Images frottées 2: Une technique d’illustration pleine de surprises pour raconter les récits bibliques

Votre public se trouve devant une feuille vierge, et vous, vous racontez en frottant une craie-cire sur cette feuille vierge et Oh ! Surprise ! Un dessin apparaît ! « Mais comment cela se peut-il ? »
Réaliser un matériel inusable, réutilisable, économique, se composer une bibliothèque de dessins-mystères utilisables dans différents récits, impliquer les enfants et les jeunes dans la réalisation d’illustrations-mystères: à vos ciseaux !

Étape 1 : Le récit
Pour préparer vos illustrations mystérieuses, vous aurez besoin de repartir du texte biblique, quitte à en faire une narration plus personnelle par après. Préparer votre scénario dans un tableau : la première colonne reprend la découpe du texte, la seconde une idée de dessin, représentatif ou symbolique. Par exemple La parabole de la brebis perdue Mathieu 18.12-14
 « Qu’en pensez-vous ? Supposons qu’un homme possède cent moutons et que l’un d’eux s’égare, ne va-t-il pas laisser les quatre-vingt-dix-neuf autres sur la colline pour partir à la recherche de celui qui s’est égaré ? Je vous l’affirme, s’il le retrouve, il ressent plus de joie pour ce mouton que pour les quatre-vingt-dix-neuf autres qui ne se sont pas égarés. De même, votre Père qui est dans les cieux ne veut pas qu’un seul de ces petits se perde. »

Qu’en pensez-vous ? Un point d’interrogation
Supposons qu’un homme possède cent moutons Mouton(s) et/ou berger
que l’un d’eux s’égare, Comptage jusque 99 ; point d’interrogation…
ne va-t-il pas laisser les quatre-vingt-dix-neuf autres sur la colline pour partir à la recherche de celui qui s’est égaré ? Rochers, buissons, avec points d’interrogations ; jumelles ; grands yeux qui cherchent ;
Je vous l’affirme, s’il le retrouve, Mouton trouvé ; berger bras ouverts
il ressent plus de joie pour ce mouton que pour les quatre-vingt-dix-neuf autres qui ne se sont pas égarés. La joie du berger, le lien entre ce mouton et le berger
De même, votre Père qui est dans les cieux ne veut pas qu’un seul de ces petits se perde Le troupeau au complet, serein

Étape 2 : Les dessins et les reliefs
Lorsque vous avez établi votre découpe/scénario, préparer vos reliefs :
Soit : réalisez vous-même le dessin directement en relief sur le papier fort, sans détails, juste les contours.
Soit : imprimez un dessin repris sur le Net, découpez-le, collez-le sur le papier fort (colle bâton-fin carton) et découpez-le encore une fois. Attention, le dessin doit être significatif en tant que silhouette : ce n’est que le contour qui apparaîtra au final.
Vous pouvez peaufiner votre découpe, ajouter une épaisseur là où cela enrichit la silhouette, ou réaliser des découpes intérieures. Pensez seulement que votre public doit comprendre rapidement et facilement la silhouette qui va apparaître.
Disposez vos reliefs avant de les coller (avec la colle liquide) sur les feuilles de base. Vous pouvez décider de regrouper plusieurs versets/illustrations sur une même base. Tous vos reliefs doivent être bien espacés sur la base, car vous allez « balayer » largement avec la craie-cire ou le pastel-craie, en dépassant les limites strictes de vos reliefs : il faut donc espacer en suffisance.
N’hésitez pas à poser un gros dictionnaire pour que vos reliefs sèchent bien à plat.
Si votre feuille de base, avec les reliefs, n’est pas très belle (taches de colles…), ce n’est pas grave, elle reste cachée !
Fixez (ruban collant) une feuille de papier normale (blanche ou colorée) devant chaque feuille de base.

Étape 3 : Raconter
Exercez-vous avec des feuilles de brouillon. Passez votre pastel-craie, votre craie-cire ou votre craie à plat sur la feuille vierge (donc, pas le bout de votre craie), et vous voyez le relief s’imprimer !
Exercez-vous à la maison pour connaître les emplacements de vos reliefs avant d’aller vers le public. Utilisez des couleurs sombres ou claires pour appuyer le récit. Vous pouvez bien sûr repasser avec du jaune ou du blanc sur un dessin foncé pour marquer une transformation, faire rayonner votre relief.
Qu’allez-vous faire des illustrations « révélées » ? Les suspendre dans l’église ? Les déposer ? Les distribuer ?
Si nécessaire (craie), fixez le dessin avec de la laque.
Tout le matériel de base que vous venez de préparer est réutilisable à l’infini. Vous pouvez faire des échanges entre moniteurs, impliquer les enfants et les jeunes dans la réalisation, constituer une bibliothèque de dessins… Bon amusement !

Matériel nécessaire : Pastels craies ou craies à la cire ou en désespoir de cause, craies de couleurs ; plusieurs feuilles de papier pour vos bases (taille selon le contexte de votre présentation, plus le public sera nombreux, plus il vous faudra du grand papier !) ; 1 support (Gros carton, paper board) et 2 pinces (pinces à linge) ; du papier fort ou fin carton (fin carton style carton d’emballage de céréales, de pizza…) en bonne quantité; autant de feuilles d’illustrations que vous aurez de feuilles de bases, du même format, en épaisseur normale, blanc ou couleurs selon votre choix, en lien avec le récit… et ce que vous avez sous la main !; crayon noir, ciseaux et/ou cutter, colle bâton et colle liquide ; laque en bombe pour fixer le dessin à la craie, si nécessaire.

Exemple encore: un récit de Pâques

Tout avait commencé avec un bon repas

Arrêté, jugé à la va-vite, condamné, crucifié, mis au tombeau…

Le troisième jour, les femmes vont au tombeau pour s’occuper du corps, mais…???

Des larmes et du désespoir, elles sont passées à l’espérance, à la louange et à la joie.




Le baptême d’Aurélius

Voici une narration de Richard Gossin mettant en scène Aurélius et son ami Justin. Aurélius raconte son baptême d’adulte pendant la nuit de Pâques…

Justin retient dans sa main les deux dés qu’il s’apprêtait à lancer. Il regarde Aurélius d’un air ahuri et finit par ingurgiter une grosse gorgée de vin.

– Par Bacchus ! Aurélius ! Mon compagnon de taverne. Je t’offre une coupe.

Voici deux ans que Justin n’a pas vu Aurélius mettre les pieds dans la taverne. Et pourtant, ces deux-là en ont avalé des coupes de vin et de bière, en ont lancé des dés, en ont hurlé des paillardises aux Saturnales, en ont levé des pouces dans les combats des gladiateurs… Inséparables ! Et puis un jour… Plus rien, ni personne. Aurélius à disparu.

En ce printemps de l’an 402, Hippone la Royale respire le vent salé de la Méditerranée et le souffle poivré du Djebel. Les deux amis quittent la taverne et s’engagent dans une ruelle qui conduit à la plage.

– Aurélius, ça fait deux ans que tu me laisses faire la fête tout seul !

– La fête ? Mais c’est tous les dimanches, la fête ! Et puis, c’était il y a 15 jours. La plus belle des fêtes. Pâques. J’ai dit « Je crois ». J’ai été baptisé  et invité au repas du Seigneur. Pour la première fois.

– Raconte-moi…

Aurélius a raconté à son ami. Et son histoire, voici le peu que j’en sais parce que je ne sais pas tout. D’ailleurs elle commence par un « Pourquoi ? ».

Pourquoi Aurélius est-il allé voir Augustin ? « Je veux être baptisé. Je veux devenir chrétien » a-t-il déclaré. L’Evêque d’Hippone l’a regardé au fond des yeux. Sans joie, parce que des gens comme Aurélius, il en a vu beaucoup renoncer en chemin. Sans tristesse, parce qu’Augustin connaît les chemins de l’espérance… et de la patience.  Il a mis dans sa main gauche la taverne, les dés, le cirque, les Saturnales et dans sa main droite le catéchisme et le baptême. Laquelle choisis-tu Aurélius ?  Mais Aurélius avait déjà fait son choix. Le désir d’être chrétien avait pesé plus lourd que ses beuveries, avec Justin. Et pas seulement les beuveries. Pas seulement ! Aurélius n’avait pas son pareil pour conduire les chars dans les arènes. Et puis, il n’en était pas peu fier… il aimait la gent féminine. Ses conquêtes étonnaient même Julien, son meilleur ami. Son métier et ses frasques, Aurélius y a renoncé.

Alors je reprends ma question : pourquoi ?

Eh bien, je ne sais pas. Ce désir de changer, ça vous vient comme ça. Quelquefois brusquement comme un coup de foudre. Quelquefois, et le plus souvent, ça vous trace au plus profond de vous-même des filets d’eau vive qui coulent dans les veines, dans le cœur, dans la mémoire… Et ces ruisselets sourdent sans tapage et jaillissent un jour comme une résurgence, comme une urgence. Bref, je ne sais pas comment ça s’est passé avec Aurélius. Et peut-être ne le sait-il pas lui-même.

A moins que ne ce ne soit son voisin. Oui, c’est peut-être la bonne réponse. Chaque dimanche, ils sortaient à la même heure. Ils se saluaient sur le pas de la porte et prenaient des directions opposées. L’un vers les arènes et l’autre vers l’Eglise. Et c’est à lui qu’Aurélius a demandé d’être son parrain. Oh, pas tout de suite. Parce qu’Aurélius était connu dans toute la ville comme le plus fou des joyeux drilles. Le voisin a fait confiance. Il a présenté Aurélius aux diacres. Ils lui ont dit :

– Connais-tu ce que signifie la question que nous allons te poser ?

Aurélius savait. Augustin et son voisin l’avaient prévenu.

– OUI, je renonce à Satan.

Et c’est déjà une nouvelle vie qui commençait. Il lui fallait renoncer aux plaisirs de hier. Mais aussi trouver un métier nouveau. Aurélius s’est engagé dans la réparation des filets sur le port. Ce qui a bien fait rire Augustin, l’évêque. « C’est bien, tu as choisi le métier de Paul, le plus célèbre apôtre missionnaire ! ». Ce n’est que bien plus tard qu’Aurélius a compris.

Un dimanche matin, Aurélius est entré pour la première fois dans une église. Et pendant deux ans, il a découvert un monde nouveau. Un monde fait de gestes étranges, de paroles mystérieuses, d’histoires étonnantes. Les gestes ? Se saluer en se serrant vigoureusement dans les bras. Recevoir le souffle du diacre sur les narines, les oreilles et la bouche. Porter sa main droite sur le front, le cœur et les épaules comme une croix qui blesse et qui rassure. Recevoir sur ses cheveux une huile parfumée. Répandre des parfums d’encens… Et ces gestes étaient accompagnés de paroles qui se faisaient l’écho de l’histoire du peuple de Dieu. Des histoires du passé jaillies des pages du Livre, de la Bible, qui mêlaient leurs flots à celles du temps présent. La création  du monde, l’exode du peuple israélite, le combat de David contre le géant Goliath, le jeune Daniel abandonné aux griffes des lions, le paralysé guéri par Jésus, le naufrage de l’apôtre Paul… toutes ces histoires devenaient les siennes. La sienne. L’histoire d’Aurélius qui renonce à Satan, qui combat, qui perd, qui se décourage,  qui reçoit des forces nouvelles, qui gagne et qui doute… Et de dimanche en dimanche, et de prédication de l’évêque Augustin en catéchismes, pendant deux ans, Aurélius persévère avec cinquante hommes et femmes dont les rangs, il est vrai, s’éclaircissent. Certains partent. Mais il ne regrette pas. Et quand il pose certaines questions, les diacres sourient.

– Le sens du baptême ? Le sens de l’eucharistie ? Tu comprendras bientôt. Très bientôt. Pour l’instant n’encombre pas ta foi naissante d’explications et de propos raisonnables. Plonge dans le mystère. Qu’une sainte envie de rejoindre le peuple hébreu traversant la Mer Rouge te saisisse. Qu’un besoin de t’asseoir à la table  des douze disciples et de Jésus s’empare de toi. Et bientôt, très bientôt, ta raison sera rassasiée. Mais le sera-t-elle jamais ? C’est comme une faim que seule l’eucharistie apaise et … excite.

Pendant deux ans, Aurélius a rejoint tous les dimanches ses compagnons en quête, comme lui, d’une nouvelle vie. Et ces rencontres sont faites d’histoire du temps jadis où les merveilles du Dieu des Hébreux soulevaient la foi des plus endurcis. Pendant deux ans, Aurélius a goûté les gestes attentifs de l’évêque et des diacres qui l’ont introduit dans la communauté des chrétiens. Pendant deux ans, Aurélius s’est initié à un nouveau métier et à la fidélité à sa nouvelle compagne.  Alors il a demandé le baptême.

Cela s’est passé pendant les quarante jours qui ont précédé Pâques. Une fois de plus Aurélius a dit, devant les diacres et son parrain « Je renonce à Satan ».

Son nom a été inscrit sur le registre des candidats au baptême : « Donnez vos noms pour que je les écrive avec de l’encre. Le Seigneur, lui, les gravera sur les tables incorruptibles, en les traçant de son propre doigt. »

Et pendant quarante jours, au petit matin et après une journée de labeur, Aurélius a appris à prier la prière du Seigneur « Notre Père qui es aux cieux… », à confesser sa foi en disant « Je crois en Dieu le Père tout-puissant… », à jeûner, à méditer… Les gestes et les mots  et les histoires des diacres et de ses compagnons l’ont entouré et réconforté.

Le jeudi qui précède Pâques, il s’est soigneusement  lavé. La veille de Pâques a été la plus longue et la plus importante. Toute la journée, les candidats au baptême ont été entourés de prières et de gestes. Ils ont jeûné. Ils ont veillé toute la nuit dans la louange du Seigneur. Et au petit matin du jour de la résurrection, ils se sont déshabillés. Et le visage tourné vers le soleil levant, ils sont entrés dans l’eau du baptistère.

-Crois-tu en Dieu le Père tout-puissant ?

-Je crois

-Crois-tu au Christ Jésus, fils de Dieu, qui est né par le Saint Esprit de la vierge Marie, a été crucifié sous Ponce-Pilate, est mort, est ressuscité le troisième jour vivant d’entre les morts, est monté aux cieux et est assis à la droite du Père, qui viendra juger les vivants et les morts ?

– Je crois.

-Crois-tu en l’Esprit Saint, dans la sainte Eglise ?

-Je crois.

Accompagné de son parrain, vêtu d’une tunique de lin blanc, lui et ses compagnes et compagnons  de tous âges, et même des parents tenant leur petit enfant dans leurs bras, ils sont alors entrés dans l’Eglise où les attendaient l’assemblée des baptisés. Ils ont prié, chanté, les bras levés vers le ciel. Et enfin, oui enfin, ils ont participé pour la première fois au grand repas eucharistique. Ils ont reçu alors un breuvage fait de lait et de miel en signe de bienvenue et ont rejoint la communauté des chrétiens.

Et pendant sept jours qui ont suivi ce jour mémorable de Pâques, Aurélius et les nouveaux chrétiens ont écouté l’évêque leur expliquer le sens du baptême, celui de l’eucharistie et bien d’autres enseignements :

– Nous les ministres du Christ, nous avons accueilli chacun, et jouant en somme un rôle de portiers, nous avons laissé la porte libre. « Vois un peu de quelle immense dignité Jésus te gratifie. On t’appelait ‘catéchumène’ lorsque tu étais seulement environné par l’écho. Tu entendais parler d’une espérance, mais sans la voir ; de mystères, mais sans les comprendre ; des Ecritures, mais sans en voir la profondeur. L’écho désormais, ne résonne plus autour de toi, l’écho résonne en toi : car l’Esprit qui t’habite fait désormais de ton intelligence une maison divine. Quand tu entendras parler de ce qui est écrit sur les mystères, alors tu comprendras ce que tu ne savais pas. »

Les fêtes de Pâques achevées, Aurélius a pensé à Justin, son ami. Il est allé le rejoindre à la taverne. Et ensemble, d’un même pas, ils ont marché vers le port où travaillent et habitent Aurélius et sa compagne. Ce qu’il a raconté, c’est bien au-delà de mon récit. Mais avant de faire silence, Aurélius a regardé son ami : « Et toi, Justin ? »

  Théodore de Mopsueste (Homélies catéchétiques 12.16).

Cyrille de Jérusalem, Accueil 3 et 6. Le mot « catéchisme » vient du mot grec qui évoque la parole qui résonne en soi et fait écho.

Crédits : Richard Gossin




La Pâque de Cléopas

La Pâque de Cléopas. Les trois narrations présentées ici par Edmond Stussi sont destinées aux enfants et aux jeunes. Elles veulent être une fresque de l’essentiel des événements qui conduisent de la Passion à la Mort et à la Résurrection du Christ. La tâche n’est pas aisée : où est l’essentiel, l’incontournable ? Qu’est-ce qui est constitutif de la foi ? C’est un essai, il demande l’indulgence et le sens critique du catéchète.

Les narrations racontent les événements avec le regard d’un jeune juif contemporain qui découvre progressivement le Christ. Elles cherchent ainsi à éviter de tomber dans le piège du manichéisme juif-chrétien et de l’antisémitisme. Elles veulent dire la continuité de la foi biblique qui de la Pâque juive conduit à la Pâques chrétienne. S’inscrivant dans l’histoire d’une famille juive faisant le pèlerinage de Jérusalem à l’occasion de Pâque, elles évoquent le contexte géographique, historique, politique et religieux local.

Le scénario : Cléopas, originaire de Galilée, disciple supposé de la deuxième sphère des disciples de Jésus et son compagnon suggèrent les deux compagnons d’Emmaüs (Luc 24). D’autres pèlerins et des témoins anonymes de certaines scènes introduisent un espace de dialogue dans lequel l’auditeur ou le lecteur est invité à entrer. Ils permettent aux événements d’être dits de manière dialogale, voire interrogative.

Il a souffert sous Ponce Pilate

Le silence tombe, pesant, sur le Mont des Oliviers. La lune, pleine en ces mois de fête, fait scintiller la toiture d’or du Grand Temple et les murs de la ville renvoient leurs reflets brillants vers la colline. Les pèlerins se préparent à une nuit de paix avant les grandes fêtes. Cléopas ne trouve pas le sommeil. Les yeux vagues, il regarde au loin… Là-bas, entre les murs qui bordent le chemin des oliviers, des silhouettes se détachent dans l’obscurité. On entend des cliquetis de métal. Des hommes armés et casqués s’approchent. Une lampe à huile discrète semble ici et là éclairer le visage de ceux qui dorment. Cléopas se lève, il a peur.C’est la police du temple. Que viennent-ils faire, qui cherchent-ils ? Ieschoua s’est réfugié ici avec ses Galiléens.

Cléopas en est sûr, il a entendu des rumeurs de complots cet après-midi en ville. La troupe s’arrête et se déploie autour d’un vieil olivier. La silhouette d’un homme, lentement, se dresse… « C’est Ieschoua ! Ils l’ont trouvé ! »

Cléopas reconnaît son visage dans la lueur de la lanterne qui l’éclaire. Une ombre s’approche et l’embrasse. Ieschoua parle aux soldats. Un instant, ils reculent, comme s’ils hésitaient, puis cela va très vite : ils avancent et lui ligotent les mains. Quelques hommes sortent des fourrés. La lame d’un glaive brille au clair de lune. Puis c’est le silence.

« Les lâches ! » se dit Cléopas tout haut. La sombre cohorte emmène Ieschoua, redescend la colline pour remonter vers la ville. Longtemps encore Cléopas la suit du regard. La nuit est redevenue sombre et muette comme la vallée des ténèbres et de la mort.

Il est mort, il est descendu aux enfers…

Le soleil est levé quand Cléopas se réveille. Le champ des oliviers s’est déjà vidé de ses pèlerins partis en ville faire les derniers préparatifs de la fête. Cléopas se presse et court lui aussi vers la ville. Il se faufile à travers les étalages des marchands d’épices, de tissus, d’huile et d’essences. Là, soudain, tout est bloqué. On n’avance plus, ni ne recule. La foule jusqu’alors bigarrée et gesticulante se fige. Les yeux se tournent vers le bas de la voie principale. Des gardes romains se taillent un passage d’un pas martial à travers la marée humaine.

Derrière eux, d’autres gardes. Sous une grosse poutre, un homme, plié en deux, traîne péniblement les pieds. Il porte sur la tête un tressage de branches sèches. Derrière lui deux autres suppliciés. Cléopas comprend : » C’est Ieschoua,  ils vont l’exécuter, ils le traînent devant les murs et vont le crucifier ! »

Il veut voir. La souffrance des hommes a toujours attiré sa compassion. Il se faufile en avant, à travers les spectateurs. Pétrifié, il voit Ieschoua, là tout près devant lui. Des cris de haine et de lamentation sortent, pêle-mêle, de la foule ivre de spectacles et l’étouffent. La foule se disperse. Les uns retournent à leurs occupations. Les autres suivent de loin le cortège. Cléopas les suit. À côté de lui, des femmes pleurent, des hommes résignés serrent les poings.

De rage, ils voudraient hurler : « Que leur a fait Ieschoua à ces diables de Romains », marmonne l’un d’eux en veillant à ne pas être trop entendu. « Qu’est-ce qu’ils lui reprochent », dit un autre levant le bras au ciel ?Trois croix se dressent maintenant sur la colline. Sur celle du milieu, un écriteau vient d’être cloué. Cléopas lit : « Le Roi des Juifs ».

Tout est fini. Il faut rentrer. Il pense à la journée d’hier, à la Grande Fête qu’il était venu célébrer avec ses parents, à la foule des pèlerins, à ces femmes, à ces hommes, ces enfants qui ont préparé dans la joie la grande fête du Passage. Un moment, il avait cru que le Royaume de paix allait venir. Il pense aussi à l’agneau que son père a préparé, au pain sans levain qu’ils vont partager.Tout est gâché maintenant. Ieschoua est mort. Ils vont le descendre de croix et le mettre dans un tombeau. Ils rouleront une lourde pierre devant.

Cléopas se souvient. Un jour, il avait demandé à son père ce qu’était l’enfer. « C’est quand on est abandonné de tous, même de Dieu », lui avait-il répondu. Aujourd’hui Ieschoua est descendu aux enfers. La nuit tombe, la nuit du Repas de Pâques. C’est dans la tristesse qu’ils partagent l’agneau et le pain. Sans espoir, ils attendent que Dieu vienne enfin les visiter.

Il est vivant !

Au premier jour de la nouvelle semaine. Après le Grand Sabbat, la longue cohorte des pèlerins se remet en route vers la campagne. Cléopas aussi rentre chez lui. Le soleil ardent et la poussière des chemins étirent de fatigue le cortège. Cléopas chemine seul avec un autre pèlerin quand un inconnu les rejoint.

  • « De quoi discutez-vous… ? » les appelle-t-il. » Vous portez la mort sur le visage ! Après ces fêtes, vous devriez revivre ! »
  • « Comment donc, lui rétorque Cléopas scandalisé, comment peux-tu parler ainsi après tout ce qui s’est passé ? N’as-tu donc rien vu, rien entendu ? »
  • « Et quoi donc ? »

Devant tant d’ignorance, le cœur de Cléopas déborde : « N’as-tu rien su des exécutions qui ont eu lieu ? N’as-tu pas entendu parler de Ieschoua ? C’était un homme de Dieu, un vrai prophète… Quand il parlait de paix aux hommes, c’était comme si elle venait… Quand il te tendait la main, c’était comme si tu revivais ! Eh bien, nos chefs l’ont arrêté, ils l’ont condamné, crucifié… Il est mort et enseveli ! N’est-ce pas assez ? »

L’inconnu se tait. Visiblement les paroles du jeune homme le touchent. Il ne peut pas, se dit-il, les laisser poursuivre leur chemin sans répondre à leur désespoir… Il essaie alors de leur expliquer : « Dans la longue histoire de notre peuple, il en a souvent été comme ça. C’est peut-être difficile à comprendre quand on est jeune. Mais chaque fois que nous avons marché dans la vallée de l’ombre et de la mort, c’est alors que Dieu s’est montré vraiment fort… Avec Ieschoua, c’est pareil… » Longtemps l’Inconnu leur parle. Cléopas et son compagnon écoutent attentivement. Ils ne savent pas pourquoi ses paroles apaisent leur amertume. C’est un peu comme s’ils se retrouvaient sur les bords du grand lac et écoutaient les paroles de Ieschoua.

La nuit va tomber. Il faut s’arrêter dans une auberge et prendre du repos. L’inconnu, lui, est pressé de continuer son chemin. « Reste avec nous, lui demande Cléopas. Il va faire nuit et le jour est à son déclin. » Les trois hommes entrent et prennent place dans l’hôtellerie. La table est garnie. Un linge blanc recouvre le pain de Pâque. Cléopas a soudain l’impression d’être l’invité de l’inconnu qui a cheminé avec eux, car il prend le pain, comme le fait un père de famille, au soir de Pâque, il prononce la bénédiction, il le rompt et le leur donne.

L’instant d’un éclair, leur esprit se trouble. Ce geste, ils l’ont fait, ils l’ont vu faire tant de fois, en attendant le jour de la venue du Royaume de Dieu… L’instant d’un éclair, derrière le visage de l’Inconnu, Cléopas reconnaît les traits de Ieschoua « Est-ce toi, est-ce bien toi ? » veut-il dire… Mais au moment de mettre la main sur lui, il leur échappe, comme s’il les appelait à le suivre.

Les deux hommes se lèvent et se remettent en route : « Je ne comprends pas, dit Cléopas, c’était donc lui qui nous parlait pendant que nous marchions, c’était donc lui qui a partagé le pain avec nous… ? Alors… Alors… Cléopas n’ose prononcer les mots qui lui brûlent les lèvres : « Tout le temps que nous marchions avec lui, j’avais en moi comme un feu qui me réchauffait le cœur… Il est vivant ! » « Viens, lui dit son compagnon, cela se voit sur ton visage. Il faut nous remettre en route et aller à la rencontre des autres… »

Crédits : Edmond Stussi Enseignant de pédagogie religieuse, IUFM d’Alsace – N° 16 – Cahiers de la bible contée – Image par Gerd Altmann de Pixabay 




La femme de l’aubergiste

« La femme de l’aubergiste » est une narration traduite en français par Christiane Klett d’après un texte allemand écrit par Maria Herrmann. La narration peut s’illustrer à l’aide de figurines bibliques : voir Fiche d’utilisation La narration peut être utilisée dans le temps d’après Noël ou le temps de Carême… ou dans le cadre d’une fête paroissiale, modèle de feuille de culte : Fête paroissiale Sexagésime ordre culte

A la porte d’entrée de l’auberge on avait frappé. J’étais à mes casseroles ; les clients étaient affamés… Je ne savais plus où donner de la tête …La maison était pleine à craquer ; jamais ça n’a été le cas avant et jamais plus après… J’entends à nouveau frapper à la porte. « N’y va pas, Myriam ! » me lança mon mari. « Nous n’avons vraiment plus de place pour personne ! »

Il avait raison…

Nous avions étalé des matelas dans tous les coins pour la nuit, partout… car je ne savais pas dire non. Je trouvais toujours une solution. Je n’abandonnais jamais…Et maintenant, je ne pouvais pas faire autrement que de dire non… J’en étais malade.

Il me fallait pourtant, à tout prix, voir qui se trouvait devant la porte. Je courus vers l’entrée et déjà la voix pleine de colère de mon mari m’atteignait : « Myriam, c’est bien clair ! Personne ne passera plus par cette porte ! »  Je le connais. Cette fois-ci je ne pouvais pas faire autrement que de lui obéir…

Si seulement je n’étais pas allée voir ! Ma vie aurait été plus sereine par la suite.

Il y avait un jeune couple, dehors. Ceux-là pouvaient bien dormir à la belle étoile. Mais derrière eux, dans leur ombre, se tenait un voyageur qui soutenait sa femme, épuisée et à bout de forces. L’enfant qu’elle attendait, allait naître encore cette nuit-là. C’était évident … J’étais désespérée; sur le pas de la porte, je hochais les épaules et secouais la tête pour dire non. Les larmes me coulaient et je ne pouvais les essuyer… Hésitante, je refermais la porte derrière moi.

« Qu’as-tu ? » me demanda mon mari, plus tard . « Tu es si silencieuse. Je ne te connais pas du tout comme ça ! Les clients  veulent qu’on s’occupe d’eux, Myriam ! » Je me détournais. Il n’aurait de toute façon rien compris. Nous sommes tellement différents …

L’enfant est né malgré tout.

Evidemment les enfants viennent quand c’est le moment. La voisine leur avait mis son étable à disposition. Ce fut une drôle de nuit, la fois-là. Impossible de dormir ! Il y avait un remue-ménage pas possible. J’entendais marcher en pleine nuit. Le lendemain on se racontait que les bergers étaient venus pour voir l’enfant et le saluer comme le messie, comme le prince de paix pour le monde.

Et moi, je l’avais renvoyé ! La paix, j’en aurais eu bien besoin. Pour sûr, certains m’envient. Ils pensent qu’une femme d’affaires a la vie facile. Elle gagne beaucoup d’argent. Ah oui, l’argent ! Je donnerais tout mon argent pour cette paix que cet enfant doit apporter…

Depuis cette fameuse nuit, je me suis  souvent prise du temps pour les clients dans l’espoir de rencontrer une fois encore cet enfant. Mais il ne viendra plus chez moi. Je l’ai renvoyé jadis, avant même sa naissance. Il ne viendra pas chez moi, s’il devait encore une fois revenir à Bethléem.

S’il était né dans ma maison, là oui… Ces gens sont d’ailleurs repartis très vite, la fois-là. C’est curieux, comme ils étaient pressés… Le petit venait pourtant juste de naître !… Vit-il encore ?Il me faut penser à beaucoup de choses et j’en oublie plus d’une. Mais cette nuit-là, je ne l’oublierai jamais Elle ne me sort pas de la tête !…

Les années ont passé depuis et je vieillis de plus en plus. J’apprends à reconnaître mes limites, les limites de l’âge.A présent, ce n’est plus mon mari qui me freine. Toujours à nouveau, il arrive des moments où je dois me dire à moi ou à d’autres : « J’aimerais bien, mais je ne peux pas ».

30 années et plus se sont passées depuis cette fameuse nuit…

A Jérusalem, on se prépare pour la fête de la Pâque. Cela fait marcher nos affaires. J’aimerais bien me joindre à la foule et aller avec tous ces gens à Jérusalem. Mais je ne peux me le permettre. Qui ferait le travail à ma place ? Dans peu de jours et ce sera la fête là-bas…

Est-ce qu’on n’a pas frappé à la porte ? Celle-ci s’ouvre. Un jeune homme entre, il a la trentaine ou un peu plus. Il me regarde. Je le regarde à mon tour avec de grands yeux étonnés. Ma bouche, avant même que je réalise ce que je fais, dit : « Es-tu le roi des Juifs, le prince de paix ? » « Oui, je le suis » me dit-il. « C’est ici que je suis né ». « Oui, maître ! » lui répondis-je hésitante et triste et toujours pleine d’étonnement. « Oui, mais pas chez moi ! Pas dans ma maison. L’auberge était pleine à craquer. Je n’avais plus de place pour toi, vraiment plus, il faut me le croire ! » Et de nouveau mes larmes se mettent à couler…

« Je sais » me dit-il, « je sais ». C’est bien la raison pour laquelle je suis venu. Je sais que cela t’a fait souffrir jusqu’à aujourd’hui. Tu aimerais tant et tu ne peux pas. Toujours à nouveau. Crois-tu que je ne sais pas ce que c’est ? » Il s’approche et parle avec une voix douce : » J’aimerais tant encore vivre avec les humains et pour eux – avec toi et pour toi et pour tous ceux qui m’attendent. Ce ne sera pas possible. La mort m’attend. Mon temps est révolu. Le compte à rebours a commencé. La croix m’attend déjà à Jérusalem.

Ici, je suis né ; pas dans ta maison, certes, pas chez toi. Mais je suis né pour toi et pour tous les humains qui sont accablés et qui souffrent. Une vie durant tu as désiré me rencontrer. J’étais toujours là. Tu as vécu dans le stress et la mésentente et cela t’attristait. Et pourtant j’ai toujours été ta paix. Je ne suis pas né chez toi, mais pour toi et en toi, et je vais aller donner ma vie pour toi. Tu as la paix en moi ! »

Puis il s’en alla dans la nuit aussi discrètement qu’il était venu. Je suis là et je pleure ; ça m’a fait du bien. Une grande sérénité descend sur moi…

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Traduction en français par Christiane Klett  (Formatrice Afibidu texte allemand écrit par Maria Herrmann.




Graine de patience

« Graines de patience » est une belle narration d’après Luc 13, 19-20 de la plume d’Edmond Stussi. Il a été professeur de pédagogie à l’Institut Universitaire de Formation des Maîtres d’Alsace et animateur de célébrations d’enfants à Strasbourg. C’est pour eux qu’il a écrit ce récit d’après Luc 13.19-20.

Ce sont les vacances et Léo vient rendre visite à son grand-père à la ferme. Grand-père a toujours un secret à partager avec son petit-fils. Aujourd’hui, il cache un trésor dans sa main : – Regarde, Léo, dit-il. Il ouvre la main, et au creux du pli, -on peut à peine la voir, tellement elle est petite- se cache une toute petite graine. Nous allons la planter, dit grand-père, elle grandira et deviendra un grand arbre. Les oiseaux du ciel viendront un jour y faire leur nid et y jouer à cache-cache !

Léo accompagne grand-père sur la petite colline, tout près de la maison. Là, entre deux rochers, la terre est prête. Grand-père s’agenouille, de sa main il creuse un sillon et y dépose la graine. Léo, délicatement, la recouvre de terre. – Tu l’as vue, dit grand-père. Elle est toute petite, c’est une graine de patience, mais elle va grandir et, un jour, deviendra un grand arbre !

Léo ne veut pas y croire : « Oh là là, grand-père, jamais je ne verrai ton arbre ! »

Les premiers jours de vacances, Léo et grand-père vont régulièrement rendre visite à la petite graine. Ils lui donnent de l’eau à boire. Pour la protéger des animaux des champs et des pieds des enfants, ils l’entourent d’un grillage.

Mais Léo ne peut s’empêcher de dire : « Oh là là, grand-père… Jamais je ne verrai ton grand arbre ! »

Chaque fois qu’il vient en vacances chez grand-père, Léo interroge grand-père : « La petite graine de patience pousse-t-elle ? »

Grand-père l’emmène alors sur la colline. La petite graine pousse, une petite brindille verte d’abord, pas plus haute qu’un doigt, puis d’autres brindilles, deux petites feuilles, puis quatre, puis huit. Avec un mètre, Léo mesure la petite plante, inscrit les chiffres dans un carnet… Petite graine de patience, lentement, lentement a grandi. Mais Léo soupire : « Oh là là, grand-père, jamais je ne verrai ton grand arbre ! »

Un jour grand-père dit à Léo :  » Il faut planter un piquet à côté de l’arbre et l’attacher ! »

Léo ne comprend pas. – Mais oui, sinon la tige va pousser de travers et l’arbre ne grandira pas. « Mais, grand-père, dit Léo, jamais je ne verrai ton grand arbre ! »

La nuit suivante, l’orage, le vent et la pluie tombent sur la ferme, les champs et les forêts. Ils arrachent les tuiles du toit de la maison, renversent les épis dans les champs de blé et arrachent de grosses branches aux arbres de la forêt. Dès le matin, grand-père et Léo s’en vont rendre visite au petit arbre. Ils ont peur qu’il lui soit arrivé malheur. Il est toujours là, il n’a pas cassé. « Tu vois », dit grand-père, » il a déjà de bonnes racines, il tiendra ! »

Léo, ce matin, ne dit pas : « Oh là là, grand-père, jamais je ne verrai ton grand arbre ! »

Un jour, grand-père meurt. Léo vient à la ferme.

Tout y est triste et vide. Il monte à la colline. Le piquet qu’il a planté avec grand-père est en train de pourrir. Mais le petit arbre continue de grandir. Il dépasse maintenant le grillage. « Bof », se dit Léo, »jamais il ne sera un grand arbre ! C’était une idée de grand-père ». Et il repart, un peu triste quand il se souvient de tous les jours heureux qu’il a vécus ici. Pendant des années il ne revient plus à la ferme. Il oublie la petite graine et le petit arbre.

Bien plus tard, Léo se marie. Il est grand et fort maintenant. Il rencontre et aime une belle jeune fille : « On va faire une belle fête dans la ferme de grand-père, lui dit-il, et j’inviterai tous nos amis ! »

Il fait beau et le soleil tape dur. Tout le monde se retrouve sous le petit arbre et s’amuse. Léo pense alors à son grand-père et à la petite graine de patience. Elle est devenue un arbre qui donne de l’ombre. Il raconte son histoire à ses amis : » Oh là là, rigolent-ils, jamais tu ne verras le grand arbre de ton grand-père ! »

Depuis ce jour, Léo revient presque chaque année à la ferme. Il y vient à la naissance de ses enfants. Il vient y fêter leurs anniversaires, il y vient pendant les vacances. Cela fait beaucoup de fêtes. Ses enfants grandissent et grandissent. A leur tour, ils se marient et ont des enfants. Pendant ce temps le petit arbre grandit tranquillement, sans être dérangé ni déranger personne et continue de grandir. Léo ne pense plus toujours à l’histoire de grand-père… Jusqu’au jour où…

… Jusqu’au jour où naît le « p’tit Léo ». On l’appelle ainsi parce qu’il ressemble comme deux gouttes d’eau à celui qu’on appelle maintenant le « vieux Léo ». Léo est fou de joie. « Pour le baptême de p’tit Léo, je vous invite tous à la ferme de grand-père ! » lance-t-il. »Toute la famille, tous les amis et les voisins sont là. On dresse la table, une immense table, là-haut sur la colline, sous l’arbre et on se met à partager le meilleur pain, les meilleurs vins et les meilleurs jus de raisins.

Soudain, Léo très vieux aujourd’hui devient songeur. Ses yeux fatigués, regardent autour de lui. Chacun se demande ce qui lui arrive. Son vieux corps, alors, se lève et ses deux bras s’en vont toucher l’arbre, essaient de l’embrasser. Ils n’y arrivent pas. L’arbre est trop grand ! Sa tête s’élève vers sa couronne et le vieux Léo compte les branches… Il n’y arrive pas. Des oiseaux chantent et jouent à cache-cache dans les feuilles. « Oh là là », dit-il enfin, » aujourd’hui, je le vois, le grand arbre de grand-père … ! Graine de patience, je l’ai plantée, elle est devenue un arbre et les oiseaux du ciel viennent faire leur nid dans ses branches ».

Cette histoire a été racontée à peu près comme ça par Jésus. Elle ne parle pas de Léo et de son grand-père, mais Jésus raconte bien l’histoire de la plus petite graine qui à force de patience est devenue un grand arbre. A ceux qui l’écoutaient, il ajoutait : « Le Royaume de Dieu est un peu comme la petite graine. Au début, on ne la voit pas, on n’y croit pas. Mais avec patience elle grandit, elle grandit toujours plus, même si on n’y fait pas attention.

Crédit : Edmond Stussi.. Narration tirée de la collection « Cahiers de la bible contée », n°1. Publiée avec l’aimable autorisation de l’auteur




Je m’appelle Séraya

« Je m’appelle Séraya » est une narration de Marthe Balla (UEPAL) pour illustrer  le récit d’Actes 8, le baptême de l’éthiopien par Philippe.

Je m’appelle Séraya, je vis en Ethiopie, le pays de la Reine Candace et je suis un serviteur du Gouverneur du Trésor. Beaucoup d’étrangers viennent en Ethiopie, parmi eux il y a aussi des juifs qui viennent de Jérusalem, quelques uns ont même décidé de rester ici. Mon maître aime bien les écouter quand ils se réunissent dans une de leurs maisons pour parler de leur Dieu. Un jour il a dit à la Reine Candace qu’il aimerait bien aller à Jérusalem pour voir leur Temple. La reine lui a donné son accord en disant : « regarde bien et écoute bien et tu me feras part de tes découvertes à ton retour. »

Mon maître a préparé ses bagages et m’a demandé de préparer son char pour un long voyage pour lequel je devais l’accompagner.

A Jérusalem nous avons été accueillis par Nathan qui était venu en Ethiopie l’an dernier. Nathan nous a emmenés visiter le Temple. Quelle merveille ! Construit en matériaux précieux, il dressait tout en haut de la ville ses hauts murs et ses grandes portes. Il y avait là des gens du monde entier. Nathan nous a fait entrer dans la première cour et nous a demandé de l’attendre là pendant qu’il parlait à son frère : les étrangers n’ont pas le droit de passer dans la deuxième cour. Il est revenu rapidement avec un homme qui transportait une tablette, un encrier et des rouleaux de papyrus. C’était son frère qui nous a expliqué que son travail consistait à recopier soigneusement, sans fautes, les vieux rouleaux avant que ceux-ci ne s’abiment.  Il était même prêt à en céder un à mon maître.

Les jours passèrent très vite et bientôt il fallut prendre le chemin du retour. Je conduisais le char. Mon maître sortait souvent le rouleau qu’il avait acheté et le lisait à haute voix. En tant que Gouverneur du Trésor il avait appris à lire beaucoup de langues.

Tout à coup un homme nous rattrapa et marcha à côté du char. Il nous dit qu’il s’appelait Philippe et demanda à mon maître :  -Comprends-tu ce que tu lis ?

-« Comment pourrais-je comprendre ? Je n’ai personne pour me l’expliquer. Si toi tu le peux, viens t’assoir à côté de moi et fais-le !

Mon maître avait lu ce passage du prophète Esaïe : « On le mena comme on mène un mouton à l’abattoir Il est resté muet comme l’agneau se tait devant celui qui le tond. Humilié, justice ne lui a pas été rendue… »

Mon maître demanda à Philippe : « S’il te plait, dis-moi de qui le prophète parle, de lui-même ou d’un autre ? » Philippe lui a parlé de Jésus, de ce qu’il avait fait, de ce qu’il avait dit, comment il était mort et était ressuscité. Un peu plus loin nous sommes arrivés à un point d’eau. Mon maître a dit à Philippe :

-« Voici de l’eau, qu’est ce qui pourrait m’empêcher d’être baptisé ?

-Si tu crois de tout ton cœur tu peux être baptisé !

-Je crois que Jésus Christ est le Fils de Dieu ! »

Mon maître m’a ordonné d’arrêter le char, lui et Philippe sont descendus dans l’eau et Philippe a baptisé mon maître. Quand ils sont sortis de l’eau, Philippe a disparu. Mon maître est remonté dans le char et nous avons poursuivi notre route. Je n’avais encore jamais vu mon maître aussi heureux !

Crédit : Marthe Balla