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ID 1454chapeauEn vouloir toujours plus, toujours mieux, nous parait évident. Et si cela ne l’était pas tant que cela ? Et si on pouvait vivre et penser autrement et être heureux quand même ? Regardons Abraham…

Animation avant de lire l’histoire :

Mettre en présence deux catéchumènes et poser devant eux deux bonbons de tailles différentes et leur proposer de se mettre d’accord sur la manière de partager… sans bagarre, ni ruse. Il y a de fortes chances que chacun veuille le plus gros. Leurs arguments seront peut-être intéressants… Leur demander d’imaginer s’ils agiraient de même s‘ils devaient partager avec leur petit frère ou petite sœur ou quelqu’un qu’ils aiment beaucoup. Leur demander d’imaginer si leur maman agirait de même si elle devait partager avec eux.
Situer le contexte de l’histoire :
(à donner si nécessaire en fonction des connaissances des catéchumènes)
–    Genèse 12 ouvre le cycle d’Abraham qui s’appelle encore « Abram ». Qui est-il ? Abram est fils de Térah. Comme il est cité en premier dans la généalogie, on peut penser qu’il était l’aîné, donc, à ce titre, pas destiné à quitter le clan familial, mais, au contraire, destiné à succéder à son père à la tête du clan. Lorsque Dieu l’appelle, il vit à Harrân après avoir quitté (chapitre 11) Our en Chaldée avec son père et toute la famille. Il vient donc de Mésopotamie, pays qui a une civilisation très ancienne et très développée, comme l’Egypte.
–    Abram est un semi-nomade : ses moyens d’existence, sa richesse, c’est son troupeau de petit bétail (moutons et chèvres). Il se déplace selon les saisons et les pluies pour trouver de l’eau et des pâturages pour ses bêtes, essentiellement dans les régions semi-désertiques, les terres les plus fertiles étant occupées par les cultures. Il s’approche des villes et villages pour vendre ce qu’il produit (laine, viande, lait…) ou acheter ce dont il a besoin (farine, huile…), négociant éventuellement le droit de faire paître ses bêtes sur les terres cultivées après la moisson.
–    La vie d’Abram  se situe entre 2000 et 1400 avant Jésus-Christ.
–    Au chapitre 12, Dieu s’adresse à Abram : il l’invite à tout quitter pour aller vers un pays nouveau. Il lui promet une descendance et qu’à travers lui, seront bénies « toutes les familles de la terre ». L’histoire d’Abram commence donc la promesse de bénédiction : c’est le début d’une espérance nouvelle à la fois personnelle (avoir une descendance) et collective (bénédiction).
–    Abram part avec sa femme Saraï, son neveu Loth, leurs serviteurs et servantes et leur bétail. Ce départ est la réponse d’Abram : il a confiance, est ouvert à l’espérance que Dieu lui propose, malgré la difficulté d’être étranger, donc sans droits ni appuis, dans un pays qui n’est pas encore le sien. Ce Dieu qui l’appelle et qu’il ne connaît pas encore vraiment est son seul appui et son seul recours.
–    Le texte ne donne pas de détail sur le voyage jusqu’en Canaan : on ne sait pas comment Dieu les conduit, ni comment se déroule le voyage. Le silence du texte montre que ce n’est pas ce qui importe.
–    L’arrivée en Canaan :
Le texte mentionne la présence des Cananéens, donc le pays n’est pas vide à l’arrivée d’Abram. Il y a là un paradoxe : la promesse du don du pays aurait pu paraître irréalisable à Abram et Loth. Le texte ne précise pas ce qu’ils ont pu en penser, et comme le récit est rétrospectif l’auteur sait que, lorsqu’il écrit le texte, les choses ont changé : il écrit « les Cananéens étaient alors dans le pays », ce qui veut bien dire que les Cananéens ne sont plus les maîtres du pays. Entre temps, la promesse a été réalisée.
Lire l’histoire : Genèse 13/2-18

Eléments d’explication : (à donner si nécessaire en fonction des connaissances des catéchumènes)
–    Les bergers : la vie du berger est une vie dure, sans confort, avec une nourriture frugale. Comme la végétation du pays de Canaan est maigre, il faut choisir des lieux de pacage distants les uns de autres, mais pas trop éloignés non plus du campement central du clan puisque les bergers doivent être ravitaillés régulièrement. Le berger doit se défendre et défendre le troupeau dont il a la responsabilité contre les animaux sauvages et parfois contre des voleurs ou des membres d’autres clans.
–    Les troupeaux : ils sont composés surtout de brebis, béliers, chèvres et boucs bien adaptés à la végétation de Canaan. Les bovins sont rares car trop gourmands. Les troupeaux paissent tout le jour et sont rassemblés la nuit dans des enclos entourés de murs de pierres sèches (pour faciliter la surveillance et la protection).
–    Pourquoi Abram et Loth se séparent-ils ? : le texte mentionne qu’ils ont tous deux beaucoup de bétail : c’est un signe de richesse (mais une richesse très relative quand même : Abram n’est pas Pharaon !). Dans la pensée biblique, c’est le signe que la bénédiction est à l’œuvre. Le pays ne suffit pas à nourrir tous leurs troupeaux : le pays promis est décrit ici dans sa réalité, un pays où l’herbe est rare et où l’homme dépend entièrement de la pluie (donc de Dieu dans la pensée biblique). Les querelles des bergers sont une conséquence naturelle de la rareté des pâturages, même si le texte biblique formule les choses autrement : c’est parce que les troupeaux de Loth et d’Abram sont trop grands que le pays est trop petit pour eux deux (pas parce que l’herbe est trop maigre…). Quoi qu’il en soit, la querelle des bergers relève d’une lutte pour la vie, pour la survie du clan : en fait, même si Loth et Abram s’entendent, leurs bergers se savent membres de clans différents. Abram a l’initiative de la séparation et propose à Loth de choisir quelle partie du pays il veut habiter : Loth choisit la vallée du Jourdain (arrosée donc plus fertile) ; il fait le choix de mettre sa confiance dans les richesses naturelles d’une contrée plutôt que de s’en remettre à la bénédiction de Dieu. En faisant cela, Loth sert sans le savoir le projet de Dieu : en choisissant la vallée du Jourdain, il laisse le pays de Canaan à Abram et sa descendance.
–    Abram apparaît comme un homme sage et un homme de paix qui souhaite éviter les querelles. Il apparaît également comme un homme généreux : il est l’aîné et le chef du clan, il aurait pu faire le choix, au lieu de laisser le choix à Loth, acceptant de prendre le risque d’être défavorisé. Comme il n’a pas d’enfant, il accepte également de perdre son seul héritier, Loth. En toute chose, il fait le choix de la confiance en Dieu. L’avenir lui donnera raison…
–    Dieu répète sa promesse du don du pays à la descendance d’Abram : même si ce n’est pas explicitement dit, c’est un peu comme si Dieu venait confirmer Abram dans sa démarche.
–    Le texte se conclut par l’installation d’Abram aux chênes de Mambré (près d’Hébron) : c’est un lieu important dans l’histoire d’Abram.
Conclusion :
Comme une mère va avoir tendance à laisser la meilleure part à son enfant (parce que faire plaisir à son enfant est ce qui compte le plus…), Abram choisit de laisser la meilleur part à Loth et, contre toute attente peut-être, il y trouve son compte finalement : être généreux, partager rend aussi heureux, peut-être plus que d’agir égoïstement en pensant à soi d’abord !

Réappropriation:
Proposer aux catéchumènes de raconter cette histoire à leur manière, sous forme de sketch, de chœur parlé, d’ombres chinoises…
Voici ce qu’ont tiré, de ce texte, les confirmands de la paroisse de Hurtigheim-Quatzenheim-Wintzenheim 2016 (Alexine, Antonin, Luca, Thomas), affublés d’oreilles de moutons, ils l’ont présenté pendant leur culte de présentation : Pas si bêêêête !

Mouton 1 (Mérinos) : Bêêê…. Bêêê… J’ai les crocs !
Mouton 2 : Mérinos, ne raconte pas n’importe quoi, les moutons n’ont pas de crocs !
Mouton 1 (Mérinos) : Oh ça va, « mouton je sais tout » ! T’as très bien compris ce que je veux dire : j’ai faim !
Mouton 3 : Moi aussi j’ai faim. Je sais pas ce qu’ils ont nos bergers en ce moment, mais ils sont vraiment nuls dans le choix des pâturages ! Y a rien à brouter !
Mouton 2 : C’est pas la faute des bergers, nous sommes trop nombreux ! Il n’y a plus assez d’herbe pour nous nourrir tous.
Mouton 4 : Regardez, regardez, ils se disputent d’ailleurs à propos de ça ! Chacun veut avoir le meilleur pâturage pour son troupeau.
Mouton 1 (Mérinos) : Chouette, chouette, va y avoir une baston ! A défaut d’herbe, un peu de spectacle ! Des humains qui se battent, c’est toujours marrant !
Mouton 2 : Calme ta joie Mérinos. A mon avis, il n’y aura pas de baston : voilà Loth et Abraham, les maîtres des bergers.
Mouton 4 : C’est peut-être eux qui vont se battre ?
Mouton 3 : Chut ! Ecoutez ce qu’ils se disent…
Mouton 1 (Mérinos) : Bon ben voilà qu’ils discutent… Zut, c’est loupé pour la baston…
Mouton 3 : Chut Mérinos ! T’as peut-être pas de crocs, mais t’as la langue bien pendue ! Alors, alors, qu’est-ce qu’ils ont dit ?
Mouton 2 : Abraham a dit à Loth que chacun devrait partir de son côté pour qu’il n’y ait pas de dispute.
Mouton 1 (Mérinos) : Bon ben pour la baston, c’est mort…
Mouton 3 : Et c’est tout ?
Mouton 2 : Abraham a proposé à son neveu Loth de choisir quelle partie du pays il veut habiter.
Mouton 4 : Pourquoi il fait ça ? C’est lui le plus vieux, c’est lui le chef du troupeau…
Mouton 2 : Chef de famille tu veux dire… ce sont des humains, pas des moutons.
Mouton 4 : Oui bon, le chef de famille. Mais alors pourquoi il ne choisit pas ?
Mouton 3 : Notre maître Abraham est un homme de paix et il aime beaucoup son neveu : en lui laissant le choix, il sait que Loth sera content et qu’il n’y aura pas de jalousie, ni de rancœur.
Mouton 2 : Abraham a confiance en Dieu. Il se dit que peu importe où il va, Dieu l’accompagnera et prendra soin de lui, donc aussi de ce qui est à lui, de nous quoi.
Mouton 4 : Ben c’est sûr que sauf si Dieu veut faire tomber le pain du ciel, il vaudrait mieux qu’on ait de l’herbe à brouter : car c’est grâce à nous que la famille d’Abraham a de quoi vivre.
Mouton 1 (Mérinos) : Bon en même temps, si Dieu veut faire tomber le pain du ciel, ce serait bien, ça nous éviterait de finir en grillades ou à la broche.
Mouton 3 : Bon vous avez fini de délirer tous les deux ! Le pain qui tombe du ciel ! N’importe quoi !
Mouton 2 : Rien n’est impossible à Dieu… Il arrive même à rendre les humains généreux : regarde Abraham qui est heureux de laisser la meilleure part à son neveu.
Mouton 4 : Comment ça la meilleure ?
Mouton 2 : Oui, Loth a choisi d’aller habiter la vallée du Jourdain et ses prairies bien arrosées.
Mouton 4 : Oh zut ! C’est là qu’il y a la meilleure herbe ! Nous allons devoir suivre notre maître Abraham sur les pentes arides de Canaan.
Mouton 1 (Mérinos) : M’en fout ! Moi j’aime bien les broussailles croustillantes.
Mouton 3 : Oh et puis l’herbe grasse et verte, c’est mauvais pour la ligne !
Mouton 4 : Ok, si tu le monde est d’accord avec ce partage alors… je ne dis plus rien.
Mouton 2 : Râle pas, va… Vivre en paix grâce au partage et à la générosité, c’est pas si mal !
Mouton 1 (Mérinos) : C’est pas si bêêêête !

Crédit : Claire de Lattre-Duchet