Histoire de Petite Vague

L’HISTOIRE DE PETITE VAGUE est un conte de Soeur Myriam, pour célébrer la joie qu’apporte chacun. 

Petite Vague habitait la grande mer. Elle était née au printemps un samedi matin. Elle s’en souvient très bien, parce que les vagues ne sont pas comme les petits bébés humains auxquels il faut du temps pour comprendre ce qui se passe autour d’eux. Petite Vague sut tout de suite que c’était un samedi parce que le lendemain de sa naissance, on lui apprit qu’en ce jour, les hommes venaient se promener sur des drôles de choses en bois au-dessus desquelles étaient tendus des morceaux d’étoffe de couleur. On lui dit que c’était un grand jour pour la mer parce qu’il se passait un tas de choses comme il ne s’en passait pas tellement les autres jours.

Et Petite Vague qui, tout de suite aima la vie, dansait de joie et trépignait d’impatience le matin de très bonne heure, avant même qu’aucun homme ne vienne se promener car les vagues ne dorment jamais, jamais, jamais… Elles ont l’air de fermer les yeux et de se reposer un peu, mais en vérité elles sont toujours réveillées. Elles sont bien une des choses les plus réveillées, les plus vivantes que Dieu ait faites. Même les oiseaux dorment un peu et même les chats qui pourtant ne dorment que d’une oreille ou que d’un œil. Même le vent se repose. Mais les vagues de la mer, il faut aller très loin pour en trouver une qui dorme. Se repose même le vent ; Et les arbres qui jamais ne se couchent et paraissent veiller toujours, font de grandes siestes afin d’être frais et dispos lorsqu’il faudra beaucoup travailler, faire des bourgeons et puis des feuilles toutes tendres, toutes petites et puis des plus grandes, et puis des fleurs et puis des fruits. Quand ils ont fait tout ça, ils laissent leurs grands bras étendus au-dessus de nos têtes et ils font encore une sieste, puis tout recommence. Mais les vagues de la mer, elles n’arrêtent jamais et il faut aller bien loin pour en trouver une qui dorme.

Parmi toutes les vagues, Petite Vague, fraîchement née, était encore plus pétillante, plus joyeuse, plus malicieuse aussi. Les premiers jours de sa naissance furent remplis de drôleries : elle allait partout, courait ça et là, elle faisait des farces aux poissons en les poussant par le nez ou par la queue pour qu’ils apprennent à faire des galipettes et même lorsque c’étaient de gros poissons sérieux qui n’avaient pas l’habitude de rire, ils s’y mettaient parce qu’ils aimaient Petite Vague. Avec tous les petits, c’était encore plus merveilleux parce qu’ils faisaient d’interminables parties de cache-cache. Petite Vague passait aussi en courant près des huîtres endormies, elle les chatouillait sous le nez pour les faire éternuer et les huîtres cherchaient partout qui les avait dérangées mais Petite Vague était déjà loin en train de taquiner les méduses et les pieuvres qui ne lui faisaient pas peur du tout. Elle avait une telle manière de leur courir autour, dépasser entre leurs bras qu’elles en arrivaient à faire des nœuds et après c’était toute une affaire pour s’y retrouver et pour remettre chaque bras à la bonne place. Enfin vois-tu, pour Petite Vague la vie était passionnante du matin au soir et du soir au matin.

Mais ne crois pas qu’elle gambadait ainsi sans interruption et qu’elle ne pensait à rien qu’à s’amuser. Elle avait aussi des heures où elle était très sérieuse, presque grave : par exemple lorsqu’il y avait beaucoup d’étoiles au-dessus de sa tête, ou bien lorsque les très grosses vagues, sans se rendre compte de leur force, avaient renversé ces petites choses en bois sur lesquelles venaient les hommes. Elle était même songeuse lorsque les vents la poussaient tout près du rivage, là où jouent les enfants et qu’elle démolissait, sans le vouloir, leurs châteaux de sable. Petite Vague avait le cœur très tendre et elle n’aimait pas abîmer les choses, ni faire de la peine à quiconque. Elle savait très bien qu’un château de sable ou de gros pâtés maladroits n’ont pas beaucoup d’importance mais cela ne faisait rien. Elle était née le samedi – pour faire le bonheur de tout le monde – parce qu’elle continuait à aider les poissons sérieux à faire des galipettes, à chatouiller les huîtres et à emmêler les bras des méduses.

Elle avait trouvé un tas d’autres jeux qui ne faisaient de mal à personne. Par exemple, il y avait un gros rocher qui n’aimait pas être mouillé plus loin que la ceinture, il n’aimait pas du tout qu’on joue à saute-mouton avec lui et qu’on lui passe par-dessus la tête. C’était un gros bougon tout rouge mais, au fond, pas méchant. A chaque fois qu’elle y arrivait, elle venait à toute vitesse tandis qu’il se séchait au soleil et hop ! elle prenait son élan et vlan, il était tout mouillé et Petite Vague riait, riait sans pouvoir s’arrêter tellement c’était drôle. Elle avait aussi découvert qu’on peut sauter dans les bateaux quand personne ne s’y attend et tout arroser, juste un petit peu, de quoi surprendre tout le monde et cela l’amusait beaucoup.

Donc personne ne savait que Petite Vague avait parfois des soucis jusqu’au jour où un vieil homme posa son bateau juste à côté d’elle. Elle l’observa longtemps en clapotant contre le bois de sa barque et elle le trouva très beau. Il avait beaucoup de rides sur le visage et des cheveux tout blancs mais quand il levait la tête pour regarder autour de lui, elle voyait des yeux plus purs que le ciel à la belle saison, des yeux qui en savaient long sur la vie et qui donnaient confiance parce qu’ils étaient tranquilles et clairs comme le ciel à la belle saison. Et Petite Vague se mit à l’aimer. Elle vivait le plus souvent possible, tout près de lui sans rien faire d’autre que de chanter doucement le long de la barque brune.

Elle n’avait pas du tout envie de lui faire des farces parce qu’il était tranquille et pur comme le ciel à la belle saison. Et lui paraissait ne rien faire. Il ne prenait pas de poissons, il ne remplissait pas de panier avec de pauvres huîtres affolées. Il était là, comme on est à côté de tout ce qu’on aime. Il regardait, il pensait, il se taisait et à cause de ses yeux bleus et calmes Petite Vague eut envie de lui expliquer ses problèmes, ceux des grosses vagues qui faisaient du mal aux hommes. Les hommes qui faisaient du mal aux poissons. Les poissons qui se faisaient du mal entre eux. Elle lui confia même, en tremblant un peu, que sans le vouloir, elle détruisait les châteaux de sable des petits enfants.

Quand elle eût terminé son histoire, elle se tint tout près de lui, contre la barque de bois sombre espérant qu’il aurait quelque chose à lui dire. Le vieil homme resta longtemps silencieux – du moins si l’on compte les heures comme les vagues qui sont si rapides – un jour leur semble une éternité, puis un matin, il lui parla :

« Ecoute Petite Vague » lui dit-il, « je vais te dire quelque chose que peut être tu ne sais pas : nous habitons tous sur la Terre et sur la Terre la vie ne peut jamais être une fête perpétuelle. Il y a et il y aura toujours des choses qui te laisseront songeuse. Tant qu’il y aura la Terre, les grandes vagues renverseront les bateaux des hommes et les hommes feront du mal aux poissons et les grands poissons en feront aux petits poissons et toi, tu détruiras en passant les châteaux de sable des enfants. Cela, Petite Vague, il faut bien que tu l’admettes. Mais aussi, tant que nous somme sur la Terre, beaucoup d’hommes peuvent, comme toi, naître un samedi et rendre les hommes heureux. Le chagrin que tu te fais pour les châteaux de sable reviendra souvent, souvent, mais surtout qu’il ne t’empêche jamais d’essayer tout de suite de rendre heureux les petits poissons qui jouent et les barques qu’enchante ton clapotis et même le gros rocher bougon et rouge qui au fond de lui est joyeux parce que tu l’éclabousses de ta fine poussière de joie ».

Crédit : Sœur Myriam




Contes pour la paix 3: ROBBIE ET L’OURS POLAIRE

ROBBIE ET L’OURS POLAIRE

un conte pour parler de paix et de confiance par  Avril Rowlands

credit pixabay

L’hiver avait été froid et la neige avait posé une épaisse couverture sur les collines et les montagnes, les forêts et les vallées, les rivières, les ruisseaux et les lochs (lacs très allongés) du nord le plus lointain.

Quand les MacDorwuffs s’éveillèrent de leur sommeil d’hiver, à temps pour Noël et Nouvel-An, la première chose qu’ils firent fut de vérifier les trappes à ours polaires posées l’automne précédent. Car c’est un fait bien connu que les ours polaires, durant les hivers rigoureux, descendent d’Islande à la recherche de nourriture, et que les petits Mac, ronds et savoureux, sont tout à fait à leur goût. Cet hiver-là était froid.

Les petits lochs gelèrent et les plus jeunes Mac purent patiner dessus — les plus lourds passèrent à travers la glace et on dut les mettre au lit car ils avaient attrapé de gros rhumes – tandis que des glaçons se formaient sur les barbes des plus vieux Mac dont le travail était en plein air.

Les préparatifs habituels de Noël avançaient, souvent interrompus par les plus jeunes Mac pour faire des batailles de boules de neige et construire des bonshommes de neige. Mais le jour de Noël, lorsque tout le repas fut mangé et que jeunes et vieux furent rassemblés autour de grands feux dans la salle des fêtes des Mac, les plus âgés secouèrent sévèrement la tête et racontèrent des histoires sur les hivers passés, quand les ours polaires étaient arrivés jusque sur les bords du Loch Laxford et avaient mangé beaucoup de Mac.

Il neigea de nouveau après Noël et l’excitation recommença. Hamish Mac, le chef de clan, s’affairait ici et là d’un air inquiet tandis qu’il essayait de tout préparer à temps pour la grande fête du Nouvel-An. La neige tomba encore pendant la nuit, mais pour le Nouvel-An, le jour se leva étincelant et clair. Le soleil brillait, l’air était vif et la neige d’un blanc éblouissant.

C’est alors que vint un avertissement. Un Mac arriva, soufflant et haletant. On avait vu des ours polaires à Sheigra, et on recommanda à chacun de se tenir sur ses gardes. Personne ne devait voyager seul parmi les rochers et les collines, les forêts et les vallées, si les ours polaires rôdaient.

C’est-à-dire, personne sauf Robbie. Car Robbie était différent des autres Mac. C’était un solitaire qui agissait comme il l’entendait. C’était un Mac costaud et sans crainte qui n’était pas effrayé par les ours polaires.

Il faut dire que tous les Mac aiment profondément le pays du plus lointain des nords et se promènent des jours entiers tout seuls tandis qu’ils prennent soin des rochers et des collines.  Mais tous aiment aussi rentrer à la maison retrouver leurs amis, les chants, les danses, les fêtes.

C’est-à-dire, tous, sauf Robbie, qui était différent des autres. Il venait aux fêtes avec les autres Mac, mais s’asseyait toujours à part et parlait rarement.

Aussi, quand Robbie entendit l’avertissement au sujet des ours polaires, cela ne l’empêcha pas de poursuivre son projet de la journée, qui était de parcourir les collines dont il était le gardien et de profiter de la vue des pics, recouverts d’une neige brillante, qui se dressaient contre le ciel d’un bleu profond.

Robbie se mit en route et marcha à grands pas, respirant l’air glacé. Son haleine faisait comme de petits nuages blancs et sa barbe rousse était recouverte de fils de glace. Il traversa les forêts dont les branches des arbres étaient courbées sous le lourd fardeau de la neige. Il passa le long des lochs couverts d’une fine couche de glace étincelante. Il grimpa sur les collines, et le soleil   qui brillait sur la neige l’éblouissait, tandis que les cascades gelées avaient l’éclat d’une averse de diamants. Il regardait autour de lui en se promenant et il s’émerveillait de ce que son pays si familier lui semblait différent dans ses habits d’hiver. Il leva les yeux vers le ciel… et ce fut une erreur car son pied délogea une pierre. Avec un grondement et un bruit de tonnerre, la neige s’ébranla et glissa sous ses pieds et Robbie glissa avec elle, emporté par une marée blanche.

Enfin la glissade s’arrêta et Robbie se trouva au pied de la colline, dans un fossé, à côté de la route. Il avait froid, il était mouillé et, pire que tout, il était incapable de bouger car sa jambe était bloquée sous un rocher. Malgré tous ses efforts,– et Robbie était costaud – il ne put se libérer.

« C’est du beau, pensa-t-il. Enfin ! Je suis près de la route, quelqu’un passera certainement bientôt… » Mais personne ne passait, car après l’avertissement au sujet des ours polaires, chacun restait près de chez lui.

Robbie essaya de crier. Mais ses cris furent renvoyés par l’écho des hautes montagnes, et personne ne vint.

Il essaya de chanter pour garder courage. Mais son chant résonna faiblement dans le calme menaçant des collines, et personne ne vint.

Alors Robbie resta silencieux, fatigué par tous ses efforts, mais le silence était pire que tout, et personne ne vint.

Les jours sont courts durant les mois d’hiver dans le nord le plus lointain, et le soleil commença à disparaître à l’horizon, bien qu’il ne soit pas encore tard. A ce moment-là, le froid devint plus intense. La neige se mit à tomber et des flocons blancs se posèrent sur Robbie comme une couverture, mais une couverture glacée et mouillée qui le faisait grelotter. Enfin, Robbie s’adressa à Dieu, mais il le fit à contrecœur, car Robbie n’aimait demander de l’aide à personne, pas même à Dieu.

« Regarde-moi, Dieu, dit-il. Si tu n’envoies pas quelqu’un le long de la route assez rapidement, je mourrai gelé. »

Ce n’est pas ainsi qu’on doit parler à Dieu, mais Robbie avait froid, il était effrayé et Dieu, qui avait observé Robbie tout au long de l’après-midi, le comprit.

Le vent se leva, soufflant les flocons en une danse tourbillonnante avant de se poser, couvrant le sol d’une couche épaisse de neige fraîche, et Robbie aussi devint bientôt un tas blanc informe, couché dans le fossé à côté de la route. Les derniers rayons du soleil avaient juste disparu derrière la montagne quand soudain il entendit des pas.

« A l’aide, cria Robbie, à l’aide ! » Les pas se rapprochèrent : c’étaient trois personnes qui se dépêchaient. Hamish avait dû aller chercher à la dernière minute des provisions qui manquaient pour la fête de cette nuit. Il avait emmené deux compagnons costauds, et tous les trois étaient chargés de nourriture et regardaient bien s’il n’y avait pas d’ours polaires. Ils marchaient vite et en silence.

« A l’aide,  appela Robbie, à l’aide ! »

« Qu’est-ce que c’est que ça ? » demanda Stuart Mac.

« Je n’ai rien entendu » dit Hamish, l’esprit tout préoccupé des choses qu’il fallait encore faire pour les festivités de la soirée.     

« A l’aide » dit Robbie d’une voix faible.

« Encore » dit Stuart, et il s’arrêta, regardant autour de lui.

« Allons-y ! dit Hamish impatiemment. Je dois être de retour avant la nuit. Il y a tant à faire. »

Alastair Mac, heureux de s’arrêter, posa ses paquets avec un soupir de soulagement. Il s’étira, regarda autour de lui, regarda encore, puis montra d’un doigt tremblant la forme blanche, couverte de neige, dans le fossé.

« Regardez ! dit-il, regardez ! »

« Qu’est-ce que c’est ? » dit Stuart avec crainte.

« Je crois que c’est un ours p.p.p.polaire. » bégaya Alastair, et il prit ses jambes à son cou et fila le long de la route aussi vite qu’il put. Stuart et Hamish le suivirent à toute allure. La route fut à nouveau silencieuse.

« Eh bien, merci beaucoup, Dieu », murmura Robbie en claquant des dents.

Il s’arrêta de neiger, mais un vent froid se leva, faisant bouger les branches au-dessus de la tête de Robbie.

« Je t’en prie, Dieu, envoie quelqu’un, n’importe qui, pour m’aider » pensa Robbie, incapable de chuchoter, tellement il était faible.

Les branches bougeaient et frémissaient dans l’air froid, et quelque chose d’autre aussi. Il y eut un reniflement et un éternuement, ainsi que le piétinement de pas qui avançaient avec précaution dans la neige haute. Les cheveux de Robbie se dressèrent sur sa tête car il était en train de deviner qui reniflait et piétinait. La grande forme blanche se rapprocha de plus en plus et Robbie essaya de ne plus respirer, dans l’espoir que s’il se tenait tout à fait immobile, l’ours polaire ne le remarquerait pas. Le piétinement s’arrêta et il y eut un grognement. Un nez froid et mouillé frôla la figure de Robbie.

« Je me demande quel morceau de moi il va manger en premier… pensa Robbie ; j’espère que cela se passera vite. »

Il ferma les yeux et se prépara au pire. Mais l’ours polaire ne le mangea pas. Il semblait étonné. Il recula et le piétinement recommença. Robbie pouvait entendre l’ours renifler et grogner, tandis qu’il passait lentement près de l’épaule de Robbie, de son bras, et jusque là où le gros rocher bloquait sa jambe contre le sol. L’ours polaire s’arrêta. Robbie ouvrit les yeux et vit une énorme patte s’avancer et, avec une toute petite tape, le rocher fut enlevé de sa jambe et poussé dans le fossé.

L’ours polaire grogna, et Robbie ferma de nouveau les yeux parce que l’énorme patte s’avança de nouveau et toucha sa jambe. Mais c’était une gentille petite tape que Robbie sentit à peine ; il ne sentit pas non plus les bras – si forts qu’ils pourraient écraser un Mac en quelques secondes – le soulever avec un soin infini. L’ours le tint tendrement contre sa poitrine froide et blanche et Robbie s’évanouit.

Lorsqu’il se réveilla, il se trouvait sur le sol, devant la salle des fêtes des Mac. Il n’y avait aucune trace de l’ours polaire. De la lumière, provenant des fenêtres, éclairait la nuit et Robbie pouvait     entendre de la musique et des rires. Sa jambe lui faisait mal, et, comme il était trop faible pour bouger ou crier, il frappa faiblement contre la porte. Mais la musique était forte et étouffait le son de ses coups. Il martela la porte jusqu’au bout de ses forces, puis se coucha, désespéré.

« C’est ridicule, Dieu, pensa-t-il. Si Tu désirais me donner une leçon, très bien, Tu me l’as donnée. Je regrette de n’avoir prêté aucune attention aux avertissements et d’être parti tout seul, et je regrette aussi d’avoir douté de Toi, bien que Tu aurais pu choisir quelqu’un d’un petit peu moins effrayant qu’un ours polaire pour me secourir… mais cela me semble un peu injuste de mourir de froid à quelques mètres d’un refuge. »

Dieu écouta les pensées de Robbie et le vit grelotter; Il fut triste pour lui mais Il ne lui parla pas, car Dieu agit autrement.

Dans la salle des fêtes, les sauteurs sautaient toujours plus haut; leurs figures étaient illuminées et brillantes. La figure d’Hamish était plus rouge et brillante que les autres, tandis qu’il racontait d’une voix forte à qui voulait l’entendre son aventure de l’après-midi avec l’ours polaire.

Au milieu de toute cette excitation, des chants et des danses, Robbie ne manquait à personne car il allait toujours de son côté, préférant sa propre compagnie à celle des autres, s’asseyant à part et parlant rarement.

Hamish finit son histoire avec un moulinet, se tourna vers la fenêtre… et regarda avec horreur. Car, pressée contre la vitre, il y avait la figure… d’un ours polaire.

« C’est… c’est… » il bégaya, la montrant d’un doigt tremblant.

La musique s’arrêta, les conversations et les rires cessèrent et chacun se tourna vers la fenêtre et regarda dehors. L’ours polaire, son haleine givrant la vitre, les regarda et fit un geste avec son énorme patte.

Les Mac attrapèrent des bâtons, des plats, des pots, des instruments de musique et tout ce qui leur tomba sous la main et se précipitèrent hors de la salle des fêtes. Ils contournèrent la maison jusqu’à la fenêtre… mais l’ours polaire était parti.

« Cherchez ses empreintes ! » cria Hamish.

Les Mac cherchèrent les énormes empreintes qui auraient dû être marquées dans la neige. Mais aussi étrange que cela puisse paraître, ils ne découvrirent aucune trace. La neige était lisse. Tout ce qu’ils trouvèrent, inconscient mais encore vivant, c’était Robbie.

Et Dieu sourit, tandis qu’ils soulevaient Robbie et l’emportaient dans la salle des fêtes. Car Dieu agit ainsi.  FIN 

 

L’auteure est madame Avril Rowlands et son site internet est www.mcdorwuff.com

Voici les coordonnées des 3 contes en anglais :

Alastair et la guerre du clan : ISBN 0-7197-0581-9.

Angus et le cadeau de Noël : ISBN 0-7197-0535-5.

Robbie et l’ours polaire : ISBN 0-7197-0536-3.

                    




Contes pour la paix 2: ANGUS ET LE CADEAU DE NOËL

ANGUS ET LE CADEAU DE NOËL.

un conte pour la parler de la paix écrite par Avril Rowlands 

crédit : pixabay

Les MacDorwuffs se réveillent de leur premier sommeil d’hiver juste avant Noël.

Leur premier sommeil débute lorsque les nuits commencent à s’allonger et que les journées s’assombrissent.

Leur second sommeil dure jusqu’à ce que le soleil se mette à réchauffer la terre et que la neige fonde sur les collines du Plus-Lointain-des-Nords. Toutefois, il ne commence qu’en janvier, car aucun Mac qui se respecte ne voudrait dormir pendant les fêtes de Noël et de Nouvel-An.

Donc, quand Angus Mac se réveilla un matin froid et brumeux de décembre, sa première pensée fut pour Noël et particulièrement pour les cadeaux de Noël, et plus précisément encore pour UN cadeau de Noël, celui qu’il ferait à sa meilleure amie.

Les Mac sont très petits – ils sont aussi très gros parce qu’ils mangent beaucoup de porridge – et ils vivent dans des petites boîtes-aux-lettres en bois posées le long de la seule route qui conduit à travers les rochers et les montagnes, le long des lochs profonds, des rivières, des ruisseaux et des forêts du Plus-Lointain-des-Nords.

Angus Mac vivait seul dans sa boîte-aux-lettres. C’était une maison confortable, garnie de meubles en bois qu’il avait fabriqués lui-même, de tapis et de rideaux en joli tissu écossais que sa mère lui avait donnés, et d’une exposition de pierres d’ornement qu’Angus avait collectionnées sur les plages et les rochers. C’était une maison chaude et amicale, une maison telle que chaque Mac aurait du plaisir à habiter. Mais Angus ne la trouvait ni chaude, ni amicale, ni spécialement confortable. En effet, lorsqu’il refermait sa porte derrière lui après une dure journée de travail à s’occuper des montagnes et des collines du Plus-Lointain-des-Nords, personne n’était là pour l’accueillir, personne ne partageait sa maison-boîte-aux-lettres. Pour Angus, c’était un endroit froid et solitaire.

Ce matin-là, ce matin froid et brumeux de décembre, Angus ne resta pas dans sa maison douillette et chaude lorsqu’il se réveilla de son premier sommeil d’hiver. Il se leva, sortit, respira profondément l’air doux, secoua de sa barbe les jolies gouttelettes de pluie et se mit en route. Angus devrait prendre une décision  et il ne pouvait pas la prendre à l’intérieur.

Que donnerait-il à sa meilleure amie Fiona pour Noël en lui demandant de devenir sa femme et de vivre avec lui dans sa maison confortable ? Ce n’était pas chose facile à décider. Il désirait acheter quelque chose d’extraordinaire pour cette occasion unique.

Il pensait à cela tandis qu’il marchait le long du loch en vérifiant que les pièges pour les ours polaires n’avaient pas été dérangés depuis qu’il les avait placés en automne. (Pendant les jours froids de l’hiver, les ours polaires descendent d’Islande. Ils sont affamés et considèrent que les Mac bien gras sont un mets délicat.)

« Je pourrais lui acheter du tissu écossais » pensa-t-il. « Elle pourrait se faire un kilt.» Mais non… ce n’était pas un cadeau assez original pour Fiona. Il se promena sur sa plage, une plage superbe faite de rochers et de pierres de différentes couleurs qu’il avait ramassées dans toutes sortes de lieux différents du Plus-Lointain-des-Nords. Tous les Mac aiment leurs plages et Angus était fier de la sienne. Mais, ce jour-là, il n’y prêtait aucune attention.

« Je pourrais lui donner une pierre » pensa-t-il, « la plus belle pierre que je possède, une pierre blanche recouverte de poussière d’or ; je pourrais la tailler et la polir et lui mettre une chaîne pour qu’elle puisse la pendre autour de son cou. Ce serait un cadeau original… mais non,… ce ne serait pas un cadeau assez original pour Fiona. »

Il s’arrêta de marcher et regarda en direction du Loch Laxford. La pluie avait cessé, la brume s’élevait et l’air était froid et clair.

« Je pourrais prendre mon bateau, ramer jusqu’à l’endroit où le loch est le plus profond et pêcher pour elle un beau poisson » pensa-t-il. Mais non, il pouvait pêcher un poisson n’importe quand pour Fiona. Il marcha par les montagnes et les collines dont il était le gardien, et pendant qu’il nettoyait les buissons de genêts aux branches épineuses et balayait les bruyères mortes et les fougères, il pensa à un peigne pour ses cheveux, ou à un châle de laine fine pour ses épaules… Mais non… c’étaient là des objets ordinaires et utiles qui n’étaient pas dignes de Fiona.

Angus grimpa toujours plus haut sur la chaîne de montagnes qui s’appelle Foinaven et ne s’arrêta que lorsqu’il eut atteint le sommet qui était caché dans les nuages. Il s’arrêta parce qu’il ne pouvait plus rien voir, ni au-dessus de lui, ni en-dessous, car il était environné de brume légère et aussi parce qu’il avait pris une décision : il avait décidé de demander conseil à Dieu. (Les Mac présentent souvent leurs problèmes à Dieu).

« Tu vois, Dieu, dit Angus, c’est bientôt Noël, comme Tu le sais, et je désire acheter le plus beau des cadeaux pour Fiona et lui demander de m’épouser et de partager ma maison-boîte-aux-lettres. Seulement, je ne sais pas que lui offrir. »

Dieu écoutait Angus.

« J’ai pensé à une pièce de tissu, un peigne pour ses cheveux, un châle pour ses épaules. J’ai pensé à une pierre de ma plage. J’ai pensé ramer jusqu’à l’endroit le plus profond du Loch Laxford et pêcher un beau poisson. Mais rien ne me semble lui convenir. Que lui donnerais-Tu, si Tu étais à ma place ? » Tandis qu’il parlait, la brume s’éleva et Angus put voir le soleil couchant derrière la montagne appelée Foinaven, donnant au sommet une couleur embrasée. « Le soleil serait un beau cadeau – pensa soudain Angus – un très beau cadeau. Mais je ne donnerai pas le soleil à Fiona car il est probablement trop chaud et elle se brûlerait les doigts. » Le ciel s’étendait tout bleu au-dessus de lui et la première étoile du soir se mit à briller doucement. Près d’elle apparut la courbe légère de la nouvelle lune. Angus contempla la lune et l’étoile et songea combien elles étaient magnifiques.

« Ça y est – dit-il à haute voix – je lui donnerai la lune et les étoiles. Je ne sais pas ce qu’elle en fera, mais je veux les lui donner parce qu’elles seront le plus beau des cadeaux et qu’elle est ma meilleure amie.»

« Ecoute, Dieu, dit-il, puis-je offrir à Fiona la lune et les étoiles ? Je ne sais pas combien elles coûtent et je n’ai pas beaucoup d’argent, mais je Te donnerai tout ce que j’ai. » Et Dieu écouta et sourit et ne dit rien, car Dieu agit autrement.

L’étoile du soir était de plus en plus brillante et paraissait si proche qu’Angus pensa qu’il lui suffirait de lever la main et de faire un petit saut pour la cueillir. Il tendit son bras vers l’étoile, fit un petit saut … et dégringola jusque tout en bas de la montagne.

Il sortit de l’enchevêtrement de genêts qui avait arrêté sa chute, tout écorché, endolori et fâché.

« Ce n’était pas très chic de ta part, Dieu, dit-il. » Et il tourna le dos à la montagne pour rentrer chez lui.

Mais la route faisait des tours et des détours tels qu’Angus n’en avait pas le souvenir et elle lui semblait aller en direction des collines au lieu de le conduire vers sa maison près du Loch.

Le soleil s’était couché, il faisait sombre et seule la lune éclairait, blanche et brillante dans le ciel noir. Angus s’arrêta et se gratta la barbe. « Il y a une seule route vers Le-Plus-Lointain-des-Nords, se dit-il à lui-même, et c’est celle-ci,… ou plutôt ce n’est pas celle-ci, car je ne suis jamais venu par cette route. »

Soudain, une lumière perça l’obscurité, un petit point de lumière, doré et réconfortant.

« Il doit y avoir quelqu’un près de cette lumière, pensa Angus. Je vais aller lui demander la direction à prendre pour rentrer chez moi. » Tandis qu’il marchait par les collines, la lumière devenait toujours plus forte et brillante. Et Dieu regardait Angus marcher vers la lumière, mais Il ne disait rien, car Dieu n’agit pas de cette façon-là.

La lumière provenait d’une lampe tempête qui se balançait devant la cabane d’un berger. La porte en était fermée, mais elle s’ouvrit à l’approche d’Angus et un vieux, très vieux Mac avec une longue barbe blanche apparut devant lui.

« Donc, tu désires le colis – dit le vieux Mac d’une voix rouillée par l’âge – Entre ! »

« Quel colis ? » demanda Angus ?

Le vieux Mac le regarda. « La lune et les étoiles, bien sûr ! » dit-il. Le vieux Mac s’éloigna et Angus l’entendit marmonner et fouiller dans l’obscurité. Après quelques instants, il revint, portant un gros paquet enveloppé dans du papier.

« Voilà ! » Il mit le paquet dans les mains d’Angus. « Attention, elles sont assez lourdes. » Angus commença à déchirer l’emballage, mais le vieux Mac l’arrêta. « Ne déballe pas avant d’être arrivé chez toi, c’est plus sûr. » « Plus sûr ? » Angus eut l’air étonné.

« Oh oui ! Tu ne veux pas qu’elles s’échappent pour retourner au ciel, ou quoi ? »

Avant qu’Angus ne sache ce qui lui arrivait, il se retrouva hors de la cabane avec le paquet dans les bras. La lumière avait disparu et il lui sembla que la cabane avait été avalée par la nuit. Il faisait très très sombre. Angus leva les yeux vers le ciel et retint son souffle : la lune et les étoiles avaient disparu !

Angus prit beaucoup de temps pour rentrer chez lui. Les premiers flocons de neige tombaient quand il atteignit le Loch Laxford et il était très très fatigué. Il cacha soigneusement son paquet sous une grande pierre de sa plage et, éreinté, se mit au lit.

Dieu regarda Angus lutter pour rentrer chez lui et vit où il avait mis le paquet, mais Il ne dit rien. Angus était agité et ne pouvait pas dormir malgré qu’il soit enfin en sécurité dans sa maison-boîte-aux-lettres. A chaque instant  il se levait, allait  jusqu’à la porte, regardait dehors… mais le ciel demeurait noir comme de l’encre et on ne pouvait apercevoir  ni lune, ni le scintillement d’une étoile.

« Je me demande comment elles sont, pensait Angus, … je me demande si tout va bien pour elles sur ma plage. »

Enfin, il ne put plus supporter d’attendre, il se glissa doucement hors de sa maison et descendit vers le loch.

Il trouva le paquet là où il l’avait laissé, sous la pierre. Il le prit et le déballa lentement… il sentit un bord pointu et vit la lueur de quelque chose qui brillait… enfin, il arracha le dernier morceau de papier et là, devant lui, sur la plage, il y avait le cadeau, le plus beau cadeau, le cadeau le plus original qu’il avait pu trouver pour Fiona : la lune et les étoiles…

Mais la lune était terne et mate, avec des morceaux bruns dans les coins ; et les étoiles… au nombre de trois, étaient tout aussi ternes, et la pointe de l’une d’elles était cassée.

Angus se mit la tête dans ses mains et pleura. Dieu le regardait et avait pitié de lui, mais Il ne dit rien, car Dieu agit autrement.

Enfin, Angus leva les yeux vers le ciel tout noir. Il cria : « Tu m’as trompé, Dieu, Tu m’as trompé. » Dieu parla : « Je ne t’ai pas trompé, Angus, — dit-Il – tu désirais la lune et les étoiles et tu les as eues. Je regrette de n’avoir pas pu te laisser prendre les vraies, mais j’en ai besoin, de même que toutes les choses vivantes du monde, car l’étoile doit briller au-dessus de l’endroit où mon fils est né à Noël, et la lumière de la lune doit montrer le chemin de l’étable où il repose. Et j’ai besoin de la lune et des étoiles, toutes ensemble, pour enlever la peur de l’obscurité pendant la nuit. »

Angus baissa la tête. Il avait honte. Sa seule pensée avait été pour Fiona, mais les pensées de Dieu sont pour tous.

Une main toucha son épaule. C’était Fiona.

« Angus, qu’est-ce qui ne va pas ? »

Angus détourna la tête afin qu’elle ne voie pas son nez tout luisant ni sa figure toute gonflée d’avoir tant pleuré.

« Angus, qu’est-il arrivé ? »

« C’était… ce devait être une surprise… » dit enfin Angus en murmurant dans la barbe.

« Quelle surprise ? »

« Je voulais t’acheter un cadeau de Noël original, un cadeau très original parce que tu es ma meilleure amie et que j’allais te demander de m’épouser et de venir vivre avec moi dans ma maison boîte-aux-lettres. Et je ne trouvais aucun cadeau assez extraordinaire jusqu’au moment où j’ai pensé à la lune et aux étoiles, parce que le soleil te brûlerait les doigts. »

« Je vois », dit Fiona.

« Mais ce ne sont pas la vraie lune et les vraies étoiles, et la lune est terne et mate et il y a des taches brunes dans les coins. Les étoiles sont ternes, elles aussi, et l’une des pointes s’est cassée. »

Puis Angus demeura silencieux, la tête baissée, tandis que Fiona regardait la lune et les étoiles posées sur la plage.

« C’est un cadeau magnifique, dit-elle enfin. Le plus beau cadeau que j’aie jamais reçu. Je peux nettoyer la lune pour qu’elle brille et tu peux réparer l’étoile et nous les suspendrons ensemble dans notre maison. »

Angus regarda Fiona. Tout en haut, au-dessus d’eux, les nuages s’écartèrent et la lune répandit sa lumière vive et argentée et les étoiles brillèrent et scintillèrent.

Et Dieu sourit et fut heureux car Angus ne serait plus solitaire. Car Dieu agit de cette façon-là.  FIN 

 

L’auteure de ces 3 contes est madame Avril Rowlands et son site internet est www.mcdorwuff.com

Voici les coordonnées des 3 contes en anglais :

Alastair et la guerre du clan : ISBN 0-7197-0581-9.

Angus et le cadeau de Noël : ISBN 0-7197-0535-5.

Robbie et l’ours polaire : ISBN 0-7197-0536-3.




Contes pour la paix 1 : ALASTAIR ET LA GUERRE DU CLAN

ALASTAIR ET LA GUERRE DU CLAN,

un conte pour parler de la paix par Avril Rowlands

Si vous allez vers le plus lointain des nords,  vous découvrirez que toutes les routes se rejoignent pour n’en former qu’une seule qui serpente par les collines,  au bord des lochs aux eaux profondes,  à travers les forêts et parmi les rochers. De temps en temps, il vous arrivera de voir des signaux :  des triangles rouges sur lesquels sont représentés en noir des rochers qui dégringolent.

Peut-être penserez-vous que ces signaux ont été placés là pour avertir les voyageurs du danger. Mais vous auriez tort. Les MacDorwuffs ont mis ces signaux il y a très longtemps,  bien avant que des étrangers n’arrivent jusqu’au plus lointain des nords,  et ils les ont mis dans un but très différent.

Quand Dieu créa le plus lointain des nords,  Il créa aussi les Mac et les installa comme gardiens des rochers dans le pays,  pour balayer l’herbe,  prendre soin des rochers,  enlever les fougères mortes et ramasser puis arranger les pierres précieuses. En ce temps-là,  les Mac ne partageaient le pays qu’avec les animaux sauvages et les poissons qui nageaient dans les eaux profondes des lochs et les oiseaux qui faisaient leurs nids dans les grands arbres des forêts.

Les Mac furent des gardiens fidèles pendant de longues années  et durant ce temps-là,  ils ne virent personne qui leur ressemblait,  car aucun voyageur n’avait fait jusqu’alors le voyage sur la route du plus lointain des nords. Ils en étaient venus à penser qu’ils étaient les maîtres du pays  et le traitaient comme s’il leur appartenait.

Un beau jour,  le long de la route qui vient du sud,  d’étranges animaux blancs et laineux apparurent,  avec quatre pattes minces,  de petites têtes et des queues plus petites encore. Des moutons étaient arrivés dans le plus lointain des nords ! Les Mac n’avaient jamais vu de moutons auparavant   et ils s’alignèrent le long de la route et du pont de Laxford et les regardèrent avec étonnement,  stupéfaits par le bruit plaintif des bêlements. Derrière les moutons marchaient les bergers. Ils étaient petits,  mais pas aussi petits que les Mac. Ils étaient minces et non pas ronds comme les Mac,  et avaient des figures ridées, tannées par les vents. Ils marchaient d’un pas rapide et assuré,  poussant les moutons devant eux avec de longs bâtons. En avançant,  ils regardaient à gauche et à droite. Les Mac découvrirent qu’ils pouvaient comprendre leur langage.

  • Il y a ici de bons pâturages pour faire paître,  Dougal !  dit l’un d’entre eux.
  • Oui, mais les rochers poseront un problème,  répliqua Dougal.
  • Nous pourrons en utiliser pour construire nos abris,  et débarrasser le reste, répondit le premier.

Les Mac se regardèrent les uns les autres avec consternation. Débarrasser les rochers ? Utiliser les pierres pour construire des abris ? Faire paître ces étranges animaux  laineux sur leur territoire ?

Hamish Mac,  le chef du clan,  fit un pas en avant  et tous les autres Mac se pressèrent derrière lui. 

  • Excusez-moi,  mais pourriez-vous nous dire qui vous êtes  et ce que vous faites sur notre territoire ?

Les bergers s’arrêtèrent tout étonnés.

       – Regardez,  dit Dougal,  il y a de petites personnes ici.

Hamish se redressa de toute sa hauteur,  ce qui ne faisait pas très haut.

  • Savez-vous que vous êtes ici sans permission ?
  • Sans permission ?  dit Dougal,  ce n’est pas vrai. On nous a dit que ce pays n’appartenait à personne. Nous avons entendu dire qu’il y avait de bons pâturages pour nos moutons,  de la tourbe pour faire nos feux,  du poisson dans les lochs pour notre nourriture  et des quantités de pierres pour construire des maisons. Nous sommes venus pour le constater par nous-mêmes  et si cela nous plaît,  nous amènerons nos femmes et nos enfants et nous nous établirons ici. Donc,  si cela ne nous fait rien,  vous pourriez peut-être nous laisser continuer notre route.

Et il reprit son chemin avec les bergers,  poussant leurs moutons et piétinant presque Hamish.         Cette nuit-là,  les Mac organisèrent une rencontre dans la salle des fêtes, sur le bord du Loch Laxford. Beaucoup d’entre eux étaient en colère,  mais personne n’était aussi fâché qu’Alastair,  un grand Mac avec une barbe rouge en broussaille.

  • Ce n’est pas juste,  cria Alastair,   ce n’est pas juste du tout ! C’est notre territoire. Nous possédons ce pays. Ils ne peuvent quand même pas venir ici et faire paître leurs moutons sur nos collines  et prendre les pierres pour faire leurs maisons sans même dire « s’il-vous-plaît » ou « merci ». Ils vont détruire notre territoire et nos maisons  et peut-être nous faire partir. Je vous le dis, il faut les chasser.

Il y eut un chœur d’approbations de la part des Mac, mais Hamish secoua la tête.

  • Et bien, je ne sais pas,  dit-il lentement. Je ne sais pas s’il faut les chasser. Les Mac ont toujours vécu en paix dans ce pays. Je pense que nous devrions demander l’avis de Dieu avant de faire quoi que ce soit,  parce que nous avons toujours parlé de nos problèmes à Dieu.

Et parce qu’Hamish était le chef du clan,  il fut écouté avec respect. Ainsi, le lendemain, les Mac grimpèrent en masse au sommet de la montagne nommée Foinaven  pour demander à Dieu son avis.

Il faisait un froid terrible au sommet de la montagne  et des brumes glacées tournaient tout autour. Hamish leva les yeux vers les nuages menaçants  et raconta à Dieu ce qui s’était passé la veille  et toutes leurs discussions au sujet des bergers. Quand il eut fini de parler,  et cela prit un long moment car il y avait beaucoup d’arguments,  Alastair parla de l’idée de chasser les bergers.  Quand Alastair eut fini,  un autre Mac prit la parole,  puis un autre,  et bientôt ils parlèrent tous à la fois,  priant Dieu,  L’informant,  Lui disant ce qui devait être fait.

Et Dieu écouta tous ces arguments,  bien qu’Il les connaisse déjà parfaitement. Dieu écouta et Il fut triste  car Il savait que les Mac ne désiraient pas vraiment Son avis. Ils ne restaient même pas silencieux assez longtemps pour L’écouter. Alors Dieu ne dit rien,  car Il ne donne pas Son avis si on ne le désire pas.

Les Mac descendirent de la montagne appelée Foinaven,  chacun convaincu que Dieu approuvait leurs projets. Mais Hamish demeurait incertain.

  • Attendons de voir, dit-il.

Comme Hamish était le chef du clan et qu’ils respectaient ses opinions,  ils attendirent et virent que tout ce qu’Alastair  avait prédit se produisait.

Les bergers laissèrent leurs moutons paître là où ils voulaient sur les collines,  et les Mac eurent davantage de travail pour nettoyer leurs saletés.

Les bergers enlevèrent des rochers et des pierres qui avaient été placés à des endroits précis depuis le commencement des temps  et les écrasèrent puis les taillèrent pour faire des abris où s’installer.

Les bergers pêchèrent dans les lochs, attrapèrent les plus grands et les meilleurs poissons pour les manger,  et les Mac commencèrent à avoir faim.

Si les bergers se moquaient des Mac,  trouvant qu’ils étaient de petites créatures stupides,  faisant des histoires au sujet d’un tas de vieilles pierres,  on peut dire que les Mac ne faisaient rien pour les faire changer d’opinion. Ils ne prirent jamais contact avec les bergers,  ils ne leur parlaient jamais ni ne s’en approchaient. Les Mac, eux, ne se moquaient pas des bergers. Ils se mirent à les haïr  et leur haine grandit,  grandit,  jusqu’à ce qu’elle soit comme un grand feu brûlant. Mais personne ne haïssait davantage les bergers qu’Alastair.

Enfin,  ils organisèrent une autre rencontre.

  • Nous devons agir avant qu’il ne soit trop tard !  cria Alastair,  et les Mac crièrent qu’ils étaient d’accord.
  • Et qu’est-ce que tu proposes  de faire au juste?  demanda Hamish.  Ils sont beaucoup plus grands que nous.
  • Je vais vous le dire,  répondit Alastair,  et les Mac écoutèrent ses plans,  les approuvèrent et se mirent au travail.

Ils placèrent des rochers et de grosses pierres sur le chemin des bergers  et le résultat fut que plusieurs moutons furent blessés.

Ils percèrent des trous dans le fond des bateaux  et quand les bergers sortirent dans les lochs pour pêcher, leurs bateaux coulèrent. Les bergers durent nager  et rentrèrent mouillés et affamés à la maison. Les Mac rirent en les observant.

Ils utilisèrent leurs sentiers cachés et leurs chemins secrets pour retirer les repères des bergers  et ceux-ci retrouvèrent difficilement leur chemin pour rentrer.

Ils démolirent des abris en construction  et remirent les rochers et les pierres à leur place. 

Tout cela prit naturellement beaucoup de temps  et les Mac durent négliger leur travail de gardiens des rochers. Les rochers n’étaient pas nettoyés,  l’herbe était sale  et les fougères pourrissaient sur place. Le pays du plus lointain des nords était comme abandonné, privé d’amour.

Et Dieu vit le territoire négligé,  la haine et la crainte dans le cœur des Mac,  mais Dieu ne dit rien, car Dieu agit autrement.

Les bergers aussi se fâchèrent  et se mirent à poser des trappes pour attraper les Mac. Ils n’en attrapèrent jamais,  mais ces trappes dérangeaient beaucoup les Mac.

  • C’est la guerre !  dit pour finir Alastair. C’est à nous de les attraper et de nous en débarrasser définitivement.

Alors il s’en alla tout seul et marcha à travers les collines,  à la recherche d’endroits où il pourrait piéger les bergers. Il rassembla des rochers et de grosses pierres et les plaça en grands tas. Il travailla d’arrache-pied et à la nuit tombante,  il avait fini.

Sur les pentes des collines,  au moins une douzaine de dangereux tas de rochers tenaient en équilibre,  prêts à dégringoler sur la route au-dessous. Le moindre geste ou soupir les mettrait en mouvement. Tout ce qu’Alastair avait à faire le lendemain matin  était d’amener les bergers à marcher sur cette route.

Il se sentit soudain très fatigué et s’assit sur une touffe d’herbe. La route au-dessous s’étendait et s’éloignait de lui,  vide et désolée dans le crépuscule. Tout était tranquille.  Aucun animal ne bougeait à cet endroit qui était devenu dangereux,  et même les oiseaux demeuraient silencieux. Alastair commença à avoir peur.

  • Je regrette, Dieu, dit-il; peut-être que Tu n’aimes pas ça,  mais nous n’avions pas le choix.

Les rochers grondaient,  en écho à ses chuchotements,  mais Dieu ne parla pas,  car Dieu agit autrement.

Soudain,  Alastair entendit un bruit,  un léger bêlement,  et il vit une petite tache blanche assez loin d’où il se trouvait. Un minuscule agneau laineux courait le long de la route,  il courait apeuré à la recherche de sa mère.

Les rochers grondèrent,  bougèrent  et Alastair resta glacé,  incapable de détacher ses yeux du petit agneau qui courait de tous les côtés et se rapprochait du piège qu’il avait mis en place.

Puis il y eut un autre son,  des bruits de pas se hâtant le long de la route. La grande silhouette de Dougal apparut,  courant après l’agneau pour essayer de l’attraper pour le ramener chez lui.

Toute l’horreur de ce qu’il avait manigancé submergea Alastair  et il se sentit très mal à l’aise.

  • Non, chuchota-t-il, non !

Mais l’agneau était juste au-dessous des tas de rochers. Dougal l’avait presque attrapé lorsque les pierres grondèrent et commencèrent à glisser vers la route,  d’abord assez lentement. Alastair se leva.

  • N’approchez pas ! cria-t-il de sa voix la plus forte;  et il se précipita en bas de la pente. Secoués par ce bruit,  les rochers et les grosses pierres accélérèrent leur mouvement,  craquant, grondant,  dégringolant avec lui de plus en plus bas.

Les Mac et les bergers accoururent tous  des quatre coins du plus lointain des nords,  mais quand ils arrivèrent,  ils ne purent rien voir,  car un voile de poussière,  comme un épais brouillard, montait de la route. La dernière pierre dégringola en bas de la pente avec un bruit sourd,  puis ce fut le silence.

Les Mac et les bergers observaient tout cela,  terrifiés,  lorsque le silence fut troublé par un petit bêlement plaintif. Comme la poussière se dispersait,  ils virent une forme laineuse,  plus blanche du tout,  s’extirpant de quelque chose qui aurait pu être un rocher, une forme meurtrie et griffée, les habits en lambeaux et les cheveux plus vraiment rouge vif.

Ce « rocher » bougea  et des larmes coulèrent sur ses joues poussiéreuses  tandis qu’Alastair ouvrait ses bras pour laisser l’agneau courir vers Dougal le berger.

  • Dieu,  qu’avons-nous fait de mal ?  demanda Alastair.

Et Dieu parla :

« Tu sais ce que vous avez fait de mal. Vous pensiez que le territoire vous appartenait,  mais il n’est pas à vous,  pas plus qu’il n’appartient aux bergers. Il est à moi,  et tout ce qui est vivant est à moi,  car j’ai créé le ciel et la terre. Pourtant, vous désiriez posséder le pays et le garder égoïstement. Le pays du nord le plus lointain est assez grand pour que vous y viviez,  vous et les bergers,  paisiblement,  les uns à côté des autres. Même s’il n’avait que la moitié de sa grandeur,  ce serait encore assez. Vous avez laissé la haine et la peur grandir dans vos cœurs. Vous avez négligé le territoire que je vous avais confié  et il est resté sans soins,  tandis que vous complotiez des plans de guerre les uns envers les autres. »

Les Mac et les bergers étaient silencieux  et c’est en silence que Dougal traversa la route et aida Alastair à se lever. Tous ensemble,  les Mac et les bergers travaillèrent pendant la nuit pour remettre en place les rochers et les grosses pierres.

Au matin,  les bergers s’en allèrent et les Mac se demandèrent où ils allaient. Ce n’est que vers le soir qu’ils revinrent,  apportant avec eux des signaux :  des triangles rouges sur lesquels étaient représentés en noir des rochers qui dégringolent.

Ils placèrent ensemble ces signaux comme avertissement  et comme souvenir pour les générations futures de Mac,  de bergers,  et de voyageurs qui font le long voyage vers le nord le plus lointain.

Quand ils eurent fini de poser le dernier signal, ils sortirent en bateaux  et attrapèrent du poisson en suffisance pour la grande fête qui allait avoir lieu au bord du Loch Laxford.

Et Dieu sourit de les voir travailler et vivre en paix; Il fut heureux que le pays du nord le plus lointain soit de nouveau soigné et aimé.

Car Dieu agit ainsi.  FIN 

L’auteure  est madame Avril Rowlands et son site internet est www.mcdorwuff.com

Voici les coordonnées des 3 contes en anglais :

Alastair et la guerre du clan : ISBN 0-7197-0581-9.

Angus et le cadeau de Noël : ISBN 0-7197-0535-5.

Robbie et l’ours polaire : ISBN 0-7197-0536-3.




La capuche

Ce texte peut soit se rapper, soit  être slamé ou cantillé… Il peut très bien être utilisé dans le cadre de la fête de l’ascension ou pour la thématique de la mission. Une fois Jésus parti, je fais quoi ? Je regarde hébété vers le ciel, priant pour son retour ou je retourne changer le monde. A moins de fuir… Je tiens à remercier Norman et Squeezie pour l’idée de la capuche. 

Quand j’suis dans la foule, j’suis sous ma capuche.

Quand il pleut ou neige, j’reste sous ma capuche !

Et quand j’enlève ma capuche, j’suis toujours sous ma capuche !

Et v’la que Dieu y m’appelle pour porter secours à des gens

qui se perdent, genre spirituellement parlant…

Faut dire que les gens en question y sont super méchants

et j’dois leur balancer les quatre vérités dans les dents !

J’suis qui sous la capuche pour leur faire la morale ?

Apporter la vérité et comment ils doivent se comporter au final ?

 

Mais j’détale jusqu’au premier obstacle devant ma capuche !

Que d’eau, que d’eau ! J’suis le missionnaire sous la capuche,

même pas peur ; c’est pas l’amer à boire !

J’achète un bateau avec c’qui me reste au comptoir,

J’aime pas l’avion et les trous l’air et pis t’es jetlagué !

Au fait, c’est dans l’autre direction qu’je devais aller !

J’suis parti tout schuss soleil couchant genre cow boy solitaire

J’suis l’anti-héros de service en mode guerre nucléaire

J’me terre sous ma capuche et j’veux rien savoir de leurs histoires !

Si Dieu a des comptes à régler avec les indigènes locaux,

Il a qu’à se débrouiller, j’risque pas ma peau !

Tu sais jamais sur qui tu vas tomber !

J’suis personne sous ma capuche et j’vais me coucher

dans le ventre du bateau. j’vais ronfler ! Ça va passer !

 

Mais Dieu il est pas du genre à lâcher le morceau,

Il déclenche une tempête, tsunami méga costaud

Le bateau menace de couler et le sort tombe sur ma capuche !

C’est moi le responsable de tout ça ! Non mais quelle cruche !

Ils peuvent pas jeter par-dessus bord celui qui paie pour échapper à sa mission ?

Comme quoi, on s’achète pas sa bonne conscience avec du pognon,

Et c’est pas le plus riche qui décide où et à qui va l’argent,

J’crois peut-être que j’suis seul sous ma capuche, et ben non !

Suis fourré dans la même galère

avec un tas d’autres qui se demandent quoi faire ?

Et si chacun sur ce bateau, jetait quelque chose de lui à l’eau

pour éviter que le Titanic ne coule et qu’il reste à flots !

Et dans ces situations extrêmes, souvent, suis obligé de savoir

et de dire qui je suis et en quoi je peux croire !

Cette fois c’est pour ma capuche et j’insiste qu’on me jette à l’eau !

J’me dis pour échapper à Dieu, « j’me cache à l’eau ».

Et voilà qu’il arrive le gros cabillaud,

puisqu’ y a que cette capuche à avaler, qu’un

et re-qu’un !

 

Et sous ma capuche comme la mission un-possible j’ai cru,

suis maintenant avalé tout cru !

Et dans le bide du grand poisson, j’me suis dit, c’est assez !

J’arrête de fuir ! J’suis crevé ! comme ceux partis en ayant tout laissés !

Dites ! Vous avez remarqué ! La facture est trop salée !

Il reconnait le poisson péché – pardon- le poids d’son péché !

Temps en temps faut que ça sorte ! Tu peux toujours recommencer !

Et comme il lui reste sur l’estomac, le poisson, qui avait des nausées,

vomit la capuche à la vie qui part direction  soleil levé !

Dans cette histoire, il y a Elohim et Yahvé ; deux Dieux qui s’entendent au mieux !

On n’appellerait pas cela de l’interreligieux ?

Le Dieu personnel de la capuche et un Dieu pour les Ninivites.

C’est plus forcément le Dieu de la capuche adoré comme le fric !

Mais chacun le retrouve dans sa propre tradition et culture.

Bref, ça a l’air de fonctionner, si on ne s’abrite pas derrière ses murs !

La capuche prêche à Ninive et les ninivites, eux, sans attendre le déluge,

se repentent et Dieu aussi parce qu’il voulait leur faire du mal ! Le dieu-juge !

 

Et moi sous ma capuche j’étais pas content du tout alors que les ninivites,

des bestioles, jusqu’au président de la république,

ont écouté et agi ! J’suis le seul pasteur à la capuche

qu’on prend pas pour une… quiche.

Ma prédication a eu un effet domino, ils se sont tous convertis,

ils ont changé du tout au tout, tous… Sauf bibi !

quand j’suis sous ma capuche, j’reste sous ma capuche sans moufeter !

J’me suis assis, le plus loin possible, pour vraiment bouder !

Celui qui dit, il est ! Et c’est valable aussi pour Dieu, non mais…

J’vois pas pourquoi il changerait d’avis ! J’savais, moi, qu’il se dégonflerai.

Il est bien trop bienveillant et miséricordieux, un peu lent à la colère,

le genre qui revient sur sa décision par amour ! Un Dieu pépère !

J’aurai adoré voir les Ninivites, ces gros méchants, morfler grave !

J’étais persuadé d’avoir raison et eux tort ! De vrais caves !

J’suis fâché jusqu’à la mort. En fait, je le suis bien, si je suis incapable de m’ouvrir

et que j’ reste sous ma capuche, mariner dans mon jus jusqu’à pourrir !

C’est pas sur un coup de tête que tu pars en mission ventre à terre,

ni pour te faire ton trip sur un chantier humanitaire !

Une telle décision n’est à prendre ninivite, ni par intérêt,

mais par amour du prochain et de l’Eglise universelle. T’es prêt ?

 

J’vous rappelle que je suis toujours fâché contre Dieu qui change d’avis comme de chemise.

J’me suis posé sur la colline d’en face pour voir si la partie serait pas remise ?

En attendant, J’commence à avoir un coup de soleil. La vérité si j’mens

Vous sentez la chaleur du soleil d’orient ?

Heureusement Dieu m’a abrité à l’ombre d’un ovni,

objet végétal non identifié, si, si…

Pour me guérir de ma mauvaise humeur. Eh oui !

Même fâché contre lui, Dieu prend soin de moi et ça me rend happy !

Bon jusqu’à ce que Dieu fit assécher mon pare soleil !

En m’faillant crever d’une insolation, Dieu m’a permis de distinguer l’accessoire de l’essentiel.

Et dire que j’m’en faisais un max pour une plante dont j’me suis jamais occupé !

qui est apparu et a disparu en une nuit, mirage de la société,

alors que j’voyais pas sous ma capuche tous ces grands enfants désorientés

qui ne savent même pas distinguer leur droite de leur gauche, vraiment paumés !

Alors, j’retourne sous ma capuche et j’men tape si le monde déconne ?

ou j’relève ma capuche pour voir mes sœurs, mes frères, les hommes !

Quant à la capuche, il est peut-être encore en train de bouder,

sur la colline, en face de la ville, qui elle, est sauvée !

En tous cas, son histoire se termine en queue de poisson !

A propos, mais vous l’avez reconnu depuis longtemps, non !

Dans la Bible, la capuche s’appelle la colombe : Yonah ;

c’est pas devenu un symbole de paix… ça ?

Je dédie ce texte tout particulièrement à mon regretté collègue et ami, le pasteur Jean Daniel Faivre qui y a mis beaucoup du sien ! Frédéric Gangloff (UEPAL)




Prier avec Jésus au jardin des Oliviers

« Prier avec Jésus au jardin des Oliviers » est une célébration qui pourrait être utilisée pour Jeudi saint. Proposition d’Emily Huser (UEPAL). Avant ce culte, nous avions préparé les narrations ensemble, en 4 groupes en utilisant la  Fiche de travail les acteurs de jeudi saint

Prélude

Invocation et Accueil Bonjour et bienvenue à tous au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Le temps de notre prière, ce lieu va devenir autre. Comme Jésus l’a demandé à ses disciples, nous avons préparé le lieu et nous avons dressé la table. Répondant mystérieusement son invitation, nous le suivrons pas à pas, du repas de la Cène, jusqu’au jardin des Oliviers. Les catéchumènes de première année et moi-même, nous vous proposons de prendre le temps de prier avec Jésus, et lui avec nous.  Cette célébration nous mènera dans cette nuit particulière pour ceux qui suivent Jésus. Ils croient encore que  tout est normal, alors que Jésus seul sait ce qui va se passer, avant que tout ne bascule.  Nous proclamons sa venue parmi nous, sa mort et sa résurrection. Le sachant toujours vivant, nous attendons son retour et cette célébration en est un signe.

Chant :  Arc 780 La veille de sa mort 

La nuit tombe sur Jérusalem : narration (Myriam la servante)

Mon nom est Myriam. Je suis servante à la maison de Lèvi. C’est chez mon maître, que Jésus a partagé la Pâque avec ses disciples. Celui-là même dont tout Jérusalem parle ! Certains disent même qu’il est le Messie, envoyé par  Dieu pour nous libérer.   Certaines femmes que je connais au marché l’ont vu guérir un paralytique. Un homme qui ne pouvait pas marcher. Il a suffit que ce Jésus lui parle pour qu’il se mette à courir.

J’ai aussi entendu certains dirent qu’il est trop mou, qu’il devrait utiliser la force pour chasser les romains hors de notre pays. Qu’il fallait le pousser à l’action …

Alors j’étais impatiente de le rencontrer. Surtout que nous avions déjà passé toute la journée à préparer la salle du banquet. Tout était prêt pour une belle fête de Pâques ! Nous l’attendions avec impatience. Quand je l’ai vu, je me suis tout de suite qu’il était grand. Pas seulement grand physiquement … mais qu’il était grand de l’intérieur. Je me suis sentie toute petite devant lui. Il m’a tout de suite fait une drôle d’impression. Un peu comme quand vous vous installez au Temple et que tout est calme. Cette sensation qui vous dit que vous êtes bien.

Mais je n’ai pas eu beaucoup de temps. Le maître m’a dit de me dépêcher, de bien recevoir nos invités. J’ai couru pour chercher l’eau, l’éponge et les serviettes. Je devais laver les pieds des invités au plus vite. Tout le monde m’a poussé à me dépêcher en me reprochant ma lenteur. Ce n’était pas facile, avec tout ce monde qui me pousse et l’eau qui déborde de la bassine. Quand enfin je suis arrivée à servir le premier invité, quelqu’un m’a encore poussé. Je me suis retourné, fâchée d’être tellement houspillée mais son regard m’a arrêté. Il a un regard si doux ce Jésus …. si bon … si gentil. Il a pris la bassine et l’éponge. Avec soin et douceur, il a commencé à faire mon travail. J’ai essayé de lui reprendre. C’était mon travail ! Même les invités, ses disciples n’étaient pas contents. Mais lui, il disait : « Celui qui commande doit être celui qui sert. » Moi, je me suis dit pour moi-même : qu’avec ces disciples, il allait être mal servi ! Ces hommes n’avaient jamais servis qui que ce soit. Cela se voit. Hors de question que je leur confie ma bassine à eux ! Mais Lui, c’est pas pareil. Lui, il était si doux ! Il a pris soin d’eux comme s’ils étaient les plus précieux de tous. Comme s’il pansait des blessures. Et pour une fois, je me suis dit que moi aussi j’aimerais qu’on prenne soin de moi comme cela. Que ce serait bien si quelqu’un tenait à moi comme cela.

Chant : « Dieu tout puissant » 

Ils sont partis dans la nuit : (narration Marthe la servante 2)

Çà y’est, ils sont enfin partis ! En vingt ans de service dans cette maison, je n’ai jamais connu une soirée de Pâque comme cela ! Parole de Marthe, je n’ai jamais vu cela.

Ce Jésus, je le connaissais. Une fois je l’ai entendu enseigner sur la place, prés du marché. Pour sûr, il a une belle voix. On l’entendait bien ! même si on était très nombreux. C’était même plutôt bien. Il disait que Dieu était comme une femme qui perdait une pièce et rangeait toute sa maison pour la retrouver. Que Dieu nous cherchait de la même manière jusqu’à que nous soyons de nouveau avec Lui. Ça m’a parlé. Parce que perdre une pièce je connais. On n’a pas tous les jours une pièce d’argent. Et si j’en avais une, je la chercherais aussi sans relâche jusqu’à ce que je la retrouve. Si Dieu me cherchait comme cela, je serai contente pour sûr !

Mais ce soir, je n’ai pas bien compris ce qu’il faisait. Déjà il a pris le travail de Myriam en lavant les pieds des invités ! Lui l’invité d’honneur ! Et après … après durant le repas, il a de nouveau perturbé tout le monde. Il m’a pris le pain des mains. Je voulais le distribuer. Et voilà qu’il le déchire en deux … le pain s’est rompu en deux …. comme un corps qu’on écartèle …. et lui il dit « Prenez  et mangez, ceci est mon corps donné pour vous. » J’ai jeté un coup d’œil aux autres invités, ses disciples, ils ne comprenaient pas plus que moi … Surtout qu’après, il a pris la coupe et il a dit « Buvez en tous. Ceci est mon sang, qui a été versé pour la multitude ». Moi j’ai pas tout compris. J’aurais préféré qu’il ne fasse pas ce genre de choses si mystérieuses. Je préfère quand il parle de Dieu comme celui qui me cherche parce que je suis si précieuse. Mais peut-être que cela veut dire la même chose. Que pour moi, parce que je suis précieuse, il donne même son sang pour me trouver …. mais que voulez-vous qu’une servante comme moi comprenne ?

En tous les cas, après tout cela, ils sont partis. Enfin ! Ils étaient tous si contents de chanter et de fêter Pâque. Il n’y a que Jésus qui semblait un peu triste. C’est lui qui a eu cette idée de partir, d’aller prier au calme. J’espère qu’il ne va rien arriver de grave. Il a la mine des gens qui savent que quelque chose va mal aller. Enfin, moi ce ne sont pas mes affaires. Je ne suis qu’une servante. Moi je n’arriverai pas à prier.

Répons : Dans nos obscurités

Prière : Pardon Seigneur de tout ce qui ‘m’empêche de prier « Faire silence pour être à l’écoute » Auteur : Béatrice Gahima

Seigneur, il fait noir Et je m’assieds. J’écoute Je suis comme assourdie Par le silence. Mes oreilles ne distinguent rien. Il fait si calme ce soir.Je m’apaise, et j’entends Le chant de la source Qui jamais ne s’arrête de couler Mais que, dans le brouhaha de la journée, J’avais à peine remarquée. J’écoute encore et, tout doucement, Autour de moi J’entends le crissement des chauves-souris Qui ont attendu Que plus personne ne les dérange Pour s’ébattre dans le noir.  Oh, qu’il fait bon Seigneur ! La main humide du soir Se pose sur mon visage. Comme pour me rafraîchir ! Et je tends encore l’oreille : Tout à coup, résonne dans le lointain Le hululement du hibou Deux fois, trois fois Déjà il s’est tu Mais je l’ai entendu Quelle chance ! Merci, Seigneur, de m’avoir fait la grâce De m’arrêter et de goûter les merveilles dont tu m’entoures. Si je ne m’étais arrêtée Si je n’avais laissé le silence descendre en moi Je n’aurais pas reçu ces beaux cadeaux !  La source aurait continué à chanter Les chauves-souris à crier Le hibou à hululer Sans que je m’en aperçoive. N’est-ce pas aussi, Seigneur, Ce qui se passe dans ma vie ? Par ton Esprit, tu parles en moi Et je ne t’entends pas ! Ma course effrénée vers je ne sais quel but M’empêche d’entendre Le chant de ton amour qui résonne en moi Le chant de la plénitude et du bonheur Qui n’attend que moi

Répons : Dans nos obscurités

Le jardin des Oliviers : narration par l’un des disciples

Il y a un lieu à Jérusalem qui s’appelle Gethsémané. C’est de l’hébreu pour dire  » mont des oliviers ». C’est un peu à l’écart de la ville. Sur l’une des collines qui entourent Jérusalem est un jardin particulier. Il n’y a que des oliviers, grands et élancés. Certains sont si anciens que leurs troncs s’est tordu sous les années.

C’est un lieu que nous connaissons bien, nous les disciples de Jésus. Nous sommes souvent passé par là pour aller à Béthanie. Parfois nous nous arrêtons pour permettre au Maître de se reposer. Les gens alors en profitent pour le presser. Et lui, comme toujours, se laisse amadouer et prends le temps d’enseigner, de guérir. J’ai parfois l’impression que c’est notre jardin tellement nous nous y sommes arrêtés et que nous y avons passé du temps. Certains des autres disciples râlent en disant que nous perdons notre temps. Mais moi, j’aime bien. Il y a une petite pierre, bien plate, où je peux m’asseoir. L’endroit est agréable au soleil surtout pour écouter le Maître. C’est un peu comme un petit paradis pour moi.

Mais cette nuit, c’est différent. Jésus a voulu aller prier ici après le repas. Nous, on était tellement contents de fêter Pâque et un peu ivres aussi. On s’est contentés de le suivre. La nuit, le jardin est différent. Plus sombre, plus calme … *** éteindre les lumières

Sans peine, nous avons retrouvé notre endroit, sous les arbres si grands. Il fait un peu frais. Malgré l’obscurité, j’ai retrouvé ma petite pierre encore toute chaude du soleil du jour. Là, nous nous sommes installés. On a posé nos lampes pour éclairer le Maître. *** allumer les bougies et les lampes

Quand je le regarde le Maître, je me dis que quelque chose ne va pas. Il a la tête de quelqu’un qui sait qu’un malheur va venir. Il a bien dit quelque chose lors du repas qui me turlupine, moi et même ses disciples. Alors que tout allait bien, que nous fêtions, il a eu cette tête triste qu’il a depuis ces derniers jours quand il parle de sa mort. Nous tâchons de ne pas trop y faire attention. C’est le Maître ! Je l’ai vu rappeler Lazare à la vie simplement en l’appelant. Qu’est-ce qui pourrait l’arrêter ? Jésus ne peut pas mourir. Voyons, c’est impossible. Même si les autres, ces jaloux de prêtres du temple arrivaient à le blesser, il lui suffirait d’un ordre pour les mettre à terre ! Comme il a vaincu la tempête ! Non, rien de mauvais ne va arriver.

Mais plus j’y pense, plus je trouve que le Maître nous cache quelque chose. Ce soir, le jardin ne m’apporte pas le calme habituel. Malgré moi, je prie pour qu’il n’arrive rien. 

Ecoute en silence

Arc Ps 42 Comme un cerf altéré brame  

Lecture biblique : Matthieu 26  Là-dessus, Jésus arriva avec eux en un lieu appelé Gethsémané. Il dit à ses disciples : Asseyez-vous ici pendant que je vais prier là-bas. 37 Il prit avec lui Pierre et les deux fils de Zébédée. Il commença à être envahi d’une profonde tristesse, et l’angoisse le saisit.38 Alors il leur dit : Je suis accablé de tristesse, à en mourir. Restez ici et veillez avec moi ! 39 Puis il fit quelques pas, se laissa tomber la face contre terre, et pria ainsi : O Père, si tu le veux, écarte de moi cette coupe ! Toutefois, que les choses se passent, non pas comme moi je le veux, mais comme toi tu le veux. 40 Ensuite, il revint auprès des disciples et les trouva endormis. Il dit à Pierre : Ainsi, vous n’avez pas été capables de veiller une seule heure avec moi ! 41 Veillez et priez, pour ne pas céder à la tentation. L’esprit de l’homme est plein de bonne volonté, mais la nature humaine est bien faible. Seigneur nous te prions en chantant :

Répons : Bleibet hier de Taizé

42 Puis il s’éloigna une deuxième fois, et se remit à prier en disant : O mon Père, s’il n’est pas possible que cette coupe me soit épargnée, s’il faut que je la boive, alors, que ta volonté soit faite. 43Il revint encore vers ses disciples et les trouva de nouveau endormis, car ils avaient tellement sommeil qu’ils n’arrivaient pas à garder les yeux ouverts.

Répons : Bleibet hier de Taizé 

44 Il les laissa donc, et s’éloigna de nouveau. Pour la troisième fois, il pria en répétant les mêmes paroles. 45 Lorsqu’il revint auprès de ses disciples, il leur dit : Vous dormez encore et vous vous reposez. L’heure est venue où le Fils de l’homme va être livré entre les mains des pécheurs. 46 Levez-vous et allons-y. Celui qui me trahit est là.

47 Il n’avait pas fini de parler que Judas, l’un des Douze, survint, accompagné d’une troupe nombreuse armée d’épées et de gourdins. Cette troupe était envoyée par les chefs des prêtres et les responsables du peuple. 48 Le traître avait convenu avec eux d’un signe en disant : Celui que j’embrasserai, c’est lui, saisissez-vous de lui. 49 Il se dirigea donc tout droit sur Jésus et lui dit : Bonsoir, Maître ! Et il l’embrassa. 50 Mon ami, lui dit Jésus, ce que tu es venu faire ici, fais-le ! Alors les autres s’avancèrent et, mettant la main sur Jésus, ils se saisirent de lui.

Répons : Bleibet hier de Taizé

Chant : Arc 602 Oh ! Prends mon âme

Méditation

Interlude

Prière d’intercession et Notre Père Unis à Jésus qui entre dans sa passion, supplions le Père des hommes : Seigneur, rappelle-toi. L’abandonné qui redoute les heures de la nuit. L’innocent que l’on arrête comme malfaiteur.En cette nuit, où tu souffres sous la torture, abandonné de tous, Jésus, nous te portons notre prière pour : l’accusé injustement condamné. Pour le prisonnier frappé, humilié. Pour le juste que l’on mène à la mort.Seigneur, nous voulons te prier et  déposer le nom de tous ceux qui souffrent, qui vivent leurs dernières heures.  Te confier celui qui jusqu’au bout te fait confiance. Seigneur, nous te confions la personne qui est triste à en mourir. Le condamné qui a tellement peur qu’il en sue du sang. La personne trahie par un de ses meilleurs amis.

Annonces et Offrandes

Chant : ARC 638 Reste avec nous  

Envoi : On dit à Jérusalem

On dit à Jérusalem que les romains l’ont arrêté ce Jésus. Qu’ils vont le mettre à mort.

On dit qu’il est retenu dans la prison et que déjà il le torture. Mais qu’il ne dit rien.

On dit à Jérusalem que demain, il sera cloué sur une croix comme le pire des malfaiteurs.

On dit partout qu’il est mauvais, qu’il blasphème, que c’est un agitateur. Qu’il s’est cru fils de Dieu, qu’il est fou.

Oui mais moi je dis qu’il m’a servi avec douceur lors du repas, que cet homme s’est fait serviteur pour me lever les pieds.

Moi je dis qu’un jour il a dit que j’étais précieuse aux yeux de Dieu. Et qu’il me chercherait sans relâche. Qu’il donnerait sa vie pour cela.

Moi je dis qu’il a eu peur mais qu’il n’a pas reculé.

Quand on fête la Pâque Juive on finit la soirée en se souhaitant de la fêter l’an prochain à Jérusalem. Ce soir, je souhaite de la fêter avec lui.

Bénédiction Seigneur Jésus, tu nous as regardés ce soir, comme tu l’as fait avec tes disciples une dernière fois et tu as partagé avec nous ce repas de fête. Mets en notre cœur une joie rayonnante. Malgré le danger et les heures sombres de la vie, donne-nous Seigneur assez de foi pour voir tout ce qui est beau dans le monde et assez d’espérance pour le rendre plus beau encore,  Que la grâce et la paix du Seigneur Jésus soient avec nous tous. Amen.

Postlude

Crédit : Emily Huser