Choupette la chouette 6

P1020555Choupette la chouette présente ses amies à plumes aux enfants … et à travers l’histoire de ses amies, nous découvrons la présence du Seigneur.  Ces 7 séquences proposent un dossier qui peut être utilisé en École du Dimanche ou en club biblique. Dossier élaboré par Laurence Gangloff, Service de l’enseignement religieux et de la catéchèse de l’UÉPAL. Dans cette séquence, Choupette-la-chouette présente son ami, l’aigle avec une très belle narration de Christian KEMPF.

Introduction biblique

L’hébreu « Neser » et le grec « Aetos » peuvent désigner dans la Bible aussi bien le vautour que l’aigle. En fait, l’hébreu connait plutôt le vautour que l’aigle. Mais le traducteur a préféré l’image de l’aigle, beaucoup plus positive et plus noble à celle du charognard impur. Une certaine confusion règne donc dans les traductions à propos de « Neser », que l’on retrouve dans 26 versets.

  • Exode 19,4 et Deutéronome 32,10 montrent l’action de Dieu pour son peuple : elle est comparée aux ailes d’un aigle.
  • Lévitique 11,13 et Deutéronome 14,12 rappellent l’impureté de l’animal (qu’il soit aigle ou vautour).
  • Deutéronome 28,49 ; Job 9,26 et Habakuk 1,8 utilisent l’image de l’aigle fondant sur sa proie ;
  • 2 Samuel 1,23 évoque Saül et Jonathan : « ils étaient comme des aigles » ; ainsi, les grands rois sont comparés à des aigles (Ézékiel 17,3 et 7).
  • L’image de l’aigle permet des comparaisons poétiques : s’élever comme l’aigle (Job 39,27) rajeunir comme l’aigle (Psaume 103,5) ; la richesse s’envole comme l’aigle (Proverbes 23,5) ; la trace de l’aigle dans le ciel (Proverbes 30,19) ; s’avancer comme l’aigle (Jérémie 49,22) … voler comme l’aigle (Jérémie 48,40)
  • Le verset le plus connu est certainement celui d’Ésaïe 40,31 « Ceux qui se confient en l’Eternel renouvellent leur force. Ils prennent le vol comme les aigles ; ils courent et ne se lassent point. Ils marchent et ne se fatiguent point. »
  • La destruction et la puissance de l’aigle sont intimement liées en Jérémie 4,13 ; 49,16 mais aussi dans les lamentations 4,19 sans oublier Osée 8,1 et Abdias 1,4.
  • Michée 1,16 mentionne le manque de plumes « rends-toi chauve comme l’aigle, car ils s’en vont en captivité loin de toi ! »
  • Ézéchiel mentionne par trois fois un grand aigle, étonnant, associé à la description du char de Yahvé (1,10 ; 10,14 ; 17,3 ; 17,7)

En grec, l’aigle se dit « aetos »

  • Apocalypse 4,6-8 et 12,14 Description du trône de Dieu
  • Matthieu 24,28

 

Commentaire

L’aigle est caractérisé par sa vue exceptionnelle de rapace diurne et carnivore. Maître du ciel, il jouit d’un équilibre de mouvement parfait grâce à un cervelet très développé. Deux sens le caractérisent : l’ouïe et la vue. L’aigle est utilisé comme emblème royal ou impérial, tout comme le lion.

« Il est le roi des animaux. Symbole si considéré qu’il n’est point de récit ou d’image, historique ou mythique, dans notre civilisation comme dans toutes les autres, où l’aigle n’accompagne, quand il ne le représente pas, les plus grands dieux comme les plus grands héros :il est l’attribut de Zeus (Jupiter) et du Christ, l’emblème impérial de César et de Napoléon (…). Il est aussi le symbole primitif et collectif du père et de toutes les figures de la paternité  » tiré du Dictionnaire des symboles, article « Aigle »

À cause de la charge symbolique de l’animal, il proclame avec sagesse « Dieu est mon seigneur et maître » : voici le fil rouge de cette séquence.

Déroulement de la séquence

 

  • Accueil des enfants

 

  • Narration biblique « Moïse et l’aigle » de Christian Kempf

Une narration différente « l’aigle et Moïse » se trouve sur www.pointkt.org

 

  • Animation possible : à certains mots-clés de la narration, les enfants font des gestes. Il faudra lire lentement. Les mots à mimer sont tirés du dictionnaire du langage international pour les sourds muets.

 

Pour l’aigle : utiliser les bras pour imiter des battements d’ailes

Pour la montagne : les deux mains se rejoignent en mimant la montagne

Pour Dieu : l’index de la main droite monte vers  le ciel et les yeux suivent le mouvement.

 

  • Bricolage : fabriquer un aigle

Fabriquer un aigle – (adapter l’aigle à partir du  coq ci-dessous : faire un bec plus long)

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Recopier l’affirmation  « Dieu est mon Seigneur et maître »

 

 

 

  • Chant : « Je crois en Dieu qui chante » Carillons 135

 

  • Prière

Merci Seigneur pour ta création.

Merci pour les grandes et les petites bêtes.

L’aigle est un modèle de sagesse pour nous.

Comme lui, aide-nous à reconnaître ta puissance.

Donne-nous de reconnaître ta présence dans notre vie ! Amen.

***

Narration biblique  Moïse et l’aigle

La pente est rude, les pierres roulent sous les pieds, le soleil tape dur, à tout bout de champ Moïse doit s’arrêter et prendre sa gourde en peau de chèvre pour laisser couler quelques gouttes d’eau sur sa langue. Faut-il vraiment monter si haut, s’interroge-t-il ? Loin au-dessus de sa tête, un cri d’aigle retentit, renvoyé par la paroi rocheuse, comme si Dieu voulait lui rappeler sa consigne : oui, je te l’ai dit, il faut monter tout là-haut. Aussi haut que l’aigle.

Aigle, aigle ! se dit Moïse. Il en a de bonnes, Lui. Je n’ai pas d’ailes, moi, je n’ai que mes sandales de cuir. Il pourrait faire ce qu’Il m’a fait dire au peuple l’autre jour : « Je vous ai portés sur des ailes d’aigles et vous ai fait arriver jusqu’à moi. » Suite à quoi Dieu lui avait glissé à l’oreille : « C’est bien. Et maintenant, dès que le temps s’y prête, tu grimpes sur la montagne pour que je te dise en quoi consiste mon alliance. »

Après avoir gravi le vallon pierreux qui lui a donné tant de peine, Moïse passe un col inondé de soleil. À droite, une pente douce qui monte vers un sommet arrondi. À gauche, une paroi rocheuse qui s’élève à perte de vue. Devinez de quel côté il aperçoit l’aigle en train de planer en rond ? Pan dans le mille : à gauche, près du rebord de la falaise ! C’est parce que son aire (c’est comme ça qu’on appelle un nid d’aigle) doit se trouver par-là, se dit Moïse, qui aurait tellement préféré le chemin du sommet arrondi. Mais sa conscience – ou alors est-ce l’esprit qui le guide ? – lui dit que c’est bien du côté de l’aigle que Dieu l’attend. Pas de chance.

Moïse reprend l’escalade. Curieusement, chaque fois qu’il est en panne, croyant qu’il n’y a plus moyen d’avancer, un petit coin de rocher se présente juste à portée de sa main pour s’accrocher, et un replat pour poser son pied, et Moïse peut progresser. Quelqu’un lui aurait-il préparé un chemin, difficile certes, mais possible ? Juste à sa mesure ?

Essoufflé, Moïse n’a pas les moyens d’y réfléchir. D’ailleurs, si vous voulez mon avis, Moïse n’est pas seulement poussé par la consigne « tu grimpes sur la montagne », ni par la promesse d’entendre Dieu parler. Il est surtout attiré par la curiosité : si Dieu l’attend là-haut, loin des yeux du peuple, c’est qu’il va… se montrer à ceux de Moïse ! C’est dingue, ça, non ? Voir Dieu !

Bon, d’accord, on n’en sait rien, si c’est ça qui a attiré Moïse, c’est juste une idée. Pendant que nous bavardions, Moïse a bien progressé. Le voilà qui lance sa jambe par-dessus le dernier rocher, il se hisse et… tombe dans le nid de l’aigle, entre les aiglons qui piaillent de frayeur. Arrive monsieur aigle, qui se perche sur le rebord de l’aire et qui agite ses immenses ailes. Dans le bruit qu’elles font, Moïse entend une voix : « Fffrrr, sors de là, tu n’es pas encore au bout de tes peines. »

– « C’est toi, Seigneur, qui me parle ainsi ? » demande Moïse.

– « Non, c’est moi, l’aigle, qui te parle. Et je te dis de sortir de là parce que tu effrayes mes petits. Tu vois le trou là-bas, entre les deux rochers ? Va t’y cacher et bouche-toi les yeux, Dieu va passer, mais tu n’as pas le droit de le voir. Par contre, ouvre bien les oreilles ! C’est un conseil d’ami. »

Sans un mot, Moïse s’en va se cacher dans l’ombre de l’anfractuosité (c’est comme ça qu’on appelle un mince espace entre des rochers). Un grand battement d’ailes : « Fffrrr, ferme les yeux, j’ai dit. » Moïse obéit. Il attend.

En-bas, dans le campement, tous ont les yeux levés vers la montagne du Sinaï. Ils voient le sommet s’entourer peu à peu de nuages, qui deviennent de plus en plus noirs. Bientôt, des éclairs en sortent, et des coups de tonnerre retentissent. Effrayés, les gens se disent les uns aux autres : « Pauvre Moïse, qui est monté tout droit dans ce terrible orage. Il doit être gravement en danger. » – « Mais non », disent les autres, « vous n’entendez pas ? C’est Dieu qui parle dans cet ouragan. Nous, on ne comprend rien, mais Moïse nous dira les paroles de Dieu. » – « S’il revient vivant, oui ! » – « Ayez confiance. D’aucun de nous Dieu n’est loin. » C’est peut-être Aaron, le frère de Moïse, qui dit ces mots, ce serait assez son genre, mais on n’en sait rien, le bruit est si fort et le moment si intense.

Sur la montagne, du côté de Moïse, pas le moindre nuage ! Pas d’éclairs, ni de tonnerre. Incroyable, non ? C’est que, d’une certaine manière, même si c’est la même montagne, ce n’est pas le même monde, ici et là-bas, là-haut et ici-bas. Et quelquefois, selon l’endroit d’où tu regardes, les choses sont complètement différentes. Mais ce ne sont pas forcément les choses qui sont différentes, ç’est peut-être ton regard qui n’est pas le même. Pour l’un, c’est de la bonne musique, pour l’autre ce n’est qu’un horrible bruit. Pour l’un c’est un animal mort, pour l’autre c’est de la viande bonne à manger. Pour l’un c’est une pente dangereuse qui donne le vertige, pour l’autre c’est juste une super glissade sur une bonne paire de skis. Pour l’un c’est une grosse colère paternelle, pour l’autre c’est juste papa qui parle et qui a eu très peur pour toi parce qu’il t’aime. Pour l’un c’est une tempête qui arrache les cheveux, pour l’autre c’est le battement des ailes d’un aigle.

Fffrrr. Fffrrr. Encore l’aigle ? se dit Moïse dans le creux du rocher. Oui, le même aigle, mais pas la même voix. Une voix pas tout-à-fait inconnue, puisque Moïse l’a déjà entendue près du buisson ardent, quand les flammes brûlaient sans brûler le buisson et que Dieu lui a dit : « Va dire à pharaon de laisser partir mon peuple. » Aujourd’hui, la voix dans le bruit des ailes de l’aigle dit :

– « C’est moi le Seigneur, ton Dieu, qui t’ai fait sortir d’Égypte, de la maison de servitude : tu n’auras pas d’autres dieux face à moi. Tu ne te feras pas d’idoles. Tu ne prononceras pas à tort le nom du Seigneur, ton Dieu. »

Et la voix de Dieu prononce les fameuses dix paroles qui seront plus tard gravées dans la pierre et que le peuple hébreu, mais aussi les disciples de Jésus et les croyants de Mohammed considèreront comme LA Loi divine. Quand on les écoute d’une certaine manière, on peut effectivement les entendre comme des coups de tonnerre : « Je suis le Seigneur, ton Dieu ! » Mais on peut aussi les entendre comme des merveilleuses promesses : « Puisque je suis ton Dieu, tu n’auras plus besoin de te fabriquer des idoles, tu pourras cesser le travail une fois par semaine, tu verras ton père et ta mère comme ceux qui t’ont transmis la vie, tu n’auras plus besoin de tuer, ni de tromper, ni de voler, ni de mentir, ni d’abuser de ton prochain. »

Pas des menaces : des promesses. Quand les dix paroles sont finies, Moïse ouvre vite les yeux, mais il ne voit rien, à part la queue d’un aigle disparaissant derrière le rocher.

Plusieurs années après ces événements du mont Sinaï, Moïse escalade une autre montagne. Il est désespéré. Déçu. Fatigué. Abattu. « Seigneur -Dieu », dit-il en gravissant la pente, « pourquoi, mais pourquoi donc m’as-tu demandé de conduire ce peuple à la nuque raide ? »

C’est ce qu’il répète encore lorsqu’il parvient au sommet. L’aigle vient planer autour de lui. « Fffrrr ! Qu’est-ce que tu viens faire ici, Moïse ? »

– « Oh ! C’est toi, l’ami ! Je voulais parler avec Dieu, seul à seul. Mais peut-être que tu peux m’aider, toi aussi. »

– « Tout-à-fait. Tu sais, moi ou Dieu, c’est pareil, et en même temps c’est pas pareil. Je veux dire : j’ai l’air d’être le maître du ciel, le roi des animaux, le seigneur du vent et du temps, mais je ne suis pas Dieu. C’est même le contraire : Dieu est mon Seigneur et maître. De la même façon, Dieu est certes lointain, intouchable et si puissant qu’on peut le comparer à un ouragan, mais il est aussi tout proche de chaque être vivant. Il accepte souvent d’être faible et impuissant, il veut bien patienter jusqu’à ce nous comprenions enfin, après avoir fait toutes sortes d’expériences. Tu vois ce que je veux dire ? »

– « Je ne suis pas sûr. Moi, je croyais qu’après avoir entendu les dix paroles que je leur ai apportées de la part de Dieu, les membres du peuple feraient la fête et qu’ils se réjouiraient que Dieu soit leur Seigneur, mais tintin ! ils ont fait la gueule, ils m’ont reproché de ne pas leur dire la vérité. Alors je me suis retiré sur la montagne, j’ai pris la peine de graver sur une grande plaque l’ensemble des dix paroles, puis je suis revenu vers le campement, pensant que des inscriptions sur la pierre auraient plus d’effet, mais tu sais ce que j’ai trouvé en rentrant ? Une fête païenne ! Ces sombres imbéciles ont préféré se tailler une idole en or, en forme de veau, pour la placer au milieu du camp et danser autour d’elle, plutôt que de croire en un Dieu de parole. »

– « Mais… tu leur as dit que ces dix paroles sont des promesses, et pas des menaces ? Je te l’ai expliqué en détail, quand tu as rouvert les yeux et que tu as cherché le chemin pour descendre, tu te souviens ? Tu ne savais pas où t’accrocher, alors je t’ai pris sur mon dos et pendant qu’on descendait des hauteurs en planant, je t’ai donné une clé pour comprendre les paroles de Dieu : une déclaration d’amour, pas une liste de punitions. »

– « Oui, oh ! Oui ! que je leur ai présenté les choses comme ça. C’était si lumineux, si bon, si nouveau ! Tellement différent des discours habituels sur les dieux et leurs colères ! Tu sais ce qu’ils ont fait ? Ils m’ont rigolé au nez. Ils ne veulent rien entendre, je te dis. Ils n’en font qu’à leur tête, ils ne comprennent rien à rien. Ce matin encore, ils se sont rassemblés devant ma tente en tapant des pieds dans la poussière, et leurs délégués sont venus me dire qu’ils veulent enfin un Dieu d’autorité et de puissance, qui punisse le crime jusqu’à la septième génération, qui massacre les opposants et qui protège ses fidèles dans des forteresses imprenables. Voilà ce qu’ils veulent. »

– « Fffrrr ! Moïse, Moïse ! Ne sois pas fâché contre eux. Laisse faire le temps, et l’expérience. La graine semée ne restera pas sans fruits, même si elle doit d’abord mourir dans la terre. Un jour, j’enverrai quelqu’un leur dire qui est Dieu en vérité. Pas toi, tu as déjà largement fait ta part de travail. »

– « Dis-moi, l’aigle, c’est ta voix que j’entends là, ou c’est celle qui m’a parlé sur l’autre montagne ? »

– « Fffrrr ! Moïse, ne te creuse pas la cervelle. Je te rappelle ce que je t’ai déjà dit : je suis maître de l’espace et des cimes, mais mon maître et Seigneur, c’est Dieu. Et si Dieu règne sur l’éternité, sur les étoiles et sur les générations, il est pourtant présent dans l’instant d’une parole, dans le geste d’une main, dans le battement d’une aile. Maintenant va, annonce au peuple que Dieu, qui l’a fait sortir d’Égypte, n’admettra pas qu’il retombe dans l’esclavage, que ce soit celui d’un roi, ou d’une idole de pierre, ou d’une religion de mort. »

Fort de cette promesse, Moïse est retourné vivre au milieu du peuple. L’aigle ? Cet aigle-là, personne ne l’a jamais revu. Fffrrr.

Christian Kempf