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En attendant que notre espérance se réalise pleinement, nous demeurons mandatés par Dieu pour « cultiver et garder » cette terre, pour protéger et prendre soin de ce que le Seigneur considère toujours comme une création bonne. Extraits du livre de Frédéric BAUDIN avec autorisation de l’auteur, « D’UN JARDIN À L’AUTRE ». Ce livre est actuellement épuisé (réédition ?), seuls quelques exemplaires sont encore disponibles auprès de l’auteur. Renseignements auprès de Nicole VERNET.

 

Le jardin d’Éden : Genèse 2,8-9


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Le jardin des délices _ La tentation d’Adam et Ève au paradis  (exposition bibliothèque nationale de France)

L’homme et la femme sont tenus de « cultiver et garder » les ressources naturelles du jardin d’Éden afin de se nourrir, tant sur le plan physique que spirituel, au propre comme au figuré. Ils peuvent cueillir les fruits de tous les arbres, à l’exception d’un seul : l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Cet arbre est planté au centre du jardin, ses fruits sont beaux à voir et pourtant ils peuvent être mortels. Tentés par un être plus rusé que les autres, l’homme et la femme ne résistent pas à leur belle apparence : ils en mangent et ils perdent alors la liberté de vivre et de travailler avec plaisir, en communion avec Dieu. Ils ont rompu le pacte qui les liait au Créateur. Ils ont eu la prétention de discerner par eux-mêmes ce qui est bien ou mal, ils subissent les conséquences de leur revendication à l’autonomie.

Le couple est bientôt chassé du jardin, mais il n’en sort pas totalement nu. L’homme et sa compagne sont revêtus par Dieu lui-même d’un vêtement résistant. Les ronces et les épines envahissent cependant le jardin de la terre, le travail des humains devient pénible, leur situation est désormais précaire. Il leur faudra sans cesse retrouver le chemin qui mène à la communion avec Dieu, au jardin de sa présence, à la vie pour échapper à la mort. Le paradis dont ils ont été chassés après la « faute » est derrière eux, mais il est aussi devant eux comme une promesse, un lieu où la réconciliation avec Dieu et la guérison restent possibles, un jardin où la vie se manifeste avec tant de force qu’elle n’aura pas de fin.

Que les humains recueillent donc les fruits de l’expérience de leurs aînés dans le jardin d’Eden, reproduite à chaque génération ! Si le Créateur leur ordonne de ne pas toucher au fruit défendu, fût-il beau à voir, qu’ils lui fassent confiance ; s’il les encourage à vivre dans ce monde, à tirer des ressources naturelles et de leur créativité de quoi se nourrir, à servir leur prochain et pour cela à donner le meilleur d’eux-mêmes, qu’ils lui fassent aussi confiance, il pourvoira à leurs besoins. Abraham et ses descendants ont à leur tour appris cette leçon élémentaire de foi et de vie.

L’image ci-dessus représente la tentation d’Adam et Ève au paradis ; dans le ciel, Dieu, assis sur un trône, est entouré des chœurs d’anges et des cercles de la Création. Les différentes étapes de la Genèse sont donc embrassées en un panorama unique, suggérant une instantanéité de la Création selon l’interprétation de Philon et d’Origène (Exposition bnf cliquer ici)
  • Les jardins sans Dieu : Genèse 13,10

Les hommes et les femmes, écrivent les prophètes, sont respectivement à l’image des arbres les plus vigoureux et des fleurs les plus gracieuses. Mais ils peuvent hélas s’enorgueillir de leur parure au point de mépriser leur créateur. Lot, le neveu d’Abraham, avait choisi pour s’établir la vallée de Sodome qui était « comme un jardin de Dieu ». Mais les habitants de cette cité avaient depuis longtemps rompu l’accord proposé par Dieu à tous les hommes après que Noé eut échappé au déluge. Le roi de la ville de Tyr était fier de la richesse et de la puissance politique de sa cité. Le souverain de Babylone se croyait invulnérable derrière ses remparts, bien installé à l’ombre de ses jardins suspendus, luxuriants et continuellement irrigués. Jézabel, l’épouse étrangère du roi Achab asservie aux dieux mésopotamiens, se croyait autorisée à usurper la place de son mari pusillanime et à s’ériger en tyran tout-puissant afin d’anéantir les prophètes du Dieu d’Israël.

Les uns comme les autres, et tant de civilisations après eux, ont été passés au crible du jugement divin et réduits au silence ; les ruines de leurs cités autrefois prospères ont été découvertes sous des mètres de sable et de poussière. On n’entre pas dans le jardin de Dieu sans conclure une alliance avec le Créateur. Que les individus comme les peuples restent donc vigilants, et pour éviter cette tentation de cueillir les fruits du jardin sans être en communion avec Dieu, il est bon de suivre l’exemple de Jésus et d’entrer avec lui dans un autre jardin.

  • Le jardin de la terre promise : Deutéronome 8,7-11

Avant que les Israélites n’entrent dans la terre promise, Dieu les conduit au désert. Il les dépouille tout en leur donnant de quoi manger et boire ; il leur montre qu’ils ne doivent pas regretter les melons ou les concombres d’Égypte, les fruits de ce jardin où ils étaient esclaves ; il leur révèle sa fidélité toute paternelle et leur apprend à compter sur lui en toute circonstance, bonne ou mauvaise. Dieu leur promet enfin un pays ruisselant de lait et de miel, d’oliviers et d’amandiers, de vignes et de figuiers : un nouveau jardin où ils pourront vivre libre. Ils seront heureux dans ce pays, à condition toutefois de ne pas oublier qu’ils y sont entrés non grâce à leurs mérites, à leur justice morale ou à leur force armée, mais tout simplement parce que Dieu les aime et qu’il leur offre sa grâce ; à condition qu’ils observent la loi transmise par Moïse et qu’ils rendent leur culte exclusif au Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, car lui seul est l’auteur de leur salut, au sens matériel comme spirituel. La prospérité peut devenir un piège, avertit Moïse. Elle engendre souvent la paresse ou l’indifférence religieuses, ces liserons envahissants qui empêchent la plante semée par Dieu dans les cœurs de germer et de se développer pour le bien de tous, enseignera Jésus plus tard dans l’une de ses paraboles.

  • Le jardin de la souffrance : Ésaïe 53,2-5

À quoi peut-on comparer le royaume de Dieu, dit Jésus ? À une petite semence, la plus petite même, une graine de moutarde, par exemple, ou un grain de blé : on le jette en terre, le germe se nourrit des réserves de la graine qui se dessèche bientôt et meurt, puis la plante désormais enracinée s’épanouit, elle devient un refuge pour les oiseaux, elle produit cent grains pour un seul semé.

Le dernier soir avant la Pâque, Jésus se rend avec ses disciples à Gat-shémani, le jardin du pressoir à huile, au pied du mont des Oliviers. Jésus s’entoure de trois de ses disciples, Pierre, Jacques et Jean, pour prier. Mais les trois disciples somnolent ou s’endorment, tandis que Jésus reste seul pour prier. Et Seul devant son Père, il accepte de prendre à son compte les fautes des hommes, il donne sa vie pour racheter l’humanité ; il accepte de goûter le fruit de la mort, du jugement de son Père sur le mal, à la place de tout être humain. Le lendemain, le Fils du Dieu tout-puissant va mourir non seulement comme un simple homme, mais aussi comme un malfaiteur, crucifié, pendu à l’arbre de la malédiction : sa vie sera offerte comme on offre l’agneau de la Pâque dans le Temple, en sacrifice d’expiation. Jésus est bien « l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde », selon les termes du prophète Jean-Baptiste. Pour renouer l’alliance avec Dieu et pour que les hommes puissent entrer de nouveau dans le jardin de sa présence par la porte qu’il va forcer, il faut que Jésus accepte de souffrir, de donner son corps et de verser son sang. Il doit passer sous la meule du pressoir à huile, l’olive va éclater pour libérer son huile précieuse. Le grain meurt pour que la plante germe, le tronc est coupé pour qu’un rameau fragile repousse et que l’arbre de vie élance enfin ses ramures jusqu’au ciel. Ces images bibliques esquissées par les prophètes évoquent la venue du Messie, sa mort et sa résurrection.

  • Le jardin de la Résurrection : Ésaïe 53,9-10

Il ne suffit pas d’entrer avec Jésus dans le jardin de Gethsémani, mais il faut aussi se rendre au jardin de la tombe, où seules les femmes ont pensé aller rendre un dernier hommage à leur rabbi-messie et embaumer sa sépulture. Mais c’est dans le jardin de la résurrection qu’elles pénètrent en réalité ! Il n’est pas étonnant qu’elles confondent alors Jésus avec un jardinier, car Jésus est bien le divin jardinier, le roi vainqueur de l’être malin qui conduisait l’humanité à sa perte !

Entrer dans ce jardin avec Jésus, c’est ressusciter avec lui pour cueillir le fruit de la vie éternelle. Dans ce lieu sans limite, comme dans le Cantique des cantiques, les amants sont des jardins l’un pour l’autre, leur amour est un nouvel Éden prolifique et parfumé. Car l’amour digne du Christ ressuscité n’est pas la passion déréglée auquel les habitants de Sodome se livrent dans un jardin dont Dieu est absent. Il se manifeste par les « fruits de l’Esprit » mentionnés, entre autres, par l’apôtre Paul dans sa lettre aux Galates : patience, bonté, vérité, douceur, justice, fidélité, joie, pureté, compassion, amour, pardon… Ces fruits sont cultivés dans nos jardins intérieurs par l’Esprit-Saint de Dieu pour être offerts à tous, jusqu’aux extrémités du jardin de la terre. C’est aux fruits qu’ils arborent que l’on distinguera les hommes et les femmes qui reconnaissent Jésus comme leur Messie et Seigneur. Tout disciple du Christ devrait ainsi porter ce fruit à son prochain pour qu’il le goûte et le savoure, pour qu’il en découvre la semence prête à germer dans la terre préparée par le propriétaire de la vigne, par le maître de la moisson.

  • Le jardin de la vie : Psaume 1,1-3 ; Proverbes 11,30

Nous n’avons donc pas à souffrir et à mourir pour être rachetés par Dieu, pour obtenir notre droit d’entrée dans le jardin du Seigneur. Jésus l’a fait, une fois pour toutes, en notre faveur. Il suffit de placer notre foi en ce Messie rédempteur, de nous détourner du mal et de nous tourner vers le seul « Dieu juste et qui sauve ».

Mais le principe reste le même : le renoncement à nos richesses, à notre confort ou à nos loisirs, afin de donner davantage à ceux qui en sont dépourvus, ces « morts » sont autant de semences de vie. Les martyrs chrétiens qui ont payé de leur vie la confession de leur foi en Jésus-Christ, hier dans l’empire romain comme aujourd’hui encore dans certains pays, ont littéralement fécondé les futurs croyants convaincus de la vérité par leur témoignage. Rien à voir, ici, avec les croisés du Moyen Age ou les kamikazes modernes, qui pensent mourir pour Dieu en semant la mort. Ces fruits vénéneux ne peuvent indiquer le chemin qui mène au jardin de Dieu. La vérité et la vie se trouvent dans l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ, l’affection profonde d’un père qui donne la vie à ses enfants.

  • Le jardin du ciel sur la terre : Apocalypse 21,1-4

Il nous faut considérer, comme de loin, le jardin vers lequel nous cheminons tous ; un jardin que nous apercevons en espérance, situé au sein de la ville céleste, la Jérusalem d’en haut, entre deux bras d’un fleuve qui jaillit du trône de Dieu et de l’Agneau ; un jardin du ciel sur la terre recréée par le Seigneur.

Dans le livre de l’Apocalypse, ce jardin urbain se réduit très symboliquement à un seul arbre produisant douze récoltes de fruits par an et dont les feuilles ont la vertu de guérir les nations. Dans la nouvelle Jérusalem, le regard vient naturellement à se poser sur le jardinier du ciel, non avec la crainte de Marie et de ses compagnes dans le jardin de la tombe, mais avec joie, dans la paix. Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, règne sans partage ; il est à la fois l’astre qui éclaire, la source d’eau vive et l’arbre de vie. La communion avec Dieu est sans obstacle, cette ville est un jardin bien irrigué, fertile et fructueux, un verger où l’on vit éternellement, un paradis où des relations harmonieuses sont rétablies entre toutes les créatures et la création régénérée.

Cette espérance doit paraître bien étrange pour nos contemporains, naïve peut-être, insensée même, mais elle fait cependant partie, avec la foi et l’amour, de la vie chrétienne. La création attend comme en soupirant la restauration finale, le renouvellement de toute chose annoncé par les prophètes et confirmé par les apôtres.

En attendant que notre espérance se réalise pleinement, nous demeurons mandatés par Dieu pour « cultiver et garder » cette terre, pour protéger et prendre soin de ce que le Seigneur considère toujours comme une création bonne. Dans ce jardin, les ronciers prolifèrent encore de façon anarchique, ils sont parfois infranchissables et souvent menaçants. Mais déjà on peut sentir le parfum subtil d’une rose aux pétales délicats défiant les épines sévères et agressives ; on peut cueillir les mûres noires au goût sucré à l’endroit même où l’on hésite à plonger la main, de peur qu’elle ne soit déchirée. Là où le péché a abondé, s’exclame l’apôtre Paul, la grâce surabonde.

Fleurs et fruits jalonneront désormais le chemin qui mène au jardin de Dieu dans ce monde et nous conduit à la présence bienfaisante du Créateur. Nous pouvons entretenir dès à présent une relation de confiance avec notre Père, grâce à son Esprit de force, d’amour et de sagesse.

L’annonce du salut en Jésus-Christ aux hommes et aux femmes qui nous entourent, nos actes en leur faveur et pour leur bien, la protection des ressources et de la diversité de la nature, notre foi et nos actes sont comme un indice du règne de Dieu à venir ; un signe des noces entre Dieu et la terre ; un avant-goût de l’harmonie qui règnera dans cette « Jérusalem qui descend du ciel », la cité-jardin où le peuple de Dieu jouira d’une communion parfaite avec son Seigneur.

Extraits du livre de Frédéric BAUDIN avec autorisation de l’auteur, « D’UN JARDIN À L’AUTRE ». Ce livre est actuellement épuisé (réédition ?), seuls quelques exemplaires sont encore disponibles auprès de l’auteur. Renseignements auprès de Nicole VERNET.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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