L’eau et sa symbolique biblique

L’eau et sa symbolique dans la Bible

Définition et étymologie L’hébreu mayim se trouve plus de 500 fois dans l’Ancien Testament et une centaine de fois dans le Nouveau Testament. L’eau touche à la fois les sphères de la cosmologie, de la vie domestique et des rites. On trouve un terme identique dans pratiquement toutes les langues sémitiques. L’eau est ainsi une composante des mers (yam), des torrents (nahr), des wadis (nakhal), des sources (même terme qu’œil), des puits (be’er). Toutes ces eaux puisent leur origine dans les profondeurs abyssales appelées en hébreu tehom. L’eau est considérée comme l’origine de la vie. La localisation d’un lieu près d’une source se retrouve souvent dans les toponymes : beersheba (le puits des sept), ein shemesh (la source du soleil) … La capitale d’Amon est également surnommée : « la ville des eaux… » Dans le Nouveau Testament, le terme grec est oudor.

 Dans le reste du Proche-Orient ancien. En Mésopotamie, l’eau a une fonction importante dans le domaine profane, mais aussi et surtout religieux. On la retrouve dans la divination et la médecine. L’eau est quasiment déifiée. En-Ki est la divinité aquatique par laquelle la terre est devenue fertile. Le monstre des profondeurs, le Léviathan, joue un rôle important lors de sa lutte contre la déesse Tiamat pour la fondation du monde. Selon la mythologie mésopotamienne, les dieux sont nés d’un mélange entre les eaux salées des océans et les eaux douces des fleuves.

En Egypte, l’eau joue un rôle prépondérant dans le toilettage et l’embaumement des corps. Elle est bien vectrice de vie et de renaissance des fluides corporels. Le monde a été crée par l’eau selon les textes égyptiens mais il disparaîtra également à la fin des temps en sombrant dans les eaux.

Pour Ugarit, par contre, c’est surtout la mer qui est considérée comme une déesse, soit bénéfique soit chaotique ; ce qui est normal pour ce peuple de marins. L’eau est mise en relation avec le mythe de la mort et de la résurrection de Baal qui disparaît pendant la période sèche et renaît avec les premières pluies.

L’eau, la géographie et le climat en Palestine. Cette étroite bande de terre est composée de plusieurs zones géographiques distinctes :

1. La côte de Gaza jusqu’au Liban – interrompue par la chaîne du Carmel-. A l’est du Carmel se trouve la plaine de Yizréel, lieu de passage et grenier à blé

2. Des collines basses (Shephélah) s’élèvent entre la côte et les montagnes de Juda

3. En partant du nord et en descendant vers le sud, la partie centrale se divise en Basse et Haute Galilée (900 m) avec des hauts plateaux (Samarie et Juda). Le Jourdain coule sur 100 km du nord vers la Mer Morte. En se dirigeant vers le sud, la dépression de la Mer Morte constitue une vallée désertique (Arabah) jusqu’à la mer rouge. A l’ouest de cette ligne se trouve le Néguev montagneux et aride. A l’est, s’étendent plusieurs grands plateaux et des steppes. Plus l’on descend vers le sud, plus le paysage devient aride, pierreux, brûlant…

L’on dénombre trois zones climatiques : le climat méditerranéen, la steppe et le désert. Ce qui influe évidemment sur la faune et la flore de chaque région, voire sous-région. Sur la plus grande partie du pays règne le climat méditerranéen avec des hivers doux, mais plus rudes sur les montagnes intérieures. Les précipitations sont très actives d’octobre à avril et il tombe de 30 à 45 cm sur la côte et jusqu’à 75 sur les hauteurs du centre. A partir de Beersheba, il ne tombe plus que 20-30 cm de pluie. La vallée du Jourdain, plus basse, possède un climat subtropical avec des chaleurs écrasantes (49°) et des hivers très doux (20°). Dans le désert et la vallée de la Arabah, il tombe bien moins de 20 cm de pluie par an. En journée, la chaleur est intense et les nuits sont glaciales. Le début des premières pluies d’hiver se situe à la mi-octobre. Les dernières pluies se manifestent en avril. La rosée est vitale puisqu’elle permet la culture sèche, la vigne et entretient les pâturages pendant la saison sèche.

Principaux cours d’eau et frontières naturelles. Dans les temps anciens, les points d’eau étaient très recherchés. On peut mentionner l’importance du lac de Tibériade, du Jourdain et du Lac Hulé abritant toute une zone marécageuse. En dehors du Jourdain, et de certains de ses affluents, les cours d’eau dans la région sont du type wadi, c’est-à-dire intermittents. Le Jourdain était bien plus imposant que maintenant avec un débit plus fort. Tumultueux et plein de méandres, il ne se prêtait guère à la navigation. L’AT mentionne le Nil et son importance pour l’Egypte. Dans les 10 plaies d’Egypte, Moïse fait devenir rouge-sang les eaux du Nil. C’est un phénomène bien connu de l’époque qui consiste en une sorte de limon rouge brique provenant de la crue du Haut-Nil. La ville de Jérusalem est alimentée par la source du Gihon. Très ancienne et pérenne, elle a été collectée par la suite dans un canal qui se déversait en un réservoir à l’intérieur de la cité. La Palestine étant une région située dans la zone du croissant fertile, elle dépend entièrement des pluies. Ainsi, après la fonte des neiges (mai-juin), les eaux atteignent leur débit maximum mais, au plus chaud de l’été, ils sont à sec. Ils ont néanmoins creusé de profondes vallées naturelles qui souvent délimitent les frontières des régions. Lorsqu’il pleut, ces vallées peuvent être submergée très rapidement. Souvent infranchissables, les fleuves représentent des frontières naturelles.  Par exemple, le Litani, matérialise la frontière entre le Liban et la Galilée. Le Yarmuk entoure la région du Golan. Le Yabboq marque la partie centrale du plateau jordanien. L’Arnon la partie sud de la mer morte et le Zered, la zone vers le début du Sinaï. Dans la vallée du Jourdain, on peut encore mentionner le Wadi el-Qelt montant de Jéricho vers Jérusalem. Le Qishôn sépare le Carmel de la plaine d’Yizréel. Il ne faut pas oublier l’oasis de Jéricho et ses sources, ainsi que certaines sources d’eau chaudes localisées des deux côtés de la Mer Morte. Les seules voies navigables étaient le lac de Tibériade et la mer morte (période romaine).

L’eau au service de Dieu. Le récit de l’Exode et le passage de la « mer des joncs » a une position centrale dans l’AT. C’est un acte salvateur effectué par Yhwh qui se présente comme le maître de la nature. L’eau est, d’une part, utilisée comme un bouclier protecteur pour les hébreux traversant le gué et se transforme, d’autre part, en élément meurtrier submergeant Pharaon et son armée. Les Israélites n’étant pas un peuple au pied marin, ils se méfiaient de la mer considérée comme une puissance incontrôlable. Les puits de la région sont reliés à des histoires ou des traditions religieuses. Les oasis ont aussi une symbolique dans la longue errance des Hébreux dans le désert : les eaux de Mara (de l’amertume) rappellent les plaintes et les murmures des Hébreux contre l’autorité de Moïse et sa remise en question. Les puits sont des lieux de rencontre, d’habitations et de cérémonies. L’eau, très précieuse, était aussi collectée dans des étangs et des citernes communautaires. Elle était connue sous plusieurs formes : neige, vapeur et glace.

La cosmologie de l’Israël ancien. Dans les récits de la Genèse, les rédacteurs bibliques ont tenté de démythologiser le pouvoir de l’eau. En Genèse 2, le jardin d’Eden devient fertile grâce à un nuage de brume humide. En Genèse 1, l’eau provient certes des profondeurs abyssales, mais elle n’a plus un caractère divin. Les eaux sont séparées par Dieu ; d’abord celles du dessus et ensuite celle du dessous. Les océans du bas restent peuplés de créatures monstrueuses. Elles ont des rapports avec le monde obscur des morts (le sheol). La puissance cosmique et la violence des eaux se démontre le mieux à travers les récits sur le déluge, dont le substrat est emprunté aux mythes babyloniens. Toute la surface du globe est submergée, seuls survivants, Noé et les pensionnaires de son arche perpétuent la race humaine. Puis les vents brûlants l’assèchent et Dieu s’engage par un serment (le signe visible est l’arc-en-ciel) à ne plus jamais détruire l’humanité. L’eau peut à certain moment avoir des vertus thérapeutiques et baptismales. Dans l’histoire de Nahaman le syrien en 2 Rois 5, 21-14, ce dernier est exhorté à se plonger 7 fois dans le Jourdain par le prophète Elisée. Ce n’est pas l’eau du Jourdain qui a un caractère miraculeux, il n’est ici que le médium de la puissance divine de guérison.

L’eau un élément vital de la vie. Pour l’humain, l’eau reste essentielle pour sa consommation quotidienne. Les textes bibliques relatent souvent les dangers de la sécheresse, de la soif et de la faiblesse qu’elles occasionnent. La situation géographique de la Palestine et le nombre de zone semi-désertiques, voire désertiques, ont conduit à toutes une série de réflexions sur la consommation d’eau. Les puits, les trous d’eau, les oasis étaient vitales pour les bédouins, leurs bêtes, les voyageurs et les commerçants…Lorsque Israël s’est sédentarisé et que les villes se sont agrandies,  le problème de l’approvisionnement et du stockage des eaux de pluie s’est posé. C’est le souci principal auquel se sont heurtés bien souvent les rois et les dirigeants. De plus, les critères de l’hospitalité exigeaient que l’on offre au voyageur, ou à l’invité, du pain et de l’eau. Un refus implique un rejet catégorique de la personne. Acheter de l’eau avec de l’argent est considéré comme un acte de détresse et de désespoir extrême. Comme les périodes de sécheresse étaient monnaie courante et puis qu’elles excédaient quelquefois 6 mois, il fallait rationner l’eau de manière drastique. S’assurer quotidiennement de sa ration d’eau était le symbole de la prospérité et de la sécurité. Le vol d’eau était sévèrement réprimé. Il fallait également surveiller la qualité de l’eau potable et garantir sa pureté. Les troupes avaient pour habitude de souiller les points d’eau afin d’obliger la population à se rendre. On utiliser des cruches, des jarres, des gourdes pour le transport. Pour ceux qui n’avaient rien de tel, il fallait utiliser les mains ou s’agenouiller et « laper » l’eau à la manière des animaux (voir l’histoire de Gédéon). Les coupes et autres ustensiles étaient gardés propres pour ne pas causer d’impuretés. L’eau pouvait aussi être mélangée au vin. Cette dernière est aussi employée comme arme dans l’histoire de 2 Rois 8, 15 où le roi araméen Hasaël fait tremper une couverture dans l’eau, qu’il applique ensuite sur le visage du roi Ben-Hadad afin de l’étouffer.

L’eau : un élément de purification. On ne peut dissocier le domaine profane du domaine rituel. Par exemple, la toilette des prêtres et leur état de pureté constante, touche aussi bien à l’hygiène corporelle qu’à la purification des maladies de la peau et des fluides qui « contamineraient » ou s’écoulent du corps. On pratiquait évidemment le lavage des pieds après un long voyage à l’égard de l’hôte de passage et celui des mains avant le repas. Les habits neufs étaient également lavés avant un premier usage. Alors que les sacrifices étaient essentiellement constitués de viande rôtie, on pouvait aussi la cuire à l’eau bouillante pour la conserver ou la rendre plus comestible. En ce qui concerne le système sacrificiel du Temple, il nécessitait une grande quantité d’eau pour la purification des objets et des victimes sacrificielles. L’eau devait être de l’eau vive, c’est-à-dire, qu’elle ne pouvait pas stagner simplement dans des bassins. Les catégories de pureté et d’impureté ont pris, au fil des siècles, une importance croissante pour cumuler à l’époque de Jésus. Tout contact avec un lieu impur ou un corps mort devait être éliminé par des ablutions et aspersions d’eau. On trouve en Nombres 5, 11-31, le seul exemple d’une épreuve de l’ordalie qui consiste à faire boire à la femme suspectée d’adultère par son mari de l’eau sacrée du temple, saupoudrée de poussière du sol sacré ; si cette dernière ne la rejette pas aussitôt, elle est considérée comme innocente ; dans le cas contraire…Elle sera mise à mort ! En Exode 32, après la pulvérisation du veau d’or, les israélites sont sommés par Moïse de boire l’eau contenant les cendres du veau d’or pour qu’il leur reste vraiment sur « l’estomac » … La symbolique purificatrice et baptismale va être de plus en plus vivace et se retrouvera chez les Esséniens à Qumran avec la multiplicité des bassins rituels qui démontrent leur obsession de la pureté, ainsi que chez les Mandéens pour lesquels l’eau est vivante et devient vecteur de salut. Le baptême par immersion représente ainsi une réplique du baptême céleste et l’appartenance des âmes célestes au monde de lumière. Les eaux du bas connectent le baptisé au eaux du haut, juste inclusion avec les eaux primordiales de la Genèse.

Les sens métaphoriques de l’eau 

  • L’évaporation de l’eau est signe de vie provisoire alors que le jaillissement de l’eau est vecteur de prospérité
  • La violence et la force de l’eau est une qualité attribuée à Dieu
  • L’eau évoque la tristesse à travers les larmes
  • L’eau est symbole de faiblesse et de décrépitude physique
  • La profondeur des citernes rappelle la quête de la sagesse dans les tréfonds de l’esprit humain
  • La surface de l’eau comme miroir reflète l’intérieur du cœur
  • Le juste et le sage sont souvent comparés à un arbre dont les racines plongent dans l’eau
  • Yhwh est source de vie et dispensateur de fertilité pour son peuple (on retrouve ici en arrière-plan le combat contre les divinités de fertilité dans l’Israël ancien)
  • Chez Ezéchiel, la vision du nouveau Temple idéal duquel jaillissent les eaux représente la prospérité, le vrai culte, la richesse et le salut : même les eaux de la mer morte se régénéreront…

 

En résuméLe symbole biblique de l’eau associé à l’Esprit est l’objet d’une grande inclusion dans l’histoire biblique : il revient en Genèse 1,2 et en Apocalypse 22, 17. L’eau est source de vie et fait revivre l’esprit. L’eau purifie et féconde, elle étanche la soif et elle guérit. Dans le premier Testament l’eau symbolisait soit la Loi soit l’Esprit.

Quatre symbolismes majeurs

Cinq directions essentielles du symbolisme de l’eau sont connues : celle de l’eau germinale et fécondante, celle de l’eau médicinale, source miraculeuse ou boisson d’éternité, celle de l’eau lustrale, celle enfin de l’eau diluviale permettant la purification et la régénération du genre humain.

  1. L’eau fécondante s’explique par le fait qu’une des premières expériences de l’humanité est d’établir le lien entre la pluie et la croissance de la végétation. L’eau tombe du ciel, féconde la terre après l’avoir purifiée. Il en est de même de la Parole de Dieu qui vient du ciel, purifie et féconde, affirme le midrash Cantiques Rabbah. Ce commentaire juif rappelle que l’eau est conservée dans des jarres de terre et non pas dans des vases en or ou en argent, ce qui signifie que la Parole de Dieu demeure chez celui qui est humble, qui sait qu’il est fait de terre et qu’il retournera à la terre.
  2. L’eau est médicinale puisqu’elle est l’inductrice de toute fécondité. Elle peut également redonner, prolonger et sauver la vie puisqu’elle en est la donatrice première.
  3. L’eau est purifiante comme le prouve l’expérience courante de l’eau utilisée pour laver et pour faire disparaître les impuretés. Par l’immersion du bain rituel ou du baptême le symbolisme de l’eau fécondante, régénératrice, médicinale et purificatrice se concentrent dans un même rite.
  4. L’eau est diluviale comme les mythes diluviaux universels l’attestent. Le déluge rejoint le mythe de l’éternel retour aux origines. La notion cyclique du temps exprime cette réalité. Il s’agit de rejoindre l’idéal de l’origine car celui-ci n’a pas été encore corrompu par l’histoire. Le déluge est l’événement purificateur qui permet la fin d’une humanité et le début d’une humanité nouvelle. Moïse exprime la même réalité que Noé. Il est « tiré et sauvé des eaux » pour donner naissance à un peuple libre. En passant la mer Rouge, le peuple est libéré, il est immergé dans l’eau, il renaît, tout en étant préservé du passage par la mort, contrairement aux Égyptiens et à tous ceux qui ont été engloutis par le déluge mais sont finalement sauvés comme Noé. Noé et Moïse enfant flottent sur les eaux du déluge, alors que le peuple passe à pied sec dans les eaux de la mer (Ex 14). Le salut que Dieu apporte à son peuple est symbolisé par l’eau : le Seigneur fait couler de l’eau, ou jaillir des sources dans le désert. Le Seigneur va désaltérer les assoiffés : la soif représente l’exil, l’oppression, et l’eau la libération, le bonheur. De la même façon, Dieu change les steppes arides en pays verdoyants, symbole de renouveau et de vivification (Esaïe 41, 19) où le salut et la justice ruissellent comme la rosée et germent comme les plantes. Inversement, Dieu peut assécher les rivières, dévaster la nature, en signe de sa puissance que rien n’arrête, de sa victoire sur ses ennemis, ou de la manifestation de sa colère contre l’impiété. L’eau, capable de jouer le rôle d’un miroir, a comme caractéristique d’échapper. Elle échappe parce qu’elle n’a pas de forme tout en étant capable d’épouser toutes les formes possibles et imaginables. Elle va épouser la forme d’un vase et dès qu’elle est versée dans un verre, elle en épouse la forme. Elle échappe parce qu’elle a une très grande capacité de division. Elle s’évapore et, si on l’enferme, elle profite de la moindre faille. La maîtrise de l’eau a mis beaucoup de temps dans l’histoire.

Les eaux symbolisent la totalité des virtualités, la matrice de toutes les possibilités d’existence. Elles précèdent toute forme et l’immersion en elles, symbolise la régénération totale, une nouvelle naissance, car elles contiennent les germes de vie nouvelle, elles guérissent et, dans les rites funéraires, elles symbolisent la vie éternelle. Elles sont ainsi élevées au rang de symbole de vie. C’est pourquoi l’eau deviendra symbole de la Parole de Dieu et de l’Esprit de Dieu.

L’eau chez Jean

Le quatrième évangile ne pouvait pas ignorer ce symbole fondamental associé d’une part au Jourdain et à la mer de Galilée, d’autre part aux piscines de Bethesda et de Siloé. En effet il apparaît dans huit chapitres du livre des signes, et une fois dans le livre de l’heure. L’ajout du chapitre 21 le mentionne une fois. Une progression caractérise ce symbole : dans les chapitres 1 et 5 l’eau signifie ce qui est préparation ; dans les chapitres 4-12 l’eau est élevée au rang de symbole christologique; dans les chapitres 9-12 elle signifie le salut eschatologique apporté par Jésus.

  Au chapitre 1 Jésus est baptisé dans les eaux du Jourdain. L’eau du baptême de Jean est opposée au baptême de Jésus dans l’Esprit. Je suis venu baptiser dans l’eau, affirme Jean et plus loin : Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, c’est lui qui baptise dans l’Esprit Saint. Et moi j’ai vu et je témoigne que celui-ci est l’Élu de Dieu (1,33-34). La scène se passe à Béthanie, de l’autre côté du Jourdain ! Le baptême dans l’eau évoque sans doute la purification précédant la nouvelle alliance annoncée par les prophètes Jérémie et Ézéchiel. C’est le Baptiste et ses disciples qui introduisent le symbole de l’eau dans le quatrième évangile.

     Au chapitre 2, dans la scène des noces de Cana en Galilée, l’eau des jarres de purification est opposée au vin. Le maître du repas ne sait pas d’où vient l’eau changée en vin. La scène est localisée en Galilée. L’eau devient un symbole qui annonce une réalité sacramentelle. Le vin, œuvre du travail de l’homme, est symbole de justice et de joie eschatologique, tandis que l’eau, don gratuit de Dieu, exprime la piété divine. L’eau a une double fonction : elle permet la manifestation de la gloire de Jésus et transforme les disciples qui voyant ce signe croient en Jésus.

     Au chapitre 3 dans le dialogue avec Nicodème, un maître en Israël, il est question à nouveau de la naissance de l’eau et de l’Esprit. À moins de renaître d’eau et d’Esprit nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu (3,3). Le chapitre se termine par une mention du baptême de Jésus. L’entretien de Jésus avec Nicodème se situe à Jérusalem. Ici encore l’eau, associée à l’Esprit, est un symbole sacramentel.

  Au chapitre 4, le dialogue avec la Samaritaine oppose l’eau du puits de Jacob à l’eau vive que donne Jésus. Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : Donne-moi à boire, c’est toi qui l’aurais prié et il t’aurait donné de l’eau vive (4,10). C’est à Sychar en Samarie que la scène se situe. Après l’entretien de Nicodème avec Jésus la nuit, Jésus rencontre la Samaritaine en plein jour. Généralement les femmes venaient puiser l’eau le matin et le soir. Ici c’est en plein jour que la femme vient étancher sa soif. C’est auprès des puits que de nombreuses alliances furent scellées dans le premier Testament. Jésus fatigué révèle sa propre faiblesse. L’évangéliste comme d’habitude joue sur le double sens des expressions qui atteste le vocabulaire distinct de la communauté. Le dialogue débouche sur le problème du culte authentique qui doit être un culte en Esprit et en Vérité. Le salut qui vient des Juifs passe par la loi et les prophètes, mais également par la soif de connaître la révélation.

  Au chapitre 5, lors de la guérison du paralytique à la piscine de Bethesda, il est question de l’eau agitée qui guérit. Le premier à entrer dans l’eau après qu’elle avait été agitée se trouvait guéri, quel que fût son mal (5,4). C’est à Jérusalem que la scène a lieu. L’eau a une vertu thérapeutique.

Au chapitre 6, après le signe de la multiplication des pains, Jésus marche sur les eaux du lac de Galilée.

Au chapitre 7, dans le contexte de la fête des Tentes, il est question de l’eau qui étanche la soif et de l’eau vive qui sortira du sein du Christ ou du croyant. Si quelqu’un a soif qu’il vienne et qu’il boive celui qui croit en moi. Selon le mot de l’Écriture : de son sein couleront des fleuves d’eau vive. Il parlait de l’Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui (7,37-38). C’est au temple, dans le contexte de la fête des Tentes, après la procession qui remontait de la piscine de Siloé où l’eau avait été puisée, que Jésus fait cette déclaration. Plusieurs textes de l’Écriture trouvent ici leur accomplissement. La Tosephta Succot admettait que l’eau de Siloé qui était versée en libation sur l’autel résumait toutes les eaux du monde, depuis les eaux de la création jusqu’aux eaux qui devaient jaillir de sous le Temple selon la prophétie de Zacharie. À l’eau de Siloé était associé l’Esprit du sanctuaire.

Au chapitre 9, dans la scène de la guérison de l’aveugle-né à Jérusalem, il est question de l’eau de Siloé. Or ce dernier terme devient un titre christologique. Les deux piscines de Jérusalem sont situées par rapport au Temple de Jérusalem. Dans le livre de l’heure, l’eau associée au sang jaillit du côté du Christ en croix. Certains exégètes y ont vu la réalisation de la prophétie d’Ez 47, d’autres de la scène de Moïse qui frappe le rocher. Dans les deux hypothèses il s’agit d’eau vive que donne le Christ. Au total des références sont faites à l’eau dans dix chapitres de l’Évangile de Jean. Les chiffres dix et un sont symboliquement identiques. Dans la dizaine le multiple revient à l’unité. Il est plus parfait que tous les nombres parfaits. La création avait été faite avec dix paroles.

Jésus fut baptisé par Jean, il fut immergé dans le Jourdain. On peut en déduire que l’humanité n’était pas encore totalement immergée et renouvelée ni en Noé, ni en Moïse et son peuple. Jésus, par contre, l’homme nouveau, (Jr 31) est capable de réaliser les prophéties de Jérémie et d’Ézéchiel, en créant une humanité régénérée par le bain du baptême, renouvelée avec un cœur et un esprit nouveau Ez 36, 26. Jésus est totalement purifié par l’eau vive. Son œuvre est de faire une nouvelle création.

En marchant sur les eaux, Jésus manifeste sa puissance par rapport au cycle des eaux qui reconduisent sans cesse au préforme et au déluge. Il maîtrise aussi les forces hostiles qui habitent la mer. Il est aussi capable d’apaiser la tempête Luc 8, 22-25 et les forces du mal qui habitent la mer. Avec le Christ on passe par la mort : c’est le sens du baptême Romains 6, 4-6. On se dépouille du vieil homme définitivement et on revêt l’humanité nouvelle du Christ ressuscité. La mort physique est la réalisation plénière et concrète du rite de l’immersion baptismale. D’où l’importance du rite d’immersion totale au baptême car lui seul symbolise vraiment la plénitude du symbole de renaissance par la mort. On ne peut pas rester immergé sous l’eau sans mourir. Le Christ fera disparaître les forces hostiles, la mer, mais, par contre, il donne de devenir en lui source jaillissante de vie éternelle Jean 4, 14.

Frédéric Gangloff.