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« Nul ne peut servir deux maîtres » ou Dieu versus Mamon ou Jésus et l’argent. Le dollar américain porte l’inscription “In God we trust” (nous mettons notre confiance en Dieu) et sur la tranche de la pièce de cinq francs suisse, on peut lire “Dominus providebit” (Dieu pourvoira). La banque du Vatican n’est-elle pas nommée « Banco espirito sancto ». La famille Rockefeller adopta la devise “Gagner le plus d’argent possible afin d’en donner le plus possible”… Ils sont les plus connus, vous avez certainement en tête d’autres cas… Ces exemples font référence à une véritable puissance dans laquelle nous pouvons avoir foi. On voit bien que le sujet est brûlant, voire tabou et souvent on ne préfère pas trop s’étaler. Après cette première entrée en matière pour vous mettre en appétit, je vous propose un panorama de la question en rapport avec l’enseignement de Jésus. Je ne prétends nullement résoudre le dilemme mais je voudrais surtout souligner les ambiguïtés du thème, Frédéric Gangloff (UEPAL)
  1. Dieu et/ou Mamon: (Matthieu 6, 24//Luc 16,13) « Aucun domestique Nul ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mamon. »

Contrairement à Matthieu, Luc précise d’emblée l’identité du sujet : la figure du domestique. C’est logique dans la perspective du chapitre 16 qui débute par la parabole du gérant habile et se poursuit par des réflexions à propos de l’argent trompeur et du bien véritable. Chez Matthieu nous avons un proverbe avec une donnée de départ : 1. On ne peut servir deux maîtres ; 2. illustration par antithèse (haïr l’un//aimer l’autre ; s’attacher à l’un// mépriser l’autre. 3. Morale : On ne peut servir Dieu et Mamon. L’on sait qu’il s’agit là d’un mot araméen qui signifie en général l’argent (Talmud, midrash), et qui peut signifier aussi la richesse. On peut le rapprocher de la racine emen (fondement, solidité, confiance). Ici Jésus personnifie l’Argent, et le considère comme une sorte de divinité. Jésus n’a pas pris une désignation courante dans les milieux auxquels il s’adressait, car il ne semble pas que l’on ait connu dans les milieux juifs et galiléens, ni parmi les païens proches, une divinité de ce nom. Jésus ne vise pas une divinité païenne pour faire comprendre que l’on doit choisir entre le vrai Dieu et un faux dieu.

Dans l’état actuel des textes connus, nous pouvons dire que Jésus apporte à ce terme une précision qu’il n’avait pas dans son milieu. Cette personnification de l’argent, cette affirmation qu’il s’agit d’un prétendant à la divinité nous révèle sur l’argent quelque chose d’exceptionnel, Ce que Jésus nous révèle ici, c’est que l’argent est une Puissance. Ce terme doit être compris non pas au sens vague de force, mais dans le sens très précis, courant dans le Nouveau Testament. La puissance est ce qui agit par soi-même, qui a une autonomie (ou prétend l’avoir), qui suit sa propre loi et la dicte à d’autres…La puissance a aussi une valeur spirituelle. Elle n’est pas seulement du monde matériel (quoiqu’elle y agisse). Elle a un sens spirituel, elle n’est jamais neutre, elle est orientée, elle oriente aussi les hommes.

Enfin, la puissance est plus ou moins personnelle. Et de même que la Mort apparaît souvent dans la Bible comme une sorte de force personnelle, de même ici l’argent. Celui-ci n’est donc pas une puissance parce que l’homme s’en sert, parce qu’il est le moyen de la fortune, parce que l’accumulation de la monnaie permet beaucoup de choses, etc… Il est puissance et avant tout cela, et ces signes extérieurs ne sont que les apparences de cette puissance qui a une réalité par elle-même (ou prétend l’avoir).

Il ne faut absolument pas minimiser le parallèle que Jésus établit entre Dieu et Mamon. C’est une réalité qu’il désigne ici. Dieu comme personne, et Mamon comme personne, se trouvent opposés. Jésus qualifie le rapport entre l’homme et l’un ou l’autre de la même façon : c’est un rapport de maître à serviteur. Mamon peut être un maître de la même façon que Dieu en est un. C’est-à-dire justement un maître personnel. Ainsi lorsque l’homme prétend se servir de l’argent, il se trompe lourdement. Il peut à la rigueur se servir de la monnaie, mais c’est l’argent qui se sert de l’homme et le fait servir en le pliant à sa loi et le subordonnant à ses buts. L’homme n’est pas libre d’orienter de telle ou telle façon l’usage de son argent, car il est aux mains de cette puissance qui est directrice. Pour elle la monnaie n’est qu’une apparence, une manière d’être, une forme dont elle se sert dans sa relation avec l’homme.

Or, que ce Mamon soit une puissance spirituelle, c’est encore ce que manifeste le caractère sacré que l’homme attribue à son argent et auquel il voue un culte. Il ne s’agit pas ici du fait qu’il y eut des idoles dressées symbolisant l’argent, mais très simplement que pour l’homme moderne, l’argent fait partie de son « sacré ». Les relations d’argent sont, nous le savons bien, des « choses sérieuses » pour l’homme moderne ; tout le reste, l’amour et la justice, la sagesse et la vie, sont des mots. De même, l’homme évite de parler de l’argent.

On parle des affaires. Mais lorsque, dans un salon, on pose la question d’argent, c’est une gêne qui exprime, en réalité, le sentiment du sacré. Les questions soulevées par l’argent ne sont pas considérées comme de l’ordre moral. Elles sont en effet d’abord de l’ordre spirituel. Il s’agit d’une relation avec une puissance à laquelle on se consacre corps et âme, et non d’un comportement à l’égard d’un objet. Dans le droit romain, un serviteur ne peut servir deux maîtres en même temps…Le proverbe de Jésus est clair ici !

2. Jésus était-il pauvre ?  Jésus a probablement appris le métier d’artisan du bois. Il a du exercer son activité à Nazareth et peut-être dans d’autres villages des alentours. Si on n’est souvent tenté de ranger Jésus dans la catégorie des pauvres, il faut savoir que 90% de ses contemporains étaient dans le même cas. Finalement cela nous dit très peu de choses sur son standing. Il n’était en tout cas pas paysans. Si son métier lui permettait de subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille, il ne faisait pas partie des pauvres parmi les pauvres : journaliers, métayers, mendiants, esclaves…Dans les évangiles ni Jésus ni ses disciples (Pierre à la tête d’une entreprise de pécheurs ?) ne sont considérés comme pauvres (spirituel ou matériel ?), groupe dont il se distingue nettement. Selon nos critères actuels, Jésus n’était certes pas fortuné, mais pour l’époque, il devait jouir d’une situation professionnelle et sociale correcte. A un moment de sa vie, Jésus rejette sa situation honorable, en abandonnant son travail, son village, sa mère – veuve ?-, sa famille, pour s’embarquer dans une carrière de prophète itinérant. Aux yeux de certains cette lubie ne devait lui attirer que la honte et aux yeux de ceux qui l’acceptaient un certain prestige…

3. La prédication du royaume de Dieu et l’argent Jésus se présente comme un prophète de la fin des temps. Cette fin des temps n’évoque pas une quelconque destruction mais la mise en place d’un nouvel ordre des choses. Par des actions publiques « scandaleuses » Jésus entend anticiper et mettre en route ce que Dieu accomplirait totalement lors de sa venue (son royaume). Ces actes prophétiques sont symboliques. Pardon, remise de dettes générales, générosité totale, ce qui va à l’encontre de l’ordre économique… En tant que prophète des temps derniers, Jésus annonçait et symbolisait un bouleversement social et économique. Ce prédicateur itinérant qui a réclamé de ses disciples les mêmes sacrifices que lui a consentis – famille, professions, biens- ne s’inscrit plus dans une quelconque durée mais dans l’urgence du royaume. C’est dans cette perspective que l’on peut aussi comprendre les paroles : “Ne vous amassez pas de trésors sur la terre, où les mites et les vers font tout disparaître… Mais amassez-vous des trésors dans le ciel, où ni les mites ni les vers ne font de ravages, où les voleurs ne percent ni ne dérobent. Car où est ton trésor, là aussi sera ton cœur” (Mt 6, 19-21). Jésus nous dit explicitement de ne pas nous faire trop de soucis pour les choses matérielles: “Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps de quoi vous le vêtirez. Car la vie est plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement … Et qui d’entre vous d’ailleurs peut par son inquiétude prolonger tant soit peu son existence?” (Lc 12, 22-23, 25). Accepter ce message et surtout accepter de suivre Jésus, c’est souscrire à une autre forme de prévoyance. Veiller à son attitude mentale, faire confiance au plus profond de soi à la force et à l’amour de Dieu plutôt qu’à la sécurité financière ou à l’épargne. Rechercher les expériences spirituelles, plutôt que de toujours centrer son attention sur les choses matérielles ; c’est être rassuré devant l’inéluctabilité de la mort terrestre. C’est faire quelque chose pour son avenir ultime, celui du royaume de Dieu. En amassant des trésors spirituels, nous pouvons nous familiariser avec le royaume de Dieu. Notre qualité de vie ne peut que s’en trouver améliorée, nous serons plus heureux, nous saurons regarder les beautés de ce monde et être attentifs aux besoins des autres et non me regarder dans le nombril pour faire la fête tout seul au lieu d’en faire profiter les autres (parabole du riche insensé).

La question centrale qui se pose à nous est la suivante: à quoi est-ce que je fais confiance au plus profond de moi, à quoi est-ce que je crois vraiment? Est-ce que je consacre mes forces intellectuelles et spirituelles à amasser ou à des « valeurs » qui me font vraiment avancer?

En d’autres termes, quand accumuler des sous et consommer se muent en but effectif de ma présence ici-bas. Quand toutes mes pensées et mes sentiments ne tournent plus qu’autour de la question: où trouver au meilleur prix ce que je cherche et comment augmenter mon pactole? Quand j’ai atteint ce stade, j’ai fait de l’argent mon dieu et de l’accumulation du capital ma religion. Luther disait déjà: “Où tu accroches ton cœur, là est ton dieu”.

4. Celui qui veut me suivre doit renoncer à ses biens ! (Le jeune homme riche) Matthieu 19, 16-30,

L’urgence du royaume de Dieu implique aux yeux de Jésus des sacrifices et le renoncement aux biens de ce monde. C’est une des conditions pour être un disciple (en tout cas faire partie des douze). Ici nous avons la seule référence dans les évangile ou Jésus appelle explicitement un riche à se dépouiller de ses biens pour le suivre ; ce qui est tout à fait dans sa logique. Par l’image du chameau et du trou de l’aiguille, il montre bien la difficulté pour tout à chacun de le suivre, surtout les riches qui peinent à abandonner leurs biens matériels. Et pourtant immédiatement après le trou de l’aiguille s’élargit puisque ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu : comme faire passer un chameau par le trou d’une aiguille et faire passer un riche vers la vie éternelle. Puisqu’il faut se délester de cette vie matérielle pour pouvoir avoir une part conséquente à la vie à venir dans le royaume. Une consolation pour les autres disciples qui ont tout laissé…Bien qu’ils y soient revenus…

 

5. Les soutiens financiers de Jésus…

Il reste le groupe des sédentaires, ceux qui physiquement ne suivaient pas Jésus. Marthe, Marie, Lazare, Zachée…Ils le soutenaient en offrant argent, nourriture, gîte, une sorte de réseau d’assistance et de logistique indispensable durant tout le ministère de Jésus. Ceci montre que tous les adeptes de Jésus ne sont pas tous « pauvres ». Recevoir Jésus et ses gloutons qui débarquaient n’était pas une petite charge, facile à gérer, demandez son avis à Marthe…On peut aussi penser au propriétaire anonyme qui met à disposition une maison assez grande pour le dernier repas. Certains passages des évangiles laissent à penser que Judas était le trésorier de la bande et que certains disciples s’occupaient de faire les courses…Ici je serai presque tenté de dire que le but ultime justifie les moyens. Si le cercle intime des disciples de Jésus exigeait le renoncement aux biens matériel, une certaine forme de structure et de mécénat existait…C’est d’ailleurs à cette condition que ce mouvement s’est maintenue – parce qu’il avait des appuies et une structure- et qu’il a même évolué dans le Livre des Actes vers la mise en commun des biens ; une manière de préparer la parousie du Seigneur et de rétablir l’équilibre et la justice avant sa venue…Comme il a tardé à revenir, Luc nous présente des disciples débordés par tant de succès et qui sont obligés de nommer des gestionnaires en la personne des diacres. Par la suite, les inégalités économiques ne vont de loin pas s’effacer et l’on voit bien les scissions que cela a pu causer = Paul dans l’Epître aux Corinthiens !

 

6. Faire la fête pendant que l’époux est encore là !

Jésus participait à des repas de fête avec les marginaux et pestiférés sociaux et religieux de l’époque. Le repas de fête symbolisait le rassemblement de tout Israël dans un joyeux banquet. Jésus, le fêtard se distingue du caractère acétique d’autres mouvements. Il ne s’est pas comporté en ascète qui rejette tout plaisir avec indignation. L’histoire de l’onction à Béthanie le montre clairement (Mc 14, 3-9): Une femme inconnue s’approche de Jésus et lui verse un parfum précieux sur la tête et certains textes disent sur les pieds. Les disciples s’indignent, car on aurait pu vendre ce nard à bon prix pour donner ensuite l’argent aux pauvres. Mais lui accepte ce bienfait sans aucune mauvaise conscience. Ici Jésus incite même à une sorte de gaspillage ; il faut marquer le coup avant que l’époux ne soit plus ! C’est comme une consolation physique juste avant la Passion, car il sait que son corps sera bientôt cruellement maltraité. La réponse de Jésus est éloquente : les pauvres vous les aurez toujours…mais pas moi !

7. Jésus : un prophète dans la tradition des prophètes de l’AT

La première fois que Jésus prend la parole en public à Nazareth, il utilise des mots tout à fait semblables, tirés du livre d’Isaïe: “Il m’a envoyé proclamer aux captifs la libération et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer les opprimés en liberté” (Lc 4,18, et Is 61, 1s). Jésus se situe tout à fait consciemment dans la tradition libératrice des prophètes qui ne tolèrent aucun abus de pouvoir. Surtout il tente par ses paroles et ses actes de rétablir l’équilibre social et de revenir à l’harmonie de la création, un avant goût du royaume à venir… Il accomplit des actes symboliques, parle en paraboles, une manière déguisée de scandaliser les gens et de les forcer à voir les choses autrement…Son souci de partager le trop-plein de richesses avec les plus démunis correspond aux messages de nombreux prophètes !

8. Jésus et l’impôt…

Une première singularité de Jésus c’est qu’il avait parmi ses disciples Lévi, le collecteur des taxes et qu’il n’a pas craint d’entrer et de festoyer avec la maison de Zachée… Par rapport au Temple de Jérusalem, un passage de l’évangile nous rapporte que Jésus aurait payé l’impôt que doit tout juif mâle au Temple, bien qu’il était galiléen et donc pas assujetti à cette obligation…Mais le passage le plus intéressant est l’impôt du à César… Le piège était tendu : pharisiens et hérodiens étaient persuadés cette fois qu’en Lui demandant s’il était permis ou non de payer le tribut à César, Il s’inculperait Lui-même et leur offrirait ainsi le prétexte tant recherché pour Le livrer aux autorités romaines (Matthieu 22 : 15-22). Ils s’approchèrent donc de Jésus et L’abordèrent selon leur habitude, en Lui tenant des propos flatteurs pour tenter de déjouer Sa garde. Mais Jésus, connaissant la méchanceté de leur cœur et sachant qu’ils venaient Le tenter, leur demanda de Lui montrer un denier puis de Lui dire de quelle effigie la pièce de monnaie était frappée. “De César !” Lui répondirent-ils. Il s’ensuivit alors l’une des déclarations bibliques les plus connues et les plus utilisées des locutions populaires : “Rendez donc à César ce qui est à César” (Matthieu 22 : 21). Quelle est la véritable portée de cette injonction ? Sous la domination romaine, il était obligatoire pour la population de l’Empire de payer le tribut à César. Tant les pharisiens que les partisans d’Hérode y étaient soumis et tous le savaient très bien. Les recensements ordonnés régulièrement par les Romains visaient justement à s’assurer que personne n’en fût dispensé. En leur apportant une réponse incontestable, Jésus déjouait ainsi leur piège.

L’effigie et l’inscription Les monnaies en circulation dans tout l’Empire Romain portaient une inscription. Sur l’un des côtés figurait soit l’effigie du gouverneur, soit un symbole, ou encore la représentation d’un dieu païen. Sur l’autre, il n’était pas rare d’y lire une inscription particulière, un slogan, ou le titre de l’autorité qui figurait à l’endos. A l’époque, la monnaie en vigueur en Judée portait donc l’effigie (en grec : “icône”) de César et l’inscription (qui n’est pas précisée dans le verset) était certainement en rapport avec lui. Outre le désir de laisser une trace permanente dans le temps, la gravure des Césars sur les pièces de monnaie était une manière très concrète de rappeler à ceux qui utilisaient ces pièces, pour acheter ou vendre, que leur utilisation n’était rendue possible que par la bienveillance de l’Empereur. De plus, l’effigie sur la pièce en vigueur indiquait son origine et son propriétaire. Même si les citoyens utilisaient librement les pièces qu’ils avaient en leur possession, elles n’appartenaient vraiment, en fin de compte, qu’à celui qui avait l’autorité de les frapper. Ceux qui en faisaient l’usage finalement n’étaient que des agents dépositaires qui contribuaient à la vie de l’Empire et à la renommée de l’Empereur. D’où la remarque fort pertinente de Jésus. L’effigie et l’inscription étant celles de César, il est juste qu’elles lui reviennent… L’autre partie de la déclaration de Jésus est : “Rendez à Dieu ce qui est à Dieu” (Matthieu 22 : 21). Rendons à Dieu ce qui Lui revient de droit. Par là, Jésus entend évidemment l’honneur, la louange, la gloire et l’adoration que nous devons légitimement et exclusivement rendre à Dieu. Cela veut-il aussi dire s’acquitter de l’impôt du Temple ou soutenir financièrement l’œuvre de Dieu ?

L’expression “Rendre à Dieu ce qui est à Dieu” nous renvoie aussi à la déclaration originelle : “Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance” (Genèse 1 : 26). Une manière déguisée de critiquer la divinité impériale et de rappeler que si nous sommes une image de Dieu, aucun humain ne peut se prétendre divin ! En passant, on notera que les personnes qui ont tenté de prendre Jésus au piège se sont dévoilées…Puisque tant que pratiquants juifs ils ne devraient pas être en possession de cette pièce…Ce qui montre à l’assistance que ce sont finalement des collaborateurs qui acceptent la soumission à l’empereur

9. Un acte symbolique lourd de conséquence ; la purification du parvis du Temple

Jésus n’avait aucune difficulté à fréquenter le Temple et à accepter l’ordre présent des choses. Vers la fin de son ministère, dans une action prophétique symbolique de purification, il en prédit néanmoins sa destruction. Il se prend violemment aux marchands et aux changeurs de monnaie qui normalement se situent en dehors du périmètre sacré du Temple. Mais il se trouve qu’une fois dans l’année, ces derniers ont le droit d’installer leurs échoppes dans le parvis du Temple ; ceci pour permettre une meilleur perception de l’impôt annuel. On trouvait ainsi côte à côte marchands d’animaux et changeurs. A noter, qu’il fallait payer cet impôt en monnaie tyrienne qui était la seule devise stable de l’époque. Celle-ci possédait pourtant du côté pile une représentation du Dieu Melquart (Sous l’aspect d’Hercule) et du côté face un aigle symbolisant Zeus. Les changeurs encaissés la monnaie tyrienne et donnaient des pièces aniconiques et de plus ils changeaient la monnaie de la diaspora. Ce que Jésus dénonce est toute cette hypocrisie et certainement les marges confortables qu’ils se faisaient lors de ces opérations financières. On retrouve derrière ce Jésus les accents du prophète Jérémie qui juste avant la prise du Temple, a prédit sa destruction, en partie à cause des abus financiers. En procédant à une sorte de purification du lieu saint, ce n’est pas clair si Jésus attendait un Temple nouveau ou meilleur ou s’il parlait d’un sens symbolique d’une communauté israélite renouvelée. Toujours est-il que les sadducéens, dont la survie économique était liée au temple, ne lui ont pas pardonné cet acte et qu’il a signé son arrêt de mort à partir du moment où il s’est attaqué à la tirelire

10. Et maintenant…

A travers ce court survol de l’enseignement du Jésus historique au sujet de l’argent, je dirai que sa position radicale maintes fois exprimée s’explique par sa prédication du royaume de Dieu, d’une nature tellement différente que le royaume de la finance. Ce qui explique la générosité absolue dans beaucoup des actes de Jésus, il applique l’année jubilaire, préambule à l’avénement du royaume à venir. Mais comme nous ne sommes pas encore dans le royaume, il est difficile pour nous de le concevoir et de l’appliquer si ce n’est son avertissement à propos de la conccurrence sur le marché du religieux entre Dieu et Mamon. Car que l’on ne s’y trompe pas, le discours libéral est religieux. Cette crise est une sorte de crise de foi du capitalisme qui nous demandaient d’adhérer à la croyance inébranlable de la croissance. Si je parie (décide de servir) la domination totale des affaires du monde par le marché, alors je dois moi-même commencer à y croire et à y faire croire ; croire et faire confiance c’est la même chose…Et dire que les investisseurs ne se font plus confiance !

Frédéric Gangloff (UEPAL)