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illustrations_Nicole_bateau repereJEAN 21, 1-17
Jésus est mort à Jérusalem. Et Pierre et ses compagnons de toujours sont retournés chez eux, ont repris leur barque et leur filets. Toute l’aventure est terminée, tragiquement …Mais dans les brumes du matin, il est là, auprès des siens, qui n’osent pas le reconnaître. Il est là, et il renvoie Pierre à la mission pour laquelle il l’avait entraîné à sa suite ; Et c’est de cette rencontre que nait la foi vivante de l’apôtre que nous avons vu à l’œuvre dans le livre des Actes.

Après cela : Ces mots raccrochent tout le chapitre 21 au reste de l’évangile. Celui-ci s’achevait en 20, 30-31. Le récit que nous lisons maintenant, indépendant dans la tradition de l’Église, nous a été conservé par son rattachement à l’évangile de Jean. Mais il faut le lire comme si nous ne connaissions pas d’autre récit d’apparition de Jésus ressuscité.

Jésus se manifesta : Jésus se révèle à ses disciples, il se montre pour mettre en eux la certitude de sa résurrection.

mer de Tibériade : C’est le lac de Génésareth de Luc 5, la mer de Galilée. En tout cas il s’agit d’un récit d’apparition en Galilée, et non à Jérusalem, comme la plupart des autres récits d’apparition, et conformément à la parole de Marc 16, 7.

Simon-Pierre : Pierre est cité sous ses deux noms, peut-être simplement pour préparer la question de Jésus au verset 15.

Thomas, qu’on appelle Didyme : cet apôtre dont le surnom signifie « jumeau », joue un certain rôle dans l’évangile de Jean (11, 16 ; 20, 24).

Nathanaël de Cana : Nathanaël est un personnage qui n’apparaît que chez Jean (1, 45-51). Mais ce n’est qu’ici qu’il est dit que Nathanaël est de Cana. En fait il s’agit d’un rappel de Jean 2, 1-11 qui est, selon Jean, la première manifestation de Jésus. Manifestation discrète, elle aussi, et réservée à ses disciples.

les fils de Zébédée : Nous retrouvons aux côtés de Pierre ses compagnons de pêche de Luc 5.

deux autres disciples : Ces deux disciples « anonymes » complètent un groupe de 7, ce qui ne doit pas être indifférent, ce nombre étant un symbole de totalité. On peut s’étonner qu’ils ne soient pas nommés. Peut-être parce qu’ils ne font pas partie du groupe des douze apôtres. Mais précisément, ce groupe des douze n’est pas là. Ils sont dispersés. La mort de Jésus les a renvoyés à leurs activités premières.

Je vais pêcher : Pierre indique par là que tout a repris son cours comme avant. Il a retrouvé sa vie de pêcheur, avec, en plus, le souvenir désespéré de sa belle aventure.

c’était déjà le matin : Après une nuit de pêche infructueuse, le jour se lève sur la mer de Galilée. Toute la scène se passe au petit jour, avec les voiles de brumes sur la mer. La présence de Jésus garde ainsi une aspect mystérieux, intime et discret.

les disciples ne savaient pas que c’était lui : Le matin, à l’aube, et à quelque distance, cela n’a rien d’étonnant. Mais le verset 12 reprend ce thème, commun à tous les récits d’apparition du ressuscité dans le nouveau Testament : les disciples ne reconnaissent pas Jésus.

Ce trait indique deux choses :

–    Le Christ ressuscité n’est absolument pas identique au Jésus terrestre. C’est lui, et ce n’est pas lui, puisqu’il est passé par la mort et ressuscité.

–    Il est strictement impossible aux disciples de reconnaître, vivant, celui qu’ils savent mort.

Jetez les filets du côté droit : du bon côté, du côté favorable.

le disciple que Jésus aimait : Ce disciple apparaît en Jean 13, 23, puis en 19, 16 et 20, 2. Il reste totalement inconnu. Mais la formule semble vouloir désigner Jean, fils de Zébédée. C’est à ce disciple que la fin du chapitre attribue la rédaction de l’évangile sans que l’indication soit très fiable (21, 20-25).

car il était nu : En réalité, Pierre est en tenu de travail très légère. S’habiller pour se jeter à l’eau n’est pas très logique. Mais c’est surtout une marque de respect de Pierre envers le Seigneur.

il se jeta à l’eau : Là, c’est l’enthousiasme et l’impétuosité de Pierre qui se manifestent, qui veut rejoindre au plus vite celui qu’on vient de lui désigner comme étant Jésus.

deux cent coudées : cela fait environ 100 mètres.

du poisson et du pain : Cela est incohérent aussi bien avec ce qui précède qu’avec ce qui suit, et rend toute la pêche inutile. Mais il s’agit de dire que Jésus n’a pas besoin des disciples : c’est lui qui leur fournit la nourriture dont ils ont besoin, le poisson qu’ils pêchent et le pain qu’il donne. Ce pain peut-être là une discrète allusion à la Cène, lieu de la manifestation du ressuscité comme Luc 24, 30.

Apportez : En effet, les disciples peuvent ajouter ce que le Christ leur a permis de pêcher à ce que le Christ a déjà : image du rôle de l’Eglise appelée à grandir.

Simon-Pierre remonta : Ce que les disciples ne pouvaient faire ensemble, Pierre le réussit seul ! C’est le signe de la force retrouvée, de la vie qui reprend un nouveau cours, puisque Jésus est là. Toute cette pêche fructueuse après une nuit d’efforts inutiles éclaire aussi une autre réalité : seuls, les disciples ne peuvent rien. Mais avec le Christ vivant auprès d’eux, plus rien n’est impossible.

cent cinquante trois gros poissons : Le nombre doit avoir une valeur symbolique, mais on a pas réussi à en trouver la clef.

le filet ne se déchira pas : En Luc 5, les filets se déchiraient. Ici il tient bon. Même si le deux récits ne sont pas dans le même évangile, même s’ils ne sont que deux versions de la même tradition, cette différence évoque une perfection atteinte au travers de la mort et de la résurrection du Christ : désormais l’Eglise va pouvoir rassembler vraiment ceux qui, se tournant vers le Christ, vont recevoir la vie.

Simon, Fils de Jonas : Matthieu 16, 17 appelle « Jonas » le père de Simon. Encore une de ces imprécisions insoluble entre les évangiles.

m’aimes-tu plus que ceux-ci : Il y a dans cette question une allusion à cette prétention de Pierre, exprimée en Luc 22, 30 et Jean 13, 37, de suivre Jésus jusqu’au bout. Prétention anéantie par le reniement. C’est sans doute aussi à ce reniement que fait allusion la triple répétition de la question.

Mais si Pierre est ainsi « remis à sa place » cela est fait discrètement. Jésus ne condamne pas Pierre, il ne lui fait pas même de reproche. Il laisse cours à la tristesse d’une amitié blessée. Par delà la mort et la résurrection il reste entre Jésus et Pierre quelque chose de cette amitié toute humaine.

tu sais que je t’aime : Pierre a compris. Il déclare à Jésus qu’il l’aime. Ni plus, ni moins que les autres. Mais il aime Jésus, et Jésus le sais bien. Il n’est peut-être pas le meilleur des disciples mais son attachement à Jésus ne fait pas de doute.

pais mes agneaux : A ce Pierre qui abandonne ses prétentions, qui n’a plus d’illusion sur sa fidélité mais qui reste attaché à Jésus, à ce Pierre là Jésus confie son Église. Pierre doit en être le berger, celui qui doit la guider et la garder dans la fidélité. Ce sera lui, dont la fidélité a été mise à rude épreuve, et n’a pas résistée. Parce qu’il sait maintenant mieux que personne que le Messie devait mourir pour ressusciter, et que ceux qui le suivent ne seront forts que lorsque ayant brisées toutes leurs illusions, ils se contenteront d’aimer leur maître.

Au début de ce parcours la question posée était : « comment Pierre en est-il venu à cette assurance de la foi ? ». Nous avons maintenant quelques éléments de réponse.

Pierre a passé, en compagnie de Jésus, par une série de conversions, de bouleversements successifs. D’abord, une amitié toute humaine encore l’a arraché à ses habitudes, à son travail, et a changé son existence. En route avec Jésus, il s’est laissé envahir par la conviction que Jésus était le Messie, malgré ses apparences de simple prédicateur errant. Après, il lui a fallu renoncer à ses idées toutes faites sur le Messie, et découvrir sa propre faiblesse. Il a connu le désespoir de la mort de son maître. Et il est né à la foi au ressuscité.

Ce qui détermine tout, c’est bien la mort et la résurrection. C’est cette découverte inimaginable –le crucifié est vivant- qui seule peut lui faire accepter qu’il ne s’est pas trompé. Jésus est bien le Sauveur. Le salut ne vient pas par une intervention éclatante de la puissance de Dieu, mais par sa présence méconnue, rejetée, méprisée qui entre dans la mort et la brise. C’est la présence du Christ vivant au milieu des siens qui seule les met en route.

Enfin, il y a la mission que Jésus confie à son disciple. En raison de leurs points de vue différents, les évangélistes ont donné de cette mission des définitions variées, et placé le moment où cette mission a été signifiée à Pierre au début, au milieu ou à la fin du ministère de Jésus, et même après la résurrection. Mais tous indiquent que Jésus a confié à Pierre un rôle particulier dans l’Eglise. Qu’il l’a chargé d’en être le meneur., qui soutient les autres et anime la proclamation de l’évangile. ET, au tout début de l’Eglise, au moment où elle était sans doute la plus fragile, Pierre a rempli cette mission. Non pas par sa propre force de caractère, mais « au nom de Jésus-Christ, le Nazaréen.

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