Arbre « Des mots contre les maux »

Arbre « Des mots contre les maux » est une proposition de bricolage et d’animation partagée par Carole Frohn (UEPAL).  Le projet réalisé à l’école biblique ( enfants de 6 à 10 ans)

A l’école biblique depuis le début de l’année scolaire nous réfléchissons aux paraboles de Jésus et plus largement aux gestes de Jésus envers les autres. A chaque séance nous essayons de trouver un MOT qui résume ce que nous pouvons retenir et qu’il pourrait être utile de connaître.  Les MOTS qui pourraient nous servir contre les MAUX.

Nous sommes partis de la parabole de la graine de moutarde. Nous pensons que nous pouvons laisser grandir dans notre cœur les mots contre les maux. La parabole de « la graine de moutarde » qui devient un arbre, nous a donné l’idée de l’ARBRE DES MOTS CONTRE LES MAUX.

Les maux, ce sont les chagrins, les bobos, les souffrances, les déceptions, les difficultés…

Dans les branches  d’un arbre réalisé au fil des séances, nous avons inscrit les mots trouvés.

 

Puis nous avons individuellement dessiné un arbre sur une carte (format A5 un peu cartonné, plié en deux). Notre arbre est particulier car son feuillage montre les 4 saisons et cela commence avec l’hiver. On passe de l’hiver à l’automne puis de l’été au printemps. Cela symbolise que l’on passe des bobos aux joies…

Notre arbre sourit (émoticône sourire) et pense (bulle pensée). Une inscription dans la bulle (arbre des mots contre les maux).  A gauche de la feuille, nous avons découpé un rectangle par lequel les mots d’un disque sont visibles.

Nous avons découpé un disque dans du papier cartonné, nous l’avons ajusté à la carte et fixé avec une attache parisienne. Ainsi le disque peut tourner et nous pouvons lire les mots dans l’encart (rectangle découpé). Pour inscrire les mots il suffit d’attacher le disque et d’écrire les mots dans l’encart en tournant un peu le disque à chaque fois jusqu’à ce que l’on n’aperçoive plus le mot précédent.

Les enfants pourront se servir de la carte/disque individuellement pour se souvenir des paraboles mais aussi pour les aider à guérir des petits bobos. L’Arbre des mots contre les maux est affiché dans la salle et servira pour un culte en fin d’année scolaire.

Exemple de parabole : celle du figuier dans Luc 13, 1-9. Le mot que nous avons choisi, est le mot « patience ». Un mot bien utile !

Nos mots contre les maux : Aider, Compassion, Amitié, Amour, Pardon, Solidarité, Bonté, Paix, Fraternité, Calme, Prier, Sourire, Agir, Travailler, Choisir, Donner, Bienveillance, Pitié, Partage, Réconciliation, Ecoute, Silence, Confiance, Consolation…

Crédits, Carole Frohn (UEPAL)




Le baptême d’Aurélius

Voici une narration de Richard Gossin mettant en scène Aurélius et son ami Justin. Aurélius raconte son baptême d’adulte pendant la nuit de Pâques…

Justin retient dans sa main les deux dés qu’il s’apprêtait à lancer. Il regarde Aurélius d’un air ahuri et finit par ingurgiter une grosse gorgée de vin.

– Par Bacchus ! Aurélius ! Mon compagnon de taverne. Je t’offre une coupe.

Voici deux ans que Justin n’a pas vu Aurélius mettre les pieds dans la taverne. Et pourtant, ces deux-là en ont avalé des coupes de vin et de bière, en ont lancé des dés, en ont hurlé des paillardises aux Saturnales, en ont levé des pouces dans les combats des gladiateurs… Inséparables ! Et puis un jour… Plus rien, ni personne. Aurélius à disparu.

En ce printemps de l’an 402, Hippone la Royale respire le vent salé de la Méditerranée et le souffle poivré du Djebel. Les deux amis quittent la taverne et s’engagent dans une ruelle qui conduit à la plage.

– Aurélius, ça fait deux ans que tu me laisses faire la fête tout seul !

– La fête ? Mais c’est tous les dimanches, la fête ! Et puis, c’était il y a 15 jours. La plus belle des fêtes. Pâques. J’ai dit « Je crois ». J’ai été baptisé  et invité au repas du Seigneur. Pour la première fois.

– Raconte-moi…

Aurélius a raconté à son ami. Et son histoire, voici le peu que j’en sais parce que je ne sais pas tout. D’ailleurs elle commence par un « Pourquoi ? ».

Pourquoi Aurélius est-il allé voir Augustin ? « Je veux être baptisé. Je veux devenir chrétien » a-t-il déclaré. L’Evêque d’Hippone l’a regardé au fond des yeux. Sans joie, parce que des gens comme Aurélius, il en a vu beaucoup renoncer en chemin. Sans tristesse, parce qu’Augustin connaît les chemins de l’espérance… et de la patience.  Il a mis dans sa main gauche la taverne, les dés, le cirque, les Saturnales et dans sa main droite le catéchisme et le baptême. Laquelle choisis-tu Aurélius ?  Mais Aurélius avait déjà fait son choix. Le désir d’être chrétien avait pesé plus lourd que ses beuveries, avec Justin. Et pas seulement les beuveries. Pas seulement ! Aurélius n’avait pas son pareil pour conduire les chars dans les arènes. Et puis, il n’en était pas peu fier… il aimait la gent féminine. Ses conquêtes étonnaient même Julien, son meilleur ami. Son métier et ses frasques, Aurélius y a renoncé.

Alors je reprends ma question : pourquoi ?

Eh bien, je ne sais pas. Ce désir de changer, ça vous vient comme ça. Quelquefois brusquement comme un coup de foudre. Quelquefois, et le plus souvent, ça vous trace au plus profond de vous-même des filets d’eau vive qui coulent dans les veines, dans le cœur, dans la mémoire… Et ces ruisselets sourdent sans tapage et jaillissent un jour comme une résurgence, comme une urgence. Bref, je ne sais pas comment ça s’est passé avec Aurélius. Et peut-être ne le sait-il pas lui-même.

A moins que ne ce ne soit son voisin. Oui, c’est peut-être la bonne réponse. Chaque dimanche, ils sortaient à la même heure. Ils se saluaient sur le pas de la porte et prenaient des directions opposées. L’un vers les arènes et l’autre vers l’Eglise. Et c’est à lui qu’Aurélius a demandé d’être son parrain. Oh, pas tout de suite. Parce qu’Aurélius était connu dans toute la ville comme le plus fou des joyeux drilles. Le voisin a fait confiance. Il a présenté Aurélius aux diacres. Ils lui ont dit :

– Connais-tu ce que signifie la question que nous allons te poser ?

Aurélius savait. Augustin et son voisin l’avaient prévenu.

– OUI, je renonce à Satan.

Et c’est déjà une nouvelle vie qui commençait. Il lui fallait renoncer aux plaisirs de hier. Mais aussi trouver un métier nouveau. Aurélius s’est engagé dans la réparation des filets sur le port. Ce qui a bien fait rire Augustin, l’évêque. « C’est bien, tu as choisi le métier de Paul, le plus célèbre apôtre missionnaire ! ». Ce n’est que bien plus tard qu’Aurélius a compris.

Un dimanche matin, Aurélius est entré pour la première fois dans une église. Et pendant deux ans, il a découvert un monde nouveau. Un monde fait de gestes étranges, de paroles mystérieuses, d’histoires étonnantes. Les gestes ? Se saluer en se serrant vigoureusement dans les bras. Recevoir le souffle du diacre sur les narines, les oreilles et la bouche. Porter sa main droite sur le front, le cœur et les épaules comme une croix qui blesse et qui rassure. Recevoir sur ses cheveux une huile parfumée. Répandre des parfums d’encens… Et ces gestes étaient accompagnés de paroles qui se faisaient l’écho de l’histoire du peuple de Dieu. Des histoires du passé jaillies des pages du Livre, de la Bible, qui mêlaient leurs flots à celles du temps présent. La création  du monde, l’exode du peuple israélite, le combat de David contre le géant Goliath, le jeune Daniel abandonné aux griffes des lions, le paralysé guéri par Jésus, le naufrage de l’apôtre Paul… toutes ces histoires devenaient les siennes. La sienne. L’histoire d’Aurélius qui renonce à Satan, qui combat, qui perd, qui se décourage,  qui reçoit des forces nouvelles, qui gagne et qui doute… Et de dimanche en dimanche, et de prédication de l’évêque Augustin en catéchismes, pendant deux ans, Aurélius persévère avec cinquante hommes et femmes dont les rangs, il est vrai, s’éclaircissent. Certains partent. Mais il ne regrette pas. Et quand il pose certaines questions, les diacres sourient.

– Le sens du baptême ? Le sens de l’eucharistie ? Tu comprendras bientôt. Très bientôt. Pour l’instant n’encombre pas ta foi naissante d’explications et de propos raisonnables. Plonge dans le mystère. Qu’une sainte envie de rejoindre le peuple hébreu traversant la Mer Rouge te saisisse. Qu’un besoin de t’asseoir à la table  des douze disciples et de Jésus s’empare de toi. Et bientôt, très bientôt, ta raison sera rassasiée. Mais le sera-t-elle jamais ? C’est comme une faim que seule l’eucharistie apaise et … excite.

Pendant deux ans, Aurélius a rejoint tous les dimanches ses compagnons en quête, comme lui, d’une nouvelle vie. Et ces rencontres sont faites d’histoire du temps jadis où les merveilles du Dieu des Hébreux soulevaient la foi des plus endurcis. Pendant deux ans, Aurélius a goûté les gestes attentifs de l’évêque et des diacres qui l’ont introduit dans la communauté des chrétiens. Pendant deux ans, Aurélius s’est initié à un nouveau métier et à la fidélité à sa nouvelle compagne.  Alors il a demandé le baptême.

Cela s’est passé pendant les quarante jours qui ont précédé Pâques. Une fois de plus Aurélius a dit, devant les diacres et son parrain « Je renonce à Satan ».

Son nom a été inscrit sur le registre des candidats au baptême : « Donnez vos noms pour que je les écrive avec de l’encre. Le Seigneur, lui, les gravera sur les tables incorruptibles, en les traçant de son propre doigt. »

Et pendant quarante jours, au petit matin et après une journée de labeur, Aurélius a appris à prier la prière du Seigneur « Notre Père qui es aux cieux… », à confesser sa foi en disant « Je crois en Dieu le Père tout-puissant… », à jeûner, à méditer… Les gestes et les mots  et les histoires des diacres et de ses compagnons l’ont entouré et réconforté.

Le jeudi qui précède Pâques, il s’est soigneusement  lavé. La veille de Pâques a été la plus longue et la plus importante. Toute la journée, les candidats au baptême ont été entourés de prières et de gestes. Ils ont jeûné. Ils ont veillé toute la nuit dans la louange du Seigneur. Et au petit matin du jour de la résurrection, ils se sont déshabillés. Et le visage tourné vers le soleil levant, ils sont entrés dans l’eau du baptistère.

-Crois-tu en Dieu le Père tout-puissant ?

-Je crois

-Crois-tu au Christ Jésus, fils de Dieu, qui est né par le Saint Esprit de la vierge Marie, a été crucifié sous Ponce-Pilate, est mort, est ressuscité le troisième jour vivant d’entre les morts, est monté aux cieux et est assis à la droite du Père, qui viendra juger les vivants et les morts ?

– Je crois.

-Crois-tu en l’Esprit Saint, dans la sainte Eglise ?

-Je crois.

Accompagné de son parrain, vêtu d’une tunique de lin blanc, lui et ses compagnes et compagnons  de tous âges, et même des parents tenant leur petit enfant dans leurs bras, ils sont alors entrés dans l’Eglise où les attendaient l’assemblée des baptisés. Ils ont prié, chanté, les bras levés vers le ciel. Et enfin, oui enfin, ils ont participé pour la première fois au grand repas eucharistique. Ils ont reçu alors un breuvage fait de lait et de miel en signe de bienvenue et ont rejoint la communauté des chrétiens.

Et pendant sept jours qui ont suivi ce jour mémorable de Pâques, Aurélius et les nouveaux chrétiens ont écouté l’évêque leur expliquer le sens du baptême, celui de l’eucharistie et bien d’autres enseignements :

– Nous les ministres du Christ, nous avons accueilli chacun, et jouant en somme un rôle de portiers, nous avons laissé la porte libre. « Vois un peu de quelle immense dignité Jésus te gratifie. On t’appelait ‘catéchumène’ lorsque tu étais seulement environné par l’écho. Tu entendais parler d’une espérance, mais sans la voir ; de mystères, mais sans les comprendre ; des Ecritures, mais sans en voir la profondeur. L’écho désormais, ne résonne plus autour de toi, l’écho résonne en toi : car l’Esprit qui t’habite fait désormais de ton intelligence une maison divine. Quand tu entendras parler de ce qui est écrit sur les mystères, alors tu comprendras ce que tu ne savais pas. »

Les fêtes de Pâques achevées, Aurélius a pensé à Justin, son ami. Il est allé le rejoindre à la taverne. Et ensemble, d’un même pas, ils ont marché vers le port où travaillent et habitent Aurélius et sa compagne. Ce qu’il a raconté, c’est bien au-delà de mon récit. Mais avant de faire silence, Aurélius a regardé son ami : « Et toi, Justin ? »

  Théodore de Mopsueste (Homélies catéchétiques 12.16).

Cyrille de Jérusalem, Accueil 3 et 6. Le mot « catéchisme » vient du mot grec qui évoque la parole qui résonne en soi et fait écho.

Crédits : Richard Gossin




Le baptême vrai ou faux ?

 Voici une grille d’affirmations vraies et fausses sur le baptême pour vérifier nos connaissances… 

1 vrai ou faux ? Jésus a baptisé les petits enfants

2 vrai ou faux ? Jean-Baptiste a baptisé Jésus

3 vrai ou faux ? Dans les débuts de l’Eglise, on plongeait entièrement le baptisé dans l’eau

4 vrai ou faux ? Dans les débuts de l’Eglise, on a utilisé du vin de Cana pour baptiser

5 vrai ou faux ? Le premier rôle des parrains-marraines est d’offrir beaucoup de cadeaux

6 vrai ou faux ? Le pasteur met 3 fois de l’eau sur le front (ou sur la tête), au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit

7 vrai ou faux ? Le pasteur utilise de l’eau froide pour rappeler l’eau du Jourdain

8 vrai ou faux ? La confession de foi peut être priée avant le baptême

9 vrai ou faux ? Une bougie est offerte car elle proclame que cet enfant est comme une nouvelle étoile

10 vrai ou faux ? Le Saint Esprit est présent dans l’eau

11 vrai ou faux ? Les bonbons offerts à la fin du baptême sont obligatoires

12 vrai ou faux ? Les paroles d’engagement peuvent être triples : les parents, les parrains-marraines et la communauté

13 vrai ou faux ? La bénédiction protégera l’enfant de toute maladie

14 vrai ou faux ? Après le baptême, il faut logiquement changer sa manière de vivre

15 vrai ou faux ? Après le baptême, le baptisé ou sa famille s’engage à donner 10% de son salaire à l’Eglise

16 vrai ou faux ? Par le baptême, je comprends que Dieu m’aime pour toujours

17 vrai ou faux ? Lorsque je vois un baptême, je peux me rappeler le mien

18 vrai ou faux ?  Pas besoin d’être pasteur pour baptiser

Réponses

  • 1) faux  2) vrai  3) vrai  4) faux  5) faux  6) vrai  7) faux 8) vrai  9) faux 10) faux
  • 11) faux 12) vrai  13) faux 14) vrai 15) faux 16) vrai  17) vrai 18) vrai (en cas de baptême d’urgence)

Crédits Laurence Gangloff (Grains 2 KT)




La Pâque de Cléopas

La Pâque de Cléopas. Les trois narrations présentées ici par Edmond Stussi sont destinées aux enfants et aux jeunes. Elles veulent être une fresque de l’essentiel des événements qui conduisent de la Passion à la Mort et à la Résurrection du Christ. La tâche n’est pas aisée : où est l’essentiel, l’incontournable ? Qu’est-ce qui est constitutif de la foi ? C’est un essai, il demande l’indulgence et le sens critique du catéchète.

Les narrations racontent les événements avec le regard d’un jeune juif contemporain qui découvre progressivement le Christ. Elles cherchent ainsi à éviter de tomber dans le piège du manichéisme juif-chrétien et de l’antisémitisme. Elles veulent dire la continuité de la foi biblique qui de la Pâque juive conduit à la Pâques chrétienne. S’inscrivant dans l’histoire d’une famille juive faisant le pèlerinage de Jérusalem à l’occasion de Pâque, elles évoquent le contexte géographique, historique, politique et religieux local.

Le scénario : Cléopas, originaire de Galilée, disciple supposé de la deuxième sphère des disciples de Jésus et son compagnon suggèrent les deux compagnons d’Emmaüs (Luc 24). D’autres pèlerins et des témoins anonymes de certaines scènes introduisent un espace de dialogue dans lequel l’auditeur ou le lecteur est invité à entrer. Ils permettent aux événements d’être dits de manière dialogale, voire interrogative.

Il a souffert sous Ponce Pilate

Le silence tombe, pesant, sur le Mont des Oliviers. La lune, pleine en ces mois de fête, fait scintiller la toiture d’or du Grand Temple et les murs de la ville renvoient leurs reflets brillants vers la colline. Les pèlerins se préparent à une nuit de paix avant les grandes fêtes. Cléopas ne trouve pas le sommeil. Les yeux vagues, il regarde au loin… Là-bas, entre les murs qui bordent le chemin des oliviers, des silhouettes se détachent dans l’obscurité. On entend des cliquetis de métal. Des hommes armés et casqués s’approchent. Une lampe à huile discrète semble ici et là éclairer le visage de ceux qui dorment. Cléopas se lève, il a peur.C’est la police du temple. Que viennent-ils faire, qui cherchent-ils ? Ieschoua s’est réfugié ici avec ses Galiléens.

Cléopas en est sûr, il a entendu des rumeurs de complots cet après-midi en ville. La troupe s’arrête et se déploie autour d’un vieil olivier. La silhouette d’un homme, lentement, se dresse… « C’est Ieschoua ! Ils l’ont trouvé ! »

Cléopas reconnaît son visage dans la lueur de la lanterne qui l’éclaire. Une ombre s’approche et l’embrasse. Ieschoua parle aux soldats. Un instant, ils reculent, comme s’ils hésitaient, puis cela va très vite : ils avancent et lui ligotent les mains. Quelques hommes sortent des fourrés. La lame d’un glaive brille au clair de lune. Puis c’est le silence.

« Les lâches ! » se dit Cléopas tout haut. La sombre cohorte emmène Ieschoua, redescend la colline pour remonter vers la ville. Longtemps encore Cléopas la suit du regard. La nuit est redevenue sombre et muette comme la vallée des ténèbres et de la mort.

Il est mort, il est descendu aux enfers…

Le soleil est levé quand Cléopas se réveille. Le champ des oliviers s’est déjà vidé de ses pèlerins partis en ville faire les derniers préparatifs de la fête. Cléopas se presse et court lui aussi vers la ville. Il se faufile à travers les étalages des marchands d’épices, de tissus, d’huile et d’essences. Là, soudain, tout est bloqué. On n’avance plus, ni ne recule. La foule jusqu’alors bigarrée et gesticulante se fige. Les yeux se tournent vers le bas de la voie principale. Des gardes romains se taillent un passage d’un pas martial à travers la marée humaine.

Derrière eux, d’autres gardes. Sous une grosse poutre, un homme, plié en deux, traîne péniblement les pieds. Il porte sur la tête un tressage de branches sèches. Derrière lui deux autres suppliciés. Cléopas comprend : » C’est Ieschoua,  ils vont l’exécuter, ils le traînent devant les murs et vont le crucifier ! »

Il veut voir. La souffrance des hommes a toujours attiré sa compassion. Il se faufile en avant, à travers les spectateurs. Pétrifié, il voit Ieschoua, là tout près devant lui. Des cris de haine et de lamentation sortent, pêle-mêle, de la foule ivre de spectacles et l’étouffent. La foule se disperse. Les uns retournent à leurs occupations. Les autres suivent de loin le cortège. Cléopas les suit. À côté de lui, des femmes pleurent, des hommes résignés serrent les poings.

De rage, ils voudraient hurler : « Que leur a fait Ieschoua à ces diables de Romains », marmonne l’un d’eux en veillant à ne pas être trop entendu. « Qu’est-ce qu’ils lui reprochent », dit un autre levant le bras au ciel ?Trois croix se dressent maintenant sur la colline. Sur celle du milieu, un écriteau vient d’être cloué. Cléopas lit : « Le Roi des Juifs ».

Tout est fini. Il faut rentrer. Il pense à la journée d’hier, à la Grande Fête qu’il était venu célébrer avec ses parents, à la foule des pèlerins, à ces femmes, à ces hommes, ces enfants qui ont préparé dans la joie la grande fête du Passage. Un moment, il avait cru que le Royaume de paix allait venir. Il pense aussi à l’agneau que son père a préparé, au pain sans levain qu’ils vont partager.Tout est gâché maintenant. Ieschoua est mort. Ils vont le descendre de croix et le mettre dans un tombeau. Ils rouleront une lourde pierre devant.

Cléopas se souvient. Un jour, il avait demandé à son père ce qu’était l’enfer. « C’est quand on est abandonné de tous, même de Dieu », lui avait-il répondu. Aujourd’hui Ieschoua est descendu aux enfers. La nuit tombe, la nuit du Repas de Pâques. C’est dans la tristesse qu’ils partagent l’agneau et le pain. Sans espoir, ils attendent que Dieu vienne enfin les visiter.

Il est vivant !

Au premier jour de la nouvelle semaine. Après le Grand Sabbat, la longue cohorte des pèlerins se remet en route vers la campagne. Cléopas aussi rentre chez lui. Le soleil ardent et la poussière des chemins étirent de fatigue le cortège. Cléopas chemine seul avec un autre pèlerin quand un inconnu les rejoint.

  • « De quoi discutez-vous… ? » les appelle-t-il. » Vous portez la mort sur le visage ! Après ces fêtes, vous devriez revivre ! »
  • « Comment donc, lui rétorque Cléopas scandalisé, comment peux-tu parler ainsi après tout ce qui s’est passé ? N’as-tu donc rien vu, rien entendu ? »
  • « Et quoi donc ? »

Devant tant d’ignorance, le cœur de Cléopas déborde : « N’as-tu rien su des exécutions qui ont eu lieu ? N’as-tu pas entendu parler de Ieschoua ? C’était un homme de Dieu, un vrai prophète… Quand il parlait de paix aux hommes, c’était comme si elle venait… Quand il te tendait la main, c’était comme si tu revivais ! Eh bien, nos chefs l’ont arrêté, ils l’ont condamné, crucifié… Il est mort et enseveli ! N’est-ce pas assez ? »

L’inconnu se tait. Visiblement les paroles du jeune homme le touchent. Il ne peut pas, se dit-il, les laisser poursuivre leur chemin sans répondre à leur désespoir… Il essaie alors de leur expliquer : « Dans la longue histoire de notre peuple, il en a souvent été comme ça. C’est peut-être difficile à comprendre quand on est jeune. Mais chaque fois que nous avons marché dans la vallée de l’ombre et de la mort, c’est alors que Dieu s’est montré vraiment fort… Avec Ieschoua, c’est pareil… » Longtemps l’Inconnu leur parle. Cléopas et son compagnon écoutent attentivement. Ils ne savent pas pourquoi ses paroles apaisent leur amertume. C’est un peu comme s’ils se retrouvaient sur les bords du grand lac et écoutaient les paroles de Ieschoua.

La nuit va tomber. Il faut s’arrêter dans une auberge et prendre du repos. L’inconnu, lui, est pressé de continuer son chemin. « Reste avec nous, lui demande Cléopas. Il va faire nuit et le jour est à son déclin. » Les trois hommes entrent et prennent place dans l’hôtellerie. La table est garnie. Un linge blanc recouvre le pain de Pâque. Cléopas a soudain l’impression d’être l’invité de l’inconnu qui a cheminé avec eux, car il prend le pain, comme le fait un père de famille, au soir de Pâque, il prononce la bénédiction, il le rompt et le leur donne.

L’instant d’un éclair, leur esprit se trouble. Ce geste, ils l’ont fait, ils l’ont vu faire tant de fois, en attendant le jour de la venue du Royaume de Dieu… L’instant d’un éclair, derrière le visage de l’Inconnu, Cléopas reconnaît les traits de Ieschoua « Est-ce toi, est-ce bien toi ? » veut-il dire… Mais au moment de mettre la main sur lui, il leur échappe, comme s’il les appelait à le suivre.

Les deux hommes se lèvent et se remettent en route : « Je ne comprends pas, dit Cléopas, c’était donc lui qui nous parlait pendant que nous marchions, c’était donc lui qui a partagé le pain avec nous… ? Alors… Alors… Cléopas n’ose prononcer les mots qui lui brûlent les lèvres : « Tout le temps que nous marchions avec lui, j’avais en moi comme un feu qui me réchauffait le cœur… Il est vivant ! » « Viens, lui dit son compagnon, cela se voit sur ton visage. Il faut nous remettre en route et aller à la rencontre des autres… »

Crédits : Edmond Stussi Enseignant de pédagogie religieuse, IUFM d’Alsace – N° 16 – Cahiers de la bible contée – Image par Gerd Altmann de Pixabay 




La tête ou les jambes? Jean 20

 « La tête ou les jambes ? » est une saynète inspirée de Jean 20, 11-18 et inventée par Frédéric GANGLOFF (Dynamique Jeunesse UEPAL) . Comment annoncer la résurrection ? Certains parmi nous sont plus prompts à agir, alors que d’autres préfèrent la contemplation. Mais lorsque les deux se disputent, dans un tombeau vide, voici ce que cela peut donner…

  • L’ange-entête
  • L’ange-enjambes

Un ange accourt. Il est nerveux et ne tient pas en place. C’est l’ange-enjambe ! Il se place à un endroit qui symbolise les pieds du Christ dans la tombe. Puis, arrive doucement avec une démarche assurée, l’ange-entête ! Il est calme, rationnel et se place à la tête du Christ… Ils se font face et se regardent un petit moment ; chacun dans sa posture !

Ange-entête : Du calme mon pote ! Cela ne sert à rien de débouler ici à toutes jambes ! Le patron a dit que nous en aurions certainement pour une bonne partie de la nuit… Alors… Autant rester zen et lever le pied !

Ange-enjambes : (toujours à sautiller d’un pied sur l’autre) T’en as de bonnes toi ! Je sais bien que tu as la tête de l’emploi, mais faire le pied de grue, ne me plaît guère… Tu sais attendre et patienter, ce n’est pas trop mon truc… En plus être obligé de te faire la conversation, et que tu me tiennes la jambe… Très peu pour moi ! J’préfère m’esquiver à tire-d’aile…

Ange-entête : (ironique) Allons ! Quand on n’a pas de tête… On a… (avec le public)

Ange-enjambes : Des jambes… Oui, oui, ils ont compris là ! N’empêche ! Me retrouver enfermé avec toi, dans cette tombe un Dimanche matin ; c’est presque une punition. Cela ressemble à une mise à pied… Pourquoi m’a-t-on affecté à cette corvée ? Me voici au pied du mur… Et qu’est-ce qu’on va dire au premier individu qui passe la tête par l’ouverture ? « Shalom ! C’est à quel sujet ? Il n’est plus à cette adresse ! Il est ressuscité ! Alléluia ! »  Ou mieux : « Il a été enlevé ! Allez voir au bureau des cadavres retrouvés ! » Il ou elle va s’enfuir à toutes jambes…

Ange-entête : (Bienveillant) Allons, tu en fais une drôle de tête ! Essaye de la garder sur les épaules ! Ce n’est pas plus compliqué que quand le collègue Gabriel a annoncé à une vierge qu’elle allait devenir enceinte du Saint Esprit. Ne te prends pas la tête pour si peu ! Nous respectons les consignes divines, point barre… (petit moment d’embarras)

Ange-enjambes : J’voudrais pas mettre les pieds dans le plat, surtout qu’ici on a déjà un pied dans la tombe, mais… Imaginons que le premier à mettre ses pieds ici soit… Au mieux… Une femme ! Et surtout l’autre là…  La disciple préférée du maître… Elle est vachement émotive et si jamais elle craque ? Je suis un ange d’action et pas à réaction ! Je risque de perdre pied… D’ailleurs, tu trouves ça normal qu’un mort s’enfuit sur ses jambes ? D’habitude, ils partent les pieds devant !

Ange-entête : Je dois t’avouer qu’à moins d’être tombé sur la tête, c’est assez inhabituel… Justement, l’habitude veut que les morts restent au tombeau. La tombe garde les morts comme un coffre-fort l’argent, comme les anciennes photos renferment l’image, comme la mémoire garde les souvenirs, ou la conserve le cassoulet… Alors un tombeau vide c’est difficile de se mettre cette idée en tête…

Ange-enjambes : Elle va surtout faire des pieds et des mains pour comprendre, et nous, on va répondre quoi ? Par exemple : « Il n’est plus ici, il a pris l’air ça sentait trop le renfermé ! » ; « Il s’est barré parce que la concession est hors de prix ! » ! » Elle va venir pour le soigner, le toucher une dernière fois… Elle pensera qu’il l’attendra ici, sans bouger, de pied ferme ! Elle va s’empresser de le rechercher dans le jardin, faire son enquête, accuser le jardinier… Plus de corps, mais un grand vide ! Cela va lui faire une belle jambe d’apprendre que la tombe est vide !

Ange-entête : Ce n’est pas la peine de te mettre martel en tête pour si peu… Elle va avoir un peu de mal à réaliser… Elle voudra savoir où repose celui qu’elle ne veut pas lâcher ! Elle voudra aller le reprendre ! Et pour cela, elle sera prête à le reconduire à son tombeau ! Elle préfère un Jésus-cadavre, pourvu qu’il soit là où on l’a mis, à disposition, plutôt qu’un Jésus vivant, toujours ailleurs et différent ! C’est qu’elle une idée fixe de son Jésus personnel en tête, la Marie ! Et c’est une forte tête, elle n’en démordra pas !

Ange-enjambes : Si je te suis bien, et ce n’est pas vraiment mon point fort de faire marcher ma tête, le seul qui pourrait la convaincre de se mettre en route, c’est Jésus ? Mais à moins que je n’aie plus toute ma tête, Jésus n’a plus, non plus, la même tête ; il est tout autre, non ? Tu ne ressuscites jamais avec la même tête qu’avant ? Je me suis toujours demandé si c’est comme un lifting ? Pratique ! T’es moche et tu ressors plus canon qu’avant !

Ange-entête : Pour une fois, fais marcher ta tête de linotte ! As-tu déjà vu qu’un jardin garde la semence ? Au contraire, il la transforme ! Comme une graine morte qui devient une belle plante ! Quant à Marie, elle ne pourra plus toucher le maître ; il est déjà passé de l’autre côté, à-Dieu, où rien ni personne ne pourra désormais le retenir ! Mais elle va retrouver une nouvelle famille de disciples et un nouveau Père…

Ange-enjambes : Je commence à en avoir par-dessus la tête de tes démonstrations théologiques ! Tu crois vraiment que ce genre de prédication le Dimanche matin, ça va l’aider la Marie ? Tu crois vraiment, que dans ce genre de situation, elle va garder la tête froide ? Mais enfin, un tombeau vide c’est la fin du monde ; ça bouleverse tout, ça te met les tripes en l’air ; tu ne peux pas considérer cela par-dessus la jambe ! Pâques c’est bien plus que de froides explications autour de l’absence d’un cadavre… Rends-toi compte ! Marie est dans tous ses états ; elle passe d’un voir désespéré à une mise en route dans la joie, après le désespoir du vide ! Faut arriver à le digérer ça ! Tiens ! Rien qu’à le dire ça me donne mal au ventre !

Ange-entête : (En mimant) Parles à ma tête ! C’est ce que je me tue à te faire entrer dans ta petite tête depuis qu’on se morfond dans cette tombe. La résurrection et l’absence de Jésus au tombeau n’effacent pas la croix, mais lui donnent un sens nouveau. La défaite apparente se change en victoire invraisemblable de la foi ! Et une fois que Marie aura de nouveau toute sa tête, elle annoncera cela aux disciples hommes en prenant ses jambes à son cou !

Ange-enjambes : Et tu penses vraiment qu’ils vont y croire… Les hommes ? Sans avoir vu de leurs propres yeux… Machistes comme sont les 12 ! Premièrement, le cerveau n’est que leur second organe favori et pour le peu qu’ils pensent, ils sont persuadés que les femmes sont… comment dire… têtes en l’air ! Enfin, pour ce que j’en sais moi… Je ne suis finalement qu’un ange… A la recherche d’un sexe attitré… Bon en attendant, on dit quoi à la première qui passe les jambes et la tête, alouette !

Ange-entête : Eh ben… Je ne sais pas moi… J’en ai des maux de tête ! On improvise !

Ange-enjambes : Ok ! En attendant l’aube d’un jour nouveau et en tant qu’ange grosse-tête, tu ne t’es jamais posé la question de savoir pourquoi et pour qui on vit ? Et pourquoi et pour qui on court ? Tu ne réponds jamais à ce genre de questions !

Ange-entête : Tu me casses la tête avec tes crises existentielles ! Cela ne nous concerne pas ! Nous sommes des anges Messenger et une foi que Marie aura réalisé et passé ce cap de bonne espérance, ce sera elle la nouvelle messagère… C’est ça notre mission et après on disparaît… Pouf !

Ange-enjambes : Nous peut-être, mais eux là (montre les gens dans l’assistance) et paf ! Pourquoi ils viennent encore à l’Eglise ? Pourquoi on a tellement de mal à les accompagner ? Et pourquoi on ne leur parle pas d’amour, de confiance, d’espoir ? Pourquoi au lieu de liker, on a perdu le goût d’aimer ?

Ange-entête : (de plus en plus irrité) Quelqu’un dans l’assistance aurait-il un marteau pour l’assommer ou quelque chose pour le bâillonner ?

Ange-enjambe : « Si j’avais un marteau. Je bâtirais un bateau. Et j’y mettrais mon père, ma mère, mes frères et la grosse tête. Oh ! Oh ! Ce serait le bonheur ! »

Ange-entête : Mais qu’est-ce que j’ai fais au Bon Dieu pour me retrouver ce matin avec un ange aussi bête que ses pieds ?

Ange-enjambes : Il vaut mieux faire partie d’anges-heureux plutôt que des anges-amer comme une bière tombale !

Ange-tête : Pschitt… Quelqu’un arrive ! Vite… Remettons-nous en place !

Ange-jambes : (ironiquement) Oh ! Un ange passe ! Ne traversez pas sans regarder dans les deux directions ! Un ange peut en cacher un autre (Bref moment de silence où ils regardent tous les deux dans la même direction)

Les deux : « Femme, pourquoi pleures-tu ? »

Crédit : Frédéric Gangloff