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    • Vaste programme, et que de questions qui ne pourront être abordées dans le cadre de ce bref article, mais qui mériteraient de l’être : Quels projets ? Pour quels enfants ? Quels enjeux pour une catéchèse protestante ? La lecture familiale quotidienne de la Bible est-elle définitivement devenue une image d’Épinal ?
    • Quelle « Bible pour enfants » utiliser ?
  • La Bible dans sa matérialité

Pourquoi présenter la Bible dans son aspect le moins spirituel, et peut-être le plus rébarbatif, celui d’un gros livre sans images et écrit en petits caractères ? Tout d’abord, entendons-nous bien ; l’utilisation d’extraits de textes bibliques reprographiés, de « Bible pour enfants », ou autres choix de textes richement illustrés est aussi un moyen qui facilite l’accès à la Bible pour les enfants. Et il ne s’agit pas de s’en priver…
Il s’agit plutôt de se familiariser avec un objet, un gros livre qui trône sur la table de communion, qui est enfoui, poussiéreux dans la bibliothèque des parents, ou que le catéchète apporte souvent avec lui, et dont il lit parfois un passage.
Une telle présentation trouve parfois sa place dans une année de « précatéchisme » où la Bible est présenté « de A à Z ». Mais pourquoi ne pas utiliser les occasions qui se présentent déjà durant la période d’école biblique ?
Les enjeux d’une telle présentation me semblent être de rendre ce livre plus familier, et de montrer la place qu’il occupe dans la foi chrétienne. Il ne s’agit pas de tomber dans la « bibliolâtrie » (néologisme pour une révérence excessive, voir une adoration pour la Bible), mais il s’agit de ne pas laisser l’aspect nécessairement volumineux et dense de ce livre devenir plus tard un obstacle à sa lecture.

  • Quelques suggestions

Plusieurs approches complémentaires peuvent être mises en œuvre, par exemple :
•    établir un lien entre les épisodes racontés, lus sur une photocopie ou une « Bible illustrée », et ce gros livre dont ces histoires sont tirées ;
•    découvrir, en le manipulant, les caractéristique de ce livre, il est gros, c’est écrit en tout petit le papier est tout fin (on a même inventé ce papier « bible » exprès pour pouvoir mettre toutes ces pages dans un seul livre)…
•    aller voir la grosse Bible qui est dans le temple. Pourquoi si grosse et si vieille ? Pourquoi la met-on là, puisqu’au culte on lit dans une autre bible ?
•    remarquer que dans certaines Bibles « familiales » on a inscrit certains événements importants (mariage, baptême, confirmation, …) ; ou encore que la Bible « de la grand-mère » est conservée précieusement par les parents ;
•    manipuler une toute petite Bible (ou Nouveau Testament) « de poche », Pourquoi certaines personnes veulent pouvoir toujours avoir la Bible avec eux ?
•    lire le « titre des pages » et s’apercevoir qu’en fait il n’y a pas qu’un livre sous cette couverture, mais toute une bibliothèque (pourquoi ne pas faire une pile de quelques dizaines de livres de tailles et de formats divers pour comparer à la Bible) ;
•    commencer à apprendre à se repérer dans les livres, les chapitres et les versets ;
•    en pré-catéchisme (et peut-être même avant), on peut aller plus loin et expliquer que la Bible a été écrite en hébreu et en grec, sur différents supports (les enfants peuvent même transposer leur prénom en caractères hébreux ou grecs ; ou encore écrire avec un calame sur du parchemin). Les grandes lignes de l’histoire de ce livre peuvent aussi être abordées ;
•    les expositions bibliques organisées ici et là peuvent être l’occasion d’une séance d’école biblique. La préparation d’une visite guidée ou d’un jeu de piste, pourra faire découvrir la détermination que des générations de scribes, de traducteurs, d’imprimeurs et… de lecteurs ont eue pour nous transmettre la Bible quelque fois au prix de leur vie ;
Et la liste n’est pas close de ces possibilités d’une découverte de l’objet qu’est la Bible et du rôle qu’il joue pour beaucoup.

  • Quelques objections

En dehors du risque de « bibliolâtrie », on pourrait craindre pour le moins qu’une telle démarche ne découle ou n’entraîne un certain piétisme (1). Mais pourquoi est-ce que l’amour de la Bible entraînerait nécessairement une approche naïve ? Le fait même que des exégètes passent leur vie à « se bagarrer » avec les textes bibliques n’est-il pas la preuve qu’une attitude critique n’exclut pas un sentiment de sympathie et de respect à l’égard de ce livre, et réciproquement. C’est l’ensemble de la démarche catéchétique qui pourra construire un rapport équilibré à la Bible.

On pourrait encore objecter qu’une telle approche de la Bible pourrait laisser aux enfants l’impression qu’il s’agit là d’un vieux livre dépassé.

Rassurons-nous, c’est bien plus le rapport que les adultes qu’ils connaissent entretiennent avec la Bible qui risque de donner une telle impression aux enfants. De plus, le fait qu’une image « vénérable » soit associée à un livre n’entraîne nullement qu’il apparaisse comme dépassé : que l’on pense par exemple à « L’histoire sans fin » où le jeune lecteur s’identifie au héros de ce livre poussiéreux découvert dans son grenier, et vit son aventure au présent, Mais bien sûr, ce n’est qu’une histoire…  

(1).Compréhension de la foi qui met l’accent sur l’expérience personnelle. Mais ça ne laisse pas forcément de mauvaises traces ; je me souviens encore, enfant, de la lecture de l’histoire édifiante « Mary Jones et sa Bible » (réédité en 1992 par la Société Biblique Française et la Ligue pour la Lecture de la Bible) : comment une petite fille pauvre pouvait-elle déployer autant d’énergie pour acquérir une Bible ?

Crédit : Patrice Rollin pour Point KT