Gérer et accompagner une équipe en catéchèse

Plusieurs éléments de cet article sont de l’ordre de la répétition. Une répétition bien utile, tant la routine et la pression de l’agenda nous font oublier des éléments essentiels pour le fonctionnement d’une équipe en catéchèse.
Avant la rentrée, avec l’aide du pasteur et du conseil presbytéral (‘consistoire’ en Belgique), pressentir des membres pour former une équipe. Pensez aux jeunes : parfois satellites dans l’église, ils pourraient trouver leur place comme animateurs ou aides-animateurs.
Veillez à rassembler les coordonnées de tous : téléphones, mobiles, courriels.
Créez un groupe sur un réseau social (Facebook, whatsapp…) : un groupe fermé qui vous permette de communiquer facilement et rapidement. Créez un compte « cloud » pour le partage des documentations.

Avec le trésorier, fixez d’emblée un budget pour l’année ! Une communauté sans budget « catéchèse » est une communauté en danger ! Et l’épuisement (raisonné) de ce budget sera signe du dynamisme de la communauté en matière de transmission et d’accueil des jeunes…Ce budget prévoit l’accueil (local, mobilier, boissons et collations…), le matériel didactique (des bibles en nombre suffisant et dans différentes éditions adaptées aux âges des participants : Ze Bible ; Bible de l’Explorateur ;  Bible en jeux ; etc.), du matériel catéchétique pour les animateurs (et les jeunes) des crayons, ciseaux, colles, papier etc.
L’achat d’un projecteur sera à coup sûr un bon investissement : on trouve des projecteurs adaptés pour des locaux de taille moyenne pour un budget tout à fait abordable (moins de 400 euros) et transportables pour les camps. Prévoyez un écran ou un mur blanc. Et il faudra au moins un ordinateur portable disponible (On en trouve facilement à donner, nul besoin de se ruiner !).

Établissez un objectif. L’objectif n’est pas le programme. L’objectif définit ce à quoi vous voulez arriver à une date précise : « Nous aimerions être plus nombreux en juin, disons au moins 12 participants ; nous aimerions que les participants soient plus réguliers – au moins une semaine sur deux, qu’ils aient vraiment du plaisir à venir et nous faisons un bilan en février ; nous aimerions entamer ou continuer une démarche œcuménique avec les jeunes de l’église d’à côté, participer à la préparation de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens et notre délai sera la veillée œcuménique de janvier… »
Ne cherchez pas à mener de front 5 objectifs différents. Choisissez-en un, et menez-le à bien !
Notez les grandes lignes de vos échanges, notez l’objectif choisi : restez concrets !!! Notez le délai que vous vous fixez et les moyens d’évaluation : notre objectif est-il atteint ? Oui, pourquoi/non, pourquoi ?
Vous pouvez faire un compte rendu, mais une simple photo des tableaux ou paper-board utilisés est parfois plus enthousiasmante. Si vous le pouvez, faites les deux : notes et photos. L’annonce de l’Évangile doit être au centre de nos objectifs, quels que soient les moyens développés. 

Établissez un programme, un fil rouge minimum en fonction de votre objectif. Nous n’avons plus, comme c’était le cas par le passé, des consignes qui viennent des services nationaux. Nous n’avons plus de nouveau programme tout fait, publié et distribué. Nous avons mieux : une grande liberté, et une source inépuisable de matériels et d’idées sur Internet !
Attention : une difficulté devant cette manne inépuisable, c’est de s’en tenir au fil rouge prévu, de ne pas dévier (sans raison, ni sans prévenir toute l’équipe). On consulte un site puis un autre. « Ah, ça c’est tellement bien ! Ce n’est pas du tout dans notre fil rouge, ça n’a rien avoir avec notre objectif, mais c’est super !… » Et hop, voilà notre animateur plein d’enthousiasme  qui se lance tout seul sur un chemin de traverse. La catéchèse est un ministère de discipline, aussi pour les animateurs !

Établissez un calendrier, avec quelques semaines d’avance. À la rentrée, prévoyez Noël; en janvier, prévoyez Pâques ! L’équipe doit être la locomotive du cheminement catéchétique, il faut que le pasteur et certains animateurs soient toujours en avance.

La bonne volonté ne suffit pas, suivez des formations: réunissez-vous chaque trimestre ; fréquentez – au moins – les formations offertes par les services nationaux ; le pasteur se doit d’être lui aussi formateur pour ses catéchètes et ses moniteurs…Les enfants et les jeunes d’aujourd’hui ont de nouveaux comportements, de nouveaux moyens de communication, une nouvelle relation à l’adulte et à l’autorité : il est indispensable de s’en rendre compte et d’accepter cela. Toute notre catéchèse, aujourd’hui, doit prendre en compte ces grands changements, et s’y adapter. Soyez donc inventifs, ne vous accrochez pas aux anciens modèles que vous avez peut-être connus. C’est toujours l’Évangile qui est au centre du ministère catéchétique : il faut lui trouver des vecteurs actuels de transmission.

Gardez une trace écrite de chaque séance : qui anime, qui participe, quel est le thème, quels sont les questions, joies ou problèmes rencontrés… ?

Gardez le contact avec les parents, avec le conseil presbytéral (consistoire), avec le pasteur : la catéchèse n’est pas en marge de l’église, elle se situe au centre de l’annonce de l’Évangile et de la vie de chaque communauté.
À mi parcours, en février, faites un bilan, puis un autre en juin, en vue de la rentrée suivante.

Crédits Marie-Pierre TONNON




Nul ne peut servir deux maîtres

« Nul ne peut servir deux maîtres » ou Dieu versus Mamon ou Jésus et l’argent. Le dollar américain porte l’inscription “In God we trust” (nous mettons notre confiance en Dieu) et sur la tranche de la pièce de cinq francs suisse, on peut lire “Dominus providebit” (Dieu pourvoira). La banque du Vatican n’est-elle pas nommée « Banco espirito sancto ». La famille Rockefeller adopta la devise “Gagner le plus d’argent possible afin d’en donner le plus possible”… Ils sont les plus connus, vous avez certainement en tête d’autres cas… Ces exemples font référence à une véritable puissance dans laquelle nous pouvons avoir foi. On voit bien que le sujet est brûlant, voire tabou et souvent on ne préfère pas trop s’étaler. Après cette première entrée en matière pour vous mettre en appétit, je vous propose un panorama de la question en rapport avec l’enseignement de Jésus. Je ne prétends nullement résoudre le dilemme mais je voudrais surtout souligner les ambiguïtés du thème, Frédéric Gangloff (UEPAL)
  1. Dieu et/ou Mamon: (Matthieu 6, 24//Luc 16,13) « Aucun domestique Nul ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mamon. »

Contrairement à Matthieu, Luc précise d’emblée l’identité du sujet : la figure du domestique. C’est logique dans la perspective du chapitre 16 qui débute par la parabole du gérant habile et se poursuit par des réflexions à propos de l’argent trompeur et du bien véritable. Chez Matthieu nous avons un proverbe avec une donnée de départ : 1. On ne peut servir deux maîtres ; 2. illustration par antithèse (haïr l’un//aimer l’autre ; s’attacher à l’un// mépriser l’autre. 3. Morale : On ne peut servir Dieu et Mamon. L’on sait qu’il s’agit là d’un mot araméen qui signifie en général l’argent (Talmud, midrash), et qui peut signifier aussi la richesse. On peut le rapprocher de la racine emen (fondement, solidité, confiance). Ici Jésus personnifie l’Argent, et le considère comme une sorte de divinité. Jésus n’a pas pris une désignation courante dans les milieux auxquels il s’adressait, car il ne semble pas que l’on ait connu dans les milieux juifs et galiléens, ni parmi les païens proches, une divinité de ce nom. Jésus ne vise pas une divinité païenne pour faire comprendre que l’on doit choisir entre le vrai Dieu et un faux dieu.

Dans l’état actuel des textes connus, nous pouvons dire que Jésus apporte à ce terme une précision qu’il n’avait pas dans son milieu. Cette personnification de l’argent, cette affirmation qu’il s’agit d’un prétendant à la divinité nous révèle sur l’argent quelque chose d’exceptionnel, Ce que Jésus nous révèle ici, c’est que l’argent est une Puissance. Ce terme doit être compris non pas au sens vague de force, mais dans le sens très précis, courant dans le Nouveau Testament. La puissance est ce qui agit par soi-même, qui a une autonomie (ou prétend l’avoir), qui suit sa propre loi et la dicte à d’autres…La puissance a aussi une valeur spirituelle. Elle n’est pas seulement du monde matériel (quoiqu’elle y agisse). Elle a un sens spirituel, elle n’est jamais neutre, elle est orientée, elle oriente aussi les hommes.

Enfin, la puissance est plus ou moins personnelle. Et de même que la Mort apparaît souvent dans la Bible comme une sorte de force personnelle, de même ici l’argent. Celui-ci n’est donc pas une puissance parce que l’homme s’en sert, parce qu’il est le moyen de la fortune, parce que l’accumulation de la monnaie permet beaucoup de choses, etc… Il est puissance et avant tout cela, et ces signes extérieurs ne sont que les apparences de cette puissance qui a une réalité par elle-même (ou prétend l’avoir).

Il ne faut absolument pas minimiser le parallèle que Jésus établit entre Dieu et Mamon. C’est une réalité qu’il désigne ici. Dieu comme personne, et Mamon comme personne, se trouvent opposés. Jésus qualifie le rapport entre l’homme et l’un ou l’autre de la même façon : c’est un rapport de maître à serviteur. Mamon peut être un maître de la même façon que Dieu en est un. C’est-à-dire justement un maître personnel. Ainsi lorsque l’homme prétend se servir de l’argent, il se trompe lourdement. Il peut à la rigueur se servir de la monnaie, mais c’est l’argent qui se sert de l’homme et le fait servir en le pliant à sa loi et le subordonnant à ses buts. L’homme n’est pas libre d’orienter de telle ou telle façon l’usage de son argent, car il est aux mains de cette puissance qui est directrice. Pour elle la monnaie n’est qu’une apparence, une manière d’être, une forme dont elle se sert dans sa relation avec l’homme.

Or, que ce Mamon soit une puissance spirituelle, c’est encore ce que manifeste le caractère sacré que l’homme attribue à son argent et auquel il voue un culte. Il ne s’agit pas ici du fait qu’il y eut des idoles dressées symbolisant l’argent, mais très simplement que pour l’homme moderne, l’argent fait partie de son « sacré ». Les relations d’argent sont, nous le savons bien, des « choses sérieuses » pour l’homme moderne ; tout le reste, l’amour et la justice, la sagesse et la vie, sont des mots. De même, l’homme évite de parler de l’argent.

On parle des affaires. Mais lorsque, dans un salon, on pose la question d’argent, c’est une gêne qui exprime, en réalité, le sentiment du sacré. Les questions soulevées par l’argent ne sont pas considérées comme de l’ordre moral. Elles sont en effet d’abord de l’ordre spirituel. Il s’agit d’une relation avec une puissance à laquelle on se consacre corps et âme, et non d’un comportement à l’égard d’un objet. Dans le droit romain, un serviteur ne peut servir deux maîtres en même temps…Le proverbe de Jésus est clair ici !

2. Jésus était-il pauvre ?  Jésus a probablement appris le métier d’artisan du bois. Il a du exercer son activité à Nazareth et peut-être dans d’autres villages des alentours. Si on n’est souvent tenté de ranger Jésus dans la catégorie des pauvres, il faut savoir que 90% de ses contemporains étaient dans le même cas. Finalement cela nous dit très peu de choses sur son standing. Il n’était en tout cas pas paysans. Si son métier lui permettait de subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille, il ne faisait pas partie des pauvres parmi les pauvres : journaliers, métayers, mendiants, esclaves…Dans les évangiles ni Jésus ni ses disciples (Pierre à la tête d’une entreprise de pécheurs ?) ne sont considérés comme pauvres (spirituel ou matériel ?), groupe dont il se distingue nettement. Selon nos critères actuels, Jésus n’était certes pas fortuné, mais pour l’époque, il devait jouir d’une situation professionnelle et sociale correcte. A un moment de sa vie, Jésus rejette sa situation honorable, en abandonnant son travail, son village, sa mère – veuve ?-, sa famille, pour s’embarquer dans une carrière de prophète itinérant. Aux yeux de certains cette lubie ne devait lui attirer que la honte et aux yeux de ceux qui l’acceptaient un certain prestige…

3. La prédication du royaume de Dieu et l’argent Jésus se présente comme un prophète de la fin des temps. Cette fin des temps n’évoque pas une quelconque destruction mais la mise en place d’un nouvel ordre des choses. Par des actions publiques « scandaleuses » Jésus entend anticiper et mettre en route ce que Dieu accomplirait totalement lors de sa venue (son royaume). Ces actes prophétiques sont symboliques. Pardon, remise de dettes générales, générosité totale, ce qui va à l’encontre de l’ordre économique… En tant que prophète des temps derniers, Jésus annonçait et symbolisait un bouleversement social et économique. Ce prédicateur itinérant qui a réclamé de ses disciples les mêmes sacrifices que lui a consentis – famille, professions, biens- ne s’inscrit plus dans une quelconque durée mais dans l’urgence du royaume. C’est dans cette perspective que l’on peut aussi comprendre les paroles : “Ne vous amassez pas de trésors sur la terre, où les mites et les vers font tout disparaître… Mais amassez-vous des trésors dans le ciel, où ni les mites ni les vers ne font de ravages, où les voleurs ne percent ni ne dérobent. Car où est ton trésor, là aussi sera ton cœur” (Mt 6, 19-21). Jésus nous dit explicitement de ne pas nous faire trop de soucis pour les choses matérielles: “Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps de quoi vous le vêtirez. Car la vie est plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement … Et qui d’entre vous d’ailleurs peut par son inquiétude prolonger tant soit peu son existence?” (Lc 12, 22-23, 25). Accepter ce message et surtout accepter de suivre Jésus, c’est souscrire à une autre forme de prévoyance. Veiller à son attitude mentale, faire confiance au plus profond de soi à la force et à l’amour de Dieu plutôt qu’à la sécurité financière ou à l’épargne. Rechercher les expériences spirituelles, plutôt que de toujours centrer son attention sur les choses matérielles ; c’est être rassuré devant l’inéluctabilité de la mort terrestre. C’est faire quelque chose pour son avenir ultime, celui du royaume de Dieu. En amassant des trésors spirituels, nous pouvons nous familiariser avec le royaume de Dieu. Notre qualité de vie ne peut que s’en trouver améliorée, nous serons plus heureux, nous saurons regarder les beautés de ce monde et être attentifs aux besoins des autres et non me regarder dans le nombril pour faire la fête tout seul au lieu d’en faire profiter les autres (parabole du riche insensé).

La question centrale qui se pose à nous est la suivante: à quoi est-ce que je fais confiance au plus profond de moi, à quoi est-ce que je crois vraiment? Est-ce que je consacre mes forces intellectuelles et spirituelles à amasser ou à des « valeurs » qui me font vraiment avancer?

En d’autres termes, quand accumuler des sous et consommer se muent en but effectif de ma présence ici-bas. Quand toutes mes pensées et mes sentiments ne tournent plus qu’autour de la question: où trouver au meilleur prix ce que je cherche et comment augmenter mon pactole? Quand j’ai atteint ce stade, j’ai fait de l’argent mon dieu et de l’accumulation du capital ma religion. Luther disait déjà: “Où tu accroches ton cœur, là est ton dieu”.

4. Celui qui veut me suivre doit renoncer à ses biens ! (Le jeune homme riche) Matthieu 19, 16-30,

L’urgence du royaume de Dieu implique aux yeux de Jésus des sacrifices et le renoncement aux biens de ce monde. C’est une des conditions pour être un disciple (en tout cas faire partie des douze). Ici nous avons la seule référence dans les évangile ou Jésus appelle explicitement un riche à se dépouiller de ses biens pour le suivre ; ce qui est tout à fait dans sa logique. Par l’image du chameau et du trou de l’aiguille, il montre bien la difficulté pour tout à chacun de le suivre, surtout les riches qui peinent à abandonner leurs biens matériels. Et pourtant immédiatement après le trou de l’aiguille s’élargit puisque ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu : comme faire passer un chameau par le trou d’une aiguille et faire passer un riche vers la vie éternelle. Puisqu’il faut se délester de cette vie matérielle pour pouvoir avoir une part conséquente à la vie à venir dans le royaume. Une consolation pour les autres disciples qui ont tout laissé…Bien qu’ils y soient revenus…

 

5. Les soutiens financiers de Jésus…

Il reste le groupe des sédentaires, ceux qui physiquement ne suivaient pas Jésus. Marthe, Marie, Lazare, Zachée…Ils le soutenaient en offrant argent, nourriture, gîte, une sorte de réseau d’assistance et de logistique indispensable durant tout le ministère de Jésus. Ceci montre que tous les adeptes de Jésus ne sont pas tous « pauvres ». Recevoir Jésus et ses gloutons qui débarquaient n’était pas une petite charge, facile à gérer, demandez son avis à Marthe…On peut aussi penser au propriétaire anonyme qui met à disposition une maison assez grande pour le dernier repas. Certains passages des évangiles laissent à penser que Judas était le trésorier de la bande et que certains disciples s’occupaient de faire les courses…Ici je serai presque tenté de dire que le but ultime justifie les moyens. Si le cercle intime des disciples de Jésus exigeait le renoncement aux biens matériel, une certaine forme de structure et de mécénat existait…C’est d’ailleurs à cette condition que ce mouvement s’est maintenue – parce qu’il avait des appuies et une structure- et qu’il a même évolué dans le Livre des Actes vers la mise en commun des biens ; une manière de préparer la parousie du Seigneur et de rétablir l’équilibre et la justice avant sa venue…Comme il a tardé à revenir, Luc nous présente des disciples débordés par tant de succès et qui sont obligés de nommer des gestionnaires en la personne des diacres. Par la suite, les inégalités économiques ne vont de loin pas s’effacer et l’on voit bien les scissions que cela a pu causer = Paul dans l’Epître aux Corinthiens !

 

6. Faire la fête pendant que l’époux est encore là !

Jésus participait à des repas de fête avec les marginaux et pestiférés sociaux et religieux de l’époque. Le repas de fête symbolisait le rassemblement de tout Israël dans un joyeux banquet. Jésus, le fêtard se distingue du caractère acétique d’autres mouvements. Il ne s’est pas comporté en ascète qui rejette tout plaisir avec indignation. L’histoire de l’onction à Béthanie le montre clairement (Mc 14, 3-9): Une femme inconnue s’approche de Jésus et lui verse un parfum précieux sur la tête et certains textes disent sur les pieds. Les disciples s’indignent, car on aurait pu vendre ce nard à bon prix pour donner ensuite l’argent aux pauvres. Mais lui accepte ce bienfait sans aucune mauvaise conscience. Ici Jésus incite même à une sorte de gaspillage ; il faut marquer le coup avant que l’époux ne soit plus ! C’est comme une consolation physique juste avant la Passion, car il sait que son corps sera bientôt cruellement maltraité. La réponse de Jésus est éloquente : les pauvres vous les aurez toujours…mais pas moi !

7. Jésus : un prophète dans la tradition des prophètes de l’AT

La première fois que Jésus prend la parole en public à Nazareth, il utilise des mots tout à fait semblables, tirés du livre d’Isaïe: “Il m’a envoyé proclamer aux captifs la libération et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer les opprimés en liberté” (Lc 4,18, et Is 61, 1s). Jésus se situe tout à fait consciemment dans la tradition libératrice des prophètes qui ne tolèrent aucun abus de pouvoir. Surtout il tente par ses paroles et ses actes de rétablir l’équilibre social et de revenir à l’harmonie de la création, un avant goût du royaume à venir… Il accomplit des actes symboliques, parle en paraboles, une manière déguisée de scandaliser les gens et de les forcer à voir les choses autrement…Son souci de partager le trop-plein de richesses avec les plus démunis correspond aux messages de nombreux prophètes !

8. Jésus et l’impôt…

Une première singularité de Jésus c’est qu’il avait parmi ses disciples Lévi, le collecteur des taxes et qu’il n’a pas craint d’entrer et de festoyer avec la maison de Zachée… Par rapport au Temple de Jérusalem, un passage de l’évangile nous rapporte que Jésus aurait payé l’impôt que doit tout juif mâle au Temple, bien qu’il était galiléen et donc pas assujetti à cette obligation…Mais le passage le plus intéressant est l’impôt du à César… Le piège était tendu : pharisiens et hérodiens étaient persuadés cette fois qu’en Lui demandant s’il était permis ou non de payer le tribut à César, Il s’inculperait Lui-même et leur offrirait ainsi le prétexte tant recherché pour Le livrer aux autorités romaines (Matthieu 22 : 15-22). Ils s’approchèrent donc de Jésus et L’abordèrent selon leur habitude, en Lui tenant des propos flatteurs pour tenter de déjouer Sa garde. Mais Jésus, connaissant la méchanceté de leur cœur et sachant qu’ils venaient Le tenter, leur demanda de Lui montrer un denier puis de Lui dire de quelle effigie la pièce de monnaie était frappée. “De César !” Lui répondirent-ils. Il s’ensuivit alors l’une des déclarations bibliques les plus connues et les plus utilisées des locutions populaires : “Rendez donc à César ce qui est à César” (Matthieu 22 : 21). Quelle est la véritable portée de cette injonction ? Sous la domination romaine, il était obligatoire pour la population de l’Empire de payer le tribut à César. Tant les pharisiens que les partisans d’Hérode y étaient soumis et tous le savaient très bien. Les recensements ordonnés régulièrement par les Romains visaient justement à s’assurer que personne n’en fût dispensé. En leur apportant une réponse incontestable, Jésus déjouait ainsi leur piège.

L’effigie et l’inscription Les monnaies en circulation dans tout l’Empire Romain portaient une inscription. Sur l’un des côtés figurait soit l’effigie du gouverneur, soit un symbole, ou encore la représentation d’un dieu païen. Sur l’autre, il n’était pas rare d’y lire une inscription particulière, un slogan, ou le titre de l’autorité qui figurait à l’endos. A l’époque, la monnaie en vigueur en Judée portait donc l’effigie (en grec : “icône”) de César et l’inscription (qui n’est pas précisée dans le verset) était certainement en rapport avec lui. Outre le désir de laisser une trace permanente dans le temps, la gravure des Césars sur les pièces de monnaie était une manière très concrète de rappeler à ceux qui utilisaient ces pièces, pour acheter ou vendre, que leur utilisation n’était rendue possible que par la bienveillance de l’Empereur. De plus, l’effigie sur la pièce en vigueur indiquait son origine et son propriétaire. Même si les citoyens utilisaient librement les pièces qu’ils avaient en leur possession, elles n’appartenaient vraiment, en fin de compte, qu’à celui qui avait l’autorité de les frapper. Ceux qui en faisaient l’usage finalement n’étaient que des agents dépositaires qui contribuaient à la vie de l’Empire et à la renommée de l’Empereur. D’où la remarque fort pertinente de Jésus. L’effigie et l’inscription étant celles de César, il est juste qu’elles lui reviennent… L’autre partie de la déclaration de Jésus est : “Rendez à Dieu ce qui est à Dieu” (Matthieu 22 : 21). Rendons à Dieu ce qui Lui revient de droit. Par là, Jésus entend évidemment l’honneur, la louange, la gloire et l’adoration que nous devons légitimement et exclusivement rendre à Dieu. Cela veut-il aussi dire s’acquitter de l’impôt du Temple ou soutenir financièrement l’œuvre de Dieu ?

L’expression “Rendre à Dieu ce qui est à Dieu” nous renvoie aussi à la déclaration originelle : “Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance” (Genèse 1 : 26). Une manière déguisée de critiquer la divinité impériale et de rappeler que si nous sommes une image de Dieu, aucun humain ne peut se prétendre divin ! En passant, on notera que les personnes qui ont tenté de prendre Jésus au piège se sont dévoilées…Puisque tant que pratiquants juifs ils ne devraient pas être en possession de cette pièce…Ce qui montre à l’assistance que ce sont finalement des collaborateurs qui acceptent la soumission à l’empereur

9. Un acte symbolique lourd de conséquence ; la purification du parvis du Temple

Jésus n’avait aucune difficulté à fréquenter le Temple et à accepter l’ordre présent des choses. Vers la fin de son ministère, dans une action prophétique symbolique de purification, il en prédit néanmoins sa destruction. Il se prend violemment aux marchands et aux changeurs de monnaie qui normalement se situent en dehors du périmètre sacré du Temple. Mais il se trouve qu’une fois dans l’année, ces derniers ont le droit d’installer leurs échoppes dans le parvis du Temple ; ceci pour permettre une meilleur perception de l’impôt annuel. On trouvait ainsi côte à côte marchands d’animaux et changeurs. A noter, qu’il fallait payer cet impôt en monnaie tyrienne qui était la seule devise stable de l’époque. Celle-ci possédait pourtant du côté pile une représentation du Dieu Melquart (Sous l’aspect d’Hercule) et du côté face un aigle symbolisant Zeus. Les changeurs encaissés la monnaie tyrienne et donnaient des pièces aniconiques et de plus ils changeaient la monnaie de la diaspora. Ce que Jésus dénonce est toute cette hypocrisie et certainement les marges confortables qu’ils se faisaient lors de ces opérations financières. On retrouve derrière ce Jésus les accents du prophète Jérémie qui juste avant la prise du Temple, a prédit sa destruction, en partie à cause des abus financiers. En procédant à une sorte de purification du lieu saint, ce n’est pas clair si Jésus attendait un Temple nouveau ou meilleur ou s’il parlait d’un sens symbolique d’une communauté israélite renouvelée. Toujours est-il que les sadducéens, dont la survie économique était liée au temple, ne lui ont pas pardonné cet acte et qu’il a signé son arrêt de mort à partir du moment où il s’est attaqué à la tirelire

10. Et maintenant…

A travers ce court survol de l’enseignement du Jésus historique au sujet de l’argent, je dirai que sa position radicale maintes fois exprimée s’explique par sa prédication du royaume de Dieu, d’une nature tellement différente que le royaume de la finance. Ce qui explique la générosité absolue dans beaucoup des actes de Jésus, il applique l’année jubilaire, préambule à l’avénement du royaume à venir. Mais comme nous ne sommes pas encore dans le royaume, il est difficile pour nous de le concevoir et de l’appliquer si ce n’est son avertissement à propos de la conccurrence sur le marché du religieux entre Dieu et Mamon. Car que l’on ne s’y trompe pas, le discours libéral est religieux. Cette crise est une sorte de crise de foi du capitalisme qui nous demandaient d’adhérer à la croyance inébranlable de la croissance. Si je parie (décide de servir) la domination totale des affaires du monde par le marché, alors je dois moi-même commencer à y croire et à y faire croire ; croire et faire confiance c’est la même chose…Et dire que les investisseurs ne se font plus confiance !

Frédéric Gangloff (UEPAL)




Quel look pour notre Église ?

« Je relooke, tu relookes, il relooke, nous relookons ! »
L’heure est au relooking (doit-on dire relookage ?!?).
Pas une personnalité publique, les starlettes, les people, les hommes et les femmes politiques, rois, princes, et manants, pas une personnalité publique qui ne passe par les mains d’au moins une maquilleuse, une habilleuse, un coiffeur, un conseiller en maintien et gestuelle, un secrétaire pour affiner chaque virgule de toute communication écrite ou verbale, un designeur, un manadger… Il faut pouvoir jongler avec réseaux sociaux, les médias d’écrans et de papier, avec le son et l’image… Certains groupes religieux ne s’y trompent pas, qui engagent des professionnels du Relooking pour s’imposer face aux exigences de la société actuelle.

Nos Églises et notre catéchèse, doivent-elles se plier à la tyrannie du paraître ?
Le paraître sera-t-il aujourd’hui le seul critère pour être entendus ?
Si nous peinons sur le paraître, allons-nous dis-paraître ?

C’est une question pour nos églises, et c’est une bonne question pour notre catéchèse.
Souvenons-nous qu’au travers des siècles, la Parole de Dieu a été portée et apportée par des amateurs, dans le meilleur sens du mot, et par des bénévoles, au sens premier du mot.
Souvenons-nous que si un pasteur réformé (par exemple) porte une sévère robe pastorale, c’est, d’une part, parce qu’il est formé pour être « docte » (personne qui a des connaissances étendues), mais aussi et surtout, parce que cette tenue neutre lui permet de mettre en avant une Parole qui n’est pas la sienne, un peu comme les conteurs ou les utilisateurs de kamishibaï qui vont s’habiller de façon à rester effacés derrière l’histoire qu’ils racontent.
Dans le même esprit, le jeu d’orgue souvent proposé après la prédication a cette fonction de neutralité, afin que chacun s’approprie pour lui-même, dans sa propre situation, le message de l’Écriture…
Dans le même esprit encore, l’architecture et la décoration de nos églises doivent accueillir le riche, le pauvre, le triste, le gai, le vieillard et le bambin, le baptême et les funérailles…
La Parole de Dieu est pour tous, à travers tous les temps.
Pouvons-nous être attentifs à ne pas confondre «l’accueil » et « le paraître » ?
Dans nos églises, dans notre catéchèse, ne succombons pas à la facilité de la mode et de l’apparence.

Pour ce qui est du contenu, du fond, et ce qui est de la présentation, de la forme, c’est l’accueil qui est à l’inspiration de l’accueil du Christ, et c’est l’accueil qui doit témoigner auprès des foules (cfr Actes 2,6) de l’actualité de la foi et du message de l’Évangile.

Et pour rejoindre notre thème de la table dressée, ne vaut-il pas mieux un savoureux gâteau sans forme qu’une magnifique pièce montée insipide ?!?!

 




Les prophètes du retour de l’exil : Aggée, Zacharie et Malachie

Les derniers livres prophétiques dans nos bibles, Aggée, Zacharie et Malachie, se situent tous trois durant une période bien précise, celle du retour de l’exil à Babylone. Voici une Introduction générale, et des notes pour les moniteurs:
Ces livres sont à étudier en parallèle avec les livres historiques d’Esdras, de Néhémie et d’Esther (voir aussi la fin du deuxième livre des Chroniques).

Ils couvrent le dernier siècle de l’histoire juive telle qu’elle est contée dans la Bible hébraïque, c’est-à-dire, approximativement, de 538 à 433 avant Jésus-Christ. Les événements décrivent les décennies qui suivent le renversement de l’empire babylonien par Cyrus, roi de Perse, en 539 avant notre ère.

Si nous ne pouvons avec exactitude nommer les rédacteurs de ces textes, il est généralement admis que l’essentiel du contenu est réalisé à partir des souvenirs personnels d’Esdras et de Néhémie. Ensembles, les deux précités couvrent le règne de cinq rois perses et décrivent le retour de l’exil en trois vagues :

  • Un premier contingent, le plus nombreux, revient sous la conduite de Zorobabel vers 538
  • Un second groupe revient avec Esdras vers 458
  • Un troisième avec Néhémie en 445.

Le livre d’Esther, quant à lui, se situerait entre la restauration du temple à Jérusalem et le retour d’Esdras.

Comme les prophètes l’avaient annoncé, la Babylonie est tombée à son tour, tel un colosse aux pieds d’argile, aux mains de l’empire Perse. Dès sa victoire, un des premiers actes de Cyrus, roi des Mèdes et des Perses de 559 à 530, est d’ordonner le rapatriement des exilés vers leurs terres d’origine (en réalité il s’agit, bien entendu, essentiellement des descendants des exilés). Ce retour, qui correspond sans doute avec la fin de la vie de Daniel, est relaté au chapitre 1er du livre d’Esdras.

Darius 1er, qui succède en 522 avant Jésus-Christ à Cambyse (dont les Ecritures ne parlent guère), est contemporain des prophètes Aggée et Zacharie. Durant son règne a lieu la reconstruction du temple (confer Esdras 4, 5 et 6, 15 : « Le temple fut achevé le troisième jour du mois d’Adar, dans la 6e année du règne du roi Darius »).

Assuérus (Xerxès 1er) succède à Darius pour 21 années, en 486. C’est lui qui éleva la fille adoptive de Mardochée à la dignité de reine (confer Esther 2, 5 à 18) et le juif Mardochée comme premier après lui (confer Esther 10, 3).

Enfin, Artaxerxés 1er, régna de 464 à 423, son histoire  est notamment décrite en Esdras 4, 7 à 23 ; 7, 1 et Néhémie 2, 1.

Dès leur retour, les hébreux, essentiellement issus du Royaume du Sud, vont se mettre à reconstruire le temple, afin de rétablir le culte et le sacrifice. Ils veulent rétablir le culte de l’Eternel tel que la prescrit la loi mosaïque. Ce sera là le ferment d’une nouvelle unité nationale face à ceux que les Ecritures nomment les samaritains, la population établie dans la « Terre promise » par Asarhaddon, roi d’Assyrie, en « remplacement » des juifs déportés. La question de l’origine des Samaritains nous est relatée dans le 2e livre des Rois, au chapitre 17, les versets 24 à 41. On y lit la cause de leur rejet par les juifs revenus de l’exil : « Ils craignaient l’Eternel mais servaient en même temps leurs dieux d’après la coutume des nations d’où on les avait transportés » (2 Rois 17, 23).

Les cinq premiers versets du chapitre 4 du livre d’Esdras nous expliquent pourquoi les travaux de reconstruction du temple ont été interrompus pendant quinze années du règne de Cyrus et ne reprennent que sous Darius 1er.  Les versets 6 à 13 du même chapitre forment une séquence à part, hors chronologie, qui explicite les raisons durables de l’opposition jusqu’au temps d’Esdras et de Néhémie.

Grâce aux actions conjuguées des prophètes Aggée et Zacharie, et malgré une nouvelle opposition sous Darius 1er, le peuple reprend et poursuit la construction du temple jusqu’à son achèvement.

Plus d’un demi siècle s’est écoulé entre le dernier verset du chapitre 6 du livre d’Esdras et le premier verset du chapitre 7. C’est durant cette période que la reine Esther s’élèvera pour empêcher le massacre de tous les juifs de la cour assyrienne et donc, indirectement, de sauver la vie d’Esdras et de Néhémie, échanson et gouverneur sous le règne d’Artaxerxés.

Analyse succincte du livre d’Aggée
Selon les Ecritures, le prophète Aggée a proclamé la parole du Seigneur en 520 avant Jésus-Christ et Zacharie deux ans plus tard. Suite à l’Edit de Cyrus, un premier contingent d’exilés, fort de plus de 40.000 hommes, revient en Israël, en 538, sous la conduite de Zorobabel, petit fils du Roi Joachim,  prince de Juda et gouverneur de Jérusalem.
Remarque : Zorobabel est selon toute vraisemblance, né à Babylone pendant la période de captivité des Juifs. Petit-fils de Joachim (roi de Juda en 598-597 av. Jésus-Christ), il est de la lignée Davidique. Zorobabel dirigea le premier rapatriement et fut nommé gouverneur laïque de Jérusalem par Cyrus. Il y organisera la reconstruction du Temple qui avait été détruit en 586 avant notre ère par Nabuchodonosor II de Babylone. La suite de son existence est méconnue.
L’opposition, notamment  « samaritaine » et l’apathie générale mirent fin à la reconstruction du temple jusqu’au message inspiré et mobilisateur qu’Aggée et Zacharie proclament au nom de l’Eternel (confer Esdras 5, 1 et 2). Outre son caractère historique, le message d’Aggée est d’une brûlante actualité car il appelle chacun et chacune à établir, pour sa vie personnelle et communautaire, un ordre de priorité. Ce dernier n’est, à ses yeux, que la matérialisation de décisions libres que les hommes ont prises et auxquelles dès lors ils doivent être fidèles.
A quatre reprises, la Parole de l’Eternel est adressée à Aggée pour qu’il l’annonce au peuple et à Zorobabel :

  • Première séquence : Aggée chapitre 1er

Le peuple égoïste se préoccupe d’abord, et chaque membre pour lui-même, de son propre bien être. Dès lors, aucune bénédiction de Dieu n’est possible. Par son message, Aggée « réveille » la conscience du gouverneur Zorobabel et celle du peuple et ils se remettent à l’œuvre.

  • Deuxième séquence : Aggée 2, 1 à 9

Dans la mémoire collective du peuple subsiste le souvenir de la grandeur du temple de Salomon. Certes, la construction nouvelle n’a pas cette splendeur là, mais que Zorobabel et les constructeurs n’en soient pas découragés : L’Eternel des Armées est fidèle à son alliance et rendra la gloire de cette maison visible pour toutes les nations.

  • Troisième séquence : Aggée 2, 10 à 19

Aggée use de l’exemple des lois alimentaires pour montrer, aux sacrificateurs et au peuple, que la bénédiction de Dieu ne peut atteindre qu’une nation purifiée. Dès que le peuple sera purifié, les bénédictions divines l’atteindront.

  • Quatrième séquence : Aggée 2, 20 à 23

Il s’agit ici d’une parole que transmet Aggée au seul Zorobabel. Plusieurs commentateurs considèrent que cette prophétie s’applique, non à Zorobabel en tant que tel, mais à cet homme en tant que sceau attestant de l’importance de la descendance davidique. Le thème de l’élection est clairement exprimé au verset 23b : « Je te garderai comme un sceau, car je t’ai choisi… ».

Utilisation à l’Ecole du Dimanche

Pour les petits (6 à 9 ans)
Accrochage
a)    Donner à chaque enfant présent quelques blocs de construction (en bois ou plastique mais sans système d’accrochage) et demander qu’ils construisent avec ces blocs une maison.
b)    Constater avec eux que, même si ce qu’ils ont réalisé est bien, cela ne fait pas un édifice très complet. S’il est possible, on peut également montrer la faiblesse des petites constructions face aux éléments (pluie  / eau, vent  / souffle, tremblement de terre  / secousse, etc.). Dans ce cas, on réutilisera les mêmes éléments pour tester la construction du point c et constater, avec les enfants, les différences.
c)    Leur proposer de joindre leurs blocs et leurs capacités de bâtisseurs, en les aiguillant  pour bâtir un édifice beaucoup plus majestueux, avec des bases solides, des murs épais et une couverture de toit. Cette fois, si l’on entre dans cet édifice on est à l’abri contre les intempéries ! Il y a donc avantage à s’unir pour en recevoir, tous ensemble, les avantages.
Corps de la séance

Raconter l’histoire du retour de l’exil en insistant sur le fait qu’ils reviennent dans un monde inhospitalier et où nulle demeure ne les attend. Reprendre alors l’accrochage pour leur montrer que seule l’union permet de réaliser un édifice qui apporte à tous une satisfaction. Si le moniteur en a l’occasion, il peut ajouter qu’il est plus agréable de travailler ensemble que chacun dans son coin (utiliser l’exemple des jeux : il est plus gai de jouer ensemble que tout seul !). Cette union, autour d’un projet commun, est conforme à la volonté de Dieu. Il faut d’abord construire tous ensemble la maison de Dieu (le temple) avant de bâtir sa propre demeure. C’est alors que les hommes et les femmes seront bénis par Dieu.

Pour les grands (10 à 12 ans)
Accrochage
Il sera similaire à ce détail près que les 10 à 12 ans devront répondre, par leur construction, à certains critères établis en fonction des blocs que l’on met à leur disposition. Hauteur, superficie, toiture. Ainsi, ipso facto, leur construction sera fragilisée et l’on pourra aisément démonter la nécessité de s’unir pour que l’édifice construit soit plus résistant.
Corps de la séance
Pour les 10 à 12 ans, l’accrochage sera réalisé plus rapidement et l’on pourra développer avec eux plusieurs thématiques, après avoir lu (dans une version en français courant) ou raconter l’histoire du livre.
Si l’on a une « échelle des temps bibliques » dans la salle d’Ecole du Dimanche, ce qui est chaudement recommandé, on montrera clairement aux enfants quand se passent les événements décrits et quels sont les autres livres bibliques qui traitent des mêmes questions et de la même période.

Thèmes à développer (en choisir deux ou trois maximum)
1)    La priorité que nous avons à donner à Dieu dans nos vies.
2)    Les enfants de cet âge sont à même de comprendre que si l’on vit de façon nombriliste, uniquement axés sur nos propres besoins, nous ne serons jamais satisfaits. Seule une œuvre menée en commun peut vraiment apporter dans nos vies une réelle satisfaction.
3)    Il nous est demandé de nous mettre à l’œuvre et d’achever ce que nous pouvons. Ce ne sera peut être pas ce que nous avions imaginé mais, pour le reste, nous pouvons nous en remettre à Dieu qui, fidèle à son alliance, peut rendre le produit de notre action beaucoup plus visible que nous ne l’imaginons.
4)    On ne se moque pas de Dieu ! Dieu veut œuvrer avec un peuple purifié. Si nous ne sommes pas purifiés par lui, nos actions risquent bien d’être vaines.
5)    Les moniteurs peuvent également introduire, par les derniers versets, le thème de l’élection, mais il existe d’autres textes plus significatifs dans ce cadre.




Les enfants, portiers du Royaume

Caroline Baertschi-Lopez, Les enfants, portiers du Royaume. Accueillir leur spiritualité, Cabédita, 2017.

Voilà enfin un livre en français d’une auteure francophone, genevoise, et excellente connaisseuse de toute la réflexion autour de la spiritualité de l’enfant théologien. Elle fait partie des premières formatrices Godly Play francophones reconnues (et formées) par l’association Godly Play international.

En quelques pages, Caroline nous entraîne dans l’univers complexe et merveilleux de la spiritualité de l’enfant, et nous oblige à changer notre regard sur l’enfant. Celui-ci est un être doué de spiritualité, « naturellement spirituel ». Pour en saisir le sens et en comprendre les enjeux, en voici un résumé, avec quelques remarques critiques finales, discutées au préalable avec l’auteure : Résumé du livre de Caroline Baertschi.

Je recommande vivement la lecture de ce livre pour toute personne, catéchète, pasteur, parent, éducateur… qui désire comprendre comment percevoir aujourd’hui la vie spirituelle des enfants, et en recevoir toute la richesse en temps qu’adulte…

Pour commander le livre en Suisse: chez Cabedita, ou Payot, ou à commander chez votre libraire préféré.

Pour commander le livre en Europe: chez FNAC, ou à commander chez votre libraire préféré.




L’eau et sa symbolique biblique

L’eau et sa symbolique dans la Bible

Définition et étymologie L’hébreu mayim se trouve plus de 500 fois dans l’Ancien Testament et une centaine de fois dans le Nouveau Testament. L’eau touche à la fois les sphères de la cosmologie, de la vie domestique et des rites. On trouve un terme identique dans pratiquement toutes les langues sémitiques. L’eau est ainsi une composante des mers (yam), des torrents (nahr), des wadis (nakhal), des sources (même terme qu’œil), des puits (be’er). Toutes ces eaux puisent leur origine dans les profondeurs abyssales appelées en hébreu tehom. L’eau est considérée comme l’origine de la vie. La localisation d’un lieu près d’une source se retrouve souvent dans les toponymes : beersheba (le puits des sept), ein shemesh (la source du soleil) … La capitale d’Amon est également surnommée : « la ville des eaux… » Dans le Nouveau Testament, le terme grec est oudor.

 Dans le reste du Proche-Orient ancien. En Mésopotamie, l’eau a une fonction importante dans le domaine profane, mais aussi et surtout religieux. On la retrouve dans la divination et la médecine. L’eau est quasiment déifiée. En-Ki est la divinité aquatique par laquelle la terre est devenue fertile. Le monstre des profondeurs, le Léviathan, joue un rôle important lors de sa lutte contre la déesse Tiamat pour la fondation du monde. Selon la mythologie mésopotamienne, les dieux sont nés d’un mélange entre les eaux salées des océans et les eaux douces des fleuves.

En Egypte, l’eau joue un rôle prépondérant dans le toilettage et l’embaumement des corps. Elle est bien vectrice de vie et de renaissance des fluides corporels. Le monde a été crée par l’eau selon les textes égyptiens mais il disparaîtra également à la fin des temps en sombrant dans les eaux.

Pour Ugarit, par contre, c’est surtout la mer qui est considérée comme une déesse, soit bénéfique soit chaotique ; ce qui est normal pour ce peuple de marins. L’eau est mise en relation avec le mythe de la mort et de la résurrection de Baal qui disparaît pendant la période sèche et renaît avec les premières pluies.

L’eau, la géographie et le climat en Palestine. Cette étroite bande de terre est composée de plusieurs zones géographiques distinctes :

1. La côte de Gaza jusqu’au Liban – interrompue par la chaîne du Carmel-. A l’est du Carmel se trouve la plaine de Yizréel, lieu de passage et grenier à blé

2. Des collines basses (Shephélah) s’élèvent entre la côte et les montagnes de Juda

3. En partant du nord et en descendant vers le sud, la partie centrale se divise en Basse et Haute Galilée (900 m) avec des hauts plateaux (Samarie et Juda). Le Jourdain coule sur 100 km du nord vers la Mer Morte. En se dirigeant vers le sud, la dépression de la Mer Morte constitue une vallée désertique (Arabah) jusqu’à la mer rouge. A l’ouest de cette ligne se trouve le Néguev montagneux et aride. A l’est, s’étendent plusieurs grands plateaux et des steppes. Plus l’on descend vers le sud, plus le paysage devient aride, pierreux, brûlant…

L’on dénombre trois zones climatiques : le climat méditerranéen, la steppe et le désert. Ce qui influe évidemment sur la faune et la flore de chaque région, voire sous-région. Sur la plus grande partie du pays règne le climat méditerranéen avec des hivers doux, mais plus rudes sur les montagnes intérieures. Les précipitations sont très actives d’octobre à avril et il tombe de 30 à 45 cm sur la côte et jusqu’à 75 sur les hauteurs du centre. A partir de Beersheba, il ne tombe plus que 20-30 cm de pluie. La vallée du Jourdain, plus basse, possède un climat subtropical avec des chaleurs écrasantes (49°) et des hivers très doux (20°). Dans le désert et la vallée de la Arabah, il tombe bien moins de 20 cm de pluie par an. En journée, la chaleur est intense et les nuits sont glaciales. Le début des premières pluies d’hiver se situe à la mi-octobre. Les dernières pluies se manifestent en avril. La rosée est vitale puisqu’elle permet la culture sèche, la vigne et entretient les pâturages pendant la saison sèche.

Principaux cours d’eau et frontières naturelles. Dans les temps anciens, les points d’eau étaient très recherchés. On peut mentionner l’importance du lac de Tibériade, du Jourdain et du Lac Hulé abritant toute une zone marécageuse. En dehors du Jourdain, et de certains de ses affluents, les cours d’eau dans la région sont du type wadi, c’est-à-dire intermittents. Le Jourdain était bien plus imposant que maintenant avec un débit plus fort. Tumultueux et plein de méandres, il ne se prêtait guère à la navigation. L’AT mentionne le Nil et son importance pour l’Egypte. Dans les 10 plaies d’Egypte, Moïse fait devenir rouge-sang les eaux du Nil. C’est un phénomène bien connu de l’époque qui consiste en une sorte de limon rouge brique provenant de la crue du Haut-Nil. La ville de Jérusalem est alimentée par la source du Gihon. Très ancienne et pérenne, elle a été collectée par la suite dans un canal qui se déversait en un réservoir à l’intérieur de la cité. La Palestine étant une région située dans la zone du croissant fertile, elle dépend entièrement des pluies. Ainsi, après la fonte des neiges (mai-juin), les eaux atteignent leur débit maximum mais, au plus chaud de l’été, ils sont à sec. Ils ont néanmoins creusé de profondes vallées naturelles qui souvent délimitent les frontières des régions. Lorsqu’il pleut, ces vallées peuvent être submergée très rapidement. Souvent infranchissables, les fleuves représentent des frontières naturelles.  Par exemple, le Litani, matérialise la frontière entre le Liban et la Galilée. Le Yarmuk entoure la région du Golan. Le Yabboq marque la partie centrale du plateau jordanien. L’Arnon la partie sud de la mer morte et le Zered, la zone vers le début du Sinaï. Dans la vallée du Jourdain, on peut encore mentionner le Wadi el-Qelt montant de Jéricho vers Jérusalem. Le Qishôn sépare le Carmel de la plaine d’Yizréel. Il ne faut pas oublier l’oasis de Jéricho et ses sources, ainsi que certaines sources d’eau chaudes localisées des deux côtés de la Mer Morte. Les seules voies navigables étaient le lac de Tibériade et la mer morte (période romaine).

L’eau au service de Dieu. Le récit de l’Exode et le passage de la « mer des joncs » a une position centrale dans l’AT. C’est un acte salvateur effectué par Yhwh qui se présente comme le maître de la nature. L’eau est, d’une part, utilisée comme un bouclier protecteur pour les hébreux traversant le gué et se transforme, d’autre part, en élément meurtrier submergeant Pharaon et son armée. Les Israélites n’étant pas un peuple au pied marin, ils se méfiaient de la mer considérée comme une puissance incontrôlable. Les puits de la région sont reliés à des histoires ou des traditions religieuses. Les oasis ont aussi une symbolique dans la longue errance des Hébreux dans le désert : les eaux de Mara (de l’amertume) rappellent les plaintes et les murmures des Hébreux contre l’autorité de Moïse et sa remise en question. Les puits sont des lieux de rencontre, d’habitations et de cérémonies. L’eau, très précieuse, était aussi collectée dans des étangs et des citernes communautaires. Elle était connue sous plusieurs formes : neige, vapeur et glace.

La cosmologie de l’Israël ancien. Dans les récits de la Genèse, les rédacteurs bibliques ont tenté de démythologiser le pouvoir de l’eau. En Genèse 2, le jardin d’Eden devient fertile grâce à un nuage de brume humide. En Genèse 1, l’eau provient certes des profondeurs abyssales, mais elle n’a plus un caractère divin. Les eaux sont séparées par Dieu ; d’abord celles du dessus et ensuite celle du dessous. Les océans du bas restent peuplés de créatures monstrueuses. Elles ont des rapports avec le monde obscur des morts (le sheol). La puissance cosmique et la violence des eaux se démontre le mieux à travers les récits sur le déluge, dont le substrat est emprunté aux mythes babyloniens. Toute la surface du globe est submergée, seuls survivants, Noé et les pensionnaires de son arche perpétuent la race humaine. Puis les vents brûlants l’assèchent et Dieu s’engage par un serment (le signe visible est l’arc-en-ciel) à ne plus jamais détruire l’humanité. L’eau peut à certain moment avoir des vertus thérapeutiques et baptismales. Dans l’histoire de Nahaman le syrien en 2 Rois 5, 21-14, ce dernier est exhorté à se plonger 7 fois dans le Jourdain par le prophète Elisée. Ce n’est pas l’eau du Jourdain qui a un caractère miraculeux, il n’est ici que le médium de la puissance divine de guérison.

L’eau un élément vital de la vie. Pour l’humain, l’eau reste essentielle pour sa consommation quotidienne. Les textes bibliques relatent souvent les dangers de la sécheresse, de la soif et de la faiblesse qu’elles occasionnent. La situation géographique de la Palestine et le nombre de zone semi-désertiques, voire désertiques, ont conduit à toutes une série de réflexions sur la consommation d’eau. Les puits, les trous d’eau, les oasis étaient vitales pour les bédouins, leurs bêtes, les voyageurs et les commerçants…Lorsque Israël s’est sédentarisé et que les villes se sont agrandies,  le problème de l’approvisionnement et du stockage des eaux de pluie s’est posé. C’est le souci principal auquel se sont heurtés bien souvent les rois et les dirigeants. De plus, les critères de l’hospitalité exigeaient que l’on offre au voyageur, ou à l’invité, du pain et de l’eau. Un refus implique un rejet catégorique de la personne. Acheter de l’eau avec de l’argent est considéré comme un acte de détresse et de désespoir extrême. Comme les périodes de sécheresse étaient monnaie courante et puis qu’elles excédaient quelquefois 6 mois, il fallait rationner l’eau de manière drastique. S’assurer quotidiennement de sa ration d’eau était le symbole de la prospérité et de la sécurité. Le vol d’eau était sévèrement réprimé. Il fallait également surveiller la qualité de l’eau potable et garantir sa pureté. Les troupes avaient pour habitude de souiller les points d’eau afin d’obliger la population à se rendre. On utiliser des cruches, des jarres, des gourdes pour le transport. Pour ceux qui n’avaient rien de tel, il fallait utiliser les mains ou s’agenouiller et « laper » l’eau à la manière des animaux (voir l’histoire de Gédéon). Les coupes et autres ustensiles étaient gardés propres pour ne pas causer d’impuretés. L’eau pouvait aussi être mélangée au vin. Cette dernière est aussi employée comme arme dans l’histoire de 2 Rois 8, 15 où le roi araméen Hasaël fait tremper une couverture dans l’eau, qu’il applique ensuite sur le visage du roi Ben-Hadad afin de l’étouffer.

L’eau : un élément de purification. On ne peut dissocier le domaine profane du domaine rituel. Par exemple, la toilette des prêtres et leur état de pureté constante, touche aussi bien à l’hygiène corporelle qu’à la purification des maladies de la peau et des fluides qui « contamineraient » ou s’écoulent du corps. On pratiquait évidemment le lavage des pieds après un long voyage à l’égard de l’hôte de passage et celui des mains avant le repas. Les habits neufs étaient également lavés avant un premier usage. Alors que les sacrifices étaient essentiellement constitués de viande rôtie, on pouvait aussi la cuire à l’eau bouillante pour la conserver ou la rendre plus comestible. En ce qui concerne le système sacrificiel du Temple, il nécessitait une grande quantité d’eau pour la purification des objets et des victimes sacrificielles. L’eau devait être de l’eau vive, c’est-à-dire, qu’elle ne pouvait pas stagner simplement dans des bassins. Les catégories de pureté et d’impureté ont pris, au fil des siècles, une importance croissante pour cumuler à l’époque de Jésus. Tout contact avec un lieu impur ou un corps mort devait être éliminé par des ablutions et aspersions d’eau. On trouve en Nombres 5, 11-31, le seul exemple d’une épreuve de l’ordalie qui consiste à faire boire à la femme suspectée d’adultère par son mari de l’eau sacrée du temple, saupoudrée de poussière du sol sacré ; si cette dernière ne la rejette pas aussitôt, elle est considérée comme innocente ; dans le cas contraire…Elle sera mise à mort ! En Exode 32, après la pulvérisation du veau d’or, les israélites sont sommés par Moïse de boire l’eau contenant les cendres du veau d’or pour qu’il leur reste vraiment sur « l’estomac » … La symbolique purificatrice et baptismale va être de plus en plus vivace et se retrouvera chez les Esséniens à Qumran avec la multiplicité des bassins rituels qui démontrent leur obsession de la pureté, ainsi que chez les Mandéens pour lesquels l’eau est vivante et devient vecteur de salut. Le baptême par immersion représente ainsi une réplique du baptême céleste et l’appartenance des âmes célestes au monde de lumière. Les eaux du bas connectent le baptisé au eaux du haut, juste inclusion avec les eaux primordiales de la Genèse.

Les sens métaphoriques de l’eau 

  • L’évaporation de l’eau est signe de vie provisoire alors que le jaillissement de l’eau est vecteur de prospérité
  • La violence et la force de l’eau est une qualité attribuée à Dieu
  • L’eau évoque la tristesse à travers les larmes
  • L’eau est symbole de faiblesse et de décrépitude physique
  • La profondeur des citernes rappelle la quête de la sagesse dans les tréfonds de l’esprit humain
  • La surface de l’eau comme miroir reflète l’intérieur du cœur
  • Le juste et le sage sont souvent comparés à un arbre dont les racines plongent dans l’eau
  • Yhwh est source de vie et dispensateur de fertilité pour son peuple (on retrouve ici en arrière-plan le combat contre les divinités de fertilité dans l’Israël ancien)
  • Chez Ezéchiel, la vision du nouveau Temple idéal duquel jaillissent les eaux représente la prospérité, le vrai culte, la richesse et le salut : même les eaux de la mer morte se régénéreront…

 

En résuméLe symbole biblique de l’eau associé à l’Esprit est l’objet d’une grande inclusion dans l’histoire biblique : il revient en Genèse 1,2 et en Apocalypse 22, 17. L’eau est source de vie et fait revivre l’esprit. L’eau purifie et féconde, elle étanche la soif et elle guérit. Dans le premier Testament l’eau symbolisait soit la Loi soit l’Esprit.

Quatre symbolismes majeurs

Cinq directions essentielles du symbolisme de l’eau sont connues : celle de l’eau germinale et fécondante, celle de l’eau médicinale, source miraculeuse ou boisson d’éternité, celle de l’eau lustrale, celle enfin de l’eau diluviale permettant la purification et la régénération du genre humain.

  1. L’eau fécondante s’explique par le fait qu’une des premières expériences de l’humanité est d’établir le lien entre la pluie et la croissance de la végétation. L’eau tombe du ciel, féconde la terre après l’avoir purifiée. Il en est de même de la Parole de Dieu qui vient du ciel, purifie et féconde, affirme le midrash Cantiques Rabbah. Ce commentaire juif rappelle que l’eau est conservée dans des jarres de terre et non pas dans des vases en or ou en argent, ce qui signifie que la Parole de Dieu demeure chez celui qui est humble, qui sait qu’il est fait de terre et qu’il retournera à la terre.
  2. L’eau est médicinale puisqu’elle est l’inductrice de toute fécondité. Elle peut également redonner, prolonger et sauver la vie puisqu’elle en est la donatrice première.
  3. L’eau est purifiante comme le prouve l’expérience courante de l’eau utilisée pour laver et pour faire disparaître les impuretés. Par l’immersion du bain rituel ou du baptême le symbolisme de l’eau fécondante, régénératrice, médicinale et purificatrice se concentrent dans un même rite.
  4. L’eau est diluviale comme les mythes diluviaux universels l’attestent. Le déluge rejoint le mythe de l’éternel retour aux origines. La notion cyclique du temps exprime cette réalité. Il s’agit de rejoindre l’idéal de l’origine car celui-ci n’a pas été encore corrompu par l’histoire. Le déluge est l’événement purificateur qui permet la fin d’une humanité et le début d’une humanité nouvelle. Moïse exprime la même réalité que Noé. Il est « tiré et sauvé des eaux » pour donner naissance à un peuple libre. En passant la mer Rouge, le peuple est libéré, il est immergé dans l’eau, il renaît, tout en étant préservé du passage par la mort, contrairement aux Égyptiens et à tous ceux qui ont été engloutis par le déluge mais sont finalement sauvés comme Noé. Noé et Moïse enfant flottent sur les eaux du déluge, alors que le peuple passe à pied sec dans les eaux de la mer (Ex 14). Le salut que Dieu apporte à son peuple est symbolisé par l’eau : le Seigneur fait couler de l’eau, ou jaillir des sources dans le désert. Le Seigneur va désaltérer les assoiffés : la soif représente l’exil, l’oppression, et l’eau la libération, le bonheur. De la même façon, Dieu change les steppes arides en pays verdoyants, symbole de renouveau et de vivification (Esaïe 41, 19) où le salut et la justice ruissellent comme la rosée et germent comme les plantes. Inversement, Dieu peut assécher les rivières, dévaster la nature, en signe de sa puissance que rien n’arrête, de sa victoire sur ses ennemis, ou de la manifestation de sa colère contre l’impiété. L’eau, capable de jouer le rôle d’un miroir, a comme caractéristique d’échapper. Elle échappe parce qu’elle n’a pas de forme tout en étant capable d’épouser toutes les formes possibles et imaginables. Elle va épouser la forme d’un vase et dès qu’elle est versée dans un verre, elle en épouse la forme. Elle échappe parce qu’elle a une très grande capacité de division. Elle s’évapore et, si on l’enferme, elle profite de la moindre faille. La maîtrise de l’eau a mis beaucoup de temps dans l’histoire.

Les eaux symbolisent la totalité des virtualités, la matrice de toutes les possibilités d’existence. Elles précèdent toute forme et l’immersion en elles, symbolise la régénération totale, une nouvelle naissance, car elles contiennent les germes de vie nouvelle, elles guérissent et, dans les rites funéraires, elles symbolisent la vie éternelle. Elles sont ainsi élevées au rang de symbole de vie. C’est pourquoi l’eau deviendra symbole de la Parole de Dieu et de l’Esprit de Dieu.

L’eau chez Jean

Le quatrième évangile ne pouvait pas ignorer ce symbole fondamental associé d’une part au Jourdain et à la mer de Galilée, d’autre part aux piscines de Bethesda et de Siloé. En effet il apparaît dans huit chapitres du livre des signes, et une fois dans le livre de l’heure. L’ajout du chapitre 21 le mentionne une fois. Une progression caractérise ce symbole : dans les chapitres 1 et 5 l’eau signifie ce qui est préparation ; dans les chapitres 4-12 l’eau est élevée au rang de symbole christologique; dans les chapitres 9-12 elle signifie le salut eschatologique apporté par Jésus.

  Au chapitre 1 Jésus est baptisé dans les eaux du Jourdain. L’eau du baptême de Jean est opposée au baptême de Jésus dans l’Esprit. Je suis venu baptiser dans l’eau, affirme Jean et plus loin : Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, c’est lui qui baptise dans l’Esprit Saint. Et moi j’ai vu et je témoigne que celui-ci est l’Élu de Dieu (1,33-34). La scène se passe à Béthanie, de l’autre côté du Jourdain ! Le baptême dans l’eau évoque sans doute la purification précédant la nouvelle alliance annoncée par les prophètes Jérémie et Ézéchiel. C’est le Baptiste et ses disciples qui introduisent le symbole de l’eau dans le quatrième évangile.

     Au chapitre 2, dans la scène des noces de Cana en Galilée, l’eau des jarres de purification est opposée au vin. Le maître du repas ne sait pas d’où vient l’eau changée en vin. La scène est localisée en Galilée. L’eau devient un symbole qui annonce une réalité sacramentelle. Le vin, œuvre du travail de l’homme, est symbole de justice et de joie eschatologique, tandis que l’eau, don gratuit de Dieu, exprime la piété divine. L’eau a une double fonction : elle permet la manifestation de la gloire de Jésus et transforme les disciples qui voyant ce signe croient en Jésus.

     Au chapitre 3 dans le dialogue avec Nicodème, un maître en Israël, il est question à nouveau de la naissance de l’eau et de l’Esprit. À moins de renaître d’eau et d’Esprit nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu (3,3). Le chapitre se termine par une mention du baptême de Jésus. L’entretien de Jésus avec Nicodème se situe à Jérusalem. Ici encore l’eau, associée à l’Esprit, est un symbole sacramentel.

  Au chapitre 4, le dialogue avec la Samaritaine oppose l’eau du puits de Jacob à l’eau vive que donne Jésus. Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : Donne-moi à boire, c’est toi qui l’aurais prié et il t’aurait donné de l’eau vive (4,10). C’est à Sychar en Samarie que la scène se situe. Après l’entretien de Nicodème avec Jésus la nuit, Jésus rencontre la Samaritaine en plein jour. Généralement les femmes venaient puiser l’eau le matin et le soir. Ici c’est en plein jour que la femme vient étancher sa soif. C’est auprès des puits que de nombreuses alliances furent scellées dans le premier Testament. Jésus fatigué révèle sa propre faiblesse. L’évangéliste comme d’habitude joue sur le double sens des expressions qui atteste le vocabulaire distinct de la communauté. Le dialogue débouche sur le problème du culte authentique qui doit être un culte en Esprit et en Vérité. Le salut qui vient des Juifs passe par la loi et les prophètes, mais également par la soif de connaître la révélation.

  Au chapitre 5, lors de la guérison du paralytique à la piscine de Bethesda, il est question de l’eau agitée qui guérit. Le premier à entrer dans l’eau après qu’elle avait été agitée se trouvait guéri, quel que fût son mal (5,4). C’est à Jérusalem que la scène a lieu. L’eau a une vertu thérapeutique.

Au chapitre 6, après le signe de la multiplication des pains, Jésus marche sur les eaux du lac de Galilée.

Au chapitre 7, dans le contexte de la fête des Tentes, il est question de l’eau qui étanche la soif et de l’eau vive qui sortira du sein du Christ ou du croyant. Si quelqu’un a soif qu’il vienne et qu’il boive celui qui croit en moi. Selon le mot de l’Écriture : de son sein couleront des fleuves d’eau vive. Il parlait de l’Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui (7,37-38). C’est au temple, dans le contexte de la fête des Tentes, après la procession qui remontait de la piscine de Siloé où l’eau avait été puisée, que Jésus fait cette déclaration. Plusieurs textes de l’Écriture trouvent ici leur accomplissement. La Tosephta Succot admettait que l’eau de Siloé qui était versée en libation sur l’autel résumait toutes les eaux du monde, depuis les eaux de la création jusqu’aux eaux qui devaient jaillir de sous le Temple selon la prophétie de Zacharie. À l’eau de Siloé était associé l’Esprit du sanctuaire.

Au chapitre 9, dans la scène de la guérison de l’aveugle-né à Jérusalem, il est question de l’eau de Siloé. Or ce dernier terme devient un titre christologique. Les deux piscines de Jérusalem sont situées par rapport au Temple de Jérusalem. Dans le livre de l’heure, l’eau associée au sang jaillit du côté du Christ en croix. Certains exégètes y ont vu la réalisation de la prophétie d’Ez 47, d’autres de la scène de Moïse qui frappe le rocher. Dans les deux hypothèses il s’agit d’eau vive que donne le Christ. Au total des références sont faites à l’eau dans dix chapitres de l’Évangile de Jean. Les chiffres dix et un sont symboliquement identiques. Dans la dizaine le multiple revient à l’unité. Il est plus parfait que tous les nombres parfaits. La création avait été faite avec dix paroles.

Jésus fut baptisé par Jean, il fut immergé dans le Jourdain. On peut en déduire que l’humanité n’était pas encore totalement immergée et renouvelée ni en Noé, ni en Moïse et son peuple. Jésus, par contre, l’homme nouveau, (Jr 31) est capable de réaliser les prophéties de Jérémie et d’Ézéchiel, en créant une humanité régénérée par le bain du baptême, renouvelée avec un cœur et un esprit nouveau Ez 36, 26. Jésus est totalement purifié par l’eau vive. Son œuvre est de faire une nouvelle création.

En marchant sur les eaux, Jésus manifeste sa puissance par rapport au cycle des eaux qui reconduisent sans cesse au préforme et au déluge. Il maîtrise aussi les forces hostiles qui habitent la mer. Il est aussi capable d’apaiser la tempête Luc 8, 22-25 et les forces du mal qui habitent la mer. Avec le Christ on passe par la mort : c’est le sens du baptême Romains 6, 4-6. On se dépouille du vieil homme définitivement et on revêt l’humanité nouvelle du Christ ressuscité. La mort physique est la réalisation plénière et concrète du rite de l’immersion baptismale. D’où l’importance du rite d’immersion totale au baptême car lui seul symbolise vraiment la plénitude du symbole de renaissance par la mort. On ne peut pas rester immergé sous l’eau sans mourir. Le Christ fera disparaître les forces hostiles, la mer, mais, par contre, il donne de devenir en lui source jaillissante de vie éternelle Jean 4, 14.

Frédéric Gangloff.