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Quelques éléments de réponse ! Lorsque des chrétiens ont le projet de présenter la Bible comme livre à des adolescents, ils proposent trois types de pédagogie : une pédagogie maïeutique, une pédagogie didactique et une pédagogie acolytique.

 

La pédagogie maïeutique Cette pédagogie ressortit au système de pensée aristotélicien de la préexistence des idées. Elle a la conviction qu’il s’agit de poser les bonnes questions pour que la Vérité surgisse de celui qui est interrogé. Une telle pédagogie dépend étroitement de la conviction selon laquelle tout lecteur de la Bible peut voir surgir en lui la Vérité de l’Écriture. Ce serait là l’œuvre de la foi et du Saint-Esprit.
Cette conviction largement non systématisée est extrêmement répandue et convient particulièrement bien aux adolescents qui y voient ici – inconsciemment – la possibilité d’une fusion/communion avec l’Autre révélateur. Le rôle du catéchète se bornerait à convaincre que le sens du texte dépend de la conviction du lecteur à voir surgir ce sens. Par le jeu interactif des connivences, ce sens apparaîtra tout naturellement unanime aux membres du groupe, ce qui renforcera encore la conviction de chacun que la Vérité surgit de cette relation.

La pédagogie didactique Cette pédagogie affirme que la relation s’établit selon le sens de communication du savoir : du sachant à l’ignorant. L’enseignant possède la compréhension de la Bible et la communique – par le moyen du discours dans la plupart des cas – à l’élève ou l’étudiant.
La qualité et la performance de cette pédagogie dépend d’abord de l’autorité que l’élève reconnaîtra au maître et de la capacité du maître de s’imposer comme tel. En amont de cette pédagogie, on a l’idée que le contenu de la Bible, à savoir le témoignage que des croyants ont porté à Dieu, est de l’ordre de la chose objective qu’on enseigne et qu’on apprend.

La pédagogie acolytique Cette pédagogie prend le risque de l’histoire et pourquoi pas de l’aventure ! Elle croit qu’il s’agit d’accompagner le catéchumène dans sa découverte. On pourrait même aller jusqu’à dire que les partenaires de la catéchèse s’accompagnent mutuellement dans cette aventure de la découverte de la Bible.
Cette démarche n’est apparemment pas rassurante, parce qu’elle donne l’impression de manquer d’affirmations. En fait, elle est celle dans laquelle le catéchète se risque dans sa confession de foi, au lieu de se cacher derrière les choses qu’il croit ou sait devoir dire des deux démarches précédentes.

II découle de cette pédagogie acolytique trois lieux de découvertes :
– l’histoire de la Bible ;
– la Bible dans l’histoire ;
– ma rencontre avec la Bible : mon histoire.

L’histoire de la Bible La Bible n’est pas tombée du ciel ! Elle a une histoire. II est important que le catéchumène, qui est à l’âge où il aiguise son sens critique, puisse découvrir la Bible comme un objet dont la facture a une histoire.
Les connaissances de la critique textuelle permettent largement aujourd’hui de rendre les adolescents sensibles à cette dimension qui doit recadrer leur relation à Dieu dans le lieu du vivant et les écarter de l’attente magique de l’objet désincarné.
Derrière elle, il y a des gens, qui ont vécu de tels événements que la question de Dieu les a interpellés au point d’en laisser un écrit. Derrière elle, il y a des circonstances qui ont parfois échappé à ses auteurs, qui ont fait que ce livre a été un jour collectionné. Derrière elle et en elle, il y a des débats, des questions, des doutes et des idées… La Bible est née de souffrances et de cris, de larmes et de joie, elle est pleine de l’humanité de ceux qui ont tenté de dire le divin.

La Bible dans l’histoire La Bible est l’objet littéraire qui détient de très loin le record d’édition. Dans nos pays, elle est présente dans (presque) tous les foyers protestants. Elle connaît un intérêt croissant phénoménal depuis Vatican II dans les communautés catholiques. Elle est présente dans toutes les librairies, et fait l’objet de quantité d’éditions : Bible en textes choisis, en bandes dessinées, illustrées, polyglottes, elle est portée à l’écran, au théâtre, elle est traduite en plusieurs centaines de langues… elle a fait l’objet de quantité de traductions dès le Ille siècle avant J.-C. pour l’Ancien Testament et dès le IVe siècle après J.-C. pour le Nouveau Testament.
Nul doute qu’elle a contribué largement à notre civilisation depuis plusieurs milliers d’années. II est important que les catéchumènes découvrent que ce livre a été une référence pour des millions de gens ; qu’ils en aient fait bon ou mauvais usage… II est important qu’ils découvrent qu’elle n’est pas l’intérêt marginal d’un petit club des temps modernes nostalgique de vieille littérature, mais que l’Église se réfère à une source – pour elle fondamentale – sur laquelle des mondes ont été construits et à partir de laquelle l’Église prétend construire encore un monde nouveau. Sans avoir peur de faire le procès de ce qu’elle a pu faire autrefois.
Les films, les bandes dessinées, les lieux évocateurs de certaines pages d’histoire, les musées protestants ou non, autant de moyens qui permettent aisément de se tremper dans ces grandes pages de l’histoire où la Bible joua un rôle de premier plan.

Ma rencontre avec la Bible : mon histoire Pour que le catéchumène puisse découvrir que la Bible est un des lieux desquels une relation peut naître entre son lecteur et ce Dieu auquel elle renvoie, il est important qu’il puisse rencontrer et débattre avec ceux qui ont vécu telle aventure. C’est dans la mesure où le catéchumène pourra s’entretenir avec des témoins de leur foi, et de la référence qu’ils accordent à la Bible, qu’il découvrira que ce livre est vivant, du moins qu’il renvoie à un Dieu vivant dans la mesure où la foi inaugure et donne sens à cette dimension.
II ne faut pas craindre de proposer un éventail de témoins très larges, du fondamentaliste au plus libéral ! Le catéchumène est à un âge où il est parfaitement capable d’affronter le pluralisme, et découvrir la relativité des interprétations.
II est aussi important qu’il découvre que la référence à l’Écriture dépend largement des a priori de son interprète : il verra et comprendra qu’il y a bien dans cette affaire à chaque rencontre deux personnages : Dieu et l’interprète de la Bible.

II ne restera plus qu’à en vivre l’aventure : ouvrir cette Bible !
En lire cette histoire qui, recadrée, me rejoint dans mon histoire et m’entraîne dans l’aujourd’hui de l’Histoire à dire ma foi en celui qui m’interroge :
Et toi ! Qui dis-tu que je suis ?
Toute une histoire… !

 Crédit : Point KT