prière avec des pierres

Prière de repentance et pardon  avec des pierres 

proposée par Virginie Moyat, EPUdF Poissy

 

Pâques

Les pierres de nos vies

Pour cette prière où nous nous tournons en confiance vers Dieu pour lui dire ce qui pèse dans nos vies, ce que nous ne faisons pas toujours comme il faut, j’aimerais utiliser ces pierres. Besoin d’enfants.

Nous avons de nombreuses pierres, qui chaque jour régulièrement nous empêchent de vivre de l’amour du Christ ou d’en rayonner.

Je pense à plusieurs pierres :

La pierre de la peur

La pierre de l’incertitude

La pierre de l’amertume

La pierre de la fatigue

La pierre de la colère

La pierre de l’oubli ou de l’indifférence

La pierre de la séparation, de l’isolement

La pierre de la bonne excuse pour ne rien faire

Quelles autres pierres ?

… de la culpabilité, de l’injustice, de la famille qui oppresse, des enfants qui exigent, de la maladie qui handicape, de la volonté de dominer, du passé qui impose, de la souffrance…

Vous voyez toutes ces pierres que nous mettons devant cette Bible, elles sont comme la pierre qui fermait le tombeau du Christ ; une fois entièrement recouvert, la Parole ne passe plus, la vie du Christ est interrompue.

Mettre une feuille entière de cailloux

C’est Pâques ! Comme la pierre du tombeau a roulé pour se mettre de côté, elles roulent et sont mises de côté, les pierres de nos vies ! enfants enlèvent délicatement

C’est Pâques ! Voyez avec quel geste de tendresse, quelle délicatesse cela est fait !

La Parole est de nouveau libre, la vie est de nouveau possible ! et elle en est bouleversée. Le Christ se fait vivant dans chacune de nos vies !




écrire une prière de repentance avec des jeunes et la mettre en scène

Prière de repentance des KT, suivi du pardon 

proposée par Virginie MOYAT, EPUdF Poissy

matériel nécessaire :  cartons en papier, feutres, lunettes noires, nappe en papier 

 

 

 

 

Exclusion   Jeu de scène associé :  8 catéchumènes avec un masque assis dans l’assemblée, qui se lèvent au fur et à mesure que leur visage est nommé / 8 catéchumènes sans masque, mais avec lunettes noires. 

Au début, les catéchumènes aux lunettes sont devant l’assemblée, à côté du lecteur, ils regardent leurs pieds.

Quand les autres catéchumènes (les masqués) approchent, ils les repoussent avec leurs bras dressés devant eux.

Au moment des paroles du pardon, les catéchumènes aux lunettes noires enlèvent leurs lunettes, lèvent les yeux, enlèvent les masques des catéchumènes et leur serrent la main, ou les embrassent, se serrent dans les bras, ou autre geste de jeunes…

Lecteur : Pendant les séances de KT, nous avons discuté des personnes vers qui nous ou d’autres personnes ne vont pas, puis nous avons symbolisé cette prière de repentance de cette manière : (texte écrit à partir d’une animation autour d’une nappe muette)

Père, pardon car

Parfois nous vivons avec nos lunettes noires, à ne regarder que nous-mêmes

Nous ne regardons pas, car nous ne les voyons même pas :

Ceux qui sont blessés par la vie : 2 masques

S’ils ont des cicatrices, c’est peut-être parce qu’ils se battent souvent ?

S’ils se mutilent, c’est qu’ils souffrent intérieurement et nous ne pouvons rien faire pour les aider

S’ils pleurent, c’est qu’ils sont tristes ou qu’ils ont mal : 4 masques

Père, pardon car

Parfois nous vivons avec nos lunettes noires, à ne regarder que nous-mêmes

Nous ne regardons pas :

Ceux qui sont différents de nous, qui nous sont étranges : 2 masques

Les handicapés

Car nous ne sommes pas habitués, nous avons peur, nous pouvons même nous moquer

Cela est difficile d’être différents car nous sommes moqués, cela fait mal

Père, pardon car nous ne voulons pas aller vers :

Ceux qui nous font peur car ils nous font penser à la mort :

Les gothiques,

Les fous, les drogués, les saouls, ils peuvent tuer, kidnapper, car ils ne réfléchissent plus

Les SDF, les anciens prisonniers car ils sont perdus

Tous ceux qui peuvent nous attaquer

Nous avons peur d’eux car nous n’avons pas envie de mourir, car nous ne savons pas ce que nous devenons après

Mais avec des adultes, nous pourrions peut-être essayer de les comprendre ?

Enfin, nous avons encore peur de ceux qui font de la politique et qui parlent de guerre ou qui ont des paroles racistes car nous avons peur pour notre avenir

Père, toi qui nous écoutes et qui est celui qui nous fais du bien, donne-nous cette parole qui nous libère et nous rend plus léger. Amen

Puis :

Père, tu nous dis : « Regarde aussi les autres, aime-les ! ou au moins respecte-les !

Ensemble, vous êtes mes enfants. »

Alors nous découvre que c’est beau de rencontrer

Ceux qui ne sont pas comme moi,

Ceux qui vivent autrement,

Ceux qui parlent un autre langage que moi

Et voient d’autres choses que moi.

Père,

Merci de nous ouvrir les yeux

Et de nous inviter toujours à nous accueillir,

Différents.   Amen




Contes pour la paix 3: ROBBIE ET L’OURS POLAIRE

ROBBIE ET L’OURS POLAIRE

un conte pour parler de paix et de confiance par  Avril Rowlands

credit pixabay

L’hiver avait été froid et la neige avait posé une épaisse couverture sur les collines et les montagnes, les forêts et les vallées, les rivières, les ruisseaux et les lochs (lacs très allongés) du nord le plus lointain.

Quand les MacDorwuffs s’éveillèrent de leur sommeil d’hiver, à temps pour Noël et Nouvel-An, la première chose qu’ils firent fut de vérifier les trappes à ours polaires posées l’automne précédent. Car c’est un fait bien connu que les ours polaires, durant les hivers rigoureux, descendent d’Islande à la recherche de nourriture, et que les petits Mac, ronds et savoureux, sont tout à fait à leur goût. Cet hiver-là était froid.

Les petits lochs gelèrent et les plus jeunes Mac purent patiner dessus — les plus lourds passèrent à travers la glace et on dut les mettre au lit car ils avaient attrapé de gros rhumes – tandis que des glaçons se formaient sur les barbes des plus vieux Mac dont le travail était en plein air.

Les préparatifs habituels de Noël avançaient, souvent interrompus par les plus jeunes Mac pour faire des batailles de boules de neige et construire des bonshommes de neige. Mais le jour de Noël, lorsque tout le repas fut mangé et que jeunes et vieux furent rassemblés autour de grands feux dans la salle des fêtes des Mac, les plus âgés secouèrent sévèrement la tête et racontèrent des histoires sur les hivers passés, quand les ours polaires étaient arrivés jusque sur les bords du Loch Laxford et avaient mangé beaucoup de Mac.

Il neigea de nouveau après Noël et l’excitation recommença. Hamish Mac, le chef de clan, s’affairait ici et là d’un air inquiet tandis qu’il essayait de tout préparer à temps pour la grande fête du Nouvel-An. La neige tomba encore pendant la nuit, mais pour le Nouvel-An, le jour se leva étincelant et clair. Le soleil brillait, l’air était vif et la neige d’un blanc éblouissant.

C’est alors que vint un avertissement. Un Mac arriva, soufflant et haletant. On avait vu des ours polaires à Sheigra, et on recommanda à chacun de se tenir sur ses gardes. Personne ne devait voyager seul parmi les rochers et les collines, les forêts et les vallées, si les ours polaires rôdaient.

C’est-à-dire, personne sauf Robbie. Car Robbie était différent des autres Mac. C’était un solitaire qui agissait comme il l’entendait. C’était un Mac costaud et sans crainte qui n’était pas effrayé par les ours polaires.

Il faut dire que tous les Mac aiment profondément le pays du plus lointain des nords et se promènent des jours entiers tout seuls tandis qu’ils prennent soin des rochers et des collines.  Mais tous aiment aussi rentrer à la maison retrouver leurs amis, les chants, les danses, les fêtes.

C’est-à-dire, tous, sauf Robbie, qui était différent des autres. Il venait aux fêtes avec les autres Mac, mais s’asseyait toujours à part et parlait rarement.

Aussi, quand Robbie entendit l’avertissement au sujet des ours polaires, cela ne l’empêcha pas de poursuivre son projet de la journée, qui était de parcourir les collines dont il était le gardien et de profiter de la vue des pics, recouverts d’une neige brillante, qui se dressaient contre le ciel d’un bleu profond.

Robbie se mit en route et marcha à grands pas, respirant l’air glacé. Son haleine faisait comme de petits nuages blancs et sa barbe rousse était recouverte de fils de glace. Il traversa les forêts dont les branches des arbres étaient courbées sous le lourd fardeau de la neige. Il passa le long des lochs couverts d’une fine couche de glace étincelante. Il grimpa sur les collines, et le soleil   qui brillait sur la neige l’éblouissait, tandis que les cascades gelées avaient l’éclat d’une averse de diamants. Il regardait autour de lui en se promenant et il s’émerveillait de ce que son pays si familier lui semblait différent dans ses habits d’hiver. Il leva les yeux vers le ciel… et ce fut une erreur car son pied délogea une pierre. Avec un grondement et un bruit de tonnerre, la neige s’ébranla et glissa sous ses pieds et Robbie glissa avec elle, emporté par une marée blanche.

Enfin la glissade s’arrêta et Robbie se trouva au pied de la colline, dans un fossé, à côté de la route. Il avait froid, il était mouillé et, pire que tout, il était incapable de bouger car sa jambe était bloquée sous un rocher. Malgré tous ses efforts,– et Robbie était costaud – il ne put se libérer.

« C’est du beau, pensa-t-il. Enfin ! Je suis près de la route, quelqu’un passera certainement bientôt… » Mais personne ne passait, car après l’avertissement au sujet des ours polaires, chacun restait près de chez lui.

Robbie essaya de crier. Mais ses cris furent renvoyés par l’écho des hautes montagnes, et personne ne vint.

Il essaya de chanter pour garder courage. Mais son chant résonna faiblement dans le calme menaçant des collines, et personne ne vint.

Alors Robbie resta silencieux, fatigué par tous ses efforts, mais le silence était pire que tout, et personne ne vint.

Les jours sont courts durant les mois d’hiver dans le nord le plus lointain, et le soleil commença à disparaître à l’horizon, bien qu’il ne soit pas encore tard. A ce moment-là, le froid devint plus intense. La neige se mit à tomber et des flocons blancs se posèrent sur Robbie comme une couverture, mais une couverture glacée et mouillée qui le faisait grelotter. Enfin, Robbie s’adressa à Dieu, mais il le fit à contrecœur, car Robbie n’aimait demander de l’aide à personne, pas même à Dieu.

« Regarde-moi, Dieu, dit-il. Si tu n’envoies pas quelqu’un le long de la route assez rapidement, je mourrai gelé. »

Ce n’est pas ainsi qu’on doit parler à Dieu, mais Robbie avait froid, il était effrayé et Dieu, qui avait observé Robbie tout au long de l’après-midi, le comprit.

Le vent se leva, soufflant les flocons en une danse tourbillonnante avant de se poser, couvrant le sol d’une couche épaisse de neige fraîche, et Robbie aussi devint bientôt un tas blanc informe, couché dans le fossé à côté de la route. Les derniers rayons du soleil avaient juste disparu derrière la montagne quand soudain il entendit des pas.

« A l’aide, cria Robbie, à l’aide ! » Les pas se rapprochèrent : c’étaient trois personnes qui se dépêchaient. Hamish avait dû aller chercher à la dernière minute des provisions qui manquaient pour la fête de cette nuit. Il avait emmené deux compagnons costauds, et tous les trois étaient chargés de nourriture et regardaient bien s’il n’y avait pas d’ours polaires. Ils marchaient vite et en silence.

« A l’aide,  appela Robbie, à l’aide ! »

« Qu’est-ce que c’est que ça ? » demanda Stuart Mac.

« Je n’ai rien entendu » dit Hamish, l’esprit tout préoccupé des choses qu’il fallait encore faire pour les festivités de la soirée.     

« A l’aide » dit Robbie d’une voix faible.

« Encore » dit Stuart, et il s’arrêta, regardant autour de lui.

« Allons-y ! dit Hamish impatiemment. Je dois être de retour avant la nuit. Il y a tant à faire. »

Alastair Mac, heureux de s’arrêter, posa ses paquets avec un soupir de soulagement. Il s’étira, regarda autour de lui, regarda encore, puis montra d’un doigt tremblant la forme blanche, couverte de neige, dans le fossé.

« Regardez ! dit-il, regardez ! »

« Qu’est-ce que c’est ? » dit Stuart avec crainte.

« Je crois que c’est un ours p.p.p.polaire. » bégaya Alastair, et il prit ses jambes à son cou et fila le long de la route aussi vite qu’il put. Stuart et Hamish le suivirent à toute allure. La route fut à nouveau silencieuse.

« Eh bien, merci beaucoup, Dieu », murmura Robbie en claquant des dents.

Il s’arrêta de neiger, mais un vent froid se leva, faisant bouger les branches au-dessus de la tête de Robbie.

« Je t’en prie, Dieu, envoie quelqu’un, n’importe qui, pour m’aider » pensa Robbie, incapable de chuchoter, tellement il était faible.

Les branches bougeaient et frémissaient dans l’air froid, et quelque chose d’autre aussi. Il y eut un reniflement et un éternuement, ainsi que le piétinement de pas qui avançaient avec précaution dans la neige haute. Les cheveux de Robbie se dressèrent sur sa tête car il était en train de deviner qui reniflait et piétinait. La grande forme blanche se rapprocha de plus en plus et Robbie essaya de ne plus respirer, dans l’espoir que s’il se tenait tout à fait immobile, l’ours polaire ne le remarquerait pas. Le piétinement s’arrêta et il y eut un grognement. Un nez froid et mouillé frôla la figure de Robbie.

« Je me demande quel morceau de moi il va manger en premier… pensa Robbie ; j’espère que cela se passera vite. »

Il ferma les yeux et se prépara au pire. Mais l’ours polaire ne le mangea pas. Il semblait étonné. Il recula et le piétinement recommença. Robbie pouvait entendre l’ours renifler et grogner, tandis qu’il passait lentement près de l’épaule de Robbie, de son bras, et jusque là où le gros rocher bloquait sa jambe contre le sol. L’ours polaire s’arrêta. Robbie ouvrit les yeux et vit une énorme patte s’avancer et, avec une toute petite tape, le rocher fut enlevé de sa jambe et poussé dans le fossé.

L’ours polaire grogna, et Robbie ferma de nouveau les yeux parce que l’énorme patte s’avança de nouveau et toucha sa jambe. Mais c’était une gentille petite tape que Robbie sentit à peine ; il ne sentit pas non plus les bras – si forts qu’ils pourraient écraser un Mac en quelques secondes – le soulever avec un soin infini. L’ours le tint tendrement contre sa poitrine froide et blanche et Robbie s’évanouit.

Lorsqu’il se réveilla, il se trouvait sur le sol, devant la salle des fêtes des Mac. Il n’y avait aucune trace de l’ours polaire. De la lumière, provenant des fenêtres, éclairait la nuit et Robbie pouvait     entendre de la musique et des rires. Sa jambe lui faisait mal, et, comme il était trop faible pour bouger ou crier, il frappa faiblement contre la porte. Mais la musique était forte et étouffait le son de ses coups. Il martela la porte jusqu’au bout de ses forces, puis se coucha, désespéré.

« C’est ridicule, Dieu, pensa-t-il. Si Tu désirais me donner une leçon, très bien, Tu me l’as donnée. Je regrette de n’avoir prêté aucune attention aux avertissements et d’être parti tout seul, et je regrette aussi d’avoir douté de Toi, bien que Tu aurais pu choisir quelqu’un d’un petit peu moins effrayant qu’un ours polaire pour me secourir… mais cela me semble un peu injuste de mourir de froid à quelques mètres d’un refuge. »

Dieu écouta les pensées de Robbie et le vit grelotter; Il fut triste pour lui mais Il ne lui parla pas, car Dieu agit autrement.

Dans la salle des fêtes, les sauteurs sautaient toujours plus haut; leurs figures étaient illuminées et brillantes. La figure d’Hamish était plus rouge et brillante que les autres, tandis qu’il racontait d’une voix forte à qui voulait l’entendre son aventure de l’après-midi avec l’ours polaire.

Au milieu de toute cette excitation, des chants et des danses, Robbie ne manquait à personne car il allait toujours de son côté, préférant sa propre compagnie à celle des autres, s’asseyant à part et parlant rarement.

Hamish finit son histoire avec un moulinet, se tourna vers la fenêtre… et regarda avec horreur. Car, pressée contre la vitre, il y avait la figure… d’un ours polaire.

« C’est… c’est… » il bégaya, la montrant d’un doigt tremblant.

La musique s’arrêta, les conversations et les rires cessèrent et chacun se tourna vers la fenêtre et regarda dehors. L’ours polaire, son haleine givrant la vitre, les regarda et fit un geste avec son énorme patte.

Les Mac attrapèrent des bâtons, des plats, des pots, des instruments de musique et tout ce qui leur tomba sous la main et se précipitèrent hors de la salle des fêtes. Ils contournèrent la maison jusqu’à la fenêtre… mais l’ours polaire était parti.

« Cherchez ses empreintes ! » cria Hamish.

Les Mac cherchèrent les énormes empreintes qui auraient dû être marquées dans la neige. Mais aussi étrange que cela puisse paraître, ils ne découvrirent aucune trace. La neige était lisse. Tout ce qu’ils trouvèrent, inconscient mais encore vivant, c’était Robbie.

Et Dieu sourit, tandis qu’ils soulevaient Robbie et l’emportaient dans la salle des fêtes. Car Dieu agit ainsi.  FIN 

 

L’auteure est madame Avril Rowlands et son site internet est www.mcdorwuff.com

Voici les coordonnées des 3 contes en anglais :

Alastair et la guerre du clan : ISBN 0-7197-0581-9.

Angus et le cadeau de Noël : ISBN 0-7197-0535-5.

Robbie et l’ours polaire : ISBN 0-7197-0536-3.

                    




Contes pour la paix 2: ANGUS ET LE CADEAU DE NOËL

ANGUS ET LE CADEAU DE NOËL.

un conte pour la parler de la paix écrite par Avril Rowlands 

crédit : pixabay

Les MacDorwuffs se réveillent de leur premier sommeil d’hiver juste avant Noël.

Leur premier sommeil débute lorsque les nuits commencent à s’allonger et que les journées s’assombrissent.

Leur second sommeil dure jusqu’à ce que le soleil se mette à réchauffer la terre et que la neige fonde sur les collines du Plus-Lointain-des-Nords. Toutefois, il ne commence qu’en janvier, car aucun Mac qui se respecte ne voudrait dormir pendant les fêtes de Noël et de Nouvel-An.

Donc, quand Angus Mac se réveilla un matin froid et brumeux de décembre, sa première pensée fut pour Noël et particulièrement pour les cadeaux de Noël, et plus précisément encore pour UN cadeau de Noël, celui qu’il ferait à sa meilleure amie.

Les Mac sont très petits – ils sont aussi très gros parce qu’ils mangent beaucoup de porridge – et ils vivent dans des petites boîtes-aux-lettres en bois posées le long de la seule route qui conduit à travers les rochers et les montagnes, le long des lochs profonds, des rivières, des ruisseaux et des forêts du Plus-Lointain-des-Nords.

Angus Mac vivait seul dans sa boîte-aux-lettres. C’était une maison confortable, garnie de meubles en bois qu’il avait fabriqués lui-même, de tapis et de rideaux en joli tissu écossais que sa mère lui avait donnés, et d’une exposition de pierres d’ornement qu’Angus avait collectionnées sur les plages et les rochers. C’était une maison chaude et amicale, une maison telle que chaque Mac aurait du plaisir à habiter. Mais Angus ne la trouvait ni chaude, ni amicale, ni spécialement confortable. En effet, lorsqu’il refermait sa porte derrière lui après une dure journée de travail à s’occuper des montagnes et des collines du Plus-Lointain-des-Nords, personne n’était là pour l’accueillir, personne ne partageait sa maison-boîte-aux-lettres. Pour Angus, c’était un endroit froid et solitaire.

Ce matin-là, ce matin froid et brumeux de décembre, Angus ne resta pas dans sa maison douillette et chaude lorsqu’il se réveilla de son premier sommeil d’hiver. Il se leva, sortit, respira profondément l’air doux, secoua de sa barbe les jolies gouttelettes de pluie et se mit en route. Angus devrait prendre une décision  et il ne pouvait pas la prendre à l’intérieur.

Que donnerait-il à sa meilleure amie Fiona pour Noël en lui demandant de devenir sa femme et de vivre avec lui dans sa maison confortable ? Ce n’était pas chose facile à décider. Il désirait acheter quelque chose d’extraordinaire pour cette occasion unique.

Il pensait à cela tandis qu’il marchait le long du loch en vérifiant que les pièges pour les ours polaires n’avaient pas été dérangés depuis qu’il les avait placés en automne. (Pendant les jours froids de l’hiver, les ours polaires descendent d’Islande. Ils sont affamés et considèrent que les Mac bien gras sont un mets délicat.)

« Je pourrais lui acheter du tissu écossais » pensa-t-il. « Elle pourrait se faire un kilt.» Mais non… ce n’était pas un cadeau assez original pour Fiona. Il se promena sur sa plage, une plage superbe faite de rochers et de pierres de différentes couleurs qu’il avait ramassées dans toutes sortes de lieux différents du Plus-Lointain-des-Nords. Tous les Mac aiment leurs plages et Angus était fier de la sienne. Mais, ce jour-là, il n’y prêtait aucune attention.

« Je pourrais lui donner une pierre » pensa-t-il, « la plus belle pierre que je possède, une pierre blanche recouverte de poussière d’or ; je pourrais la tailler et la polir et lui mettre une chaîne pour qu’elle puisse la pendre autour de son cou. Ce serait un cadeau original… mais non,… ce ne serait pas un cadeau assez original pour Fiona. »

Il s’arrêta de marcher et regarda en direction du Loch Laxford. La pluie avait cessé, la brume s’élevait et l’air était froid et clair.

« Je pourrais prendre mon bateau, ramer jusqu’à l’endroit où le loch est le plus profond et pêcher pour elle un beau poisson » pensa-t-il. Mais non, il pouvait pêcher un poisson n’importe quand pour Fiona. Il marcha par les montagnes et les collines dont il était le gardien, et pendant qu’il nettoyait les buissons de genêts aux branches épineuses et balayait les bruyères mortes et les fougères, il pensa à un peigne pour ses cheveux, ou à un châle de laine fine pour ses épaules… Mais non… c’étaient là des objets ordinaires et utiles qui n’étaient pas dignes de Fiona.

Angus grimpa toujours plus haut sur la chaîne de montagnes qui s’appelle Foinaven et ne s’arrêta que lorsqu’il eut atteint le sommet qui était caché dans les nuages. Il s’arrêta parce qu’il ne pouvait plus rien voir, ni au-dessus de lui, ni en-dessous, car il était environné de brume légère et aussi parce qu’il avait pris une décision : il avait décidé de demander conseil à Dieu. (Les Mac présentent souvent leurs problèmes à Dieu).

« Tu vois, Dieu, dit Angus, c’est bientôt Noël, comme Tu le sais, et je désire acheter le plus beau des cadeaux pour Fiona et lui demander de m’épouser et de partager ma maison-boîte-aux-lettres. Seulement, je ne sais pas que lui offrir. »

Dieu écoutait Angus.

« J’ai pensé à une pièce de tissu, un peigne pour ses cheveux, un châle pour ses épaules. J’ai pensé à une pierre de ma plage. J’ai pensé ramer jusqu’à l’endroit le plus profond du Loch Laxford et pêcher un beau poisson. Mais rien ne me semble lui convenir. Que lui donnerais-Tu, si Tu étais à ma place ? » Tandis qu’il parlait, la brume s’éleva et Angus put voir le soleil couchant derrière la montagne appelée Foinaven, donnant au sommet une couleur embrasée. « Le soleil serait un beau cadeau – pensa soudain Angus – un très beau cadeau. Mais je ne donnerai pas le soleil à Fiona car il est probablement trop chaud et elle se brûlerait les doigts. » Le ciel s’étendait tout bleu au-dessus de lui et la première étoile du soir se mit à briller doucement. Près d’elle apparut la courbe légère de la nouvelle lune. Angus contempla la lune et l’étoile et songea combien elles étaient magnifiques.

« Ça y est – dit-il à haute voix – je lui donnerai la lune et les étoiles. Je ne sais pas ce qu’elle en fera, mais je veux les lui donner parce qu’elles seront le plus beau des cadeaux et qu’elle est ma meilleure amie.»

« Ecoute, Dieu, dit-il, puis-je offrir à Fiona la lune et les étoiles ? Je ne sais pas combien elles coûtent et je n’ai pas beaucoup d’argent, mais je Te donnerai tout ce que j’ai. » Et Dieu écouta et sourit et ne dit rien, car Dieu agit autrement.

L’étoile du soir était de plus en plus brillante et paraissait si proche qu’Angus pensa qu’il lui suffirait de lever la main et de faire un petit saut pour la cueillir. Il tendit son bras vers l’étoile, fit un petit saut … et dégringola jusque tout en bas de la montagne.

Il sortit de l’enchevêtrement de genêts qui avait arrêté sa chute, tout écorché, endolori et fâché.

« Ce n’était pas très chic de ta part, Dieu, dit-il. » Et il tourna le dos à la montagne pour rentrer chez lui.

Mais la route faisait des tours et des détours tels qu’Angus n’en avait pas le souvenir et elle lui semblait aller en direction des collines au lieu de le conduire vers sa maison près du Loch.

Le soleil s’était couché, il faisait sombre et seule la lune éclairait, blanche et brillante dans le ciel noir. Angus s’arrêta et se gratta la barbe. « Il y a une seule route vers Le-Plus-Lointain-des-Nords, se dit-il à lui-même, et c’est celle-ci,… ou plutôt ce n’est pas celle-ci, car je ne suis jamais venu par cette route. »

Soudain, une lumière perça l’obscurité, un petit point de lumière, doré et réconfortant.

« Il doit y avoir quelqu’un près de cette lumière, pensa Angus. Je vais aller lui demander la direction à prendre pour rentrer chez moi. » Tandis qu’il marchait par les collines, la lumière devenait toujours plus forte et brillante. Et Dieu regardait Angus marcher vers la lumière, mais Il ne disait rien, car Dieu n’agit pas de cette façon-là.

La lumière provenait d’une lampe tempête qui se balançait devant la cabane d’un berger. La porte en était fermée, mais elle s’ouvrit à l’approche d’Angus et un vieux, très vieux Mac avec une longue barbe blanche apparut devant lui.

« Donc, tu désires le colis – dit le vieux Mac d’une voix rouillée par l’âge – Entre ! »

« Quel colis ? » demanda Angus ?

Le vieux Mac le regarda. « La lune et les étoiles, bien sûr ! » dit-il. Le vieux Mac s’éloigna et Angus l’entendit marmonner et fouiller dans l’obscurité. Après quelques instants, il revint, portant un gros paquet enveloppé dans du papier.

« Voilà ! » Il mit le paquet dans les mains d’Angus. « Attention, elles sont assez lourdes. » Angus commença à déchirer l’emballage, mais le vieux Mac l’arrêta. « Ne déballe pas avant d’être arrivé chez toi, c’est plus sûr. » « Plus sûr ? » Angus eut l’air étonné.

« Oh oui ! Tu ne veux pas qu’elles s’échappent pour retourner au ciel, ou quoi ? »

Avant qu’Angus ne sache ce qui lui arrivait, il se retrouva hors de la cabane avec le paquet dans les bras. La lumière avait disparu et il lui sembla que la cabane avait été avalée par la nuit. Il faisait très très sombre. Angus leva les yeux vers le ciel et retint son souffle : la lune et les étoiles avaient disparu !

Angus prit beaucoup de temps pour rentrer chez lui. Les premiers flocons de neige tombaient quand il atteignit le Loch Laxford et il était très très fatigué. Il cacha soigneusement son paquet sous une grande pierre de sa plage et, éreinté, se mit au lit.

Dieu regarda Angus lutter pour rentrer chez lui et vit où il avait mis le paquet, mais Il ne dit rien. Angus était agité et ne pouvait pas dormir malgré qu’il soit enfin en sécurité dans sa maison-boîte-aux-lettres. A chaque instant  il se levait, allait  jusqu’à la porte, regardait dehors… mais le ciel demeurait noir comme de l’encre et on ne pouvait apercevoir  ni lune, ni le scintillement d’une étoile.

« Je me demande comment elles sont, pensait Angus, … je me demande si tout va bien pour elles sur ma plage. »

Enfin, il ne put plus supporter d’attendre, il se glissa doucement hors de sa maison et descendit vers le loch.

Il trouva le paquet là où il l’avait laissé, sous la pierre. Il le prit et le déballa lentement… il sentit un bord pointu et vit la lueur de quelque chose qui brillait… enfin, il arracha le dernier morceau de papier et là, devant lui, sur la plage, il y avait le cadeau, le plus beau cadeau, le cadeau le plus original qu’il avait pu trouver pour Fiona : la lune et les étoiles…

Mais la lune était terne et mate, avec des morceaux bruns dans les coins ; et les étoiles… au nombre de trois, étaient tout aussi ternes, et la pointe de l’une d’elles était cassée.

Angus se mit la tête dans ses mains et pleura. Dieu le regardait et avait pitié de lui, mais Il ne dit rien, car Dieu agit autrement.

Enfin, Angus leva les yeux vers le ciel tout noir. Il cria : « Tu m’as trompé, Dieu, Tu m’as trompé. » Dieu parla : « Je ne t’ai pas trompé, Angus, — dit-Il – tu désirais la lune et les étoiles et tu les as eues. Je regrette de n’avoir pas pu te laisser prendre les vraies, mais j’en ai besoin, de même que toutes les choses vivantes du monde, car l’étoile doit briller au-dessus de l’endroit où mon fils est né à Noël, et la lumière de la lune doit montrer le chemin de l’étable où il repose. Et j’ai besoin de la lune et des étoiles, toutes ensemble, pour enlever la peur de l’obscurité pendant la nuit. »

Angus baissa la tête. Il avait honte. Sa seule pensée avait été pour Fiona, mais les pensées de Dieu sont pour tous.

Une main toucha son épaule. C’était Fiona.

« Angus, qu’est-ce qui ne va pas ? »

Angus détourna la tête afin qu’elle ne voie pas son nez tout luisant ni sa figure toute gonflée d’avoir tant pleuré.

« Angus, qu’est-il arrivé ? »

« C’était… ce devait être une surprise… » dit enfin Angus en murmurant dans la barbe.

« Quelle surprise ? »

« Je voulais t’acheter un cadeau de Noël original, un cadeau très original parce que tu es ma meilleure amie et que j’allais te demander de m’épouser et de venir vivre avec moi dans ma maison boîte-aux-lettres. Et je ne trouvais aucun cadeau assez extraordinaire jusqu’au moment où j’ai pensé à la lune et aux étoiles, parce que le soleil te brûlerait les doigts. »

« Je vois », dit Fiona.

« Mais ce ne sont pas la vraie lune et les vraies étoiles, et la lune est terne et mate et il y a des taches brunes dans les coins. Les étoiles sont ternes, elles aussi, et l’une des pointes s’est cassée. »

Puis Angus demeura silencieux, la tête baissée, tandis que Fiona regardait la lune et les étoiles posées sur la plage.

« C’est un cadeau magnifique, dit-elle enfin. Le plus beau cadeau que j’aie jamais reçu. Je peux nettoyer la lune pour qu’elle brille et tu peux réparer l’étoile et nous les suspendrons ensemble dans notre maison. »

Angus regarda Fiona. Tout en haut, au-dessus d’eux, les nuages s’écartèrent et la lune répandit sa lumière vive et argentée et les étoiles brillèrent et scintillèrent.

Et Dieu sourit et fut heureux car Angus ne serait plus solitaire. Car Dieu agit de cette façon-là.  FIN 

 

L’auteure de ces 3 contes est madame Avril Rowlands et son site internet est www.mcdorwuff.com

Voici les coordonnées des 3 contes en anglais :

Alastair et la guerre du clan : ISBN 0-7197-0581-9.

Angus et le cadeau de Noël : ISBN 0-7197-0535-5.

Robbie et l’ours polaire : ISBN 0-7197-0536-3.




Contes pour la paix 1 : ALASTAIR ET LA GUERRE DU CLAN

ALASTAIR ET LA GUERRE DU CLAN,

un conte pour parler de la paix par Avril Rowlands

Si vous allez vers le plus lointain des nords,  vous découvrirez que toutes les routes se rejoignent pour n’en former qu’une seule qui serpente par les collines,  au bord des lochs aux eaux profondes,  à travers les forêts et parmi les rochers. De temps en temps, il vous arrivera de voir des signaux :  des triangles rouges sur lesquels sont représentés en noir des rochers qui dégringolent.

Peut-être penserez-vous que ces signaux ont été placés là pour avertir les voyageurs du danger. Mais vous auriez tort. Les MacDorwuffs ont mis ces signaux il y a très longtemps,  bien avant que des étrangers n’arrivent jusqu’au plus lointain des nords,  et ils les ont mis dans un but très différent.

Quand Dieu créa le plus lointain des nords,  Il créa aussi les Mac et les installa comme gardiens des rochers dans le pays,  pour balayer l’herbe,  prendre soin des rochers,  enlever les fougères mortes et ramasser puis arranger les pierres précieuses. En ce temps-là,  les Mac ne partageaient le pays qu’avec les animaux sauvages et les poissons qui nageaient dans les eaux profondes des lochs et les oiseaux qui faisaient leurs nids dans les grands arbres des forêts.

Les Mac furent des gardiens fidèles pendant de longues années  et durant ce temps-là,  ils ne virent personne qui leur ressemblait,  car aucun voyageur n’avait fait jusqu’alors le voyage sur la route du plus lointain des nords. Ils en étaient venus à penser qu’ils étaient les maîtres du pays  et le traitaient comme s’il leur appartenait.

Un beau jour,  le long de la route qui vient du sud,  d’étranges animaux blancs et laineux apparurent,  avec quatre pattes minces,  de petites têtes et des queues plus petites encore. Des moutons étaient arrivés dans le plus lointain des nords ! Les Mac n’avaient jamais vu de moutons auparavant   et ils s’alignèrent le long de la route et du pont de Laxford et les regardèrent avec étonnement,  stupéfaits par le bruit plaintif des bêlements. Derrière les moutons marchaient les bergers. Ils étaient petits,  mais pas aussi petits que les Mac. Ils étaient minces et non pas ronds comme les Mac,  et avaient des figures ridées, tannées par les vents. Ils marchaient d’un pas rapide et assuré,  poussant les moutons devant eux avec de longs bâtons. En avançant,  ils regardaient à gauche et à droite. Les Mac découvrirent qu’ils pouvaient comprendre leur langage.

  • Il y a ici de bons pâturages pour faire paître,  Dougal !  dit l’un d’entre eux.
  • Oui, mais les rochers poseront un problème,  répliqua Dougal.
  • Nous pourrons en utiliser pour construire nos abris,  et débarrasser le reste, répondit le premier.

Les Mac se regardèrent les uns les autres avec consternation. Débarrasser les rochers ? Utiliser les pierres pour construire des abris ? Faire paître ces étranges animaux  laineux sur leur territoire ?

Hamish Mac,  le chef du clan,  fit un pas en avant  et tous les autres Mac se pressèrent derrière lui. 

  • Excusez-moi,  mais pourriez-vous nous dire qui vous êtes  et ce que vous faites sur notre territoire ?

Les bergers s’arrêtèrent tout étonnés.

       – Regardez,  dit Dougal,  il y a de petites personnes ici.

Hamish se redressa de toute sa hauteur,  ce qui ne faisait pas très haut.

  • Savez-vous que vous êtes ici sans permission ?
  • Sans permission ?  dit Dougal,  ce n’est pas vrai. On nous a dit que ce pays n’appartenait à personne. Nous avons entendu dire qu’il y avait de bons pâturages pour nos moutons,  de la tourbe pour faire nos feux,  du poisson dans les lochs pour notre nourriture  et des quantités de pierres pour construire des maisons. Nous sommes venus pour le constater par nous-mêmes  et si cela nous plaît,  nous amènerons nos femmes et nos enfants et nous nous établirons ici. Donc,  si cela ne nous fait rien,  vous pourriez peut-être nous laisser continuer notre route.

Et il reprit son chemin avec les bergers,  poussant leurs moutons et piétinant presque Hamish.         Cette nuit-là,  les Mac organisèrent une rencontre dans la salle des fêtes, sur le bord du Loch Laxford. Beaucoup d’entre eux étaient en colère,  mais personne n’était aussi fâché qu’Alastair,  un grand Mac avec une barbe rouge en broussaille.

  • Ce n’est pas juste,  cria Alastair,   ce n’est pas juste du tout ! C’est notre territoire. Nous possédons ce pays. Ils ne peuvent quand même pas venir ici et faire paître leurs moutons sur nos collines  et prendre les pierres pour faire leurs maisons sans même dire « s’il-vous-plaît » ou « merci ». Ils vont détruire notre territoire et nos maisons  et peut-être nous faire partir. Je vous le dis, il faut les chasser.

Il y eut un chœur d’approbations de la part des Mac, mais Hamish secoua la tête.

  • Et bien, je ne sais pas,  dit-il lentement. Je ne sais pas s’il faut les chasser. Les Mac ont toujours vécu en paix dans ce pays. Je pense que nous devrions demander l’avis de Dieu avant de faire quoi que ce soit,  parce que nous avons toujours parlé de nos problèmes à Dieu.

Et parce qu’Hamish était le chef du clan,  il fut écouté avec respect. Ainsi, le lendemain, les Mac grimpèrent en masse au sommet de la montagne nommée Foinaven  pour demander à Dieu son avis.

Il faisait un froid terrible au sommet de la montagne  et des brumes glacées tournaient tout autour. Hamish leva les yeux vers les nuages menaçants  et raconta à Dieu ce qui s’était passé la veille  et toutes leurs discussions au sujet des bergers. Quand il eut fini de parler,  et cela prit un long moment car il y avait beaucoup d’arguments,  Alastair parla de l’idée de chasser les bergers.  Quand Alastair eut fini,  un autre Mac prit la parole,  puis un autre,  et bientôt ils parlèrent tous à la fois,  priant Dieu,  L’informant,  Lui disant ce qui devait être fait.

Et Dieu écouta tous ces arguments,  bien qu’Il les connaisse déjà parfaitement. Dieu écouta et Il fut triste  car Il savait que les Mac ne désiraient pas vraiment Son avis. Ils ne restaient même pas silencieux assez longtemps pour L’écouter. Alors Dieu ne dit rien,  car Il ne donne pas Son avis si on ne le désire pas.

Les Mac descendirent de la montagne appelée Foinaven,  chacun convaincu que Dieu approuvait leurs projets. Mais Hamish demeurait incertain.

  • Attendons de voir, dit-il.

Comme Hamish était le chef du clan et qu’ils respectaient ses opinions,  ils attendirent et virent que tout ce qu’Alastair  avait prédit se produisait.

Les bergers laissèrent leurs moutons paître là où ils voulaient sur les collines,  et les Mac eurent davantage de travail pour nettoyer leurs saletés.

Les bergers enlevèrent des rochers et des pierres qui avaient été placés à des endroits précis depuis le commencement des temps  et les écrasèrent puis les taillèrent pour faire des abris où s’installer.

Les bergers pêchèrent dans les lochs, attrapèrent les plus grands et les meilleurs poissons pour les manger,  et les Mac commencèrent à avoir faim.

Si les bergers se moquaient des Mac,  trouvant qu’ils étaient de petites créatures stupides,  faisant des histoires au sujet d’un tas de vieilles pierres,  on peut dire que les Mac ne faisaient rien pour les faire changer d’opinion. Ils ne prirent jamais contact avec les bergers,  ils ne leur parlaient jamais ni ne s’en approchaient. Les Mac, eux, ne se moquaient pas des bergers. Ils se mirent à les haïr  et leur haine grandit,  grandit,  jusqu’à ce qu’elle soit comme un grand feu brûlant. Mais personne ne haïssait davantage les bergers qu’Alastair.

Enfin,  ils organisèrent une autre rencontre.

  • Nous devons agir avant qu’il ne soit trop tard !  cria Alastair,  et les Mac crièrent qu’ils étaient d’accord.
  • Et qu’est-ce que tu proposes  de faire au juste?  demanda Hamish.  Ils sont beaucoup plus grands que nous.
  • Je vais vous le dire,  répondit Alastair,  et les Mac écoutèrent ses plans,  les approuvèrent et se mirent au travail.

Ils placèrent des rochers et de grosses pierres sur le chemin des bergers  et le résultat fut que plusieurs moutons furent blessés.

Ils percèrent des trous dans le fond des bateaux  et quand les bergers sortirent dans les lochs pour pêcher, leurs bateaux coulèrent. Les bergers durent nager  et rentrèrent mouillés et affamés à la maison. Les Mac rirent en les observant.

Ils utilisèrent leurs sentiers cachés et leurs chemins secrets pour retirer les repères des bergers  et ceux-ci retrouvèrent difficilement leur chemin pour rentrer.

Ils démolirent des abris en construction  et remirent les rochers et les pierres à leur place. 

Tout cela prit naturellement beaucoup de temps  et les Mac durent négliger leur travail de gardiens des rochers. Les rochers n’étaient pas nettoyés,  l’herbe était sale  et les fougères pourrissaient sur place. Le pays du plus lointain des nords était comme abandonné, privé d’amour.

Et Dieu vit le territoire négligé,  la haine et la crainte dans le cœur des Mac,  mais Dieu ne dit rien, car Dieu agit autrement.

Les bergers aussi se fâchèrent  et se mirent à poser des trappes pour attraper les Mac. Ils n’en attrapèrent jamais,  mais ces trappes dérangeaient beaucoup les Mac.

  • C’est la guerre !  dit pour finir Alastair. C’est à nous de les attraper et de nous en débarrasser définitivement.

Alors il s’en alla tout seul et marcha à travers les collines,  à la recherche d’endroits où il pourrait piéger les bergers. Il rassembla des rochers et de grosses pierres et les plaça en grands tas. Il travailla d’arrache-pied et à la nuit tombante,  il avait fini.

Sur les pentes des collines,  au moins une douzaine de dangereux tas de rochers tenaient en équilibre,  prêts à dégringoler sur la route au-dessous. Le moindre geste ou soupir les mettrait en mouvement. Tout ce qu’Alastair avait à faire le lendemain matin  était d’amener les bergers à marcher sur cette route.

Il se sentit soudain très fatigué et s’assit sur une touffe d’herbe. La route au-dessous s’étendait et s’éloignait de lui,  vide et désolée dans le crépuscule. Tout était tranquille.  Aucun animal ne bougeait à cet endroit qui était devenu dangereux,  et même les oiseaux demeuraient silencieux. Alastair commença à avoir peur.

  • Je regrette, Dieu, dit-il; peut-être que Tu n’aimes pas ça,  mais nous n’avions pas le choix.

Les rochers grondaient,  en écho à ses chuchotements,  mais Dieu ne parla pas,  car Dieu agit autrement.

Soudain,  Alastair entendit un bruit,  un léger bêlement,  et il vit une petite tache blanche assez loin d’où il se trouvait. Un minuscule agneau laineux courait le long de la route,  il courait apeuré à la recherche de sa mère.

Les rochers grondèrent,  bougèrent  et Alastair resta glacé,  incapable de détacher ses yeux du petit agneau qui courait de tous les côtés et se rapprochait du piège qu’il avait mis en place.

Puis il y eut un autre son,  des bruits de pas se hâtant le long de la route. La grande silhouette de Dougal apparut,  courant après l’agneau pour essayer de l’attraper pour le ramener chez lui.

Toute l’horreur de ce qu’il avait manigancé submergea Alastair  et il se sentit très mal à l’aise.

  • Non, chuchota-t-il, non !

Mais l’agneau était juste au-dessous des tas de rochers. Dougal l’avait presque attrapé lorsque les pierres grondèrent et commencèrent à glisser vers la route,  d’abord assez lentement. Alastair se leva.

  • N’approchez pas ! cria-t-il de sa voix la plus forte;  et il se précipita en bas de la pente. Secoués par ce bruit,  les rochers et les grosses pierres accélérèrent leur mouvement,  craquant, grondant,  dégringolant avec lui de plus en plus bas.

Les Mac et les bergers accoururent tous  des quatre coins du plus lointain des nords,  mais quand ils arrivèrent,  ils ne purent rien voir,  car un voile de poussière,  comme un épais brouillard, montait de la route. La dernière pierre dégringola en bas de la pente avec un bruit sourd,  puis ce fut le silence.

Les Mac et les bergers observaient tout cela,  terrifiés,  lorsque le silence fut troublé par un petit bêlement plaintif. Comme la poussière se dispersait,  ils virent une forme laineuse,  plus blanche du tout,  s’extirpant de quelque chose qui aurait pu être un rocher, une forme meurtrie et griffée, les habits en lambeaux et les cheveux plus vraiment rouge vif.

Ce « rocher » bougea  et des larmes coulèrent sur ses joues poussiéreuses  tandis qu’Alastair ouvrait ses bras pour laisser l’agneau courir vers Dougal le berger.

  • Dieu,  qu’avons-nous fait de mal ?  demanda Alastair.

Et Dieu parla :

« Tu sais ce que vous avez fait de mal. Vous pensiez que le territoire vous appartenait,  mais il n’est pas à vous,  pas plus qu’il n’appartient aux bergers. Il est à moi,  et tout ce qui est vivant est à moi,  car j’ai créé le ciel et la terre. Pourtant, vous désiriez posséder le pays et le garder égoïstement. Le pays du nord le plus lointain est assez grand pour que vous y viviez,  vous et les bergers,  paisiblement,  les uns à côté des autres. Même s’il n’avait que la moitié de sa grandeur,  ce serait encore assez. Vous avez laissé la haine et la peur grandir dans vos cœurs. Vous avez négligé le territoire que je vous avais confié  et il est resté sans soins,  tandis que vous complotiez des plans de guerre les uns envers les autres. »

Les Mac et les bergers étaient silencieux  et c’est en silence que Dougal traversa la route et aida Alastair à se lever. Tous ensemble,  les Mac et les bergers travaillèrent pendant la nuit pour remettre en place les rochers et les grosses pierres.

Au matin,  les bergers s’en allèrent et les Mac se demandèrent où ils allaient. Ce n’est que vers le soir qu’ils revinrent,  apportant avec eux des signaux :  des triangles rouges sur lesquels étaient représentés en noir des rochers qui dégringolent.

Ils placèrent ensemble ces signaux comme avertissement  et comme souvenir pour les générations futures de Mac,  de bergers,  et de voyageurs qui font le long voyage vers le nord le plus lointain.

Quand ils eurent fini de poser le dernier signal, ils sortirent en bateaux  et attrapèrent du poisson en suffisance pour la grande fête qui allait avoir lieu au bord du Loch Laxford.

Et Dieu sourit de les voir travailler et vivre en paix; Il fut heureux que le pays du nord le plus lointain soit de nouveau soigné et aimé.

Car Dieu agit ainsi.  FIN 

L’auteure  est madame Avril Rowlands et son site internet est www.mcdorwuff.com

Voici les coordonnées des 3 contes en anglais :

Alastair et la guerre du clan : ISBN 0-7197-0581-9.

Angus et le cadeau de Noël : ISBN 0-7197-0535-5.

Robbie et l’ours polaire : ISBN 0-7197-0536-3.