits, les demandes fusent : « Alors grand-mère, tu nous parles de quoi aujourd’hui ? Raconte la fois où Jésus a guéri un aveugle ! Non, la fois où il est entré à Jérusalem sur un ânon ! C’est vrai que les Romains vont tuer tout le monde à Jérusalem ?

Et puis, il y a Rufus, qui ne dit rien.

Alors Marthe se décide. Est-ce que je vous ai déjà parlé de la fois où mon frère Lazare est mort ?

Grand-Père Lazare ! Mais il n’est pas mort, il est en train de discuter là-dedans avec les autres !

Eh bien si, Lazare est mort, il y a bien longtemps, et c’est le Seigneur Jésus qui l’a ramené à la vie.

C’était l’année où le Seigneur a été crucifié, pas très longtemps avant qu’il n’entre à Jérusalem monté sur l’âne. Nous habitions Béthanie, pas loin de Jérusalem, avec Marie notre sœur qui est morte il y a bien longtemps maintenant. Jésus et ses disciples les plus proches étaient en Galilée, ils se cachaient des chefs religieux qui voulaient la mort de Jésus. Lazare est tombé gravement malade. Marie et moi avons tout de suite envoyé un message à Jésus. Nous savions qu’il pourrait le guérir. Mais l’état de Lazare a empiré et il est mort.
–  Pourquoi Jésus n’est pas venu ? demande la petite Salomé.
– C’est Nathanaël qui m’a raconté. Jésus n’a pas bougé quand il a entendu notre message. Pourtant, il aimait Lazare comme un frère. Il a attendu que Lazare soit mort pour venir à Béthanie. Ses disciples ne voulaient pas, c’était trop dangereux. Mais Jésus a insisté qu’il fallait qu’il y aille pour aider ses disciples.

– Tu veux dire aider Lazare, non ?

– Ce n’est pas ce que Nathanaël a raconté. En tous cas, Thomas, qui n’a jamais eu peur de rien, a encouragé tout le monde à suivre Jésus, même s’ils risquaient tous la mort et ils sont partis pour Béthanie.

Pendant ce temps, nous avions mis Lazare dans un tombeau et nous pleurions, Marie et moi. Les voisins, des amis de Jérusalem étaient venus nous entourer.
Et voilà qu’un garçon est venu me prévenir discrètement que Jésus arrivait. Alors je me suis précipitée sur le chemin et quand je l’ai vu, je me suis effondrée. Si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort, tu aurais pu le guérir, lui ai-je dit.
Vous savez, Jésus avait une manière bien particulière et bien curieuse de répondre quand on lui parlait. Il fallait souvent réfléchir longtemps avant de comprendre ses paroles. Là, il m’a dit « Ton frère vivra ». Je ne comprenais plus rien. Jésus me disait la même chose que tous ces gens venus pour me consoler. Mais cela ne me consolait pas du tout. Je lui ai répondu ce qu’on m’avait appris : je sais que Lazare revivra à la fin des temps, quand tout le monde ressuscitera. Entre nous, je ne comprenais pas bien ce que cela pouvait signifier.

Alors Jésus m’a répondu : « C’est moi qui suis la résurrection et la vie. Celui qui met sa foi en moi, même s’il meurt, vivra ; et quiconque vit et met sa foi en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? »

Je l’ai regardé, et c’était comme si je le voyais pour la première fois. C’était toujours le même Jésus, celui qui venait dîner à la maison, qui nous racontait des histoires du Royaume de Dieu, qui nous parlait de l’amour de Dieu pour tous les humains. Mais c’était aussi quelqu’un d’autre. Je ne comprenais pas jusque-là pourquoi les disciples disaient qu’il était le Messie, le Fils de Dieu, mais là, j’ai compris. J’ai compris qu’il était vraiment celui que tout le monde attendait, celui que Dieu avait envoyé dans le monde. J’ai cru en ses paroles. C’est comme si un poids avait été enlevé de mon cœur, comme si quelqu’un d’autre habitait dans mon cœur avec moi.

– Mais ton frère, Lazare, celui qui était mort ?

Ah Lazare ! Oui, il était toujours mort, mais les paroles de Jésus me consolaient non pas de son absence, mais pour lui. Lui aussi avait connu Jésus et cru en lui.

Je ne me souviens plus bien du reste. J’étais toute étourdie par cette découverte soudaine sur Jésus, comme si je ne l’avais jamais vu ni entendu avant. Il était à la fois toujours le même et différent, imposant. Tout à coup, nous étions devant le tombeau ouvert de Lazare et Jésus était en larmes. Je ne me souvenais plus de l’y avoir suivi. Il y avait Marie et les voisins. Tous disaient la même chose : Jésus aurait pu guérir Lazare. C’était comme si j’étais la seule à me rendre compte qu’il était différent. Enfin, la seule, sans doute pas. Ses disciples proches, Thomas, Philippe et les autres l’avaient compris depuis longtemps déjà.
Alors Jésus a levé les yeux au ciel et demandé à Dieu de l’exaucer à cause de nous. Il a alors crié : « Lazare, sors ! » Et mon frère est  sorti, tout empêtré dans ses bandelettes. Jésus a alors demandé qu’on l’aide à s’en démêler et il est reparti vers la maison, comme si rien ne s’était produit.
Je peux vous dire que Lazare ne comprenait rien, que les voisins et amis étaient bouleversés. Nous pensions tous que seul Dieu était capable de faire revivre les morts, et voilà que Jésus en avait le pouvoir ! Beaucoup ont alors cru qu’il était vraiment le Messie, celui que Dieu avait choisi pour libérer le peuple. Moi, j’avais compris qu’il était bien plus que cela. Je suis la résurrection et la vie avait-il dit.

Marthe se tait et regarde les enfants. Les plus grands connaissent l’histoire par cœur. Les plus jeunes sont captivés, et Rufus a l’air de penser très fort. Marthe soupire. Elle se fait vieille. Bientôt, plus personne ne pourra raconter comment elle a rencontré le Seigneur. Heureusement, Jean et d’autres avec lui sont en train d’écrire un livre pour témoigner de tout ce qui est arrivé. Les enfants de ces petits ne connaîtront plus aucun témoin direct de ces événements qui ont changé tant de choses.

Lydia demande : alors, Lazare ne va plus jamais mourir ?

– Si, bien sûr Lazare va mourir. Il n’est pas ressuscité comme le Seigneur est ressuscité.

Simon ne comprend pas : à quoi cela sert que Jésus ait fait revivre Lazare puisque tout le monde continue à mourir ?

– Tu sais, tout le monde n’a pas cru que Jésus était le fils de Dieu. Il y a beaucoup de juifs qui ne le croient toujours pas. Jésus l’avait dit, il avait dit que Dieu lui avait donné le pouvoir de faire vivre les morts. En rendant la vie à mon frère, il a montré que c’était vraiment vrai, qu’il avait ce pouvoir.
Simon insiste : mais pourquoi les croyants continuent à mourir, comme mon cousin Jacob, puisque Jésus leur a promis qu’ils ne mourraient pas ?
– Simon, Jésus a promis qu’ils vivraient, même s’ils étaient morts. Tu sais, quand on découvre que Jésus est le Seigneur, on découvre tout à coup qu’on n’est pas seul, qu’il est toujours avec nous. On ne le voit pas, c’est comme une présence à l’intérieur de nous. C’est cela la vie qui ne s’arrête jamais, la vie avec Dieu, avec Jésus.

– Comment tu peux le savoir ? C’est Lazare qui te l’a dit ?
– Non, Lazare ne parle jamais de ce qui s’est passé quand il était mort. Mais je sens aujourd’hui, maintenant, que Dieu est avec moi, je vois la vie et les choses de manière différente, comme Jésus l’avait promis. C’est le témoignage de tous les frères et sœurs. Je suis sûre que lorsque vous interrogez les autres adultes, ils vous disent la même chose. Alors, puisque cette promesse s’est réalisée dans ma vie, je fais confiance, je crois que la promesse de Jésus que cette vie avec Dieu ne s’arrêtera jamais, même quand je mourrai, est vraie aussi.

Rufus prend alors la parole : je ne vois pas ce que cela change. On est malheureux quand quelqu’un meurt.
– C’est vrai et Jésus a pleuré devant la mort de Lazare, devant notre peine. Tu sais, j’ai perdu beaucoup de personnes que j’aimais beaucoup, dans ma famille. Ma sœur Marie, mon mari Barnabas, plusieurs de mes enfants et petits-enfants. Et puis des frères et sœurs dans l’Église : Nathanaël, Salomé, Julia et tant d’autres. J’ai pleuré, nous avons tous pleuré parce qu’ils nous manquaient. Mais j’ai confiance, ils sont avec le Seigneur. Et je ne me suis jamais sentie seule dans ma peine. Le Seigneur était à mes côtés, il pleurait avec moi et il me soutenait. Et tous les frères et sœurs pleuraient avec moi, et nous nous aidions les uns les autres. Avoir une famille autour de soi quand on est triste, cela aide beaucoup. Jésus nous a donné cela aussi, une famille de frères et sœurs qui nous aiment et nous soutiennent quand notre propre famille ne peut plus le faire.
– Alors, c’est pour cela que tu dis tout le temps frère et sœur à des gens qui ne sont pas de ta famille ? dit Rufus.
– Ils sont de ma famille, vous êtes tous de ma famille puisque nous avons le même Père qui nous aime.

Lorsque les adultes sont sortis de la maison pour rentrer chez eux, tous les enfants se sont éparpillés comme des moineaux. Le petit Rufus s’est retourné et a crié : A bientôt grand-mère !

Crédit : Anne Petit (EPUdF), Point KT, Illustration Pixabay

 

Amen